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DE LA
TEMPÉRATURE
LES MALADIES
LIBRAIRIE F. Slïl
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NOUVEAUX ÉLÉMENTS
DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE
PAR
ERNEST WAGNER
Professeur ordinaire de pathologie générale et d'anatomie pathologique
Directeur de la polyclinique médicale de Leipzig
TRADUITS DE L'ALLEMAND SUR LA QUATRIÈME ÉDITION
Par MM. Charles DELSTANCHE et Eugène MAHAUX
DE BRUXELLES
1 vol. grand in-8 de 600 pnges.
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DE L'URINE
ET DES SÉDIMENTS URINAIRES
PROPRIÉTÉS ET CARACTÈRES CHIMIQUES
ET MICROSCOPIQUES DES ÉLÉMENTS NORMAUX ET ANORMAUX DE L'URINE
ANALYSE QUALITATIVE ET QUANTITATIVE DE CETTE SÉCRÉTION
HESCRIPTION ET VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE DE SES ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES, ETC.
PAR
C. NEUBAUER J. VOGEL
professeur de chimie et de pharmacie
au laboratoire de Wiesbaden
directeur et professeur de médecine
a l'Institut pathologique de Halle
PRÉCÉDÉ D'UNE INTRODUCTION
PAR R. FRESENIUS
Professeur de chimie à l'université de Wiesbaden
TRADUIT SUR LA CINQUIEME ÉDITION ALLEMANDE
PAR LU I> Ii. GAUTIER
1 vol. grand in-8, avec 51 gravures dans le texte et 4. planches coloriées.
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PARIS. — 1MP. SIMON RAÇON ET COUP., HUE d'eRFUHTH, I.
DE LA
TEMPÉRATURE
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LES MALADIES
Docteur C.-A. WUNDERLICH
PROFESSE Un I) E CLINIQUE MÉDICALE A I. ' U S I V E R S I T É lï E LEIPZIG
TRADUIT DE L'ALLEMAND SUR LA DEUXIÈME EDITION
P A K
F. LABADIE-LAGRAVE
INTERNE LAURÉAT U E S HÔPITAUX DE PARIS, C II E V A L I E I! DE LA LÉGION d'iIONNEI
PRÉCÉDÉ D'U\'E INTRODUCTION
Par le Dr JAGCOUD
MÉDECIN DE L'HOPITAL LARIEOISIÉR.E
PROFESSEUR AGRÉGÉ A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
AVEC 4 0 FIGUïïES DANS LE TEXTE
T H OGR A P
IAT\0^'
PARIS
F. SAVY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
21, RUE H A U T E F E U 1 1. L E
1872
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Harvard Médical School
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INTRODUCTION
Mon cher ami
Vous avez pensé que mes études de thermoscopie,
et mes efforts persévérai! s pour vulgariser cette mé-
thode d'observation, me créent quelque compétence
en la matière, et voir: n'avez demandé de présenter
au public médical français votre traduction de l'ou-
vrage de Wunderlich. Cette mission que vous voulez
bien m'offrir, je l'accepte, la tenant pour un honneur,
et y voyant une occasion de servir la cause du progrès,
en affirmant une fois de plus l'admirable puissance de
la nouvelle arme clinique.
Une chose pourtant m'afflige, c'est que cette affirma-
tion puisse être jugée nécessaire ; car il y a dans ce fait
a INTRODUCTION.
la preuve trop évidente que le thermomètre n'a pas
encore conquis chez les praticiens la place qui lui
est due.
Eh bien, je le déclare avec l'inébranlable conviction
que donne l'expérience, cette place est marquée à côté
du stéthoscope et du plessimètre; au point de vue de la
pratique médicale, la thermomélrie clinique est le plus
grand progrès qui ait été réalisé depuis la découverte
de l'auscultation et de la percussion. Ces trois métho-
des s'adressent à des éléments pathologiques différents,
deux d'entre elles éclairant les conditions organiques
locales, la troisième, révélant les conditions vitales
du malade; elles se complètent donc l'une l'autre
sans pouvoir se suppléer : leur réunion, permettez-
moi cette image, représente et constitue l'arsenal du
clinicien.
Et remarquez, je vous prie, mon cher ami, que par
un de ses côtés, la méthode thermoscopique est plus
précise, plus impeccable que ses aînées ; l'observation
des phénomènes physiques, que révèlent la main et
l'oreille, est soumise aux oscillations de la perceptivité
sensorielle, l'observation des chiffres thermiques ne
contient aucune cause d'incertitude, c'est affaire d'une
simple lecture; — les faits du premier groupe, une
fois constatés, n'acquièrent une valeur utile et vrai-
ment médicale que par un travail d'interprétation,
pour lequel le médecin doit faire appel à l'ensemble
des symptômes présentés par le malade; car il n'est
INTRODUCTION. m
pas un de ces faits physiques, pas un seul, qui dé-
montre par lui-même et à coup sûr un état univoque ;
les chiffres du thermomètre, une fois lus, révèlent par
eux-mêmes, avec une précision qui n'a rien d'aléatoire,
la mesure de la combustion organique, et partant le
bilan du malade et le degré du péril.
Si donc il est vrai de dire que l'auscultation et la
percussion ont inauguré le diagnostic physique, il n'est
pas moins vrai d'affirmer que l'observation thermo-
scopique a créé le diagnostic mathématique. On a peine
à se figurer aujourd'hui, ou plutôt on se figure avec
effroi ce que serait la médecine privée des secours
qu'elle doit à Laennec et à Auenbrùgger ; mais dans
peu d'années, quand la méthode thermique imposée
par ses inestimables services aura triomphé de l'inertie
et de la routine, on se demandera avec un étonnement
empreint d'une pitié rétrospective ce que pouvait être
l'observation des malades, alors qu'elle manquait de
l'appui de ce guide que son infaillibilité rend précieux
entre tous.
Abordez, à votre choix, le terrain de la science ou
celui de la pratique, et partout, vous trouverez déjà
l'empreinte des progrès réalisés.
L'observation méthodique par le thermomètre a dé-
montré le caractère consomptif de la fièvre; — elle a
fixé les caractères des différents cycles fébriles, et par-
tant elle a fourni la preuve d'une des vérités fonda-
mentales de la pathologie, savoir : la pérennité et l'im-
iv INTRODUCTION.
mutabilité des espèces morbides; — elle a fixé la réa-
lité et les règles des crises, rapides ou lentes; elle a
établi sur une base solide la doctrine hippocratique, et
la science moderne a pu confirmer de la sorte, après
des milliers d'années, les lois formulées par le génie
antique; — cette méthode enfin a fait connaître l'exis-
tence de la fièvre dans des maladies réputées apyré-
tiques.
A ces notions d'ordre scientifique on peut rattacher
dès maintenant des progrès pratiques dont l'importance
peut à peine être mesurée.
La démonstration du caractère consomptif de toute
fièvre, quelle qu'elle soit, devait introduire et a heu-
reusement introduit une réforme complète dans
le traitement des maladies aiguës, et bien des ma-
lades déjà ont dû la vie à cette révolution thérapeu-
tique.
Le nombre et la conformité des observations particu-
lières ont permis d'établir des lois thermoscopiques
pour l'évolution de chacune des maladies fébriles, et la
connaissance de cas lois a apporté de nouveaux et pré-
cieux éléments au diagnostic différentiel des affections
pyrétiques.
L'examen des rapports qui existent entre certains
chiffres thermiques et certaines modalités symptoma-
tiques a appris que la plupart, sinon la totalité des
formes fébriles dites ataxiques, sont le résultat d'une
hyperthermie excessive; cette notion positive, qui a pris
INTRODUCTION. v
]a place des concepti ns hypothétiques, a indiqué du
même coup la seule thérapeutique rationnelle : l'emploi
des antithermiques ou antipyrétiques combiné avec ce-
lui des stimulants, qu'impose, ici comme toujours, la
combustion fébrile.
Que dire maintenant des services particuliers? com-
ment estimer le prix d'une méthode qui, en dehors de
toute hypothèse, de toute interprétation, révèle jour
par jour, heure par heure, au médecin la situation
exacte de son malade, et fournit ainsi à son pronostic et
à sa thérapeutique une certitude, qui a été le but su-
prême mais inaccessible des praticiens de tous les
temps?
Pour moi, en présence des résultats indéniables de
la thermométrie clinique, si quelque chose peut m'é-
tonner, c'est l'abandon dans lequel elle est encore dé-
laissée par la généralité de nos confrères. Comment!
voilà un moyen d'exploration d'une simplicité élémen-
taire, il fournit pour l'intérêt du malade des indica-
tions qu'on demanderait vainement à une autre mé-
thode, il donne à l'appréciation médicale un point de
repère dont la solidité est telle que les légitimes an-
goisses du médecin consciencieux en sont grandement
atténuées, et ce moyen n'est pas encore dans les mains
de tous ! Mais c'est à ne pas croire ! et c'est vraiment
une abominable chose que l'étreinte étouffante de la
routine !
Si un tel état de choses a pu subsister, alors que la
vi INTRODUCTION.
thermométrie en voie d'évolution était réduite à en-
registrer les résultats des observations particulières, il
doit disparaître aujourd'hui que l'analyse, patiemment
poursuivie pendant vingt-cinq années, a fait place à une
synthèse féconde dont les fruits sont accessibles à l'uni-
versalité des médecins. Du moment que la méthode est
démontrée utile pour le malade, de quel droit, je le de-
mande, la restreindrait-on à l'observation hospitalière?
Agir de la sorte, en invoquant je ne sais quelles diffi-
cultés d'application, serait une faute, pour ne rien
dire de plus; il faut que le thermomètre prenne une
place définitive dans la pratique générale, et pour
cela deux choses seulement sont nécessaires : un
procédé convenable d'observation, — un livre qui ex-
pose avec clarté les principes et les acquisitions de la
méthode.
L'exploration axillaire répond a toutes les exigences
delà clinique; les médecins qui veulent s'en tenir à l'ex-
ploration cavitaire ont vraisemblablement pour dessein
de discréditer la thermométrie ou de la confiner entre
leurs mains. — Autre chose en effet est l'expérimenta-
tion scientifique, autre chosel'observation médicale pure;
pourvu que l'on ait soin d'user toujours du même
thermomètre pour le même malade, d'en faire l'ap-
plication toujours aux mêmes heures et pendant la
même durée, tout ce qui est vraiment utile se trouve
réalisé.
Le livre, le voici ; c'est celui-là même que vous pré-
INTRODUCTION. vu
sentez aujourd'hui aux médecins français ; c'est le
code de la thermométrie clinique, établi sur des mil-
liers de faits par un observateur attentif et con-
sciencieux que j'ai pu voir à l'œuvre, il y a tantôt dix
années, alors que déjà il réunissait les matériaux de
cette œuvre, si petite par le volume, si grande par la
richesse.
En transportant ce livre dans notre langue, sous la
forme élégante et facile qui vous est habituelle, vous
supprimez le dernier obstacle à la vulgarisation de la
méthode, et vous acquérez un titre sérieux à la recon-
naissance de tous les amis du progrès.
Je ne puis vous celer pourtant un danger auquel
vous vous êtes exposé : ce travail, qui vous a coûté
tant de veilles, vous vaudra peut-être le blâme de quel-
ques critiques superficiels ; on vous reprochera d'avoir
accordé l'hospitalité de notre langue universelle à un
livre de provenance allemande; on vous accusera de
n'avoir pas compris que nous devons aujourd'hui,
plus que jamais, nous suffire à nous-mêmes, et l'on ira
peut-être jusqu'à voir dans votre traduction la preuve
d'un injuste dédain pour les travaux français.
Ne vous laissez point émouvoir par ces plaintes ou
par ces malveillantes insinuations. Il est des attaques
qui honorent ceux qui les subissent; il est des périls
que l'on peut affronter sans grande témérité ; permettez
en effet à mon expérience de vous éclairer sur ce
point Parmi ces critiques qui portent les questions de
vin INTRODUCTION.
science, sur un terrain auquel elles doivent rester étran-
gères, les uns, c'est le plus grand nombre, sont inté-
ressés dans le procès; car, s'ils prennent le masque du
patriotisme, c'est pour dissimuler leur paresse ou pour
cacher leur impuissance; pour ceux-là, vous savez
la seule réponse qui convient. Quant à ceux qui expri-
meraient par hasard une conviction sincère,... la
science peut avoir ses Prudhomme... renvoyez-les à
ces pages éloquentes qu'a écrites, en tête de la première
édition française de l'ouvrage de Niemeyer, un maître
dont nous aimons tous à invoquer la légitime autoriié,
dites-leur de lire et de méditer cette préface de M. le
professeur Béhier ; ils y verront démontrés, par sa voix
persuasive, les dangers de l'isolement, la nécessité
d'une pondération constante entre les travaux de toute
origine, et la suprématie du progrès sur toutes les autres
considérations. Que si, en raison des événements qui ont
surgi depuis lors, cette lecture salutaire n'entraîne pas
la conversion de ces confrères inquiets, demandez-leur
à votre tour quel st le médecin qui sert le mieux son
pays, de celui qui l'appauvrit en le privant de propos
délibéré d'une classe entière de revenus scientifiques,
ou de celui qui consacre ses efforts à ajouter aux
richesses indigènes la totalité des acquisitions étran-
gères.
Posée en ces termes, et c'est ainsi vraiment qu'elle
doit être formulée, la question, je pense, est résolue.
Soyez donc sans inquiétude, mon cher ami, restez
INTRODUCTION . ,x
fort de l'utilité de votre œuvre, et rappelez-vous que si
l'admirable doctrine du poëte
Homo sum, nihil humani a me alienum puto.
est vraie pour l'homme en général, elle l'est plus encore
pour le médecin, dont elle doit être le premier guide.
S. JACCOUD.
Pans, 3 mai 1872
PRÉFACE
Que mes lecteurs veuillent bien me permettre de faire
précéder mon travail d'une courte préface.
Depuis seize ans, je n'ai pas cessé de porter mon atten-
tion sur les modalités de la température dans les mala-
dies. Chez tous les malades de ma clinique, des mensu-
rations thermométriques sont faites régulièrement deux
fois par jour; dans les cas d'affections fébriles, la tempé-
rature est prise quatre ou huit fois dans la journée, et
même plus souvent si les circonstances l'exigent.
J'ai acquis aussi la conviction, par de fréquents essais,
que cette méthode d'exploration est également appli-
cable aux malades soignés à domicile. J'ai ainsi recueilli
peu à peu des millions de mensurations thermométriques
et j'ai pu même suivre l'évolution complète de la tempé-
rature dans des milliers de cas morbides. Plus mes ob-
servations se sont multipliées, plus je me suis pénétré de
la valeur incontestable de ce nouveau moyen d'explora-
tion, qui fournit à la clinique des données à la fois si
exactes et si sûres.
Bien des résultats de ces observations ont déjà été pu-
xn PREFACE.
bliés, soit par moi-même, soit par mes internes et par les
élèves de mon service.
Cédant aux nombreuses et pressantes instances qui
m'ont été adressées, je me suis enfin décidé à publier le
résultat de mes recherches et à exposer en détail l'en-
semble de mes travaux.
Je ne me dissimule pas cependant la difficulté de ma
tâche ; car je me vois obligé d'exposer d'une façon claire
et rigoureuse un ensemble de faits multiples et variables,
et de tirer des conclusions générales et positives d'une
série de cas particuliers, dont le nombre est si consi-
dérable qu'il serait impossible de les exposer un à un
et de les étudier séparément. Je n'ai pu me dispenser
de traiter dans cet ouvrage les questions théoriques qui
se rattachent à la température humaine, mais mon prin-
cipal lut , été d'écrire un livre essentiellement pratique,
et de mettre en relief l'incontestable utilité de l'examen
thermométrique.
La connaissance des modifications de la température
dans les maladies est non-seulement utile, mais même
indispensable au médecin. En effet :
1° Tout phénomène morbide mérite d'être connu et
observé;
^La température du corps humain peut être appréciée
avec précision et exactitude ;
5° Elle ne peut être ni simulée ni dissimulée ;
4° Tout écart brusque de la température permet aussitôt
de conclure à l'existence d'un dérangement, d'un trouble
morbide quelconque;
P11EFACE. xm
5° Un certain degré d'élévation dans la température est
l'indice de l'état fébrile ;
6° L'augmentation thermique est souvent proportion-
nelle au degré et à la gravité de la maladie ;
7° L'observation thermométrique sert à découvrir et à
apprendre les lois qui régissent l'évolution de certaines
formes morbides ;
8° En faisant constater la marche régulière et normale
de certaines de ces formes morbides, la thermométrie fa-
cilite ou soutient le diagnostic en lui donnant plus de
précision et de sûreté ;
9° L'examen thermoscopique indique avec autant de
promptitude que de précision les écarts survenus dans
la marche régulière de la maladie ;
10° Les modalités de la température dans le cours d'une
maladie en font aussi connaître les recrudescences ou
les amendements;
11° La thermométrie peut ainsi contrôler les résultats
thérapeutiques;
12° Elle est susceptible d'appeler l'attention sur des
influences nocives qui pourraient avoir agi sur les ma-
lades dans le cours de leur maladie ;
13° Elle marque la transition d'un stade morbide à un
autre, et notamment dans la période de décroissance ;
14° Elle permet de reconnaître le moment où la guéri-
son s'annonce et celui où elle est achevée ;
15° Elle fait découvrir les troubles d'une convalescence
irrégulière et imparfaite ;
16° Elle révèle aussi la tendance de la maladie vers une
issue léthale;
xiv PREFACE.
17° Elle annonce souvent avec une extrême précision
le moment où le malade a perdu toute chance de salut ;
elle dicte, en un mot, un pronostic fatalement mortel ;
18° Elle fournit enfin une preuve certaine de la mort
réelle.
J'aurai atteint le but que je me propose dans ce livre si
je réussis à convaincre mes lecteurs de l'exactitude de
ces conclusions, et si je puis fournir à mes confrères un
guide sur pour l'application des données thermométri-
ques, en un mot un bon manuel de thermométrie patho-
logique.
Dr WUNDERL1CH.
Leipzig, mars 1868.
AVANT-PROPOS
DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Dans cette deuxième édition de mon livre, devenue
nécessaire, je me suis efforcé de revoir attentivement le
texte en comparant de nouveau et avec la plus grande
attention les déductions émises et les faits recueillis;
j'y ai ajouté en outre un assez grand nombre d'observa-
tions nouvelles faites, soit par moi, soit par d'autres.
J'espère ainsi que mon ouvrage n'aura pas seulement
été augmenté, mais encore amélioré, et que la nouvelle
édition recevra un accueil aussi favorable que celui qui
a été fait à la première.
w.
Leipzig, février 1870.
DE LÀ
TEMPÉRATURE
DANS LES MALADIES
"M \Â TiZ?
PROPOSITIONS FONDAMENTALES
f
T *<
§1.
Deux principes fondamentaux et irrécusables justifient la recher-
che de la chaleur propre des malades et font même un devoir de la
constater en établissant la valeur de l'examen thermométrique :
En premier lieu, en effet, à l'état de santé, l'homme possède
une température qui reste à peu près constamment égale dans tous
les cas, à tous les âges, dans toutes les conditions et sous toutes
les influences, pourvu, toutefois que celles-ci ne le rendent pas
malade.
Outre ce premier fait de la température constante de l'homme
sain, il en est un autre non moins important : c'est la variabilité
de la température de l'homme malade ; en d'autres termes la cha-
leur propre d'un individu malade s'écarte souvent du niveau habi-
tuel de la température à l'état de santé.
4
PROPOSITION S FONDAMES TALES .
2.
La température du corps humain, dans ses parties internes ou
sur des points de sa surface complètement recouverts et protégés,
présente à l'état normal une moyenne qui varie de 57° à 57° 5
(=29°, 6 — 50° R.), suivant l'endroit ou a été pratiquée la men-
suration. Ainsi, dans le creux axillaire bien fermé, elle est en
général de 57° ; dans le rectum et dans le vagin elle atteint quel-
ques dixièmes de degré en sus.
La température normale de l'homme sain peut être considérée
comme à peu près invariable et constante, quoique, dans le courant
de la journée, elle présente quelques variations spontanées, mais
celles-ci dépassent rarement un demi-degré chez le môme individu.
Certains états anomaux, en tant qu'ils ne constituent pas encore
des troubles morbides, aussi bien que les influences extérieures
qui n'ont pas immédiatement altéré la santé, peuvent produire
des écarts de température un peu plus considérables, mais ils sont
toujours insignifiants et ne doivent pas entrer en ligne de compte.
Lorsque la température de la cavité axillaire s'élève au-dessus
de 57°, 5, (50. R.) ou descend au delà de 56°25 (29°R), ces varia-
tions, qu'elles soient survenues spontanément ou qu'elles aient été
produites par toute autre influence, n'en sont pas moins toujours
très-suspectes. Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels
que l'on peut considérer comme normal un écart de température
plus grand encore.
Une température conservant son niveau normal et se maintenant
en équilibre sous les influences diverses est-habituellement l'indice
d'une bonne santé.
3 4.
Tout individu présentant une température normale n'est pas
nécessairement bien portant, mais celui dont la température
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 3
dépasse ou n'atteint pas les limites de la normale peut être con-
sidéré comme malade.
La température des malades a aussi sa limite définie et infran-
chissable. — Les différentes températures observées chez l'homme
vivant se meuvent dans un cycle de 12 à 13 degrés. C'est-à-dire
entre 44°, 75 (55°, 8 R.), terme extrême exprimant la température
la plus haute observée pendant la vie et à peu près 52° (25°, 6)
comme limite la plus basse, qui, du reste, ne me paraît pas avoir
jamais été atteinte.
Mais il est excessivement rare que le niveau thermique dépasse
45° (54°,4 R.) et descende au-dessous de 55° (26°, 4 R.).
Ainsi donc, abstraction faite des cas absolument exceptionnels,
la température de l'homme vivant n'oscille, même dans les mala-
dies les plus graves qu'entre 55° et 42°,5 (28° — 54°,4R.).
§ 6.
Les modifications thermiques ont toujours une cause et une
signification. — Leur début, leur intensité, leur marche et leur
disparition même fournissent de précieux renseignements.
Un certain nombre d'écarts de température peuvent déjà être
soumis à des lois rigoureuses (Ttiermonomie pathologique) ; mais
celles-ci deviennent parfois méconnaissables, parce que, dans les
maladies encore plus que dans l'état de santé, la température est le
résultat 'de facteurs multiples différents et en partie opposés les
uns aux autres.
En dehors des processus plus ou moins morbides dont le corps
humain peut être le siège, il est en outre des influences acciden-
telles agissant sur le malade et des circonstances accessoires qui
peuvent aussi modifier sa température.
Les influences qui ne troublent en aucune façon la température
chez un homme sain peuvent exercer sur elle une action manifeste
4 PROPOSITIONS FONDAMENTALES,
lorsqu'il existe un état physique morbide, que ce dernier ait ou
non produit des modifications thermiques antérieures. La variabi-
lité de la température selon les influences extérieures est donc un
signe d'un trouble pathologique.
En constatant des variations thermiques qui dépassent le niveau
normal habituel on peut ainsi reconnaître ou confirmer l'exis-
tence d'un état morbide souvent encore latent, chez des sujets
jouissant en général d'une température moyenne constante.
Les écarts de température peuvent se borner à certaines parties
du corps qui sont le siège d'un processus morbide, tandis que la
température générale ne subit à peu près aucune modification.
Ces écarts thermiques limités aux parties attaquées n'ont pas
une grande signification pratique. Ils consistent tantôt en une élé-
vation très-faible dépassant rarement un degré, tantôt en un léger
abaissement de la température d'un endroit plus ou moins cir-
conscrit.
Ces modifications topiques sont sans exception compliquées
d'autres phénomènes sur lesquels on peut fonder un jugement à
la fois plus sur et plus rapide et qui sont, par conséquent, d'une
valeur plus grande au point de vue pratique. -
§ 9.
La température générale du corps (chaleur propre du sang), telle
qu'elle est indiquée par le thermomètre appliqué sur des parties
superficielles, mais parfaitement abritées et ne présentant aucune
lésion locale, cette température générale, dis-je, est l'expression
d'un ensemble de processus qui, d'une part, produisent de la cha-
leur (processus chimiques — oxydations — échanges nutritifs) et
qui, d'autre part favorisent la déperdition du calorique (réfrigéra-
tion par différents appareils, — transformation de la chaleur en
mouvement).
Quelque multiples que soient les combinaisons de ces divers
processus, quelques variables et changeantes que puissent être leur
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 5
action et leur intensité, quoiqu'ils soient soumis enfin aux éven-
tualités les plus nombreuses, l'expérience prouve cependant que,
non-seulement le résultat final, c'est-à-dire le degré de température
reste à peu près au même niveau à l'état sain, mais aussi que les
écarts thermiques dans les maladies constituent le moyen relati-
vement le plus sûr pour contrôler et apprécier le degré d'altération
de l'organisme.
Les modifications de la température coïncident, il est vrai, avec
d'autres troubles fonctionnels et organiques, mais aucun d'eux ne
se laisse déterminer et mesurer avec la même précision et la même
exactitude que la température.
Aucun ne retrace aussi fidèlement le tableau de la maladie et
n'est aussi conforme à son évolution morbide : il n'en est pas de
moins accessible aux influences accidentelles et aux différentes
circonstances accessoires qui peuvent survenir ; enfin, les modifi-
cations de la température précèdent très-souvent tout autre phé-
nomène et se manifestent avant même que la maladie ne devienne
appréciable à l'observation.
§ io.
La température générale du corps peut rester normale dans
les maladies ou bien subir, soit une augmentation, soit un abais-
sement, et présenter en outre une répartition inégale suivant les
différents points.
La température normale ne doit être regardée dans les maladies
que comme un signe relatif; elle permet d'exclure d'emblée
certaines formes morbides, mais n'autorise jamais à poser un
diagnostic précis et définitif.
L'abaissement de la température au-dessous de son degré nor-
mal ne se rencontre d'une façon persistante que dans un petit
nombre d'états morbides ; mais elle peut se montrer passagère-
ment dans beaucoup de conditions, soit favorables, soit fâcheuses.
Il en est presque de même pour l'inégale distribution de la
température à la surface du corps, quoique cette dernière ait une
signification plutôt favorable.
6 PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
L'augmentation anomale de la température fournit les éléments
les plus précieux et les plus importants pour le diagnostic et le
pronostic.
§ H.
Les conditions anomales do la température, pourvu qu'elles ne
soient pas trop éphémères, sont ordinairement en connexion intime
avec certaines modalités générales de l'organisme.
Une rapide augmentation de la chaleur du tronc coïncidant avec
un refroidissement ou une température normale des mains, des
pieds, du nez et du front, se rattache habituellement à de vives
sensations de froid (Frisson fébrile) .
Une élévation de température plus ou moins continue et assez
considérable pour atteindre ou dépasser 58°, 5 (58° R) est le plus
souvent compliquée de sensations subjectives de chaleur, de lassi-
tude, de soif, de céphalalgie, puis d'accélération du pouls et, après
une durée plus longue, de diminution du poids du corps (Chaleur
fébrile) .
Une diminution considérable de la chaleur des extrémités et du
visage ou des autres parties découvertes du corps avec une tem-
pérature du tronc élevée ou même basse est souvent compliquée
de petitesse du pouls avec altération des traits, sentiment de fai-
blesse, tendance à la syncope, sueurs profuses mais localisées de
préférence aux parties froides de la peau (Collapsus) .
§ 12.
La grandeur des écarts de température, leurs connexions et
leurs changements dans le cours d'une maladie sont dans bien des
cas, déterminés par la nature même de celle-ci, quoiqu'elle soit
souvent modifiée par des causes accidentelles.
Ce fait est d'autant plus vrai que les processus morbides sont
plus typiques et mieux développés. — A beaucoup de formes
spéciales de maladies correspondent des types thermiques fixes. —
Telles sont les formes morbides que l'on peut aussi, pour d'autres
raisons, appeler typiques. Par contre, il en existe d'autres qui sont
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 7
atypiques et dans lesquelles la température manque de régu-
larité.
La limite de la typicité et de Yatypie n'est cependant pas nette
et sans transition: un certain nombre d'affections morbides se
tiennent pour ainsi dire sur la limite et sont plus ou moins
approximativement typiques.
Nous rangeons dans les formes morbides sûrement typiques,
c'est-à-dire parmi celles où le type caractéristique est facile à
reconnaître dans presque tous les cas et ne présente aucune dévia-
tion importante : le typhus abdominal, le typhus exanthématique,
la fièvre récurrente, la variole, la rougeole et la scarlatine, la pneu-
monie primitive croupale et lobaire et les fièvres paludéennes au
début.
Le groupe des formes morbides approximativement typiques se
laisse moins exactement délimiter : on peut encore, il est vrai, en
abstraire des types caractéristiques, mais ceux-ci sont déjà en par-
tie effacés et déformés et leur régularité n'est parfaite que dans
certains stades de la maladie. Cependant nous citerons: la vari-
celle, la roséole, la lièvre éphémère, la pyémie et la septicémie,
l'érysipèle de la face, les inflammations catarrhales aiguës, l'an-
gine tonsillaire, le rhumatisme polyarticulaire aigu, l'ostéomyélite,
la méningite de la base et de la convexité, la méningite cérébro-
spinale, les oreillons, la pleurésie, la tuberculose aiguë, les né-
vroses à issue fatale, dans leur dernière stade, et la trichinose.
Un troisième groupe comprend les maladies qui, sous d'autres
rapports, montrent, il est vrai, un type déterminé, mais qui ont
d'ordinaire une marche apyrétique et clans lesquelles cependant la
fièvre quand elle survient, suit habituellement un cours régulier;
ici se placent en premier lieu : le choléra, l'empoisonnement aigu
parle phosphore, la stéatose aiguë généralisée, la syphilis.
Dans les maladies généralement atypiques, il peut y avoir de
temps en temps ou dans des cas spéciaux, quelques analogies
passagères avec les formes typiques. C'est ce qui se voit dans la
diphthérite, la dysenterie, la péricardite et la péritonite, ainsi que
dans les cas de suppuration aiguës et chroniques, et de phthisie.
PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
15.
Quelques formes morbides spéciales ne montrent d'ordinaire
qu'un seul et unique type de température : ce sont les formes
monotypiques. D'autres présentent plusieurs types subordonnés à
leur intensité et à certaines conditions particulières : formes pohj-
typiques ou pléotypiques. Grâce à la thermométrie, il est aisé de
reconnaître et d'apprécier plus exactement qu\à l'aide de tout
autre moyen d'observation, le type des formes morbides [quand
il existe isolé] et de mieux analyser les cas où le type est multiple
et complexe.
Les maladies pléotypiques franches, avec accentuation bien
marquée de chacun de leurs types, sont : la variole, le typhus
abdominal, la scarlatine, la pneumonie, les fièvres intermittentes
paludéennes.
Un pléotypisme plus étendu encore, mais avec des formes plus
effacées, se rencontre dans les maladies dont la marche n'est elle-
même qu'approximativement typique.
I 14.
, Toute forme morbide, quelque fixes que soient les types, peut
présenter dans certains cas des écarts et des irrégularités qui
dépendent de conditions individuelles durables ou temporaires,
d'influences extérieures accidentelles ou thérapeutiques pouvant
exercer une action favorable ou nuisible, ou bien enfin de com-
plications intercurrentes. Ces irrégularités ne sont pas illimitées
et leur caractère aussi bien que leur étendue peuvent toujours
être déterminés. C'est par la thermométrie qu'il est permis de les
juger, de les préciser nettement et de les rapporter à leurs véri-
tables causes.
C'est encore par son utile intervention qu'il est possible de
déterminer le moment précis où un état morbide devenu pas-
sagèrement irrégulier reprend son cours normal et son caractère
propre.
PROPOSITIONS FONDAMENTALES,
15.
L'observation isolée et unique d'une élévation de température
anomale (quelque grand que soit l'écart entre celle-ci et la tem-
pérature ordinaire de l'homme sain) ne suffit pas à elle seule pour
faire reconnaître la nature d'une maladie ; elle indique seulement :
1° Que l'individu est malade ;
2° Qu'il a de la fièvre, si l'élévation de la température est
notable ;
3° Que sa vie est en danger, si les températures sont extrêmes.
On peut attribuer aux températures isolées (prises dans l'ais-
selle) la signification suivante, tout en ne la considérant que
comme purement conventionnelle :
A. Températures très-basses et de beaucoup au-dessous de
la normale. — Températures de collapsus (au-dessous de 56°
(28%8'R.j:
a. Collapsus profond, léthal, très-algide, au-dessous de 55°, 5
(26\8R.);
b. Collapsus algide,— de 55°, 5 à 55° (26°,8 à 28°R.). Dans ce
cas, le péril est extrême, mais la vie peut être conservée;
c. Collapsus modéré, — de 55° à 56° (28° à 28°, 8 R.). Celui-ci
n'offre pas en lui-même de danger.
B. Températures normales ou presque normales :
a. Température sous -normale, =: de 56° à 56°, 5 (28°, 8 à
29°,2R.).
b. Température normale confirmée, == de 56°, 6 à 57°, 4 (29°, 5
à29°,9R.).
c. Température sous-fébrile, == de 57°, 5 à 58° (= 50° à 50°, 4R.) ,
C. Températures fébriles :
a. Léger mouvement fébrile: 58°— 38°,4(=:50o,4— 30°,7R.).
b. Fièvre modérée : 38°, 5 —39° (= 30°, 8 — 31°, 2 R.), le matin
et jusqu'à 59°, 5 (= 51°,6R.) le soir.
10 PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
c. Fièvre forte : Jusqu'à 59°, 5 (51°, 6 R.) le matin et jusqu'à
40°, 5 (=32°,4R.)lesoir.
D . Temp ératures hyperpyrétiques = 42° e t au-dessus (=55° , 6 R . ) .
Dans tous les cas connus jusqu'à ce jour, à l'exception du typhus
récurrent, elles atteignent une issue fatale ' .
§ 16.
Une seule mensuration thermométrique faite sur un malade
permet déjà de déterminer la nature de sa maladie si l'on a soin
de constater les autres phénomènes qu'il présente, ou bien de con-
clure à l'absence des formes morbides supposées d'ailleurs.
En tenant compte du diagnostic de la maladie obtenu par une
autre voie, la seule constatation de la température du malade
peut déjà décider de la légèreté ou de la gravité de sa maladie
alors même que le degré marqué par le thermomètre n'est pas
extrême et, partant, n'implique pas encore un danger immédiat.
g 17.
La température dans les maladies est soumise à des variations
comme elle en offre aussi à l'état normal dans le courant du nycli-
thémère. — Les fluctuations thermiques diurnes sont d'ordinaire
beaucoup plus marquées chez les malades que chez les individus
sains. Elles suivent habituellement des règles qui, d'une part,
sont applicables d'une façon générale à toutes les maladies fébriles
et, d'autre part, sont déterminées par la forme, la période et le
degré de la maladie ; et varient suivant son augment, son déclin
ou sa crise. — Toutefois, le cycle de la température quotidienne
peut faire quelques infractions à ces règles. — Ces écarts dépen-
dent tantôt de conditions individuelles ou de l'irrégularité dans la
marche de la maladie, tantôt de complications intercurrentes ou
d'exacerbations subites, tantôt enfin de tout autre phénomène :
de la constipation, de la diarrhée, de la diurèse, de pertes de sang
1 Avec une extrême probabilité.
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. \\
spontanées ou artificielles, de sueurs prôfuses, d'excès ou de fati-
gues physiques, d'excitations psychiques, du sommeil, ou bien
d'écarts de régime, d'influences thermiques et, en dernier lieu,
de l'action des médicaments ou de tout autre agent thérapeutique,
§ 18.
La fluctuation thermique du nychthémère peut être simplement
descendante ou ascendante ou, plus souvent, présenter un tracé à
une ou plusieurs ascensions avec des abaissements intercalaires
(exacerb citions et rémissions quotidiennes) .
L'intervalle compris entre le maximum et le minimum quotidien
constitue la différence quotidienne. — Les tracés à petites diffé-
rences quotidiennes sont continus, les tracés à grandes différences
quotidiennes sont discontinus, à rémissions.
Le point intermédiaire entre le maximum et le minimum est la
moyenne quotidienne. C'est de l'élévation de cette dernière que
dépend principalement l'intensité de la fièvre.
Les formes typiques des maladies présentent le plus souvent,
lorsque l'affection est arrivée à son état de complet développement,
une certaine étendue de la température moyenne. — A ce moment
aussi le minimum thermique a des limites au-dessous desquelles
la température ne descend pas, ou du moins, qu'il ne franchit que
passagèrement; il en est de même des limites du maximum qui ne
sont guère dépassées qu'au moment de l'agonie.
§ 19.
L'examen continu et répété plusieurs fois par jourde l'évolution
de la température durant tout le cours d'une maladie ou pendant
un assez- long stade, fournit de précieux points de repère pour
l'observation d'un cas pathologique, en tant que ce dernier est
accompagné de modifications notables dans la température.
Cette exploration thermométrique, en nous traçant la marche
naturelle et régulière des maladies fébriles, nous fournit ainsi la
base fondamentale pour l'étude isolée de ces cas.
12 PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
Elle peut à elle seule permettre de poser un diagnostic certain
de la forme morbide.
Elle complète dans tous les cas d'une façon extrêmement pré-
cieuse les éléments du diagnostic et donne fréquemment un impor-
tant moyen, peut-êlre même unique, d'affirmer un diagnostic qui
restait auparavant douteux.
Elle fait reconnaître les périodes et les stades d'une maladie et
en indique les différents points de transition.
Elle précise le degré de la maladie, ses rémissions, ses exacer-
bations, en un mot, toutes ses modalités; les irrégularités de sa
marche, produites, soit par des circonstances accidentelles, soit
par l'action des agents thérapeutiques, ou résultant de complica-
tions imprévues. — Elle fournit ainsi le critérium des modifica-
tions de la maladie et le contrôle de la thérapeutique.
L'observation thermométrique nous montre avec exactitude le
temps nécessaire à l'évolution complète d'un processus morbide et
suivant la façon dont la maladie se comporte, nous pouvons sou-
vent en déduire sa nature et son espèce, son degré de simplicité
ou de complication et prévoir même à l'avance quelle en sera l'issue,
quelles en seront les conséquences.
Soit seule, soit appuyée par l'examen des autres symptômes,
elle marque les approches de la terminaison funeste.
Grâce à elle enfin, il est aisé de surveiller la convalescence, de
constater si celle-ci marche d'un pas égal et continu ou si elle se
dévie dans son cours.
3 20.
D'après la marche que suit la température dans les maladies
fébriles, on peut distinguer plusieurs périodes, à savoir :
A. Périodes qui précèdent la crise :
1 . La période du début : stade pyrogénétique ou période initiale,
qui est d'une durée variable et se termine par le développement
des localisations morbides. — Sa fin est marquée par un abaisse-
ment extrême de la température moyenne quotidienne qui carac-
térise la forme morbide ;
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 15
2. La période de complet développement de la maladie [Y acmé;
le fastigium) pendant laquelle la fièvre se maintient à la hauteur
moyenne caractéristique;
5. La période qui survient ordinairement dans les maladies
graves et manque le plus souvent dans les affections légères,
c'est-à-dire la période d'hésitation (stade amphibole) qui présente
des irrégularités nombreuses et plus ou moins considérables.
B. Périodes dans les cas de décroissance :
1. La période de perturbation critique (perturbatio critica) ou
de décroissance certaine, mais encore insuffisante (stadium decre-
mentï) ;
2. La période du retour à la température normale (stade de
défervescence) ;
5. La période épicritique et la convalescence pendant lesquelles
la température est normale ou anomale et quelquefois aussi est
un peu au-dessus de la norme.
C. Périodes dans les cas de mort :
1 . La période proagonique indiquant la tendance léthale par
une configuration plus ou moins particulière de la courbe thermi-
que ou par d'autres phénomènes spéciaux ;
2. V agonie;
5. La mort et les modifications thermiques qui l'accompagnent.
Fréquemment, certaines de ces périodes sont très-courtes, échap-
pent à l'observation ou font même complètement défaut.
§ 21.
La période initiale présente un début très-caractéristique dans
quelques formes de maladies (les maladies fébriles infectieuses,
par exemple) ; elle est parfois si courte qu'elle se soustrait ainsi
assez souvent à l'observation.
Ce qu'il y a de caractéristique, c'est que, dans certaines formes
morbides, l'élévation de la température atteint avec une extrême
rapidité des degrés considérables ; d'autres fois, au contraire, ce
14 PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
n'est qu'au bout de plusieurs jours que la température arrive à
son maximum.
Le type peut s'effacer et s'obscurcir, si la maladie vient à
frapper un individu déjà malade et surtout fébricitant. Ce n'est
que dans les cas d'une violence exceptionnelle que l'intensité des
phénomènes initiaux décide de l'intensité et de la gravité de la
maladie.
Le fastigium fournit par l'élévation des températures, par leurs
divers changements et par sa durée, des points de repère caracté-
ristiques pour l'appréciation de la forme nosologique. L'intensité
et la gravité de la maladie sont indiquées par des températures
extrêmement hautes et se maintenant longtemps à ces degrés ex-
trêmes d'élévation, et, d'un autre côté aussi, par des déviations du
type normal (irrégularités du tracé thermique).
En revanche, une élévation générale modérée, un maximum
thermique de courte durée et des rémissions précoces sont des
signes favorables pour la bénignité de la maladie.
Les irrégularités, alors même qu'elles consisteraient en un
abaissement de température sont en général fâcheuses et ne peu-
vent être considérées, sauf dans des cas bien déterminés, comme
des signes particulièrement favorables.
L'apparition des complications dans la période d'acmé se révèle
souvent par des élévations tardives de la température.
rè 25.
Le stade amphibole manque rarement dans les cas qui, sans
aboutir à Une issue funeste et rapide* prennent cependant un
caractère fâcheux» — Il est d'autant plus accentué que le fastigium
a été plus irrégulier dans son cours ;
Ce stade amphibole est la période des exacerbations et des
rémissions variables souvent sans motifs apparents; c'est surtout
pendant ce stade que les complications se présentent. Elles s'ail-
noncent d'habitude par des élévations prolongées de la tempéra-
PROPOSITIONS FONDAMENTALES: 15
ture. Le stade amphibole est toujours un indice de la gravité de la
maladie et pendant toute sa durée, qui varie de quelques jours à
plusieurs semaines, tout pronostic sûrement favorable doit être
proscrit; mais il faut aussi se tenir en garde contre les trompeuses
apparences d'un extrême danger.
Les élévations thermiques isolées atteignant même des hauteurs
considérables de même que des abaissements analogues ont bien
moins de signification dans cette période, et ce n'est que la répéti-
tion ou la persistance de phénomènes qui rendent probables l'ag-
gravation ou l'amendement de la maladie.
§ 24.
Vers la fin du fastigium ou de la période amphibole, souvent
il apparaît avant la crise favorable une dernière élévation de tem-
pérature dépassant plus ou moins le niveau de la température anté-
rieure. — Cette augmentation thermique ne dure parfois qu'une
demi-journée et est accompagnée d'une légère rémission matinale ;
dans d'autres cas, elle se prolonge deux ou trois jours. Cette exa-
cerbation, jointe à d'autres phénomènes correspondants produit
sous tous les rapports l'impression décevante d'une aggravation ou
même d'un péril imminent (perturbatio critica). Cependant on
peut tirer un signe favorable du moment et des conditions de son
apparition. — La durée et l'enchaînement des phénomènes qui la
caractérisent permettront de conclure sûrement à une amélioration
prompte et certaine.
£25.
Le stadium decrementi, la période de l'amélioration prépara-
toire, fait défaut dans beaucoup de cas où l'issue est favorable ; la
défervescence succède alors à l'acmé ou à la période amphibolej
soit immédiatement, soit à la suite d'une perturbation critique.
Lé stadium decrementi est caractérisé tout d'abord par des
abaissements de température qui ne sont pas suivis d'élévations
thermiques, mais qui, eux-mêmes ne font pas de progrès bieri
16 PROPOSITIONS FO.NDAME.NTALES.
rapides, Ces premiers abaissements thermiques se montrent tantôt
seulement à la place des exacerbations vespérines, tantôt dans les
températures matutinales, soit enfin à ces deux moments de la jour-
née. Pendant ce stade, il n'est pas rare de constater une tempéra-
ture descendant même au-dessous de 56°, 5 ( = 29°, 2 R.) et com-
pliquée de tous les phénomènes du collapsus.
Ces abaissements thermiques extrêmes peuvent ne se produire
qu'une seule fois ; après quoi la température reprend son niveau
primitif; ou bien ils se répètent tous les jours, tandis que les
exacerbations intercalaires ne montrent encore aucune tendance
manifeste à l'amoindrissement décisif.
§ 26.
La défervescence, tantôt se relie immédiatement au fastigium
ou au stade amphibole et tantôt succède à une perturbation criti-
que ou à la période de ralentissement préparatoire.
Dans ce stade la température revient à la norme. — Il offre deux
types principaux et bien accusés, mais il peut aussi présenter quel-
ques nuances intermédiaires :
1° La défervescence rapide qui s'effectue en une nuit ou tout au
plus en 56 heures (crisis) ;
2° La défervescence lente qui reste traînante pendant plusieurs
jours (lysis).
Elle s'accomplit : tantôt sous forme de descente continue avec
ralentissement de sa marche dans l'après-midi, si elle dure plus
de douze heures;
Tantôt d'une façon rémittente, c'est-à-dire avec quelques retours
ascensionnels vespéraux.
Souvent la défervescence est accompagnée de phénomènes de
collapsus avec diminution considérable de la température pouvant
faire craindre un danger extrême; mais ces phénomènes sont pas-
sagers [quoiqu'ils puissent se prolonger pendant plusieurs jours]
et n'entravent pas la marche favorable de la maladie.
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 17
27.
La période épicritique se distingue d'une façon d'autant plus
tranchée du stade de défervescence que l'évolution de celui-ci a
été plus rapide et plus complet.
Dans cette période, la température est alors devenue complète-
ment normale et présente les variations quotidiennes de l'état de
santé; mais, le plus souvent, elle reste encore un peu mobile,
incertaine et instable. Parfois elle persiste à un degré infé-
rieur au niveau normal ; dans d'autres cas (le fait est constant dans
certaines maladies, surtout dans le rhumatisme polyarticulaire
aigu) elle se maintient un peu au-dessus de la moyenne normale.
11 peut encore y avoir dans le stade épicritique des accroisse-
ments thermiques isolés et éphémères, souvent très-considérables
(de 2°, 5° et même plus) qui surviennent sous l'influence de causes
légères, parfois même sans motif apparent.
La persistance de pareilles élévations révèle, d'habitude, l'ap-
parition des vraies rechutes ou des maladies secondaires.
La durée et la terminaison du stade épicritique est impossible
à déterminer par le seul examen de la température, car la conva-
lescence véritable succède à ce stade sans modification thermique
appréciable.
I 28.
Si la convalescence est complète, régulière et indemne de lésion
persistante e'c de toute complication, la température est la même
qu'à l'état hygide.
Tout changement thermique, élévation ou abaissement, qui
dépasse les limites du cycle normal est un signe certain d'une
convalescence incomplète et trompeuse.
I 29.
Dans les cas morbides graves à tendance mortelle, apparaît
souvent un stade proagonique qui succède d'ordinaire au fastigium
2
18 _ PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
ou à la période amphibole et peut même se montrer inopinément
dans le cours des stades de déclin. Dans ce stade proagonique qui
diffère de l'agonie proprement dite, la température s'élève ou
s'abaisse, tantôt reste stationnaire, tantôt présente de nombreuses
irrégularités. — Ce n'est que par la coexistence d'autres phéno-
mènes et principalement par l'état du pouls que l'on peut appré-
cier la signification de ce stade.
§ 50.
Pendant Yagonie, la température peut offrir les modalités sui-
vantes :
1° Tantôt elle ne présente aucun changement appréciable ;
2° Tantôt elle s'abaisse notablement et tombe au-dessous de la
normale (comme dans la mort par inanition) ;
5° En dernier lieu, enfin, elle peut s'élever rapidement à des
hauteurs plus ou moins considérables qu'elle n'avait jamais appro-
chées ni atteintes dans tout le cours de la maladie.
§ ol.
Au moment de la mort la température baisse souvent ; mais fré-
quemment aussi, elle monte, surtout dans les cas où l'agonie a
donné lieu à de rapides augmentations. Jusqu'au dernier soupir,
parfois quelques minutes, etmème pendant plus d'une heure après
la mort, elle continue à s'élever.
Dans les cas d'abaissement, la température tombe vite après le
décès ; dans ceux d'élévation thermique, le refroidissement s'opère
souvent avec une telle lenteur, que, douze heures même après la
mort, la température cadavérique peut être encore de beaucoup
plus élevée que celle de l'état hygide.
£52,
Les 7naladies ptjréliques considérées au point de vue de leur mar-
che, de la durée et de la succession des phénomènes fébriles^ se
divisent en cinq groupes principaux :
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 19
1° Les accès de fièvre de courte durée (fébricule, fièvre éphé-
mère et terminale) ;
2° Les fièvres essentiellement continues : ne présentant dans leur
fastigium que de légères différences quotidiennes et à déferves-
cence habituellement rapide ;
5° Les fièvres aiguës essentiellement rémittentes : offrant de
grandes différences quotidiennes (le plus souvent des exacerba-
tions vespérines et des rémissions matinales) tant que leur inten-
sité n'est pas du moins trop considérable, souvent aussi pendant
l'acmé, mais en tout cas durant la période de déclin.
Ces fièvres ne perdent leur caractère de rémittence que dans
les cas désespérés ou lorsqu'il survient des complications.
Leur défervescence s'accomplit aussi le pius souvent suivant le
type rémittent et par gradations lentes ;
4° Les fièvres intermittentes et à rechutes ;
5° Les pyrexies à forme chronique qui traînent pendant plu-
sieurs semaines ou plusieurs mois, tantôt d'une façon interrom-
pue, le plus souvent avec le type intermittent et rémittent, tantôt
aussi avec des interruptions temporaires assez longues.
55.
La fébricule et la fièvre éphémère sont caractérisées par des
accès fébriles, légers et de courte durée, se terminant' promptement
parla guérison.
a. La température dans ces cas peut monter avec ou sans stade
de frisson jusqu'à 40°, 40°,5 (= 32"— 52°, 4 R. ) et même plus ; elle
ne se maintient que peu de temps à cette hauteur et descend en-
suite rapidement, tout au plus avec de. très-courts temps d'arrêt.
L'accès fébrile dure parfois moins d'un jour, jusqu'à quarante-
huit heures et rarement dépasse trois jours.
Cette forme pyrétique se rencontre dans la fièvre traumatique,
comme accès éphémère dans les couches, dans la convalescence,
dans les catarrhes légers, les lésions organiques peu intenses et
dans beaucoup d'autres conditions plus ou moins appréciables.
20 PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
— Les accès isolés de fièvre intermittente affectent le même type.
b. La température peut d'abord ne s'élever que modérément et
revenir au bout de peu de temps à son point de départ ou bien
monter progressivement après deux à cinq jours de durée, à son
maximum qui dépasse rarement 40°(52°R.) et tourner ensuite,
après un très-court temps d'arrêt, à une défervescence rapide.
Cette évolution thermique peut se présenter dans les conditions
pathologiques que nous avons précédemment énumérées, à l'ex-
ception cependant de la fièvre intermittente ; mais en revanche,
elle se montre dans beaucoup d'autres maladies infectieuses s'ar-
rêtant à leurs premières phases et restant incomplètes dans leur
développement.
§ 54.
Les fièvres terminales qui, il est vrai, ont une toute autre signi-
fication pathologique que les formes fébriles précédentes, offrent
cependant avec elles, au moins à leur début, une grande ana-
logie.
Dans la période proagonique des maladies restées jusqu'à ce mo-
ment apyrétiques, ou même à l'agonie seulement, la température
augmente rapidement, et quand elle a atteint son point culmi-
nant ou subi dans les dernières minutes une légère diirïinution, la
mort arrive.
Cette forme se présente à la période ultime des névroses mor-
telles, dans les lésions traumatiques de la moelle cervicale, dans
quelques empoisonnements ou dans les maladies que l'on peut
assimiler aux intoxications.
Dans tous ces cas, la température peut atteindre les degrés les
plus élevés qui aient été observés chez le vivant.
g 55.
Les fièvres avec accroissement continu de la température dé-
butent ordinairement parune période initiale rapide, marquée fré-
quemment par un violent accès de frisson. — Pendant le fastigium,
la température moyenne varie, selon l'intensité des cas, entre 59°
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 21
et 40° (51°, 2 — 52°R.), rarement plus, rarement moins; les diffé-
rences entre le maximum et le minimum quotidiens atteignent
exceptionnellement 1°(0°,8R.) et le plus souvent un demi-degré
seulement. — Le fastigium dure à peine une semaine. — La dé-
fervescence est prompte, ou du moins relativement rapide.
Le type le plus parfait de ce groupe est la pneumonie lobaire pri-
mitive, croupale simple (quoiqu'elle puisse quelquefois affecter
d'autres types). — On peut ranger parmi les maladies qui suivent
une marche analogue : la fièvre d'éruption de la variole, la scar-
latine (celle-ci a cependant une défervescence plus lente), l'angine
tonsillaire parenchymateuse, la méningite de la convexité, le ty-
phus exanthématique (la durée de la fièvre est dans ce cas plus
longue), l'érysipèle de la face au début, enfin, souvent aussi tou-
tes les maladies fébriles intenses dans lesquelles la marche de la
température auparavant irrégulière suit un cours ascendant con-
tinu proportionnel aux progrès de la maladie.
56.
Dans les fièvres à température rémittente, la période initiale
peut être courte ou prolongée : la moyenne thermique quotidienne
est très-variable parce que les cas légers aussi bien que les for-
mes graves peuvent revêtir le type rémittent. — Ainsi elle peut
descendre au-dessous de 58°, 5 ( = 50°,8R.) et monter jusqu'à
40°, 5 ( = 52°, 4 R.) et au-dessus. — Dans ce dernier cas, il n'y a
plus à vrai dire que des exacerbations et non pas de véritables
rémissions ; car les températures minima restent toujours dans
ce cas excessivement fébriles. La durée de l'évolution rémittente
de la température fébrile est moins limitée que celle de la tem-
pérature fébrile continue : elle persiste parfois pendant plusieurs
semaines. La défervescence est ordinairement lylique et rémit-
tente.
Le type le plus saillant de ce groupe est représenté par le typhus
abdominal. Le caractère rémittent se rencontre en outre dans les
inflammations catarrhales fébriles ; la grippe, la pneumonie catar-
22 PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
rhale ; dans les affections rhumatismales fébriles et aussi dans la
rougeole, au début de la méningite basilaïre, dans la tuberculose
aiguë, assez souvent dans la phthisie aiguë, et enfin dans la trichi-
nose fébrile, etc.
§ 57.
Les types intermittents et à rechutes ont cela de caractéristique
que, entre les accès de fièvre isolés, le plus souvent très-courts
ou du moins peu prolongés, se placent des intervalles pendant
lesquels la température est complètement normale.
Dans les formes intermittentes, les paroxysmes sont courts et
atteignent rarement la durée d'un jour ; la température s'élève
plus haut que dans les autres maladies de pareille inocuité.
Elle monte ordinairement jusqu'à 41° ou 41°, 5 (= 52°, 8 —
55°,2Pu) et même encore à 1 ou 2 dixièmes de degré en sus.—
L'apyrexie, également courte, peut varier entre quelques heures
et plusieurs jours ; d'ailleurs, les paroxysmes et les périodes in-
tercalaires alternent avec plus ou moins de régularité.
Dans les formes à rechutes, la durée de l'accès est moins
limitée et la température plus variable; l'apyrexie est plus lon-
gue et les accès ne se répètent qu'une ou deux fois, très-rare-
ment plusieurs fois. L'exemple le plus frappant du type inter-
mittent est la fièvre palustre, celui du type à rechute est la fièvre
récurrente.
Mais un certain nombre de maladies se rapprochent plus ou
moins de l'un de ces deux types. Notamment, la pyoémie, l'é-
rysipèle, la variole, quelques cas de pneumonie lobaire, assez
souvent la tuberculose aiguë, la méningite basilaire et la phthi-
sie aiguë.
I 58.
Les formes fébriles chroniques, aussi appelées fièvres hectiques,
se distinguent d'abord par leur longue durée ; il y a, en effet, des
cas où la fièvre persiste presque uniformément pendant plusieurs
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 25
années. Avec cela, leur marche est parfois très-irrégulière, mais
elles affectent le plus souvent un certain type qui, malgré cer-
taines variations dans le cours de la maladie, se maintient cepen-
dant pendant assez longtemps, avec une régularité quelquefois
parfaite.
Ce type est le plus souvent rémittent avec une ou deux exa-
cerbations quotidiennes offrant tous les caractères fébriles plus
ou moins accusés. — Ces exacerbations atteignent chaque jour à
peu près les mêmes maxima, tandis que les rémissions se rappro-
chent d'habitude de la température normale qu'elles peuvent at-
teindre ou même dépasser. — Il est plus rare d'observer un type
intermittent avec des intervalles apyrétiques de deux ou plu-
sieurs jours. — A l'approche de la mort ou dans le cas de com-
plications intercurrentes, le type rémittent se transforme souvent
en type continu.
Ce processus thermique se montre de la façon la plus frappante
dans toutes ces inflammations chroniques des poumons et des
bronches que l'on comprend sous le nom générique de phthisie ;
mais il se rencontre aussi : dans les ulcérations intestinales chroni-
ques, dans les suppurations prolongées, dans les inflammations
lentes des séreuses ; en outre, dans les cas où le sang est altéré
par l'apport incessant de détritus emboliques ou infectieux.
59.
V élévation de température considérée en elle-même, en dehors
de toute condition pathologique, exerce une influence incontes-
table sur les fonctions générales et en particulier sur la nutrition
des tissus et sur les sécrétions.
Pour les augmentations thermiques modérées, on n'est pas en-
core parvenu jusqu'ici à démontrer avec un certain degré d'ap-
proximation cette influence dans chaque cas isolé.
Les élévations thermiques considérables ont pour résultat le
plus sûr une diminution du poids du corps. — Une température
24 PROPOSITIONS FONDAMENTALES.
très-haute produit en outre une augmentation de la fréquence
du pouls et de la respiration, une perturbation fonctionnelle
du cerveau. Elle accroit'la sécrétion cutanée et la proportion de
matières extractives de l'urine; elle produit également des stases
sanguines avec leurs conséquences ; peut-être amène-t-elle aussi,
à la longue, une dégénérescence graisseuse rapide et la destruc-
tion des tissus. — Mais toutes ces conséquences ne sont nulle-
ment proportionnées au degré d'élévation de la température, à sa
durée ni à sa rapidité; du reste, la persistance de ces troubles et
de ces lésions consécutives est très-exceptionnelle. Il arrive un
moment où la température est élevée à un degré si extrême que
l'accomplissement des fonctions de la vie devient impossible,
sans que l'on puisse encore donner la raison de cette incompati-
bilité.
I 40.
Les modifications thermiques brusques et rapides peuvent exer-
cer une influence sur les fonctions de l'organisme.
Dans les élévations très-rapides, surtout quand la chaleur du
tronc précède de beaucoup celle des extrémités, le frisson fébrile
avec ou sans mouvements convulsifs est un phénomène habituel.
Dans l'abaissement rapide d'une température auparavant très-
haute, on observe souvent des troubles généraux graves, la dys-
pnée, le délire, ainsi que des phénomènes de collapsus.
41.
Les cas morbides qui ne se caractérisent pas par une tempéra-
ture élevée, mais au contraire par une diminution anomale de
chaleur, ne présentent jamais rien de régulier ni de constant dans
leur évolution thermique.
Il faut placer ici plusieurs cas d'inanition, de sclérème, d'in-
toxication chronique, de cancer et d'aliénation mentale grave.
Dans beaucoup d'autres cas, et ce sont les plus fréquents, on
PROPOSITIONS FONDAMENTALES. 25
n'observe qu'un abaissement passager de la température. C'est ce
qui se rencontre parfois clans les rémissions des fièvres rémittentes
à la suite des hémorrhagies ou d'évacuations abondantes, sous
forme de diminution thermique excessive dans le stade de défer-
vescence et quelquefois dans l'agonie.
Un abaissement anomal de la température peut avoir aussi une
influence perturbatrice sur les fonctions et, quand il devient ex-
trême, rendre impossible la continuation de la vie.
HISTORIQUE DE LÀ THERMOMÈTRES MÉDICALE
1. Dès les temps les plus reculés de la médecine, on a reconnu
la valeur de la température du corps comme symptôme morbide.
Pour Iïippocrate et pour tous les médecins de l'antiquité et du
moyen âge, même jusqu'au commencement des temps moder-
nes, la température a été regardée comme le signe le meilleur
et le plus important dans les maladies aiguës. — La plupart con-
sidéraient l'augmentation de chaleur comme le symptôme pa-
thognomonique de la lièvre qui, par sa dénomination tant grec-
que que latine, indique déjà l'élévation thermique comme le point
le plus essentiel.
L'augmentation de la température générale du corps ayant été
reconnue sans conteste, pendant près de deux mille ans, comme
signe caractéristique et essentiel de la fièvre, il est surprenant
que sa signification pathologique ait été écartée ou méconnue pré-
cisément à une époque où il devenait possible de la constater
exactement à l'aide d'un instrument de précision, et que l'explora-
tion thermique ait joui d'un moindre crédit dans une école qui a
vu naître les applications de la physique à la pathologie et au sein
de laquelle aussi le thermomètre a été recommandé et expéri-
menté dans la clinique. Ce fait n'a pourtant rien d'inexplicable :
car c'est précisément par suite de tendances iatro-mécaniciennes
que l'attention s'est tournée, dans la fièvre, vers les phénomènes de
HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 27
mouvement qui frappaient d'abord les esprits, c'est-à-dire sur les
troubles circulatoires, qui s'adaptaient merveilleusement à la
nouvelle théorie régnante. En outre, les aspirations de cette école
nouvelle, qui sentait le besoin d'une observation plus exacte, la
détournaient de l'étude des phénomènes généraux, plus difficiles
à préciser, pour porter son attention sur les lésions locales négli-
gées auparavant.
L'invention de nombreux instruments nouveaux et perfection-
nés destinés à explorer ces modifications locales, parut fournir
au diagnostic un si solide appui que, satisfait de cette précieuse
acquisition, chacun négligea de combler les lacunes que laissait
après elle l'observation incomplète des phénomènes généraux.
Aussi advint-il qu'au moment où l'examen thermoscopique eût
pu acquérir une extrême précision à l'aide des nouveaux moyens
de mensuration, on n'en profita que dans des cas rares et isolés.
Ainsi la thermométrie tomba presque dans l'oubli ; mais il était
réservé à l'époque la plus récente de l'en retirer.
2. Le premier qui fit usage d'un instrument thermométrique,
inventé et construit d'ailleurs par lui-même, pour la détermination
de la température humaine, fut le précurseur de l'École iatro-mé-
canicienne, Sanctorius (1658). Il n'est pas sans intérêt de faire
remarquer que Sanctorius avait déjà compris toute l'importance
de la mensuration et de l'élévation thermique, comme principal
critérium des modifications générales de l'organisme.
Mais ce ne fut qu'un siècle après lui que la thermométrie rena-
quit, pour ainsi dire, avec les perfectionnements apportés à la
technique instrumentale.
C'est au grand Boerhaave qu'en revient le mérite. Quoiqu'il
cherchât le caractère essentiel de la fièvre dans les conditions de
la circulation et qu'il ait dit, par exemple, dans son 581e apho-
risme : «Velocior cordis contractio, cum aucta resistentia adcapil-
laria, febris omnis acutse ideam absolvit, » il fait cependant obser-
ver dans le 675e aphorisme : « Calor febrilis thermoscopio
externus, sensu segri et rubore urinae internus cognoscitur. »
Son élève, van Swieten, a été encore plus explicite ; bien qu'à
son tour, il redise dans ses Commentaires des Aphorismes de
Boerhaave (Lyon, 1745, t. II, p. 26) : « Signum pathognomoni-
28 HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
cum omnis febris est pulsus aucta velocitas » , il ajoute toutefois
à cet aphorisme :
L'appréciation de la température par la main est incertaine.
« Omnium certissima mensura habetur per thermoscopia, qualia
hodie pulcherrima habentur et portatilia quidem, Fahrenheitiana
dicta a primo inventore : accuratissima imprimis illa sunt, quae
argentum vivum loco alterius cujuscunque liquidi continent. Tali
thermometro prius mensuraLur calor hominis sani et plerumque
in indice affixo ille gradus notatus est ; deinde hoc cognito, si
idem thermometrum a febricitante a}gro manu teneatur, vel bul-
bus ejus oriimmittatur, vel nudo pectori aut sub axillis applicetur
per aliquot minuta horse, apparebit pro varia altitudine ascen-
dentis argenti vivi, quantum calor febrilis excédât naturalcm et
sanum calorem. » Il ajoute aussi dans son commentaire, au§ 476:
« Datur in corpore hominis sani caloris gradus, thermometris
mensurandus, a quo nec liquidis, nec solidis aliquid noxœ accidit.
Raro etiam in fortissimis hominibus calor ille nonagesimum sex-
tum gradum thermometri Fahrenheitiani excedit. Ubi vero ultra
centesimum gradum in morbis ascendit, incipit sanguis ejusque
sérum ad coagulationem disponi ; si autem centesimum et vigesi-
mum gradum sequat calor, sérum sanguinis coagulatur. »
Un autre élève illustre de Boerhaave et en même temps col-
lègue de van Swieten, le premier clinicien de Vienne et de l'Alle-
magne, le célèbre de Haën, ne s'est pas contenté de ces données
théoriques incomplètes, mais a fait une application très-étendue
de la thermométrie clinique. — Il est vrai que lui aussi a défini
la fièvre : Une maladie caractérisée par l'accélération anomale du
pouls ; mais avec cela il a utilisé dans une vaste mesure la ther-
mométrie à l'observation des fébricitants.
L'emploi de ses instruments thermométriques était très-défec-
tueux puisqu'il avait l'habitude de laisser le thermomètre appliqué
pendant 7 minutes 1/2 et d'ajouter encore 1° ou 2° Fahrenheit au
chiffre primitivement constaté, parce qu'il avait remarqué que la
colonne de mercure s'élevait encore à peu près à cette hauteur après
ce laps de temps. — Malgré l'imperfection de ce procédé, le ther-
momètre lui fournissait des résultats très-précieux, que l'époque
actuelle a confirmés ou plutôt qu'elle a été obligée de découvrir
de nouveau.
HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 29
Les observations prises par de Haën sont dispersées dans les
quinze volumes de son traité : Ratio medendi. Les plus impor-
tantes sont consignées dans le t. Il, chap x : De supputando
calore corporis humani; t. III, chap. m : De sanguine humano
ejïïsdemque calore; t. IV, chap. vi : De sanguine et calore hu-
mano; t. VII, chap. v. : Varia, $ 5 ; t. X, chap. i : De febribus in-
termittentibus ; chap. n : De morbis acutis, t. XII, chap. n : His-
toria pulsus, etc..
De Haën en pratiquant ses expériences thermométriques sur
un certain nombre d'individus à l'état de santé et de différents
âges, a parfaitement reconnu la loi qui régit l'évolution normale de
la température. « Non autem semel deciesve, sed pluriesipsissima
expérimenta iterata sunt et semper idem docuerunt. » Déjà il avait
constaté cette curieuse particularité de l'élévation de la tempéra-
ture chez les vieillards. — Partout dans ses ouvrages on peut recon-
naître les importantes inductions pathologiques que de Haën pui-
sait dans l'examen thermométrique. Il connaissait les rémissions
matinales et les exacerbations vespérines de la température chez
les fébricitants, l'augmentation thermique pendant le stade algide
« tempore frigoris homini intolerabilis cum pulsu contractiore
minore thermometrum signât octo gradus ultra calorem natura-
lem » (t. II, p. 142) ; il n'ignorait pas les paroxysmes thermi-
ques de la lièvre intermittente, en apparence guérie, et ne présen-
tant en réalité aucun autre symptôme morbide. — Il avait
également remarqué le désaccord qui existe chez certains mala-
des entre le pouls et la température, et le contraste fréquent entre
la sensation subjective de chaleur et l'élévation objective de la tem-
pérature ; les modifications thermiques lui servirent à contrôler
les résultats de ses médications et il considéra le retour de la tem-
pérature à son degré normal comme une preuve de complet réta-
blissement. — Il s'est aussi beaucoup occupé de la théorie de
la chaleur propre et a combattu son origine mécanique (t. II,
p. 163).
Malgré l'autorité du célèbre professeur de Vienne, ses contem-
porains semblent avoir dédaigné la thermométrie médicale.
5. En revanche, en Angleterre, dès 1740, Ch. Martin publia
les premières observations thermométriques exactes sur la tem-
50 HISTORIQUE DE LA THERMOMETR1E MEDICALE.
pérature de l'homme et des animaux à l'état hygide : De anima-
lium colore. L'école de Haller a dirigé aussi son attention vers
l'étude des phénomènes thermiques (Haller-Marcard, Dissertatio
de generatione coloris et usu in corpore humano. 1.741 ,-Grôtt.)- —
Rôderer. Dissertatio de animalium colore, observ. 1758, Gôtt.).
— On peut citer également une dissertation de Pickel [Expérimenta
med. physica de electricitate et colore animali. 1778, Wûrzb.),
dans laquelle il serait fait mention d'expériences relatives à l'in-
fluence des bains de rivière sur la température.
Un des faits les plus importants et les plus remarquables de
thermophysiologie fut néanmoins établi dès 1 774 : Blagden (Philo-
sophical Transactions, p. 5, 1775) prouva que l'homme sain con-
servait une température invariable dans un milieu chauffé jusqu'à
100°, et Dobson (ibid., p. 466) fit la même remarque dans des
cas où la chaleur était portée encore bien plus haut.
Ces faits engagèrent l'illustre physiologiste J. Hunter à publier
ses expériences, commencées déjà en 1 766 (Philosophical Transac-
tions, 1775-78). Ce célèbre médecin montra que les animaux
pouvaient supporter le froid extérieur, par la raison qu'ils produi-
saient en eux-mêmes assez de chaleur pour rétablir l'équilibre
thermique,
J. Hunter observa le premier |l'augmentation de la température
dans les inflammations (il signala pour la première fois ce fait
à la suite d'une opération d'hydrocèle — Works, édit. 1857,
vol. III, p. 558) et combattit l'opinion qui tendait à considérer la
chaleur propre comme le résultat du mouvement du sang. « Vrai-
semblablement, dit-il, la chaleur dépend d'un autre principe inti-
mement uni à la vie et indépendant de la circulation aussi bien que
de la sensation et de la volonté, et ce principe même est une
force qui soutient et règle la machine. » Il ne peut cependant
réussir à déterminer le siège de cette force et il tend à la placer
dans l'estomac.
Peu de temps après, parut en France le remarquable travail snr
la chaleur de Lavoisier, l'inventeur de l'oxygène et le réformateur
de la chimie (Mémoires de l'Académie, 1780). Il chercha avec La-
place les causes de la chaleur animale, et cet illustre auteur l'at-
tribua aux combinaisons chimiques de l'oxygène avec l'hydrogène
et le carbone dans la respiration. Voici comment il s'exprime :
HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 51
« La machine animale est gouvernée par trois grands régulateurs :
la respiration qui consume l'oxygène et le carbone et produit la
chaleur ; la transpiration qui, selon les besoins, diminue et sous-
trait le calorique, et la digestion qui restitue au sang ce que la
respiration et la transpiration lui ont fait perdre. » Bien que La-
voisier considère la combustion de l'oxygène et du carbone comme
cause de la chaleur propre, il n'exclut pas pour cela les autres pro-
cessus chimiques thermogènes. — Pour lui, le siège de la for-
mation de la chaleur doit être placé dans les poumons.
En Angleterre, également, Crawfort (De colori animait, 1779.
Experiments and Observations an animal heat, 1786, et 2e édit.,
1788) cherche les sources de la chaleur animale dans les actes chi-
miques de la respiration ; il suppose qu'il se dégage du calorique
parce que la chaleur spécifique de l'air est plus grande que celle
de l'acide carbonique. 11 dirige en outre son attention sur quelques
écarts pathologiques de la chaleur propre, en particulier sur la
température de quelques parties enflammées et cherche à interpré-
ter ses expériences en faveur de sa théorie.
4. Vers la fin du siècle dernier parut un ouvrage qui, tout en
restant à l'écart des hypothèses et des discussions théoriques,
présente une éminente signification pratique ; cet ouvrage met à
profit, pour la première fois depuis de Haën, les observations ther-
mométriques pour la médecine elle-même, notamment pour les
indications thérapeutiques et pour le contrôle des médications :
c'est le travail de James Currie (Médical Reports on the effects of
mater cold and warm as aremedy in fever and other diseases).
■ — Presque partout dans cet ouvrage, les mensurations thermo-
métriques accompagnent les observations des maladies et la ther-
mométrie pénètre toute la pratique de Currie. C'est d'après les
altérations de la chaleur propre des malades qu'il examine les ef-
fets de l'eau tant froide que chaude, de la digitale, de l'opium, de
l'alcool, de la diète. — Il regarde la perspiration cutanée comme
le régulateur de la température (p. 620).
La valeur seméiologique accordée par Currie à la température
dans les fièvres ressort clairement du passage suivant (que le tra-
ducteur allemand Hegewisch aurait voulu, d'après ce qu'il dit
lui-même, supprimer, s'il n'avait jugé utile de le conserver comme
52 HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
un curieux document du triste état de la médecine en Angle-
terre) : « Though I am far from thinking that fever, properly so
called, consists merely of a séries of phaenomena originating in
a morbid accumulation of beat in the System, yet this symptom
evidently occurs more or less early in that disease » (p. 624). Il
dit plus loin : « That some advantages are to be obtained from a_
strict attention to the state of the heat in fever and to the pro-
per function of the perspiration, this volume affords, if I do not
deceive myself, important proofs. A careful attention to the
changes of the animal heat and to the state of those functions,
on which it dépends and by which it is regulated, though more
requisite in fébrile diseases perhaps than in others is however of
importance throughout the vhole circle of diseases» (p. 621).
Quoique l'ouvrage de Currie ait eu plusieurs éditions en Angle-
terre et ait été très-favorablement accueilli par la critique, il n'a
cependant pas exercé à cette époque de notable influence dans le
monde médical britannique. — En Allemagne il fut moins appré-
cié encore. La traduction de la première partie de ce traité, faite
par Michaelis, fut à peine remarquée, et le traducteur du second
volume, llegewisch, déplore que la première partie ne semblât
même pas être connue des Allemands. — Sa part de traduction
parait avoir eu le même sort dans le principe et ce ne fut que
quinze ans après que Hufeland tira momentanément de l'oubli
l'ouvrage de Currie.
5. Tandis que les praticiens de tous les pays, à l'exception tou-
tefois de Hufeland, négligèrent l'étude de la température dans
les maladies, les physiologistes persistèrent à considérer les phé-
nomènes chimiques de la respiration comme la source de la cha-
leur animale et la théorie de Lavoisier, universellement adoptée,
trouva à peine quelques contradicteurs : (Vacca Berlinghieri
[Esame delta teoria di Crawfort], Buntzen«t quelques autres). Ce-
pendant, les recherches de Coleman (Diss. on suspended respi-
ration, 1791) et le travail de Saissy (Recherche sur la physique
des animaux hibernants, 1808) fournirent quelques faits intéres-
sants qui semblaient en opposition avec cette théorie.
A cette époque, B.-C. Brodie, en Angleterre, s'éleva contre la
doctrine qui faisait provenir la chaleur animale des processus
HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 55
chimiques de la respiration (Some Phijsiological researches respec-
ting the influence of the brain on the action of the heat and on
génération of animal heat. [Philosophie. Transactions, p. 56,
1810] et Fnrther expemments and observations on the influence
of the brain in the génération of animal heat, 1812, p. 578). Il
avait constaté, dans ses expériences, que chez les animaux déca-
pités après la ligature préalable des vaisseaux du cou, quand on en-
tretenait artificiellement la respiration et la circulation pendant
plusieurs heures, la température, malgré la transformation inces-
sante du sang veineux en sang artériel, s'abaissait plus vite que
chez les animaux auxquels la respiration artificielle n'avait pas
été faite après leur décollation. Il conclut de là que la transfor-
mation du sang veineux en sang artériel dans l'acte respiratoire
ne produit pas de chaleur et il cherche la source thermique dans
le système nerveux.
Cette assertion, en provoquant une polémique très-vive, sus-
cita des recherches ultérieures sur les conditions thermogéniques.
— Dalton et surtout John Davy (Philosophie. Transactions, 1814,
p. 590) combattirent avec ardeur la théorie de Brodie ; ce der-
nier entreprit des recherches sur la chaleur spécifique du sang
artériel et du sang veineux et examina comparativement les qua-
lités de ces deux liquides. — Parmi les adversaires de Brodie, il
faut citer en outre : Haie (mémoire publié dans les Archives de
Meckel, t. III, p. 429) et Legallois (ibid., p. 456).
D'un autre côté, Nasse, le traducteur allemand de l'ouvrage de
Brodie, se rangea résolument du côté de celui-ci {Archives de Pœil
et d'Autenrieth, 1815, vol. XII, p. 404-446). — Earle crut même
pouvoir appuyer l'opinion de Brodie sur des observations patholo-
giques (Medico-chirurgic. Transactions, t. VII, p. 175). — Chos-
sat, se fondant sur ses nombreuses expériences physiologiques, as-
sura que la source de la chaleur animale se trouvai V dans le
sympathique (mémoire Sur Vinfluence du système nerveux sur la
chaleur animale. Thèse de Paris, 1820). A la suite de ces dis-
cussions, l'Académie de Paris mit au concours la question des ori-
gines de la chaleur animale. — Deux mémoires furent présentés :
celui deDulong (lu en décembre 1822) et celui deDespretz (lu en
janvier 1825). Tous les deux se prononcèrent en faveur de. la
théorie de Lavoisier. — Ces auteurs, en déterminant chez les ani-
54 HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
maux la quantité de l'oxygène inspiré, et de l'acide carbonique
exhalé par la respiration, mirent l'excédant d'oxygène sur le
compte de la formation d'eau. — Puis ils calculèrent la quantité
de chaleur que devaient produire la combinaison de l'oxygène
absorbé avec le carbone de l'acide carbonique exhalé et la com-
binaison supposée de l'oxygène en excès avec une quantité corres-
pondante d'hydrogène, et ils comparèrent ensuite ces résultats
avec la quantité de chaleur constatée sur les animaux par le pro-
cédé calorimétrique (dont ils ont été les promoteurs dans les re-
cherches physiologiques). — Mais, ayant trouvé par cette voie de
comparaison un excédant de chaleur produite, ils furent conduits
à admettre l'existence d'autres sources de chaleurs dans l'orga-
nisme animal en dehors des processus thermogènes de la respi-
ration.
6. Au moment où ces discussions théoriques étaient soulevées,
les observations directes sur la température humaine devinrent
très-rares.
Gentil étudia cependant les différences thermiques produites
par l'âge, le tempérament, le sexe et les différentes heures de
la journée (De la chaleur animale. — Diss. inaugurale. Paris,
1815; citée par Deyeux dans les Annales de chimie, t. XCVI,
p. 45).
Thomson fit un travail sur la chaleur produite dans les parties
enflammées (reproduit dans les Archives cleMeckel. Voy. p. 405).
Peu de temps après parurent en Allemagne deux travaux d'une
certaine valeur pratique qui se rattachent à celui de Currie. En
effet, Hufeland avait, en 1821, mis au concours l'examen des ex-
périences de Currie sur l'action de l'eau dans les maladies fébri-
les ; la deuxième partie du programme renfermait les propositions
suivantes : « Faire une série d'expériences individuelles, dans le
but de modérer l'intensité delà chaleur fébrile par l'usage externe
de l'eau, selon la méthode de Currie. — L'emploi du thermomè-
tre, avant et après l'application de l'eau, et l'indication du chiffre
des pulsations paraissent devoir être exigées à cet effet. »
Des trois mémoires couronnés et imprimés dans le volume sup-
plémentaire du journal de Hufeland (année 1822), le troisième
(celui de Pitschaft) est sans valeur. En revanche, ceux d'Antoine
HISTORIQUE DE LA THER.M0MÉTR1E MÉDICALE. 55
Frôlich (de Vienne) et de Reuss (d'Aschaffenbourg) renferment
d'utiles et remarquables contributions à la thermométrie patholo-
gique.
On peut trouver quelques mensurations thermiques dans la thèse
de Lucas (Expérimenta circa famem, 1824).
Bailly a écrit un mémoire sur l'altération de la chaleur animale
dans les fièvres algides (Revue médicale, 1825, V. p. 584).
Everard Home (On the influence ofnerves and ganglions in pro-
ducin g animal heat, in Philosophie. Transactions, 1825, p. 257)
a contesté les résultats thermiques exagérés que Grainville préten-
dait avoir observés sur un utérus gravide dont la température au-
rait, selon cet auteur, atteint une élévation vraiment incroyable
(11.8° F.).
Edwards (De l'influence des agents physiques sur la vie, 1824)
a exposé l'ensemble des faits connus jusqu'à cette époque relative-
ment à la chaleur animale.
7. Dans les dix années qui suivirent 1850, il ne parut également
que très-peu d'observations complètes et méthodiques sur les mo-
dalités thermiques dans l'état de santé et dans les maladies.
Il faut ranger dans cette catégorie les excellentes recherches de
Breschet et Becquerel (1855. Annales des sciences naturelles,
2m° série, Zoologie, t. III, IV et IX) qui, il est vrai, n'ont accordé
qu'une faible attention aux conditions pathologiques. A l'aide
d'un appareil thermo-électrique d'une extrême sensibilité, ces au-
teurs ont examiné les différences de température dans les diverses
parties du corps; ils ont aussi constaté une certaine augmentation
thermique dans les parties enflammées.
Le travail presque exclusivement zoophysiologique de Berger,
et ayant trait à peine à la pathologie, embrasse l'étude de la tem-
pérature des différentes espèces d'animaux (faits relatifs à la con-
struction d'une échelle de degrés de la chaleur animale dans les
mémoires de la Société de physique et d'Histoire naturelle de Genè-
ve, t. VI, 2,ue partie, p. 257, et 1856, t. VII, p. 1).
Edwards a écrit un article analytique dans Y Encyclopédie de
Todd (vol. II, p. 648, 1856-59).
Les publications purement médicales de cette époque sont d'un
bien moindre intérêt.
56 HISTORIQUE DE LA THERMOMETRIE MEDICALE.
Collard de Martigny fit paraître, en 1852, dans le Journal com-
plémentaire (t. XLIII, p. 268) un travail sur l'influence de la circu-
lation générale et pulmonaire sur la chaleur du sang et de celle
de ce fluide sur la chaleur animale.
L'article sur la chaleur animale inséré dans le Dictionnaire en
50 volumes (1854, t. VII, p. 175) est divisé en deux parties : la
première, purement physiologique, est écrite par P. H. Bérard,
tandis que la seconde, consacrée aux applications pathologiques,
est signée par Chomel, le premier clinicien de France à cette,
époque. Chomel, il est vrai, attache un grand prix à la tempéra-
ture, mais il pense que la main suffit à la déterminer et que le
thermomètre ne peut donner qu'une idée imparfaite de l'élévation
thermique et n'indique nullement les autres modifications de la
température humaine.
En revanche, Bouillaud, dans sa Clinique médicale (t. I,
p. 294; t. III, p. 426), assure avoir pris plus de trois cents ob-
servations thermiques.
Donné (Arch. génér. de médec. , 2'1,e série, t. IX, p. 129) a examiné
la température chez un très-grand nombre de malades, en compa-
rant ses variations avec la fréquence du pouls et de la respiration.
Piorry (Traité du diagnostic, t. III, p. 28, 1858) reconnaît la
nécessité de la mensuration de la température cutanée dans plu-
sieurs cas morbides et cite à ce sujet le passage suivant de Biot :
« Lorsqu'on voit tant de résultats obtenus parle seul secours d'un
peu de mercure enfermé dans un tube de verre et qu'on songe
qu'un morceau de fer suspendu sur un pivot a fait découvrir le
nouveau monde, on conçoit que rien de ce qui peut agrandir et
perfectionner les sens de l'homme ne doit être pris en légère con-
sidération. »
Piorry a adapté un thermomètre à son stéthoscope et a fait
ressortir avec éloquence toute la valeur de la thermométrie ; mais
les précautions qu'il recommande de prendre pour la mensuration
sont à la fois si nombreuses et si pénibles qu'elles suffiraient pres-
que à éloigner de ce moyen d'investigation.
Malgré les conditions minutieuses prescrites par lui, ses pro-
pres observations sont toutes inexactes et improbables. Il a trouvé
à l'état de. santé des^ températures axillaires s'élevantà 32° R. et
au-dessus ; chez un certain nombre de malades, il a noté des élé-
HISTORIQUE DE LA TI1ERMOMÉTRIE MÉDICALE. 7>1
vations thermiques de 54°, 56° et même 58° R. (cette dernière
température se rapporte à un cas de fièvre typhoïde) ; dans un
prurigo apyrétique, il a constaté à l'aisselle 54° et à l'épigastre
55°. Il a pratiqué en outre des mensurations isolées chez 91 in-
dividus, sur différents points du corps, mais on conçoit l'impossi-
bilité de mettre à profit des observations aussi inexactes.
B. Brodie rapporta, en 1857, ses expériences sur l'élévation de
la température après la section de la moelle épinière et son cas
d'hémorrhagie traumatique dans la portion supérieure de la moelle
accompagné d'une énorme augmentation thermique (Path. and
surgical observations relating to injuries ofthe spinal cord, — in
Médico-chirurgie, translations , t. XX, p. 118).
En 1837, parut àDorpat, une dissertation insignifiante de Wis-
tinghausen {Decalore animali quadam) ayant trait aux causes de
la chaleur animale et de sa constance.
Fricke (de Hambourg) (Zeitschrift fur à. gesammte Med. 1858.
— Heft 5) a fait des recherches comparatives sur la température
axillaire et vaginale avant et pendant la menstruation et a trouvé
clans ce dernier cas une légère élévation thermique.
Frédéric Hasse a publié en 1859 {Untersuchungen zur Physio-
logie und Pathologie von Friedrich und Hermann Nasse. — Bd ïï,
Heft I, p. 115) de nouvelles recherches sur la relation de la cha-
leur animale avec le système nerveux et Hermann Nasse (Ibid.,
190) a communiqué clans le même travail des expériences sur l'in-
fluence thermogène du cerveau et de la moelle.
Gavarret (journal l'Expérience, 1859) confirma le fait déjà
trouvé par deïlaën, mais resté jusque-là dans l'oubli, que la tem-
pérature du tronc présente pendant le frisson fébrile des élévations
aussi considérables que dans le stade de chaleur.
La thermométrie normale a surtout été enrichie à cette époque
par les travaux de John Davy qui a consigné et réuni dans ses re-
cherches physiologiques et anatomiques (1859) toutes ses publi-
cations antérieures. En résumé, les travaux sur la chaleur animale
sont restés épars et clair-semés dans cette période décennale. —
Aussi, Nasse, a-t-il très-bien peint la situation en disant : Dans ces
dix dernières années l'étude de la chaleur animale a été beaucoup
plus négligée qu'auparavant; elle est même resté presque complè-
tement stationnaire.
58 HISTORIQUE DE LA THERMOMÉ 'I RIE MÉDICALE.
8. Entre 1 840 et 1850 commence une série continue de recher-
ches de plus en plus sérieuses et exactes sur la température du
corps, tant à l'état sain que dans les maladies.
A dater seulement de cette époque, les faits de thermométrie
normale et pathologique furent recueillis en plus grand nom-
bre et avec plus de méthode.
Au point de vue de l'observation clinique et abstraction faite de
toute hypothèse théorique, quelques auteurs avaient déjà reconnu
l'importance de la mensuration thermique pour apprécier la gra-
vité d'une maladie, son amélioration ou ses progrès ; d'autres
avaient fixé leur attention sur l'élévation de la température mor-
bide considérée en elle-même ou dans ses rapports avec quelques
symptômes particuliers (pouls, etc.); mais personne (depuis
Currie) n'avait tenté de soumettre à une loi régulière l'évolution
morbide de la température ; l'existence delà thermonomie patho-
logique n'avait pas même été soupçonnée !
Andral que nous retrouvons partout et toujours à la tête du vrai
progrès de son temps, a aussi été le premier à reconnaître la va-
leur clinique de la thermométrie et, en 1841, dans son cours de
pathologie générale, il a formulé un certain nombre de lois
positives sur l'augmentation de la température clans les maladies.
En réponse à la question posée par la Faculté de Halle : Quœnam
sit ratio calons organici partium inflammatione laborantium, in-
vestigetur experimentis accuratius faciendis. — Gierse fit paraî-
tre, en 1842, une remarquable dissertation qu'il compléta ulté-
rieurement par des mensurations soigneuses. — Il ne s'était pas
contenté d'examiner la température de la peau et des muqueuses,
artificiellement ou spontanément enflammées, mais il avait aussi
observé la marche de la température chez les féhricitants (dans
plusieurs cas, de fièvre intermittente, de scarlatine, de rougeole et
d'autres pyrexies). Il avait également examiné la température du
vagin pendant la menstruation et pendant la grossesse, et pris sur
lui-même des observations thermométriques aux différentes heures
de la journée. — Enfin il a ajouté encore à ces précieux travaux
des recherches sur les plantes. Les résultats de Gierse ont été pen-
dant longtemps regardés et cités comme les plus importants sur
la matière et ils conservent encore aujourd'hui une valeur consi-
dérable.
HISTORIQUE DE LA TÏIECMOMÉTRIE MÉDICALE. 59
Les mensurations thermiques pratiquées par Hallmann et inter-
calées dans son travail sur le traitement rationnel de la fièvre
typhoïde (1844), quoique peu appréciés pendant assez longtemps,
n'en sont pas moins très-intéressantes. — Pénétré de l'utilité de
la thermométrie médicale et de sa valeur clinique, Hallmann s'est
appuyé de préférence sur les résultats fournis par l'observation de
la température dans la fièvre typhoïde pour préconiser contre cette
maladie le traitement hydrothérapique. îî a en outre fait un cer-
tain nombre d'expériences sur les variations thermiques chez les
individus sains soumis à diverses influences.
En France, vers 1845, furent publiées les recherches expéri-
mentales de Chossat sur l'inanition (Mém. de l'Académie royale
des sciences, t. VIII, p. 458) qui, du reste, avaient été déjà dépo-
sées à l'Académie depuis 1858.
Dans la deuxième partie de son travail (à partir de la page 552),
Chossat étudie les effets de l'inanition sur la chaleur animale, et à
ce sujet il discute avec soin les variations quotidiennes de la tempé-
rature à l'état normal. 11 considère les écarts entre la température
du jour et celle de la nuit comme une preuve « que les combinai-
sons d'où résultent les dégagements de la chaleur animale se font
essentiellement sous l'influence nerveuse » (p. 554). Il examine
ensuite l'abaissement thermique dans l'abstinence complète, ainsi
que dans les cas d'alimentation insuffisante et indique les minima
que la température peut présenter dans la mort par inanition.
Les recherches de H. Roger sur la température chez les enfants
à l'état physiologique et pathologique, publiées à partir de 1844,
dans les Archives générales de médecine (série iv, t. IV -IX), sont
très-intéressantes, quoique exécutées sur un plan trop restreint et
dépourvues en partie des précautions qui garantissent la certitude
des résultats. — Après avoir traité la question de la technique ther-
mométrique, Roger consacre une partie de son travail à l'étude de
la température physiologique des nouveau-nés (depuis la naissance
jusqu'à la première semaine et même plus tard), puis il examine les
modifications thermiques que produisent chez les enfants la fièvre
éphémère, la fièvre typhoïde, les fièvres intermittentes, la variole,
la scarlatine, la rougeole, l'érysipèle, le rhumatisme, la péricar-
dite et l'hypertrophie du cœur, la stomatite, l'entérite, la dysen-
terie, la méningite, l'encéphalite, la laryngite, la bronchite, la
40 HISTORIQUE DE LA THERMOMETRIE MEDICALE,
pleurésie, la' pneumonie, la tuberculose, la coqueluche, la chorée,
les hydropisies, le rachitisme et la paralysie ; il termine par l'é-
tude de la température dans la gangrène de la bouche, et dans
l'œdème des nouveau-nés.
Il résume à la fin de son travail le résultat de ses recherches, au
point de vue pratique, c'est-à-dire sous le rapport de leur appli-
cation au diagnostic et au pronostic. — Personne avant cet auteur
n'avait réuni encore un ensemble aussi considérable de faits ther-
mométriques et il a su parfaitement apprécier la valeur clinique
de ses recherches.
Si, malgré son étendue, son travail ne fait pas suffisamment res-
sortir toute l'importance de la thermométrie pathologique, il fa-ut
en chercher la raison dans ce fait que Roger avait trop rarement
répété ses mensurations dans chaque cas isolé. Il n'avait pratiqué
en général qu'une, seule mensuration, car il avait plus de tendance
à comparer les degrés d'élévation dans différentes maladies et à
fixer la limite inférieure extrême que' la température pouvait at-
teindre, qu'à étudier l'évolution thermique propre à chaque mala-
die, ce qui, cependant, constituait le point essentiel. Néanmoins,
les conclusions de son travail plein d'observations exactes sont en-
core aujourd'hui du plus grand intérêt.
Demarquay a publié un mémoire de pathologie expérimentale
dans lequel il examine l'influence de la douleur, de l'hémorrhagie,
de la ligature des vaisseaux, des inflammations traumatiques, des
étranglements intestinaux, de l'action des différents agents toxi-
ques sur la température des animaux (Recherches expérimentales
sur la température. — Dissert., 1847). L'année suivante il a en-
trepris avec Duméril des expériences relatives à l'influence dépres-
sive del'éther et du chloroforme sur la température (1848. Archiv.
génér. de médec, t. XVI ; 4me série, p. 189).
A la même époque, G. Zimmermann, chirurgien militaire à
Hamm, commençait à faire de nombreuses observations sur la tem-
pérature. Ses premiers travaux, publiés en Prusse dans le Medic.
d. Vereins fur Hellkunde (1846, n° 50 et 40), furent peu de temps
après suivis de nombreuses recherches insérées dans le même jour-
nal (1847, n° 19-20 et 55-56), dans le Prager med. Viertel,
1847, R. IV, p. 1, dans les Archives de Chimie et de Micrographie,
(184) et dans son traité Sur V analyse du sang. — Avec l'année
HISTORIQUE DE L\ TIIERMOMÉTR1E MÉDICALE. 41
1850, commence une nouvelle série de publications faites par ce
médecin : en premier lieu, dans les Archiv fur physiologisch.
Heilkunde (1850, p. 285), dans la première livraison d'une Revue
scientifique dont il était lui-même le rédacteur (Archiv fiïr Patho-
logie und Thérapie, 1850), dans Deutsche Klinik, 1851, n°56, et
1852, n° 9 ; dans le journal médical trimestriel de Prague (Pra-
ger medicin. Vierteljahrsclirift, 1852, B. IV, S. 97) clans la
Gazette médicale de la Santé (Med. Zeitung der Vereins fur Heil-
kunde in Preussen, 1852) , surtout dans une brochure spéciale :
Pœcherches cliniques sur la fièvre, V inflammation et les crises,
1854. — Zimmermann a eu le grand et incontestable mérite de
poursuivre avec une rare persévérance ses observations de thermo-
métrie clinique à une époque où l'importance de cette étude était
méconnue de tous. Aussi peut-on lui pardonner ses paroles violen-
tes et acerbes contre ses antagonistes, qui mettaient en doute la
valeur de ce nouveau mode d'observation.
Zimmermann nous a laissé un nombre très-imposant de publi-
cations sérieuses. Mais leur abondance et leur étendue ont, il est
vrai, peu encouragé les auteurs à le suivre dans cette voie. Sans
parler de la quantité considérable de faits importants qu'ils ren-
ferment, ses travaux ont en outre l'avantage d'avoir posé d'une
façon claire et précise l'indépendance absolue des élévations ther-
miques anomales dans les processus inflammatoires locaux, et l'aug-
mentation de chaleur des parties phlogosées.
Grâce sans doute à l'heureuse influence de Nasse qui, à cette
époque, paraissait être le seul clinicien de l'Allemagne et qui s'in-
téressait vivement à l'étude de la thermométrie, parut à Bonn la
dissertation inaugurale de J. Peter Schmitz : De calore in morho,
accompagnée de près de trois cents mensurations thermiques pri-
ses dans différentes maladies (1849).
A ces travaux pratiques se rattachent les recherches de John
Davy que nous avons précédemment mentionnées et qui renferment
un certain nombre de faits simplement observés, sans déductions
théoriques, mais qui peuvent être utiles par leur synthèse et leur
généralisation.
John Davy, depuis 1844 jusqu'à 1850, a publié un certain nom-
bre de travaux d'une importance de plus en plus grande, qu'il a
réunis en 1865 dans ses Physiological Researches. Ils ont trait
42 HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTR1E MÉDICALE.
à la température chez les vieillards, à l'influence de la tem-
pérature du milieu ambiant sur la chaleur animale, aux fluc-
tuations quotidiennes de la température, à l'influence ther-
mique des saisons, des mouvements actifs, de la contention
d'esprit, de la diète, du mal de mer. Ces études faites aussi
bien dans les pays froids que dans les climats tropicaux, ren-
ferment encore quelques autres considérations de moindre im-
portance.
Quoique ces recherches ne puissent en tous points prétendre à
une exactitude complète, elles n'en renferment pas moins une
série de notions élémentaires d'une grande valeur.
Quelques autres physiologistes se sont appliqués à l'étude de
certains points de la chaleur animale. Fourcault, Flourens, et sur-
tout Magendie ont fourni des contributions expérimentales à la
physiologie thermique.
Bergmann a fait paraître en 1845 dans les Archives de Millier
(1840) un travail critique sur la chaleur animale, et en 1847 [Gôt-
tinger Studien, p. 595) un mémoire sur le rapport qui existe entre
le volume des animaux et leur économie thermique.
Helmholtz publia en 1846 un article de fond très-complet sur la
chaleur dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales
de Berlin (livr. XXV, p. 525), et ce célèbre physiologiste fournissait
en 1848 la preuve du développement de chaleur produit par l'ac-
tion musculaire.
Un traité de Donders traduit du hollandais parut en 1847 ; il
avait pour titre la Nutrition comme source de chaleur dans les
plantes et chez les animaux. A ces travaux physiologiques nous
devons rattacher encore le traité de Frédéric Nasse intitulé Com-
bustion et respiration (1846).
9. C'est surtout à partir de 1850 que la théorie de la chaleur en
général et de la chaleur animale en particulier a fait les plus
grands progrès. Des principes nouveaux qui, au début, parais-
saient insignifiants, vont maintenant dominer toute la doctrine de
la thermologie.
11 faut mentionner en premier lieu l'opinion de Liebig sur l'ori-
gine de la chaleur animale, fondée moins sur des expériences
directes que sur des conceptions judicieuses et habiles. Elle réside,
HISTORIQUE DE LA TIIERMOMETRIE MEDICALE. ',5
selon lui, dans les échanges réciproques entre les parties consti-
tuantes des aliments et l'oxygène répandu dans le corps par l'in-
termédiaire de la circulation. (De la chimie organique et de ses
applications à la physiologie et à la patliologie, 1842). — Les
hypothèses émises par Liebig dans ce traité ne sont pas toutes
soutenables : ainsi, il est difficile de maintenir dans toute sa
rigueur la distinction qu'il établit entre les aliments plastiques
et les aliments respiratoires thermogènes ; sa digression dans le
domaine de la pathologie n'est pas précisément heureuse. Quoi
qu'il en soit, les conclusions faisant dériver la chaleur animale
des processus chimiques et en particulier des oxydations intersti-
tielles, persistent dans toute leur intégrité et dans leur plus com-
plète signification. L'édifice dont Lavoisier avait posé les premiers
fondements, étayé et accru par Liebig, recevait ainsi son couron-
nement, et la théorie de l'illustre savant français se trouvait désor-
mais à l'abri de toute attaque.
Mais la connaissance plus approfondie de la nature singulière
des agents dits impondérables, des forces chimiques et du mouve-
ment devait bientôt conduire à une conception toute nouvelle qui
ramenait tous les processus physiques et chimiques à une force
unique. Celle-ci pouvait se présenter sous forme de lumière,
comme celle du soleil, foyer inépuisable de lumière, tantôt comme
différence chimique se transformant bientôt en chaleur ; ou bien
en tant qu'effet mécanique (mouvement) se changeant en élec-
tricité.
Dans toutes ces modalités, dans toutes ces transformations, cette
force reste toujours constante dans la nature inorganique aussi
bien qu'organique.
Cette idée sublime destinée à faire époque appartient au docteur
J. R. Mayer, médecin à Heilbronn, et se trouve pour la première
fois émise dans son court travail sur les forces de la nature inani-
mée (Annales de Wôhler et Liebig, mai 1842), puis développée
dans son opuscule sur le mouvement organique et ses rapports avec
la nutrition (1845). Sa théorie du mouvement considéré comme
équivalent mécanique de la chaleur, au début très-incomplète,
après avoir progressivement acquis toute son extension et sa véri-
table portée est devenue la base des doctrines modernes ayant trait
à la nature de la chaleur, aux forces naturelles en général, à leur
44 HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
conservation et à leurs transformations mutuelles; lorsque dix ans
plus tard Helmholtz appliqua ces mêmes idées à la science en
général, leur influence sur l'étude de la chaleur entreprise sur
ces bases nouvelles est devenue décisive et radicale. Aussi encore
aujourd'hui en tous lieux chacun s'accorde à proclamer que Mayer
est le véritable inventeur de la théorie mécanique des forces natu-
relles.
« Ex nihilo nilfit : nil fit ad nihilum, » dit Mayer (le Mouve-
ment organique., p. 5). L'effet est semblable à la cause, l'effet d'une
force est à son tour une force. Il n'y a donc en réalité qu'une seule
et même force qui, dans son éternelle transformation agit inces-
samment aussi bien chez les êtres vivants que clans la nature ina-
nimée. Toujours quand elle entre en jeu cette force se transforme
(p. 6). La chaleur est une force : elle se change en effet mécanique
(p. 10). La combinaison chimique est une force, sa transforma-
tion en chaleur produit la combustion (p. 55). Dans tous les actes
physiques et chimiques la susdite force conserve la même inten-
sité : c'est une constante mathématique (p. 52). L'unique source
de la chaleur animale est un processus chimique, et dans l'espèce
c'est un processus d'oxydation (p. 46). La force chimique renfer-
mée dans les aliments ingérés et dans l'oxygène absorbé par la
respiration est la cause productrice des deux manifestations dyna-
miques du mouvement et de la chaleur, et la somme des forces
physiques produites dans un être vivant est égale à l'intensité des
processus chimiques qui se sont opérés dans le même temps
(p. 45).
Ces données qui ont déjà été si fructueusement utilisées en phy-
sique et en physiologie, ne peuvent manquer de s'étendre tôt ou
tard à la pathologie, quoique dans ce cas leur application soit
rendue extrêmement difficile par la multiplicité des conditions
morbides si obscures et si complexes.
Mayer, dans son célèbre travail, n'a pas seulement, par sa
théorie, jeté un jour tout nouveau sur beaucoup d'actes physiolo-
giques, mais il a encore éclairé de la façon la plus ingénieuse
quelques points de pathologie. Dans son travail sur la fièvre
sont consignées des applications pathologiques plus complètes et
plus étendues de sa théorie (Archiv der Heilkunde, 1862, page
585).
HISTORIQUE DE LA THERMOMÉÏRIE MÉDICALE. 45
Peu de temps après Mayer, Joule (de Manchester) a démontré ex-
périmentalement le rapport invariable qui existe entre la chaleur
et la force mécanique, eu établissant que une quantité donnée de
force produit une quantité déterminée de chaleur, et que, d'autre
part, la quantité de chaleur qui accroît d'un degré la température
d'une certaine masse d'eau est capable de produire une action mé-
canique d'une intensité proportionnelle. — C'est de là qu'ont pris
naissance la notion et le terme de kilogrammètre pour désigner la
force mécanique nécessaire et suffisante pour élever un kilogramme
d'eau à la hauteur d'un mètre (ou un gramme à la hauteur d'un ki-
lomètre). On a ainsi trouvé que la chaleur qui peut'augmenterd'un
degré la température d'un kilogramme d'eau, élevé à un mètre,
est 424 kilogrammes, et inversemenLque cette même force mécani-
que qui produit cette dernière action, fait croître d'un degréla tem-
pérature d'un kilogramme d'eau ; en d'autres termes que l'équiva-
lent mécanique de la chaleur (la quantité de chaleur nécessaire
pour échauffer d'un degré un kilogramme d'eau, étant prise pour
unité) = 424 kilogrammètres.
Ilirn (de Colmar), s'appuyant sur des expériences directes, a
prouvé que la production de chaleur dans le travail ne correspon-
dait pas à la quantité d'oxygène consumé et qu'elle se transformait
elle-même en partie en travail. Tandis que dans le repos absolu, il
se consume clans une heure 50 grammes d'oxygène et il se produit
155 calories ; pour un travail de27,450 kilogrammètres à l'heure,
la consommation d'oxygène est de 152, et la chaleur produite at-
teint à peine 251 calories; en comparant ces résultats, on voit que
la dépense d'oxygène dans le second cas est 4 fois § plus grande,
tandis que la chaleur produite esta peine augmentée de 1 fois f.
Par conséquent, la différence a dû servir d'aliment au travail.
Il faudrait, pour approfondir ces travaux, entrer dans de plus
amples détails ; qu'il nous suffise de montrer ainsi l'impulsion
nouvelle que l'initiative de Mayer a imprimée à l'étude de la cha-
leur.
10. Dans ces dix dernières années, la thermométrie est entrée
dans une nouvelle voie toute pratique et a ainsi atteint son plus
complet développement.
Deux médecins allemands avaient déjà, depuis 1850 et 1851,
46 HISTORIQUE DE LA THEUMOMÉTRIE MÉDICALE.
publié d'importantes observations au point de vue de la thermo-
métrie clinique c'étaient : Bœrensprung et Traube.
La question de priorité entre ces deux auteurs reste encore
douteuse.
Traube avait déjà publié avant Bœrensprung ses premières men-
surations thermiques dans son mémoire sur l'action de la digitale
envisagée surtout au point de vue de son influence sur la tempé-
rature dans les maladies fébriles (Annales de la Charité, 1850,
p. 622) ; mais, clans d'autres publications faites la même année (en
mars et en juin), il avoue qu'il n'a pas encore appliqué le thermo-
mètre sur les pneumoniques. Son premier cas renfermant des
tracés thermiques est une fièvre typhoïde observée le 18 juin
1850.
Le travail de Bserensprung intitulé Recherches sur la tempéra-
ture du fœtus et de l' adulte à l'état physiologique et morbide^ parut
en 185! dans les Archives deMûller; par conséquent, bien après la
première publication de Traube. Mais l'abondance des matériaux
réunis dans cet ouvrage permettent de supposer que ses recher-
ches ont été antérieures à celles de Traube.
Ainsi donc il importe fort peu de juger la question de priorité
entre ces deux éminents observateurs qui ont travaillé simultané-
ment le même sujet à i'insu l'un de l'autre, et alors même que
l'un d'eux aurait eu le mérite de l'initiative, la valeur de l'autre
n'en serait nullement amoindrie.
Le travail de Bœrensprung est un ouvrage vraiment classique :
il pose en effet tous les principes fondamentaux de la thermomé-
trie, il étudie la température dans ses innombrables modalités, et
les résultats de toutes ses recherches sont d'une telle exactitude
qu'ils ont servi de base aux observations ultérieures. Les faits qui
jusque-là n'était qu'imparfaitement connus ou incomplètement
tracés dans quelques écrits douteux, se trouvent maintenant, grâce
aux travaux de Bœrensprung, généralisés, répandus, approfondis,
rassemblés enfin et constituent, en un mot, un corps de doctrine. Si,
malgré cela^ son œuvre n'a pas exercé sur les praticiens l'influence
qu'elle aurait pu avoir et à laquelle son mérite lui donnaitledroit.de
prétendre, il faut en chercher la cause dans les précautions minu-
tieuses dont il a entouré sa méthode d'investigation. Mais cette
exactitude même n'est elle pas une garantie nouvelle pour un ob-
HISTORIQUE DE LA THEKMOMÊTRIE MÉDICALE. 47
servateur consciencieux ? 11 est vrai que les doubles décimales que
Bœrensprung avait cru devoir ajouter à l'échelle thermométrique,
l'importance qu'il ajoutait à des différences de T'0 de degré (et
même moins), l'obligation qu'il imposait de laisser le thermomè-
tre appliqué pendant une demi-heure pour chaque mensuration,
devaient rendre la thermométrie fort peu séduisante pour la pra-
tique et pouvaient même la faire paraître incommode et imprati-
cable dans la clientèle privée et exceptionnellement possible dans
la pratique nosocomiale.
Les recherches thermométriques de Traube, au contraire, tout
en portant l'empreinte d'un esprit éminemment observateur, et
entreprises dans le but d'élucider des questions a la fois théori-
ques et classiques (action de la digitale, crises, jours critiques) ont
démontré qu'il existe un moyen d'éclaircir les points les plus
obscurs et les plus controversés de la pathologie : ce précieux et
incomparable instrument est le thermomètre.
H . J'ai moi-même commencé, sous l'instigation de Traube lui-
même, des mensurations thermiques à partir du mois d'octobre
1851. L'emploi du thermomètre, réservé au début à certains cas
particuliers, acquit peu à peu une plus grande extension dans ma
clinique et fut continué avec beaucoup de soins et de persévérance.
Depuis dix-sept ans, il n'entre pas un seul malade dans mon ser-
vice dont la température ne soit prise régulièrement. Tandis
qu'au début je me contentais de deux mensurations par jour, de-
puis près de douze ans, la température des fébricitants est prise
quatre à six fois par jour et quelquefois même plus souvent encore
s'il y a lieu. Le nombre des observations recueillies dans ma cli-
nique et accompagnées de tracés thermométriques s'élève à plus
de 25,000 et j'évalue à plusieurs millions le chiffre des mensura-
tions isolées.
Je me suis proposé tout d'abord l'étude aussi complète que pos-
sible de révolution de la température dans les maladies, abstrac-
tion faite de toutes considérations théoriques et, sans me laisser
égarer au début par la recherche de quelques faits isolés ou de
questions posées à l'avance, voulant surtout^annihiler l'influence
des cas fortuits par le nombre même des observations rassem-
blées.
48 HISTORIQUE DE LA TUERMOMÉTRIE MÉDICALE.
Comme mes observations se comptent par centaines de mille,
elles me semblent constituer une donnée suffisante pour répondre
à la question, à mon sens, la plus importante, la plus sérieuse et
qui domine toutes les autres ; c'est-à-dire celle de savoir s'il existe
une loi qui régisse le cours régulier de certaines formes morbides,
et s'il nous est permis de la connaître et de la préciser d'après la
marche de la température ?
La réponse affirmative à cette question pourrait déjà nous être
donnée par l'examen d'une maladie aiguë la plus grave : la lièvre
typhoïde, et par celui d'une épidémie de typhus exanthématique,
il est vrai légère et de courte durée, que j'ai très-attentivement
observée à Leipzig.
Une observation attentive et un examen scrupuleux m'ont fait éga-
lement reconnaître la régularité du cours des autres formes mor-
bides. — Je me suis ainsi fermement convaincu de la valeur incal-
culable de la thermométrie. Je suis si profondément pénétré de son
utilité pratique, que personne auparavant n'avait soupçonnée, 'que
je voudrais faire partager aux autres ma ferme et inébranlable con-
viction.
Je crois avoir fait des recherches d'un certain intérêt et les avoir
corroborées, vérifiées, et confirmées complètement. — Sans parler
des communications faites par mon ancien interne (M. Thierfelder)
sur la fièvre typhoïde, ni de mes propres publications relatives au
typhus exanthématique et de mes considérations générales sur
l'évolution thermique dans certaines maladies, insérées dans mon
Traité de pathologie et de thérapeutique (deuxième édition) ; déjà
six ou sept ans après avoir entrepris mes premières mensurations
dans ma clinique, j'avais établi les points les plus importants et
les données les plus utiles de la thermométrie; plus tard, j'ai re-
cherché, d'après de nouveaux cas, les différentes applications de
cette méthode à la pathologie et les éléments nombreux qu'elle
pouvait fournir au diagnostic.
[Voir mes travaux dans les Archives de médecine physiologique
(Arch. fur phijsiol. Heilkunde, 1857 et 58) et dans les Archives de
médecine (Arch. fiïrHeilkunde, 1860-69).] Néanmoins, la réunion
des immenses matériaux que j'avais déjà à ma disposition, et qui
m'ont permis d'établir des principes généraux et de déterminer le
cours normal et régulier des formes morbides, m'eût semblé une
HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.] 49
œuvre au-dessus de mes forces, si je n'avais été aidé dans ma tâche par
un certain nombre de collaborateurs intelligents et dévoués qui
ont bien voulu travailler, nuit et jour, à la révision et au classement
de mes observations. La plupart d'entre eux ont déjà traité, dans
des publications spéciales, un certain nombre de questions relatives
à la thermométrie, en s'appuyant d'une part sur leurs propres expé-
riences, et en puisant d'autre part les éléments de leurs travaux
dans les archives de ma clinique recueillies depuis seize ans.
J'éprouve le besoin de citer les noms de mes collaborateurs et de
mes anciens élèves, et de leur renouveler ici tous mes remercîments.
Ce sont : MM. les docteurs Thierfelder (depuis professeur de clinique
à Bostock), Uhle (d'abord professeur de clinique à Dorpat, puis à
Iéna), Friedmann (médecin praticien), Rosser, Nakonz, Geissler
(aide de clinique et professeur), Wolf, Blass, Thomas (professeur
et directeur de la Polyclinique), Siegel (médecin à Leipzig),
Schenkel, Treibmann, Friedlander, Heinze ; mes internes actuels,
les docteurs Heubner, Stecher et Hankel, enfin la plupart de mes
anciens élèves, qui ont aussi publié d'intéressantes études de ther-
mométrie, en particulier MM. les docteurs Seume, Michael et
Hûbler, etc.
Je dois, il est vrai, reconnaître que ma tâche n'est pas restée
infructueuse.
Les mensurations thermiques dont on avait osé sourire après les
premières communications que j'en avais faites dans ma clinique
et qu'un critique français avait regardées comme des tentatives in-
fructueuses, tout au plus applicables dans les petits hospices alle-
mands où le nombre des malades est à peu près égal à celui des
médecins, ces mensurations, dis-je, se sont généralisées aussi bien
dans tous les établissements cliniques de l'Allemagne que dans la
plupart des hôpitaux, sont même devenues usuelles dans la prati-
que civile et sont aujourd'hui considérées comme une partie essen-
tielle de l'étude des fièvres.
Que l'on compare l'état de la thermométrie, il y a dix ans, avec
le développement qu'elle a acquis aujourd'hui, et l'on verra qu'il
est peu de doctrines scientifiques qui aient fait de plus grands et
de plus rapides progrès. C'est principalement sur les modalités de
la température que l'attention a été le plus vivement attirée.
R. Litchenfels et R. Frôhlich ont étudié, à plusieurs points de
50 HISTORIQUE DE LA. THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
vue, les conditions de température à l'état hygide ainsi que ses mo-
difications et ses changements (Observations sur les lois de la fré-
quence du pouls et de la température à l'état physiologique et
sous l'influence de certaines causes — in Denkschr. der Wiener
Académie, 1852, Math.naturivissenschafl. Classe, Bd. III,Abth. 2,
p. 115). Parmi les travaux qui se rattachent à ce sujet, nous de-
vons citer ici ceux de : Damrosch (Sur les fluctuations quotidiennes
de la température de l'homme à l'état de santé, in Deutsche Klinïk,
1855, p. 515); Knauthe (Tracés de la température physiologique
prise toutes les demi-heures et tous les quarts d'heure, in Zeitschrift
fur Medicin, 1865, Heft 8) ; W. Ogle (On the diumal variations
in the temp. of the human body in Saint-Georges hospit. reports,
1866, 1, 221) ; Jûrgensen (Sur la marche typique de la tempéra-
ture quotidienne chez l'homme bien portant, in Deutsches Arch.
fùrUinisch. Medici?i, 1867, t. III, p. 166).
Les modifications imprimées à la température par la grossesse,
par la parturition et les couches, aussi bien que les modalités ther-
miques des nouveau-nés ont été l'objet de recherches conscien-
cieuses qui, du reste, ont été confirmées plus tard. — L'état de la
température après les traumatismes a été aussi étudié avec le plus
grand soin, notamment par Billroth et par 0. Weber. Grâce à
leurs travaux, la thermométrie est entrée dans la pratique chirur-
gicale.
Quant aux maladies internes, elles ont été le sujet d'un très-
grand nombre d'observations thermométriques. — Les faits rap-
portés par Bœrensprung, Traube et ceux de ma clinique me sem-
blent déjà considérables par eux-mêmes, et l'on doit encore y
ajouter toutes les observations ultérieures qui ont servi à confir-
mer les principes déjà établis ou à élucider quelques points spé-
ciaux. Nous aurons occasion de les citer à propos de chaque mala-
die en particulier. ■ — Les travaux d'ensemble ont été entrepris par
Jenni (Observations sur la température dans les maladies, 1860),
Wolf (Aperçu général des observations thermométriques faites jus-
qu'à ce jour, in Archiv des Vereins fur wissenschaft. Heilkunde,
1864, neueFolge, t. I, p. 561) et l'on peut trouver un bon résumé
analytique dans le Traité de pathologie générale de Uhle et Wagner
(3Aufl.,p. 557-560).
L'emploi du thermomètre dans les maladies a exercé une in-
HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTME MÉDICALE. 51
fluence incontestable sur l'administration plus rationnelle des
bains froids dans la fièvre typhoïde et dans quelques autres mala-
dies. A cet égard, Brand (de Stettin) a frayé la voie nouvelle, bien-
tôt suivie par Bartels et Jùrgensen, Liebermeister, Ziemssen,
Obernier, Wahl, Barth, Mosler, Immermann, qui, tous, ont plus
ou moins préconisé le traitement hydrothérapique dans les mala-
dies fébriles.
De toutes parts, à l'étranger, en Hollande, en Bussie, en France,
en Italie, en Angleterre et jusqu'aux Etats-Unis, la tiiermométrie
médicale est entrée dans la pratique, et quoique j'ai trouvé mes
travaux ou ceux de mes élèves et de mes internes fidèlement repro-
duits (parfois sans que mon nom soit même mentionné) dans les
nombreuses publications étrangères, elles n'en renferment pas
moins parfois d'intéressantes recherches personnelles. — Nous
devons citer en premier lieu les importants travaux de tiiermomé-
trie publiés en Russie par des médecins qui, pour la plupart, sont
d'origne allemande. — En Hollande, van Fokker a fait paraître,
en 1865, un résumé général des éléments delà tiiermométrie :
Over de Temperatuur van den Mensch in gezandenen zieken
tœstand. — En France, non-seulement on trouve de très-nombreu-
ses dissertations sur ce sujet (thèses de Maurice, Spielmann, Fou-
que, Aronssohn, Hardy, Duclos, etc.); mais encore plusieurs
médecins distingués, connaissant la littérature allemande, ont fait
ressortir toute l'importance de la tiiermométrie clinique ; au pre-
mier rang doivent se placer Charcot (dans plusieurs mémoires et
travaux), et Jaccoud (Leçons de clinique médicale, 1867, et Traité
de pathologie interne, 1869, p. 72-92).
A Genève, Ladé a fait un bon travail sur la température du corps
dans les maladies (1866), ainsi que Ladame, à Neufchàtel : Le
thermomètre au Ut du malade ; recherches physiologiques et pa-
thologiques sur la température de l'homme in Bulletins de la
société des sciences naturelles de ISeufchâtel.
En Amérique, Bennet Dowler (de New-Orléans), aurait, d'après
Lewick (Pennsylv. Hosp. Reports, 1868, 1. 1, p. 582), déjà bien
avant 1851, entrepris un certain nombre d'expériences (Resear-
ches in to animal heatin the living and dead body), publiées beau-
coup plus tard (1856) dans le New-York médical Gazette (juillet)
et dans le New-Orleans med. and surgical Journal. — Seguin
52 HISTORIQUE DE U THERMOMÉTRIË MÉDICALE.
(Médical record, 1866; t. I, p. 516) a surtout fait connaître nos
travaux en Amérique, et, grâce à lui, la thermométrie s'est ainsi
répandue et vulgarisée. — En Angleterre, John Simon et puis
surtout Sidney Ringer (On the température ofthebody as a means
of diagnosis in phthisis and tuberculosis, 1865) et Aitkin (cet au-
teur dans son traité intitulé : Science and praclice of médiane, a
publié mes observations sur chaque maladie fébrile en particulier
ainsi que la plupart de mes tracés thermiques) ; ces trois derniers
ont, par leurs travaux, fait ressortir d'une façon saisissante la va-
leur de la thermométrie et ont réussi à convaincre leurs compa-
triotes des précieux avantages de ce nouveau mode d'investigation.
Plusieurs médecins distingués de l'Angleterre ont imprimé tout
récemment à la thermométrie pathologique une impulsion à la-
quelle sans nul doute les derniers travaux allemands, en particu-
lier ceux de Weber et deBaumler, ne sont certainement pas restés
étrangers. Voyez les articles de Compton (dans Dublin Journal,
août 1866), de Grimshaw (ibid., niai, 1867), de Warter (St-Bar-
ilwlom. Hospit. Reports, !866),M'Cormak (Med. Times and Gazet.,
1866), Gibson (British med. Journal, 1866), Smith (Edin'b. med.
Journal, 1866), et bien d'autres encore.
12. Tandis que les observations directes de la température chez
les malades se multipliaient et que la thermométrie pathologique
se trouvait ainsi constituée, dans ces dernières années appa-
raissaient en même temps les recherches et les discussions théo-
riques.
Nous devons en premier lieu signaler les traités généraux, les
mémoires et les travaux sur la chaleur en général et sur la cha-
leur animale en particulier.
F. Nasse : Chaleur animale (Rud. Wagner's Handwôrterbuch
der Physiologie, 1855; Bd. IV, p. 1).
Gavarret : De la chaleur produite par les êtres vivants (1855).
A. Fick : Physique médicale (1856, p. 162).
G. -A. Hirn : Recherches sur V équivalent mécanique delà cha-
leur (Colmar,1858; 2meédit., 1865).
G. Zeuner : Essais sur la théorie mécanique de la chaleur avec
des considérations spéciales sur Pévaporation (1860); deuxième
édition complètement revue et corrigée (1866).
HISTORIQUE DE LÀ THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 53
C. Ludvwg : Traité de Physiologie humaine; 2me édit, 1861
(t. II, p. 719-758).
R.Clausius : Mémoire sur la théorie mécanique de la chaleur
(1864).
John Tyndall : La chaleur considérée comme un mode de mou-
vement (traduit de l'anglais par l'abbé Moigno, 1864).
Bertelot : Sur la chaleur animale clans le Journal de Vanatomie
et de la physiologie normale et pathologique, de Robin (t. II,
p. 652) et dans la Gazette médicale de Paris (c. XX, p. 474 ;
1865).
Onimus : De la théorie dynamique de la chaleur (1866) dans
les Comptes rendus de la société de biologie.
R. Mayer : Mécanique de la chaleur, 1867 (résumé de ses pu-
blications antérieures). Voyez aussi les chapitres spéciaux dans
les récents dictionnaires de physique et de physiologie.
Les nombreuses recherches expérimentales et les discussions
théoriques qui s'y rattachent sont également du plus haut intérêt
au point de vue de l'interprétation des faits pathologiques et de
l'explication des causes de la chaleur fébrile. — Les expériences
entreprises par Cl. Bernard, depuis 1852, n'ont pas peu contribué
à démontrer l'influence que les nerfs vasculaires exercent sur la
température.
Un grand nombre de physiologistes distingués se sont occu-
pés de cette intéressante question. — Les travaux de Liebermeis-
ter (1859) sur la répartition de la chaleur dans le corps des ani-
maux ont fait le sujet de nouvelles recherches. La théorie de la
fièvre, émise par Traube (1865), qui se demandait si la chaleur
fébrile était le résultat d'une déperdition moindre ou d'une pro-
duction exagérée, a soulevé de très-vives discussions. — En même
temps, Billroth et 0. Weber recherchaient par voie expérimentale
l'étiologie de la fièvre, et leur méthode a trouvé depuis un très-
grand nombre d'imitateurs.
Nous aurons l'occasion de citer dans le courant de notre ouvrage
les travaux spéciaux qui se rattachent à notre sujet.
BUT ET UTILITÉ PRATIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE
\ . C'est à juste titre que la médecine nouvelle ajoute la plus
grande importance aux phénomènes objectifs et en particulier aux
signes physiques.
Or la température d'un malade fait partie des signes physi-
ques et objectifs de la maladie : la thermométrie se rattache donc
au même ordre de moyens de diagnostic que la percussion, l'aus-
cultation, etc., et, par conséquent, tous les avantages attribués
à ces précieuses méthodes d'investigation sont également appli-
cables à la thermométrie.
Mais la thermométrie surpasse même tous ces procédés, en ce
qu'elle fournit des signes pour ainsi dire pondérables, qui peuvent
être exprimés et évalués en chiffres, et, partant, un élément dia-
gnostic indiscutable, indépendant de l'observateur aussi bien que
de l'exercice et de la finesse de ses sens, et qui possède en un mot
une exactitude mathématique. — De tous les phénomènes morbides
dont le corps humain peut être le siège, il en est peu qui puissent
se prêter à un examen aussi vrai et aussi sûr.
Les résultats obtenus par le thermomètre ont encore un second
avantage sur ceux que fournissent les autres procédés d'explora-
tion. Tandis que ceux-ci ne nous révèlent que Jdes modifications
locales fixes et invariables ou à peine susceptibles de modifications
lentes, la mensuration de la température nous permet de constater
BUT ET UTILITÉ DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 55
des états éphémères et changeants, dont les oscillations normales
sont, il est vrai, peu considérables, mais qui, dans les maladies,
présentent des écarts et des variations relativement énormes, in-
dices de perturbations profondes dans l'organisme.
La température est donc une sorte d'échelle graduée, non-seu-
lement nette, mais sensible, servant à mesurer l'intensité des
processus morbides qui ne se manifestent encore par aucun symp-
tôme, ou du moins ne se révèlent qu'avec lenteur et très-tardive-
ment.
Outre ces précieux avantages, la thermométrie en possède
encore un autre qui lui permet de revendiquer une place spéciale
parmi les procédés physiques d'observation. Ceux-ci, en effet, ne
s'appliquent qu'à la recherche de la lésion locale, tandis que la
thermométrie complète ces données insuffisantes en appréciant
un phénomène du ressort de l'état général de l'organisme.
Ainsi, grâce aux nombreux matériaux fournis par une mensu-
ration exacte, la thermométrie ouvre aux médecins une voie nou-
velle et inaccessible à toute autre méthode d'investigation, c'est-
à-dire l'étude pathologique de la vie. — Elle permet, en effet,
d'apprécier les perturbations survenues dans l'état général de
l'organisme vivant et l'importance de cette étude' est d'autant plus
grande dans les maladies que les troubles généraux ont une signi-
fication plus essentielle et plus décisive.
La thermométrie chez les malades est donc une méthode objec-
tive d'examen physique qui fournit des données d'une exactitude
mathématique et pouvant être appréciées et évaluées par des chif-
fres numériques et des signes assez sensibles pour suivre, pas à
pas, les progrès des altérations de l'organisme. Elle donne encore
un précieux élément à l'observateur en lui permettant d'analyser
un phénomène résultant de l'ensemble des processus généraux de
l'économie.
2. La détermination de la température d'un malade, en tant
que moyen de diagnostic de l'état pathologique, peut être exami-
née à trois points de vue différents :
a. Elle paraît nécessaire parce que tout dérangement de la
santé est un élément morbide digne d'être connu ; ce trouble pa-
56 BUT ET UTILITÉ DE LA TIIERMOMÉTRIE MEDICALE.
thologique l'est d'autant plus qu'il peut être déterminé avec pré-
cision et par un moyen physique.
b. La température est un phénomène assez uniformément ré-
pandu sur tout le corps et résulte manifestement des processus
auxquels participe l'organisme tout entier. — Les modifications
thermiques étant donc le symptôme d'un trouble général, doivent
être examinées avec d'autant plus d'attention que, jusqu'ici, elles
sont la seule manifestation pathologique que l'on puisse préci-
ser avec exactitude et poursuivre jusque dans ses moindres moda-
lités.
c. Puisque les changements de température sont l'indice d'un
trouble général dans la santé et peuvent être constatés avec promp-
titude et à toute heure, il est possible, en suivant l'évolution ther-
mique dans les cas nombreux d'une même forme morbide, de dé-
cider la question suivante : Y a-t-il des formes pathologiques dans
lesquelles le trouble général de l'économie est soumis à une loi ?
A ce sujet se rattache l'étude des infractions faites à cette loi et des
causes qui les provoquent.
On ne doit pas négliger ce triple point de vue, si l'on veut con-
naître la valeur pratique de la thermométrie et le rôle qu'elle joue
dans la clinique.
Le corps humain possède une température à peu près indépen-
dante du milieu ambiant. Un procédé facile et sûr fait constater
cette température et ses différentes modalités dans certaines con-
ditions physiologiques ou morbides. Dans l'état de santé la tempé-
rature reste la même dans presque toutes les circonstances; tandis
que dans les maladies, elle présente des écarts qui, cependant, ne
peuvent pas dépasser certaines limites.
Ce premier fait n'est-il pas déjà de la plus haute importance et
du plus grand intérêt? Quand nous voyons la température humaine
ne subir ni élévation ni abaissement considérables sans un trou-
ble préalable ou concomitant de la santé, cette particularité ne
doit-elle pas nous suggérer de sérieuses réflexions? Cette chaleur
propre du corps humain à l'état hygide, oscille à peine de quel-
ques dixièmes de degrés, quels que soient le genre et la nature de
l'alimentation, quelle que soit l'intensité du fonctionnement des
muscles et de l'activité cérébrale, quelle que soit la quantité des
BUT ET UTILITÉ DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 57
recettes ou des déperditions organiques chez tous les sujets, à tous
les âges, dans tous les tempéraments et toutes les constitutions,
enfin sous les différentes influences externes, à la condition toute-
fois qu'elles ne soient pas de nature à déranger la santé. D'un au-
tre côté, n'est-il pas tout aussi merveilleux que, dans les diverses
formes de maladie, la température du corps subisse tôt ou tard
des écarts considérables, et que l'existence d'un trouble morbide
produise toujours, sinon une modification de température, du
moins une certaine tendance à des variations thermiques, sous l'in-
fluence de la moindre cause?
S'il est une condition organique digne d'attention, certes, c'est
bien ce contraste frappant qui existe entre les températures phy-
siologique et morbide.
Alors même que ce curieux phénomène resterait sans applica-
tions pour la médecine, pourrait-on rester indifférent en présence
d'une propriété aussi singulière?
Mais il faut le reconnaître, l'importance pratique de la thermo-
métrie est immense.
Elle ressort clairement de la relation intime des phénomènes
thermiques avec les divers processus dont le corps humain est le
siège.
En admettant l'exactitude de l'hypothèse qui attribue une im-
portance eapitale à l'état de l'organisme et de la nutrition géné-
rale dans les maladies, on voit de quelle précieuse ressource doit
être, pour l'observation d'un cas morbide, la possibilité d'obtenir,
à l'aide d'un simple phénomène physique dont les moindres
nuances peuvent être appréciées et rigoureusement exprimées par
des chiffres exacts, une sorte d'échelle graduée des processus
qui autrement passeraient inaperçus.
Il est vrai que ce signe peut paraître d'une valeur tout à fait
illusoire pour apprécier l'état de la nutrition, quand on songe
que l'élévation de la température n'est nullement proportionnelle
à la quantité de chaleur produite dans le corps par les combus-
tions organiques; on ne peut donc tirer à cet égard de conclu-
sions exactes qu'en faisant entrer en [ligne de compte la déperdi-
tion de chaleur.
L'élévation de la température est le produit de facteurs multi-
ples et en partie divergents ; aussi] l'application théorique immé-
5N BUT ET UTILITE DE LA THERMOMETRÏE MÉDICALE.
diate des conditions thermiques à la pathologie est presque nulle,
et tous les efforts tentés dans cette voie sont restés infructueux.
D'après cela il semblerait qu'un écart de température ne pourrait
indiquer en général qu'un désordre quelconque clans l'organisme,
et que toute déduction tirée de l'élévation thermique serait fausse
ou prématurée.
Or l'expérience démontre le contraire.
Le résultat le plus important des observations thermométriques
n'est donc atteint qu'au moment où l'on réussit à découvrir par la
voie expérimentale, que les modifications de la température dans
les maladies sont fondées sur une loi. La valeur delà thermométrie
pathologique ne devient considérable que lorsque des expériences
innombrables montrent d'une façon irréfutable que ces modifica-
tions petites et en apparence insignifiantes du phénomène isolé
sont subordonnées à des règles rigoureuses.
Car le fait suivant, à savoir que le corps d'un homme malade
est plus chaud ou plus froid, à l'état de santé, a une signification
beaucoup plus importante que celle qui résulte de l'observation
qu'un individu pèse plus ou moins, qu'il se sent fort ou faible, qu'il
tousse fréquemment ou à de rares intervalles, qu'il a le sommeil
long ou court, qu'il se plaint de douleurs plus ou moins vives ;
sous beaucoup de rapports, la déviation de la température est
dans une connexion étroite avec des processus très-répandus dans
l'organisme.
En découvrant ces lois et ces rapports de corrélation, la thermo-
métrie ouvre à la pathologie un nouveau champ dans lequel on
avait vainement cherché à pénétrer par d'autres voies et qui avait
été généralement considéré par les uns comme inaccessible et que
d'autres, après tant d'inutiles efforts et de tentatives infructueu-
ses, avaient regardé comme chimérique : nous voulons parler du
domaine des normes morbides ou pour mieux dire de la thermo-
nomie pathologique.
Mais il se présente une difficulté dès que l'on veut abstraire les
règles de la thermonomie pathologique et les appliquer à l'étude
d'un cas isolé ; c'est la suivante :
Dans les états pathologiques , les écarts de la température
résultent souvent du processus morbide seul ; d'autres fois des ef-
fets momentanés et accidentels viennent s'y joindre dans l'orga-
BUT ET UTILITÉ DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 59
nisnie malade. Cette difficulté, qui peut prendre de grandes pro-
portions, est vaincue par la multiplicité des observations et par un
examen judicieux et approfondi.
Une fois ces obstacles surmontés, la thermométrie peut mener à
des théories toutes nouvelles sur un grand nombre de maladies
et entraîner ainsi une rénovation radicale de la pathologie tout
entière.
3. Les considérations qui précèdent font clairement ressortir
quel doit être l'objet de la thermométrie :
Elle constitue un élément essentiel et primordial de l'observa-
tion clinique.
Elle est nécessaire toutes les fois qu'il existe des variations de
température, indispensable dans beaucoup de cas douteux ; c'est
enfin dans presque toutes les maladies un précieux adjuvant.
Le médecin qui veut soigner des fébricitants sans avoir connais-
sance des premiers linéaments de la thermométrie et sans mesu-
rer la température de ses malades, est pareil à l'aveugle qui cher-
cherait à s'orienter sans guide dans sa route.
Avec beaucoup d'exercice et un grand jugement, il finira peut-
être aussi par retrouver son chemin, mais il se trompera le plus
souvent et, en tous les cas, ce ne sera qu'après de longs efforts
qu'il parviendra à atteindre incomplètement ce qui se révèle d'em-
blée à tout autre.
Mais la thermométrie ne doit pas s'en tenir là. Il faut qu'elle
indique les lois qui régissent l'évolution des maladies, et ce n'est
qu'après avoir rempli cette tâche, après s'être ainsi transformée
en thermonomie, qu'elle pourra résoudre, si faire se peut, le pre-
mier problème qui est d'abord purement pratique.
4. Après avoir jusqu'ici essayé de montrer la signification de la
thermométrie, telle qu'elle ressort de la nature des choses, il n'est
peut-être pas superflu de rappeler maintenant quelques applica-
tions immédiates et pratiques de cette méthode de recherches.
a. La température normale du corps humain n'est pas en elle-
même le signe certain de la santé, mais si cette température se
maintient normale sous différentes influences, c'est-à-dire la tem-
00 BUT ET UTILITÉ DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
pérature normale constante peut être considérée comme la preuve
d'une constitution saine.
Qu'un individu sain se nourrisse bien ou mal, qu'il ait faim ou
qu'il digère, qu'il boive de l'eau ou des boissons excitantes, que
ses intestins soient à l'état de réplétion ou de vacuité, qu'il reste
en repos ou qu'il fasse des mouvements, de l'exercice, des efforts ;
que son esprit soit inactif ou occupé, etc.. sa température restera
à. peu près la même, tant que les conditions précédemment énu-
mérées n'entraînent pas de dérangement de sa santé.
L'administration d'un médicament, la saignée elle-même
n'exercent pas d'influence appréciable sur la température, tant
que la santé n'est pas altérée. — En pareils cas, on n'observe
que de très-légères variations de quelques dixièmes de degré. —
Par conséquent, plus la température normale d'un individu reste
constante et invariable, dans les conditions les plus différentes
de la vie et sous les influences les plus diverses, moins on doit s'in-
quiéter de l'état de sa santé.
b. En pratique, il se présente maintes fois des circonstances où
il est utile et nécessaire même de s'assurer si un individu est
réellement malade ou tout au moins indisposé. — Or l'examen
tbermométrique, en révélant un certain écart de la température,
prouve plus vite que tout autre mode d'exploration l'existence
d'un dérangement.
Par ce moyen, nous possédons un signe objectif, facile à perce-
voir et d'une valeur sans égale dans certaines circonstances.
Un malade se plaint-il de douleurs vagues, de malaises indéfi-
nissables; si l'on trouve chez lui une température anormale, on
sait déjà a priori que ses souffrances ne sont ni simulées ni exagé-
rées et que son état doit appeler l'attention du médecin.
Si, d'autre part, on constate un écart de température chez des
hommes qui prétendent et affirment énergiquement n'être plus
malades ou qui, au déclin de leur maladie, se considèrent comme
guéris complètement, on peut positivement assurer qu'il existe
encore chez eux un trouble de la santé ou que le rétablissement
n'est pas encore radical et parfait. — Il n'y a pas seulement que le
médecin qui puisse se laisser guider par ce signe, mais le malade
lui-même comprendra ainsi que les soins lui sont encore nécessaires.
BUT ET UTILITE DE LA THEKM0METR1E MEDICALE. Gl
c. Dans bien des cas, il ne s'agit pas seulement de savoir s'il
existe un trouble morbide et quelle est sa nature, mais en même
temps quels sont le degré et l'importance de la maladie.
Très-fréquemment, l'observation thermique fournit en pareille
circonstance un moyen qui surpasse en précision tous les autres.
Trouve-t-on une température normale, on peut être rassuré sur la
gravité du cas, abstraction faite, bien entendu, d'une affection pu-
rement locale.
Si, au contraire, l'écart thermique est considérable, on doit
tenir le cas pour sérieux. De cette façon, le thermomètre devient
un moyen aussi sûr que précieux de juger le degré de gravité ou de
bénignité de la maladie. Pour ne citer qu'un exemple :
Dans les maladies des jeunes enfants qui donnent souvent lieu
à des interprétations différentes, le médecin, tantôt cédant à de
pressantes instances, a recours à une médication inutile, tantôt
néglige d'intervenir en temps opportun ou, du moins, manque
d'appliquer la méthode abortive si nécessaire au début des mala-
dies graves. Le thermomètre peut aussi bien indiquer que le cas est
bénin qu'il peut annoncer la prochaine invasion d'une maladie
grave. Confié aux mains de parents intelligents, cet instrument
peut servir d'utile critérium pour savoir s'il est nécessaire d'ap-
peler immédiatement un médecin ou si sa visite peut encore être
remise.
Souvent c'est la température qui, à elle seule, révèle des trou-
bles latents sérieux ou légers. — Une indisposition qui s'accompa-
gne d'une élévation considérable de température n'est jamais
à négliger, car elle masque d'ordinaire le début d'une maladie
grave.
d. Quand la maladie est assez développée, parfois même dès les
premiers jours, l'observation thermométrique suffît, à elle seule,
dans beaucoup de cas, pour faire diagnostiquer avec certitude le
genre de la maladie. Plus fréquemment encore, elle permet d'ex-
clure avec une rigoureuse certitude des formes morbides indiquées
par les autres symptômes, ou bien elle peut servir à éclaircir
des cas douteux. Il n'y a point de moyen de diagnostic plus riche
en données positives ; il n'en est pas de meilleur pour rectifier les
erreurs commises.
62 BUT ET UTILITÉ DE LA. TflERMOMÉTRIE MÉDICALE.-
Si l'on a sous les yeux le tracé graphique de l'évolution thermi-
que de la maladie, on peut encore déterminer avec la plus grande
précision l'espèce morbide dans la plupart des affections fébriles,
en suivant ainsi sur le papier la marche de la maladie. — Nous
verrons dans la suite combien la thermométrie contribue puissam-
ment à résoudre les questions en litige et comment, d'un seul coup
d'œil jeté sur un tracé thermométrique, on peut poser un dia-
gnostic.
e. Mais ce n'est pas seulement au diagnostic nosologique que
doit s'arrêter le clinicien. Il est encore une foule de modalités
pathologiques dont il doit tenir compte, telles que : la transition
d'un stade à un autre, le moment des exacerbations et des rémis-
sions, l'apparition des complications, l'intensité de la maladie,
l'imminence du danger ; toutes questions non moins importantes
à résoudre.
La thermométrie est, en pareil cas, le guide le plus prompt et
le plus sur.
f. Tant que dans le cours d'une maladie qui est en cile-mème
susceptible de guérison, la marche de la température correspond
au type morbide, le médecin peut compter presque sûrement sur
une issue favorable et s'épargner ainsi beaucoup d'autres recher-
ches ; au contraire, dès qu'il se présente un écart extraordinaire
dans la température, c'est un avertissement important et souvent
le premier indice, il exige une recherche soigneuse des causes de
l'irrégularité et aide souvent à découvrir des troubles qu'on n'aurait
pas soupçonnés sans lui.
g. A la période de décroissance, la marche de la température
est aussi le plus sûr moyen de distinguer une amélioration réelle
d'un amendement trompeur et de reconnaître la guérison sous les
dehors d'une aggravation apparente. — Si tous les phénomènes
s'amendent sans que la température subisse de notables abaisse-
ments, la guérison est encore bien lointaine. D'un autre côté, les
approches d'une solution favorable sont parfois accompagnées de
symptômes si alarmants* et l'on serait tenté de croire à cette im-
pression décevante si les indications précises fournies par la tem-
pérature ne venaient annoncer d'une façon formelle le début de la
onvalescence.
BUT ET UTILITÉ DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 65
h. Les observations de température sont de la plus grande valeur
pour contrôler [intervention thérapeutique. 11 est extrêmement
difficile de rendre manifeste l'utilité d'une médication dans les
maladies aiguës qui, si souvent, guérissent spontanément ; or la
température est le meilleur critérium de l'utilité ou de 1 -inefficacité
des agents thérapeutiques mis en usage. — Elle peut faire recon-
naître qu'une médication a eu un commencement d'effet salu-
taire, alors même que l'issue de la maladie aurait été fatale. — On
ne peut juger et apprécier sainement la valeur des méthodes de
traitement des maladies fébriles qu'en les faisant contrôler par la
thermométrie.
Ces exemples doivent nous suffire; il serait aisé, du reste, de
les multiplier ; mais en entrant ultérieurement dans les détails des
différentes conditions on verra ressortir, sur tous les points et de
la façon la plus lucide, l'utilité pratique de cette nouvelle méthode
d'examen.
i. Il faut avouer cependant que beaucoup d'entre ceux qui con-
viennent volontiers de l'utilité de la thermométrie dans la clini-
que et dans la pratique nosocomiale, sont d'avis quelle est ex-
trêmement difficile ou même absolument inapplicable dans la
clientèle privée.
Le nombre des sceptiques a considérablement diminué dans ces
derniers temps, à la suite des nombreux essais entrepris par des
praticiens autorisés qui ont ainsi prouvé que la thermométrie était
praticable même dans la clientèle privée. Tous, aujourd'hui, s'ac-
cordent à reconnaître que les mensurations ne présentent aucune
difficulté, et que la dépense pour les instruments est tout à fait
insignifiante.
Nous montrerons dans le chapitre suivant, à propos de la techni-
que thermométrique, que le temps consacré à ces recherches peut
être tellement diminué que le médecin même le plus occupé
pourra y avoir recours. — Il n'est pas nécessaire que le médecin
mesure lui-même la température à chaque visite qu'il fait à ses
malades. Jusqu'à un certain point même, la thermométrie lui fera
plutôt économiser du temps, en lui fournissant, à l'aide d'un seul
signe, des données qui pourraient à peine être acquises par un
long examen et des recherches plus étendues. Il est même permis
M BUT ET UTILITÉ DE LA THERMOMÊTRIE MÉDICALE.
de dire que si la percussion et l'auscultation pratiquées avec soin
peuvent, dans beaucoup de cas, dispenser de tout autre moyen
d'exploration ; de même le médecin, qui aura acquis une grande
expérience de la thermométrie, pourra bien souvent déduire des
conclusions qui auraient complètement échappé à celui qui n'est
pas versé dans cette matière.
Les difficultés inhérentes aux malades, que plusieurs médecins
se complaisent h invoquer, sont sans fondement. IN'a-t-on pas jadis
adressé la même objection à l'auscultation et à la percussion?
Aujourd'hui on sait bien que la grande majorité des malades sont
mécontents si l'on n'applique pas ces moyens d'exploration, tant
le public est convaincu de leur nécessité.
Aussi, les malades s'intéressent-ils vivement à la thermomé-
trie qui ne présente à leurs yeux aucun inconvénient, et ne peut
en aucune façon blesser leur pudeur. — Ils puisent même de la
confiance dans l'exactitude des résultats qu'elle fournit et de l'es-
poir dans les chances favorables que la décroissance thermique leur
fait présager. Partout où le thermomètre est entré dans la pratique
médicale, il est promptement devenu populaire et n'a jamais
trouvédans son application aucune résistance de la part du public.
Toutefois , pour que la thermométrie soit réellement utile,
il faut commencer par examiner les procédés auxquels on
doit avoir recours pour obtenir, en clinique, des résultats positifs,
certains et authentiques ; en outre, on doit connaître auparavant
les données fournies par l'examen des conditions de la tempéra
ture à l'état hvgide.
III
TECHNIQUE DE LA THERMOMËTRIE MÉDICALE
1 . Les méthodes et les procédés employés à la recherche de la
température humaine sont multiples. Pour arriver à des résultats
positifs et pour pouvoir en apprécier l'exactitude, il faut con-
naître les diverses causes d'erreurs qui peuvent être commi-
ses dans l'observation thermique et les moyens propres à les
éviter.
Il n'y a pas d'exactitude ni de sûreté absolues dans l'exploration
de la température et, pût-on l'atteindre, elle serait inutile et même
impropre à la tâche que se pose la thermométrie médicale, car
cette précision même nécessiterait un appareil compliqué et des
précautions longues et minutieuses qui enlèveraient à sa méthode
toute sa portée pratique. Il est indubitable qu'on ne peut arriver
à des résultats utiles que par des observations rigoureuses ; mais
Userait absurde d'exiger dans tous les cas l'application d'une mé-
thode minutieusement exacte.
Avec la précision qu'exigent les recherches, il ne faut pas non
plus perdre de vue le but que l'on poursuit dans tel cas isolé;
car une méthode n'est pas également valable dans toutes les cir-
constances ; il faut donc commencer par se rendre compte du degré
d'exactitude que réclame le cas échéant.
Dans bien des cas, des observations multipliées, fussent-elles
même approximativement faites, peuvent être plus précieuses que
66 TECHNIQUE DE LA TIIERMOMÉTRIE MÉDICALE.
quelques rares mensurations isolées et dont l'exactitude ne lais-
serait rien à désirer.
Au point de vue pratique, une recherche précipitée, quoique
imparfaite, peut être plus utile qu'une observation longue et
minutieuse dans laquelle on aurait soigneusement évité toute
cause d'erreur.
L'abus des précautions techniques entrave l'application de la
méthode, car en voulant donner aux résultats une extrême préci-
sion, les observations sont rendues plus longues et, partant, plus
rares et ne fournissent ainsi qu'une base trop étroite pour l'expé-
rience. — La déduction des faits généraux devient alors impos-
sible.
Un examen superficiel peut suffire s'il ne s'agit que de savoir
promptement si un individu est atteint de fièvre, si celle-ci est
intense ou modérée, et lorsqu'on ne veut obtenir ce résultat que
pour y puiser soit un surcroît de confiance, soit au contraire un
encouragement à redoubler de précautions et de soins.
Dans la pratique ordinaire, c'est-à-dire pour l'appréciation de
l'état et de la marche d'une maladie, au point de vue du diagnostic
et du pronostic, de plus grandes précautions sont nécessaires ;
mais là aussi l'examen thermométrique relativement à la multi-
plicité et à l'exactitude des mensurations est soumis aux exigences
spéciales du cas.
Tant que l'état du malade reste conforme aux résultats fournis
par l'expérience dans des formes morbides analogues, tant qu'il ne
se présente aucun phénomène anomal ou suspect, tant que le dia-
gnostic n'est pas douteux et que la marche de la maladie est régu-
lière, il suffira d'une mensuration thermique approximative et peu
fréquente.
Des erreurs qui ne dépassent pas un quart de degré sont, dans
ce cas, le plus souvent sans importance et si l'on a soin d'appli-
quer le thermomètre aux mêmes heures, on ne devra faire que
deux mensurations par jour et quelquefois même une seule.
Une plus grande exactitude jointe à des mensurations réitérées
deviendra nécessaire dès qu'il s'agira de résoudre un problème
difficile de diagnostic ou de pronostic, ou de contrôler les effets
d'une médication. — Mais là encore des erreurs d'un ou de deux
dixièmes de degré seront insignifiantes dans la plupart des cas.
TECHNIQUE DE LA THERMOMETRIE MEDICALE. 07
Ce n'est que pour les températures extrêmement élevées (au-des-
sus de 41°) que même un dixième de degré peut acquérir une
grande signification pratique et décider du pronostic.
Les observations devront être encore plus rigoureuses quand il
s'agira d'en abstraire des faits généraux ou d'analyser les résultats
obtenus. — Dans des questions de cette nature, ceux dont les men-
surations ne seront ni assez sûres ni assez réitérées devront gar-
der le silence. — La répétition des observations thermométriques
est plus nécessaire encore que leur extrême exactitude. Des er-
reurs de un, deux dixièmes de degré et quelquefois même plus,
perdent de leur importance quand on peut réunir et mettre à pro-
fit un grand nombre de mensurations faites dans des états mor-
bides analogues ou dans des conditions à peu près semblables ;
pourvu toutefois que l'observation ait eu pour but de déterminer
la marche de la température et non son élévation absolue. Par
contre, des mensurations trop fréquentes ne donnent le plus sou-
vent que des idées confuses et inexactes sur la marche de la tempé-
rature dans un cas morbide.
Enfin il reste encore des questions d'un intérêt purement scien-
tifique qui, pour leur solution, exigent une rigoureuse exactitude
dans les mensurations, car, en pareil cas, les écarts thermiques
les plus minimes peuvent avoir leur importance.
Mais, nous le répétons, la précision absolue n'existe pas et
c'est dans les observations pratiques qu'on doit le moins la deman-
der. Du reste, il ne faut pas tenter l'impossible et, comme en toutes
choses, se contenter de ce qu'il est permis d'obtenir.
2. Les moyens propres à déterminer la température ont une
portée très-différente, mais chacun d'eux peut, selon les circon-
stances, trouver son application.
L'appréciation de la chaleur par la main est une méthode très-
infidèle. Celui qui n'a pas déjà pratiqué des mensurations thermo-
métriques ou qui n'en a fait qu'un très-petit nombre s'expose par
un tel procédé à de nombreux mécomptes. Même après un long
exercice, l'erreur est encore fréquente et il est très-diffîciie d'arri-
ver à distinguer des fractions de degré. Si la main est froide, la
sensibilité thermique est émoussée ou fautive, et dans ces cas, les
médecins même les plus exercés peuvent commettre des erreurs
68 TECHNIQUE DE LA TIIERMOMËTRIE MÉDICALE.
d'évaluation de plus d'un demi-degré et quelquefois même de plu-
sieurs degrés.
Néanmoins, en appliquant la main sur la peau d'un malade, on
peut avoir la notion approximative de sa température et puiser
ainsi une utile indication de l'opportunité d'une mensuration plus
exacte.
Jamais on ne doit se borner à la simple palpation des mains et
delà face, mais il faut aussi toucher les parties couvertes, parce
que ce n'est que sur elles que l'on peut avoir une notion relative-
ment fondée de l'élévation de la température.
3. La mensuration pratiquée à l'aide des instruments peut seule
fournir des résultats positifs.
a. Dans la pratique médicale, on se sert habituellement d'un
thermomètre à mercure, instrument il est vrai paresseux et tardif,
mais qui peut répondre à toutes les exigences, à la condition tou-
tefois d'être employé avec justesse et dans les cas où la tempéra-
ture ne subit pas de modifications trop rapides. — Néanmoins, il
est préférable au thermomètre à alcool, qui n'est pas assez sûr
dans les élévations dont il s'agit.
Le récipient destiné à renfermer le mercure ne doit être ni trop
grand, ni trop petit; car s'il est trop vaste, le thermomètre est
moins sensible, s'il est trop exigu, il ne s'adapte pas exactement
sur les parties. — Un diamètre d'environ | à f de centimètre
nous paraît être le plus convenable. La forme globulaire est meil-
leure que la cylindrique pour les mensurations axillaires, ou du
moins, si le réservoir est cylindrique, il doit avoir un diamètre
longitudinal très-petit afin de se rapprocher de la forme globu-
laire.— Si l'on veut pratiquer des mensurations dans le rectum
et dans le vagin, il vaut mieux se servir d'un récipient conique se
rétrécissant en bas. — Pour rechercher la température des sur-
faces cutanées, on a recommandé un récipient de forme hémisphé-
rique à base plane qui, à la vérité, est d'une application facile,
mais dont les résultats sont inexacts et douteux — Le verre du ré-
servoir, ne doit pas être trop mince, caril serait alors trop fragile,
ni trop épais pour que la sensibilité du thermomètre n'en soit pas
amoindrie.
TECHNIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 09
Le tube de l'instrument doit avoir, autant que possible, un ca-
libre uniforme et être assez étroit pour que l'œil puisse aisément
diviser par moitié et même par quarts les distances comprises
entre deux dixièmes de degré. La longueur du tube doit être assez
grande pour que les degrés qui" nous intéressent soient éloignés
d'au moins 12 centimètres du récipient et qu'on puisse ainsi
facilement lire sur l'instrument appliqué le degré marqué par le
mercure.
Toutefois, un tube trop long rendrait l'instrument peu por-
tatif. Il suffit que sa longueur corresponde à la limite extrême
des élévations thermiques observées chez l'homme. — Le zéro de
l'échelle peut donc parfaitement tomber dans le réservoir et, d'un
autre côté, il ne faut pas que le tube soit assez long pour que le
mercure puisse arriver jusqu'au point d'ébullition de l'eau; il suf-
fit, au contraire, que les degrés compris entre 52°, 5 et 45°
(^r: 26° à 56° R.) correspondent au tube, de telle sorte que le
55e degré (28° R.) soit éloigné de i2 centimètres du récipient (ce
thermomètre, mis en usage pour les bains, doit être gradué à par-
tir du 24e degré).
Les degrés indiqués ci-dessus devront seuls être marqués sur
l'échelle du thermomètre. Il est tout à fait indifférent de se servir
des divisions de Réaumur ou de Celsius; quant à celles de Fahren-
heit, auparavant les plus usitées, elles sont à peu près complète-
ment abandonnées sur le continent.
La graduation de l'échelle en cinquièmes de degrés est très-suf-
fisante dans les conditions habituelles. — Les lignes indiquant les
divisions des degrés et des fractions de degrés doivent être nettes
et distinctes. — Les degrés seront marqués par des traits plus
longs que les lignes fractionnelles. — Les thermomètres a maxima,
très-employés en Angleterre (H. Weber) et en France (Niederkorn),
sont d'une grande utilité dans bien des cas, quoique un peu plus
coûteux. — La colonne de mercure y est séparée par une petite
couche d'air en deux parties inégales : une inférieure plus grande
qui communique en même temps avec le réservoir, l'autre, supé-
rieure, plus petite, ne mesurant que quelques lignes, dont la
limite suprême indique le maximum de l'élévation. En s'échauf-
fant, le mercure monte comme dans un thermomètre ordinaire,
tandis que par la réfrigération, il n'y a que la colonne mercurielle
70 TECHNIQUE DE LA THERMOMETRIE MEDICALE.
inférieure qui descende, la supérieure, restant en place et séparée
de l'autre par la couche d'air dilatée; de 3ette façon, la limite su-
périeure du mercure indique d'une façon durable l'ascension
antérieure, et l'on peut, à un moment quelconque après la men-
suration, lire encore l'élévation de la température. — Si l'on veut
se servir de nouveau de l'instrument, il faut avoir soin de rappro-
cher, par un léger choc, la partie supérieure du mercure de la
colonne inférieure.
On conçoit que toute recherche positive suppose l'exactitude de
l'instrument ; or, l'uniformité de calibre du tube importe plus
pour la justesse du thermomètre que sa graduation. Il est évidem-
ment très-utile que celle-ci soit également exacte, mais les imper-
fections de cette dernière sont plus faciles à corriger ; il suffit pour
cela de plonger l'instrument dans de l'eau chaude et de comparer
le degré de température qu'il indique à celui marqué par un autre
thermomètre servant d'étalon et parfaitement gradué. — On tien-
dra compte de l'écart constaté pour faire la correction.
La différence entre le thermomètre étalon et celui que l'on ex-
périmente est-elle la même pour tous les degrés de l'échelle, sait-
on, par conséquent, une fois pour toutes, combien il faut ajouter
au degré de l'instrument ou ce qu'on doit en soustraire, il est facile
alors d'obtenir avec celui-ci des résultats aussi satisfaisants que si
l'on se servait du thermomètre étalon lui-même.
Il devient ainsi possible d'employer des instruments à meilleur
marché, et la mensuration est rendue accessible à tout le monde.
Cette circonstance est d'autant plus importante qu'il est bien plus
avantageux dans la pratique de disposer d'un grand nombre de
thermomètres que d'en posséder de parfaits, mais en bien moin-
dre quantité. — Il faut seulement que l'observateur retienne avec
soin la réduction que nécessite chaque instrument afin d'éloigner
ainsi toute cause d'erreur.
Si, au contraire, le tube est mal calibré ou si la graduation
est si défectueuse que les écarts diffèrent à chaque degré, l'usage
d'un tel instrument est vicieux et doit être rejeté.
D'ailleurs, l'instrument Je meilleur et le plus correctement gra-
dué a besoin d'être plusieurs fois mis à l'épreuve dans les pre-
mières années qui suivent sa fabrication ; si l'on vient à en faire
usage, au point de vue médical, il est bon d'en contrôler de temps
TECHNIQUE DE LA TIIERMOMETRIE MEDICALE. 71
en temps la justesse. — Car, avant d'arriver à la stabilité, si tou-
tefois elle est jamais complète, le verre éprouve pendant un certain
temps des changements dans l'état d'agrégation de ses molécules.
Ainsi le calibre du tube et surtout celui du récipient subissent de
notables variations ; il peut se faire qu'un thermomètre dont la gra-
duation était très-exacte à l'origine, diffère de plusieurs dixièmes
de degré six mois après. Peut-être les manipulations fréquentes,
la compression sur ce globe mince de cristal ou toutes autres cau-
ses contribuent-elles aussi, cà la longue, à rétrécir le calibre du
réservoir. Voilà pourquoi les thermomètres dont on se sert en cli-
nique doivent être d'autant plus souvent contrôlés qu'on en fait
un plus fréquent usage.
Lorsqu'en pratiquant une mensuration on obtient un degré
anomal et que rien ne semble justifier, on doit aussitôt procédera
un examen de l'instrument pour s'assurer s'il n'a pas subi quel-
que avarie restée inaperçue qui pourrait donner la raison de cet
étrange phénomène.
Il va sans dire qu'on devra tout d'abord s'assurer si le thermo-
mètre a conservé son intégrité et si la colonne de mercure n'est
pas brisée.
On doit, autant que possible, se servir du même instrument chez
le même malade et indiquer dans chaque observation le numéro
du thermomètre mis en usage.
Il est toujours nécessaire d'avoir à sa disposition un grand nom-
bre de thermomètres reconnaissables à leurs numéros.
Dans la clientèle privée on dépose un de ces instruments chez
les malades dont on veut prendre la température pendant tout le
cours de leur maladie. A l'hôpital, les observations de ce genre
sont extrêmement facilitées si l'on possède assez d'instruments
pour pouvoir les appliquer simultanément sur tous les malades
d'une salle.
Si un seul thermomètre étalon suffit pour le contrôle, il ne faut
pourtant pas négliger de le comparer de temps en temps à d'au-
tres thermomètres normaux (celui d'un cabinet de physique, par
exemple, ou d'un observatoire météorologique) .
Dans certaines circonstances, il peut être utile ou même néces-
saire de posséder un ou plusieurs instruments qui marquent jus-
qu'aux centièmes de degré. Dans la pratique, une pareille gradua-
72 TECHNIQUE DE LA THERMOMETRIE MEDICALE.
tion est superflue, et même, pour toutes les questions purement
cliniques, le besoin ne s'en est pas encore fait sentir.
b. On arrive à une exactitude extrême, mais inutile dans la pra-
tique privée, à l'aide du thermomètre métastatique de W al fer clin.
Dans cet instrument perfectionné, le réservoir du mercure est très-
petit ; le tube extrêmement étroit se divise à volonté en sections
également distantes. A l'extrémité du tube opposée au récipient,
c'est-à-dire au bout supérieur de ce thermomètre est adapté un
renflement globuleux clans lequel pénètre, en s'amincissant peu à
peu, le tube capillaire. Le calibre de l'instrument est si faible que,
dans un écart de trois à quatre degrés, le mercure parcourt toute
la longueur du tube. La quantité de mercure que renferme l'ins-
trument doit être calculée de façon qu'à la température la plus
basse que l'on veuille examiner, le réservoir, le tube entier et
encore une partie du globe supérieur soient remplis par le métal
et, qu'arrivé à un ou deux degrés au-dessus de la température à
laquelle on s'attend, tout l'appareil et le globe supérieur en entier
soient pleins de mercure.
S'agit-il maintenant de mesurer des températures inférieures à
42°, on chauffe l'instrument jusqu'au-dessus de 42°, le mercure
remplit alors tout le tube et une grande partie du renflement su-
périeur. On le place ensuite dans un bain à 42° et on l'y laisse jus-
qu'à ce que le mercure ait subi la dilatation correspondante à ce
degré. L'instrument est alors retiré et on lui imprime une forte
secousse. — Par ce choc, la colonne de mercure se brise au point
le plus étroit du thermomètre. La partie que renferme le tube
descend au fur et à mesure du refroidissement, tandis que la par-
tie antérieurement montée dans le globe supérieur y reste enfer-
mée. Il faudrait arriver de nouveau à une température de 42° pour
que le mercure du tube se réunisse avec celui du renflement.
L'instrument est de cette façon préparé pour toutes les obser-
vations de températures inférieures à 42° ; il ne reste plus qu'à
marquer sur l'instrument placé dans le bain, les degrés de cha-
leur en les comparant avec ceux d'un thermomètre étalon. L'avan-
tage de ce thermomètre est la grande distance comprise entre
chaque degré.
Walferdin a ainsi construit, relativement à peu de frais, des
TECHNIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 75
thermomètres métastatiques dans lesquels la longueur d'un degré
centigrade correspondait à 10 centimètres. Comme on peut aisé-
ment distinguer à l'œil nu la dimension d'un demi-millimètre, il
sera facile de lire sur l'instrument ~ de degré, à simple vue, et
j^ de degré, à l'aide d'une bonne loupe. — Des différences ther-
miques aussi minimes n'ont aucune signification pratique chez les
malades, et il est douteux que de semblables approximations
puissent même avoir quelque portée dans les questions théori-
ques.
c. Dans certaines recherches, les appareils thermo-électriques
présentent des avantages tout particuliers. — Voici sur quel prin-
cipe ils sont fondés : Dans un anneau formé de deux métaux
soudés ensemble, il se développe un courant électrique aussitôt que
les soudures diffèrent de température, la différence fût-elle très-
minime, et ce courant peut être rendu visible et appréciable à
l'aide d'aiguilles aimantées. Becquerel, le premier, a construit un
semblable appareil pour faire des recherches physiologiques, no-
tamment pour déterminer la différence de température entre
diverses parties du corps, et Dutrochetya apporté des perfection-
nements.
Ces deux savants ne s'étaient servis que d'un seul élément (fer
et cuivre), tandis qu'Helmholtz (Archives cleMûller, 1848, p. 147)
en a réuni trois (fer et cuivre blanc). Les appareils thermo-élec-
triques sont extrêmement sensibles. Lombard (Arch. de physiologie
normale et pathologique, t. I, p. 198) donne la description (peu
explicite à la vérité) d'un appareil à l'aide duquel il prétend avoir
constaté des différences de température allant jusqu'à 0,00025°.
— Si les soudures se terminent en. pointe, on peut déterminer, au
moyen de l'appareil thermo-électrique, la différence de tempéra-
ture de deux points de la peau avec une précision qu'on ne sau-
rait jamais atteindre avec le thermomètre à mercure ; ne serait-ce
que par la raison que, pour l'application de ce dernier instrument,
la peau doit être recouverte et protégée contre le refroidissement,
ce qui modifie toujours les conditions de l'expérience et peut même
conduire à des résultats fautifs.
Gavarret a recommandé, pour la recherche de la différence de
température des surfaces, au lieu des soudures pointues, de min-
74 TECHNIQUE DE LA THERM0MÉTR1E MÉDICALE.
ces plaques métalliques, composées de deux feuilles soudées en-
semble, l'une de cuivre et l'autre de bismuth.
Les appareils thermo-électriques sont superflus au point de vue
pratique, mais ils servent à indiquer des modifications thermiques
légères et rapides ; ils sont, en outre, très-propres à la mensura-
tion de la température des parties isolées de la peau et à la dé-
termination de celle des organes inaccessibles aux thermomètres
ordinaires, mais qui peuvent être explorés par les soudures poin-
tues de l'appareil thermo-électrique.
d. Marey a inventé un instrument destiné aux observations
thermiques continues, et qui retrace et enregistre pour ainsi dire
lui-même les modifications de température des parties, c'est le
thermographe (Le thermographe, appareil enregistreur des tempé-
ratures, 1865. Journal de V anatomie et de la physiologie normale
et pathologique de Robin, t. II, p. 182). Il est constitué par un
thermomètre à air dont le réservoir de cuivre est surmonté d'un
tube capillaire de même métal (d'un tiers de millimètre de diamè-
tre) fixé sur un tube en U et qui se porte à l'appareil enregistreur.
L'extrémité de ce tube capillaire vient s'ouvrir dans un tube de
verre, fermé à la lampe par une de ses extrémités, recourbé en
demi-cercle et fixé sur une roue de cuivre. Ce tube de verre con-
tient une petite quantité de mercure servant d'index. — Dès que
l'air du réservoir thermométrique est échauffé, il se dilate et fait
aussitôt mouvoir l'index métallique, mais par son propre poids,
cet index tend à occuper la partie inférieure de ce système équili-
bré ; il en résultera une rotation du tube de verre autour de son
axe de suspension et, en réalité, le mercure restera immobile pen-
dant que l'appareil tournera. Une longue aiguille placée perpendi-
culairement sur l'axe, amplifiera en raison de sa longueur la rota-
tion imprimée à cette partie de l'appareil et pourra, par sa pointe,
tracer sur une glace enfumée qui chemine à côté d'elle, les oscil-
lations qu'elle décrit. L'utilité de cet appareil enregistreur n'a pas
encore été jusqu'à présent éprouvée chez les malades. Il est dou-
teux qu'il puisse être utilisé dans la pratique, et l'on doit crain-
dre qu'une application imparfaite du thermomètre sur un point du
corps n'empêche l'instrument de bien fonctionner et n'enlève
ainsi à l'observation thermographique toute sa valeur.
TECHNIQUE DE IA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 75
Les thermomètres électriques enregistreurs, tels que ceux de
Zecchi et du général Morin, destinés à l'étude des modifications
de la température, n'ont pas encore été introduits dans la pra-
tique.
4. En dehors de la mensuration des degrés de température, il
faut mentionner la détermination des calories ou unités de cha-
leur ; c'est-à-dire de la quantité de chaleur nécessaire pour élever
d'un degré la température d'une certaine masse d'eau distillée
(1 gramme ou 1 kilogramme, suivant la proportion qui en aura
été fixée). En évaluant l'augmentation de chaleur qu'éprouve, dans
un temps donné l'eau d'un bain après que l'on y a plongé un
corps vivant, on voit la perte de calorique qu'a subie ce corps pen-
dant le même temps (ou pour mieux dire, une partie de cette
perte), et l'on essaye, en comparant l'élévation de la température
au commencement et à la fin de l'expérience, de calculer la quan-
tité de chaleur qui se produit dans le corps pendant le même laps
de temps. Ces recherches calorimétriques ont été très-souvent faites
par Liebermeister, Kernig, de Wahl, Leyden et Rembold. — Mais
quelque importantes que soient ces expériences pour la solution
de certaines questions théoriques, elles laissent cependant beau-
coup à désirer au point de vue delà précision et, pour le moment,
ne peuvent par conséquent être utilisées en pratique.
5. L'endroit le plus propice pour l'application de l'instrument
n'est nullement le même dans tous les cas et diffère suivant le but
que l'on se propose. Quand on désire déterminer la température
d'une partie restreinte, il va sans dire que c'est en ce point que
l'on pratique la mensuration. S'il s'agit d'une surface extérieure,
les résultats obtenus à l'aide du thermomètre à mercure seront tou-
jours incertains, car, si l'instrument reste à découvert, il est re-
froidi par l'air extérieur et, si on le recouvre, on modifie ainsi
l'état thermique de la partie enveloppée.
L'appareil thermo-électrique est donc préférable dans ce cas.
Si l'on veut, comme cela a généralement lieu, connaître la tem-
pérature générale du corps, le thermomètre à mercure est le plus
pratique. Mais on doit le placer dans un endroit abrité et recou-
vert parles parties voisines. — Plusieurs points peuvent être choi-
70 TECHMQLE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
sis à cet effet ; mais chacun d'eux présente des avantages et des
inconvénients dont on tiendra compte suivant les circonstances.
L'application de l'instrument dans Vaisselle bien fermée paraît
le procédé le plus propre et ïe plus facile dans la majorité des cas ;
l'examen n'y est pas importun et n'a rien d'indécent ; il est vrai
que chez les malades très-amaigris et très-agités, la mensuration, en
ce point, n'est pas sûre ; la température axillaire est en outre infé-
rieure à celle de plusieurs autres endroits également accessibles ;
et les variations thermiques y sont enfin moins sensibles que dans
les cavités muqueuses. Si ces imperfections peuvent être réelles
dans certains cas et nécessiter un autre lieu d'application, elles
ne portent néanmoins aucun préjudice à l'usage des mensurations
axillaires en général.
L'introduction du thermomètre dans la cavité buccale donne
des résultats peu positifs ; l'air expiré produit souvent des réfri-
gérations de l'instrument, spécialement dans le choléra. Les chif-
fres observés sont plus faibles qu'en tout autre point d'applica-
tion. Cependant, on doit recourir à l'application du thermomètre
dans la bouche quand on ne peut pas faire autrement (par exemple,
au bain, chez les individus emmaillottés, etc.).
La mensuration thermique pratiquée dans le rectum donne des
résultats plus prompts et en général plus sûrs que celle des cavités
axillaire et buccale. C'est surtout chez les nouveau-nés, sur les
individus arrivés au dernier degré du marasme, chez les malades
turbulents et agités, ou bien chez ceux qui sont plongés dans un
état de collapsus ou qui ont été longtemps exposés au froid exté-
rieur, que l'on doit examiner la température rectale.
Ce mode d'exploration est généralement préférable, quand le
malade n'y oppose pas de résistance, comme cela a lieu d'or-
dinaire dans la pratique privée. Nous devons, d'un autre côté,
reconnaître que la mensuration rectale est incontestablement désa-
gréable, ne peut pas se renouveler aussi fréquemment dans bien
des cas et provoque éventuellement des évacuations alvines. — Elle
peut en outre donner de faux résultats, le thermomètre pénétrant
quelquefois dans de grandes masses fécales. — D'après Billroth,
les fortes contractions du rectum qui succèdent parfois à l'intro-
mission de l'instrument pourraient aussi altérer la température. —
Il est tout à fait pratique de procéder à la mensuration rectale dans
TECHNIQUE DE LA TIIERMOMÉTRIE MÉDICALE. 77
les périodes où l'exactitude est nécessaire, et de revenir à la mensu-
ration axillaire quand l'importance du cas décroît. Il faut seule-
ment avoir soin d'indiquer toujours dans l'observation le lieu
d'application de l'instrument.
L'introduction du thermomètre clans le vagin, bien qu'incontesta-
blement plus sûre que la mensuration axillaire, est cependant beau-
coup plus rarement mise en usage. Ce mode d'examen est excellent
dans les cas de choléra. On conçoit la nécessité absolue de l'explo-
ration vaginale quand il s'agit de déterminer la température locale
des parties sexuelles internes.
Levier a pratiqué, dans des cas spéciaux, la mensuration dans
le pli de l'aine, mais ce procédé n'est pas plus recommandable,
en général, que celui de Montegazza qui consiste à prendre la tem-
pérature de l'urine au moment de son émission.
L'application du thermomètre dans le poing fermé ne mérite
aucune confiance au point de vue de la détermination de la tem-
pérature générale ; mais elle peut avoir une certaine valeur quand
il s'agit de comparer la température des deux moitiés du corps.
6. Le mode d'application de l'instrument peut beaucoup con-
tribuer à assurer le résultat ou à le rendre inefficace.
Pour la mensuration axillaire, il faut suivre les préceptes sui-
vants :
On doit d'abord déterger la partie des sueurs qui la couvrent et
l'essuyer soigneusement ; puis, il est bon de laisser la cavité fer-
mée avant d'appliquer le thermomètre. — Liebermeister a très-
justement appelé l'attention sur ce point ; il a démontré que, grâce à
cette précaution, le temps que met le mercure à atteindre son point
maximum se réduit à 4 ou 6 minutes (Prager Viertelj., LXXXV,
p. 15). Il est vrai que l'occlusion préalable du creux de l'aisselle
demande aussi un certain temps.
On commence par échauffer dans la main le thermomètre, puis
on l'introduit dans la cavité axillaire que l'on ferme en mettant le
bras dans l'adduction complète et en le faisant reposer sur le
thorax.
Si ce moyen ne suffit pas pour fixer le thermomètre, ou si le
malade est inquiet, récalcitrant, indifférent ou engourdi, ou s'il
est d'une extrême maigreur, il est nécessaire que le bras du pa-
78 TECHNIQUE DE LÀ THERMOMÊTRIE MÉDICALE.
tient et le thermomètre soient maintenus par l'observateur. En
tout cas, il faut s'assurer ensuite si l'instrument est bien appli-
qué et s'il n'a pas subi de déplacement. On peut déjà juger a
priori, d'après l'ascension plus ou moins rapide de la colonne
mercurielle, si elle atteindra ou non une grande hauteur ; par con-
séquent, il est possible dès les premières heures de se faire une
idée approximative de l'existence et du degré delà fièvre.
Le point auquel le mercure s'arrête est rarement atteint avant
dix minutes, le plus souvent en quinze, quelquefois même après
vingt minutes et plus, lorsque le thermomètre est placé dans la
cavité axillaire, à moins que celle-ci ait été fermée assez longtemps
auparavant. — Il ne faut pas oublier que le mercure monte beau-
coup plus rapidement au commencement que plus tard, et, qu'ar-
rivé aux derniers dixièmes, son ascension se ralentit pendant plu-
sieurs minutes d'un dixième à l'autre.
Pour que l'observation soit exacte, il faut donc laisser le ther-
momètre quelques minutes après avoir aperçu l'ascension du
mercure. Cependant, il ne faut pas que son application soit trop
longue, car il parait que, chez certains malades très-sensibles, le
mercure, après être resté stationnaire, peut encore subir une
légère élévation, par suite de la position incommode et continue
du bras et peut-être aussi à cause de la contraction prolongée des
muscles ; or, cette élévation est donc indépendante de la maladie
elle-même.
En outre, il ne faut pas négliger dans les examens minutieux
l'instabilité elle-même du mercure dans les cas pathologiques. —
Dans ces circonstances, il faut donc noter les valeurs changeantes
d'après les minutes. En général, on peut arrêter l'observation
quand il ne se présente pas, durant cinq minutes, de modifications
notables dans le niveau du mercure. Dans la pratique ordinaire,
il suffit même d'un arrêt de deux ou trois minutes. Il semble
superflu de noter que l'élévation doit se lire sur l'instrument
encore en place, à moins que l'on ne se soit servi d'un thermomètre
a maxima.
On peut considérablement abréger l'examen, au détriment, il
est vrai, de la certitude des résultats, en chauffant l'instrument,
avant de l'appliquer, à quelques degrés au-dessus de la tempé-
rature probable ; néanmoins on ne gagne pas ainsi beaucoup de
TECHNIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 79
temps, puisque le mercure, comme Liebermeister l'a déjà indi-
qué, tombe d'abord, à cause de la chaleur insuffisante de la cavité
axillaire, au-dessous du degré de la température du corps et ne
commence à remonter qu'ensuite ; à moins que la cavité axillaire
n'ait été préalablement fermée.
Dans les températures très-élevées, cet inconvénient n'est
cependant pas si considérable, et l'on peut toujours recommander
ce procédé pour des mensurations dans lesquelles une exactitude
extrême n'est pas urgente ; tandis que pour des températures
moyennes, ce moyen est contre-indiqué, à moins que l'on n'ait
pris soin de maintenir auparavant la cavité axillaire fermée.
En procédant à la mensuration thermique dans la cavité buc-
cale, il faut placer l'instrument au-dessous de la langue, engager
le malade à fermer la bouche et à respirer par le nez.
Pour les mensurations rectales et vaginales, il faut introduire le
réservoir du mercure, bien huilé, assez profondément (à peu près
à 6 centimètres).
Thomas (Jahrber. fùrKinderheilk.,N. F., t. Iî, p. 259) donne le
conseil pratique de chauffer le thermomètre à 1° ou 2° au-dessus
du degré prévu erde l'introduire aussitôt après. Par ce moyen, on
arrive à des résultats parfaitement suffisants en pratique, au bout
de quinze secondes ou en une demi-minute. Il va sans dire qu'il
faut s'assurer de la solidité de l'instrument pour ne pas le briser
pendant son application et causer ainsi des accidents au malade.
7. Il faut encore mentionner quelques précautions nécessaires
dans la mensuration. Y a-t-il eu des influences anomales exercées
sur le malade immédiatement ou du moins peu de temps avant la
mensuration? A-t-il eu une évacuation, une hémorrhagie, des
vomissements ? A-t-il fait un repas copieux ? A-t-il pris des bois-
sons excitantes ou rafraîchissantes en quantité considérable? Est-il
couvert de sueurs profuses? Toutes ces considérations doivent
entrer d'autant plus en ligne de compte qu'elles peuvent modifier
nolablement la température.
La température ambiante au moment de la mensuration est
ordinairement de peu d'importance, puisque la plupart des obser-
vations se font à la température à peu près constante des salles ou
des chambres de malades (15° à 20° C.) ; ce n'est que dans les
80 TECHNIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
cas où la température extérieure est très-élevée, comme dans les
étés extrêmement chauds, qu'il peut être utile de ne pas la
négliger.
De même, il n'est pas essentiel de prendre en considération
l'état du baromètre pour les observations ordinaires de la tempé-
rature morbide.
En revanche, il faut noter, outre les jours du mois, les heures
quotidiennes de la mensuration, car, sans ces dernières, l'obser-
vation serait presque sans valeur.
8. Quant au moment ou à la répétition plus ou moins fréquente
des mensurations, ce sont les circonstances particulières du cas et
les points de vue sur lesquels, est fondé l'examen qui devront en
décider.
Dans les conditions ordinaires, il est bon de prendre la tempé-
rature autant que possible exactement à la même heure pendant
tout le cours de la maladie, et au point de vue de la pratique mé-
dicale deux mensurations par jour seront ordinairement suffisantes.
Le moment le plus favorable pour pratiquer la mensuration est
le matin entre 7 heures et 9 heures (correspondant en général
aux températures les plus basses) et le soir entre 4 heures et 6
heures (correspondant ordinairement aux températures les plus
élevées) .
Si l'on trouve que le cas observé présente des rémissions et des
exacerbations fébriles à d'autres heures, c'est à ces heures-là qu'il
faut pratiquer la mensuration. S'il s'agit d'une maladie très-inté-
ressante ou d'une question spéciale, on pourra répéter les mensu-
rations toutes les deux heures ; ainsi, par exemple, dans les cas
aigus et graves, principalement au début, afin de pouvoir constater
l'heure des rémissions et des exacerbations. Il en sera de même
si le diagnostic est encore douteux ou si la maladie offre des dé-
viations dans l'évolution thermique habituelle. On devra générale-
ment répéter les mensurations chaque fois que le malade accusera
un phénomène particulier et anomal.
Pour reconnaître réellement et avec exactitude la marche de la
température dans une maladie, deux observations par jour ne
suffisent pas, il faut en faire au moins quatre ou six, et même plus.
Les heures les plus propices sont celles de 7 à 8 heures, de 9
TECHNIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE. 81
à 10 heures du matin : de midi à 1 heure, de 5 à 4 heures, de
6 à 7 heures de l'après-midi, de 10 à 11 heures du soir. Il faut
encore y ajouter une mensuration faite de grand matin, lorsque
les conditions de la fièvre sont graves ou que sa marche présente
de grandes variations.
Quand il se produit des modifications rapides dans la tempé-
rature d'un malade (par exemple, dans une crise à marche rapide,
dans un accès de fièvre intermittente), des mensurations prati-
quées d'heure en heure ou toutes les demi-heures,- et même des
observations continues et permanentes sont seules en état de rendre
le processus manifeste. Dépareilles exigences concernent rarement
la pratique privée, mais elles deviennent nécessaires lorsqu'il
s'agit de rechercher les lois qui régissent la marche d'une maladie.
9. La question de savoir qui doit procéder à la mensuration
n'est pas sans importance.
Bien que la mensuration pratiquée par le médecin traitant ou
par son interne paraisse être la seule garantie de l'exactitude des
résultats, on peut cependant adresser plus d'une objection aux exi-
gences d'un tel moyen. En admettant, en effet, que le médecin
procède lui-même à la mensuration thermique, le temps qu'il
devra y consacrer enlève à la thermométrie clinique toute son
utilité et la rend presque matériellement impraticable. Tant qu'il
ne faut faire dans les cas graves qu'une ou deux observations ther-
miques par jour, l'objection tirée de la perte de temps que ces ma-
nœuvres nécessitent, a moins de portée, car tout médecin a géné-
ralement assez de temps disponible pour pouvoir consacrer chaque
jour quelques quarts d'heure à des cas aigus et graves, heureu-
sement peu nombreux dans la pratique privée. Si le temps lui fait
défaut, il ne doit pas se charger du traitement de pareils malades.
Le prétexte de la perte de temps n'est pas plus acceptable ici que
dans le cas où un accoucheur ne voudrait pas, pour le même motif ,
attendre la fin d'un accouchement dont il se serait chargé. D'un
autre côté, il est certain qu'aucun praticien occupé ne peut procé-
der à six ou huit mensurations par jour chez le même malade (si ce
n'est dans des cas tout à fait exceptionnels) ; ni même appliquer le
thermomètre matin et soir dans les cas légers.
Mais cela n'est pas nécessaire.
82 TECHNIQUE DE LA THERMOMETRIE MÉDICALE.
11 faut seulement qu'il sache par qui et comment est faite la
mensuration thermique et qu'il connaisse assez bien la thermo-
nomie pathologique pour contrôler les résultats obtenus.
Tout individu sur, sincère, intelligent, ayant la vue bonne, peut
apprendre en très-peu de temps à faire des mensurations suffisam-
ment exactes. La tâche du médecin ne réside pas dans la tech-
nique elle-même, mais bien dans la surveillance de l'application
du thermomètre, dans le contrôle et l'utilisation des résultats ob-
tenus. — La lecture des degrés marqués par le thermomètre ne
fait pas plus le diagnostic que l'administration des médicaments
ne constitue la thérapeutique.
Dans les observatoires astronomiques et météorologiques, les
mensurations thermométriques et maintes autres sont faites éga-
lement par des gens qui n'ont pas un intérêt direct à leur applica-
tion. Un homme sûr, plein d'attention et de bonne volonté, con-
sciencieux et dépourvu de connaissances médicales, commettra
bien moins d'erreurs dans ses mensurations que plus d'un méde-
cin ; car il n'est pas dominé par des idées préconçues qui font
apercevoir à certains médecins les faits tels qu'ils conviennent à
leurs théories. A l'hôpital, des infirmiers sûrs et bien enseignés,
et, dans la pratique civile, des parents intelligents du malade,
peuvent donc être de très-bons et très-utiles auxiliaires pour la
thermométrie médicale.
J'ai souvent constaté que les parents s'apercevaient bien vite de
l'importance de ce mode d'observation ; ils procèdent presque tou^
jours avec un soin minutieux à la mensuration thermique et n'ont5
pour la plupart, que trop de tendance à tourmenter leurs malades
par une trop fréquente application de l'instrument ; mais certes,
tous ceux à qui l'on confie la mensuration doivent être bien
instruits et très-attentivement surveillés ; la moindre négligence de
leur part est un signe de leur impéritie, et il faut que le médecin
soit assez versé dans la thermométrie pathologique pour savoir à
l'avance le degré approximatif de température auquel il doit s'afc
tendre ; et tout écart imprévu doit lui paraître suspect et l'engager
à renouveler la mensuration. Il va sans dire qu'il ne faut pas at-
tribuer à ces observations, suffisantes dans la pratique privée, une
exactitude assez grande pour pouvoir en abstraire des données
générales.
TECHNIQUE DE LA TI1ERM0MÉTR1E MÉDICALE. 85
Lorsque les observations thermométriques paraissent être en
contradiction avec les résultats obtenus à l'aide de meilleurs pro-
cédés, il faut au moins attendre, avant de juger le cas, jusqu'à ce
que l'on ait acquis la conviction qu'une pareille infraction aux
règles habituelles se reproduit fréquemment, ou bien que cet écart
thermique concorde avec d'autres particularités du cas.
10. La méthode mise en usage pour arriver promptement à des
résultats utiles dépend des circonstances dans lesquelles on se
trouve et du but que l'on poursuit.
Dans la pratique privée, on aura le plus souvent recours aux
mensurations axillaires. Aussitôt arrivé chez son client, le méde-
cin, après avoir préalablement échauffé le thermomètre dans sa
main, applique celui-ci dans le creux de l'aisselle, qu'il a soin
d'essuyer auparavant, s'il est humide de sueurs ; ou bien il le fait
appliquer par les parents un quart d'heure avant son arrivée. — Le
thermomètre mis en place n'empêche pas le médecin d'interroger
son malade, d'examiner le pouls, la langue, les déjections. S'il a
lui-même introduit l'instrument dans la cavité axillaire, il regar-
dera, après deux minutes d'intervalle, si la colonne de mercure a
monté rapidement et si le thermomètre est resté bien appliqué. 11
est bon de jeter un coup d'œil de temps en temps, et si le mercure
a cessé de s'élever pendant 5 ou 5 minutes, l'instrument est en-
levé et l'observation finie. Dans la pratique privée, il importe
d'ailleurs rarement de connaître l'élévation absolue et complète de
la température; on peut donc, sans grand inconvénient, clore l'ob-
servation avant que l'élévation thermique ne soit marquée en toute
certitude.
Si l'on pouvait s'attendre encore à une ascension d'un ou de
deux dixièmes de degré, cela modifierait peu l'opinion du méde-
cin sur la maladie. De même que, pour la fréquence du pouls, il
il est presque toujours indifférent en pratique de compter chez un
malade 80 ou 84, 100 ou \ 04, 140 ou 150 pulsations à la minute ,
de même pour la température, une différence de quelques dixiè-
mes peut être considérée comme à peu près nulle. C'est au méde-
cin d'apprécier dans quelles circonstances il importe de tenir
compte de ces différences. Dans certains cas, on peut même abré-
ger encore plus la durée de la mensuration. Dans la pratique
84 TECHNIQUE DE LA TIIERMOMETRIE MÉDICALE.
privée on peut parfaitement procéder à la caléfaction préalable de
l'instrument à l'aide d'une allumette enflammée, et laisser des-
cendre ensuite le mercure au degré de la température du corps.
Grâce à ce moyen on abrège la mensuration, qui peut ainsi se faire
en quelques minutes. Les résultats obtenus de la sorte ne sont
pas, il est vrai, très-exacts, mais ils suffisent le plus souvent dans
la pratique privée.
Lorsqu'il paraît nécessaire de répéter plus souvent les mensu-
rations, ce que le médecin ne peut pas faire clans la pratique pri-
vée : par exemple, dans toutes les fièvres graves ou intermittentes,
même quelquefois dans les pyrexies cbroniques ; il doit en confier
le soin à un parent intelligent du malade, en lui faisant compren-
dre l'importance de l'observation thermométrique pour l'appré-
ciation de l'état morbide ; puis, après l'avoir familiarisé à l'usage
de l'instrument, le médecin lui fait répéter plusieurs fois sous ses
yeux la manœuvre du thermomètre ; il pourra ensuite se fier à lui
pour les mensurations ultérieures, tout en ayant soin d'exercer
un contrôle d'autant plus attentif sur les résultats, que les chif-
fres indiqués lui sembleront plus extraordinaires. Outre le nombre
de degrés et de dixièmes constatés à chaque mensuration, l'heure
et la durée de l'application du thermomètre devront également
être soigneusement indiquées. — Ces observations n'eussent-elles
d'autre avantage que d'indiquer le moment précis des exacer-
bations et des rémissions, seraient déjà fort précieuses, car elles
fourniraient au médecin des indications extrêmement utiles
en lui permettant de régler l'heure de ses visites et celles des
mensurations ultérieures. Mais on peut encore déduire avec une
certaine probabilité de ces données thermométriques des conclu-
sions beaucoup plus importantes. — Elles éveillent, en effet, l'at-
tention sur des changements brusques opérés dans le cours de la
maladie, qu'il est très-urgent de connaître en temps opportun, car
ils échappent, dansleur début, à tous les autres procédés d'inves-
tigation.
11 est à peine nécessaire de mentionner qu'en pareil cas il faut
laisser en permanence chez le malade un bon thermomètre mis à
l'épreuve et bien contrôlé.
Dans les grands services nosocomiaux, l'emploi du thermomètre
méthodiquement appliqué donne une économie de temps qui le
TECHNIQUE DE LA THERMOMETRIE MEDICALE. 85
rend plus précieux que dans la pratique privée. Les mensurations
régulières doivent être faites avec exactitude, tous les jours aux
mêmes heures. — Avant que le médecin entre dans les salles, il
faut que l'instrument soit posé sur tous les malades. — Dans une
tournée rapide, il s'assure que les thermomètres sont bien appli-
qués, et il les replace s'il y a lieu. — Pendant qu'il procède à
l'examen clinique des malades, il peut de temps en temps contrôler
l'application des thermomètres et la position des bras, etc. Chez les
malades qui ne tiennent pas l'instrument assez étroitement appli-
qué dans le creux de l'aisselle, ou qui se remuent et s'agitent, il
faut faire maintenir par un infirmier leur bras solidement accolé
contre les parois de la poitrine (ce cas se présente d'autant plus
rarement chez les malades qui ont toute leur connaissance, qu'ils
ont eux-mêmes le plus grand intérêt à ce que la mensuration
soit exacte). — Après vingt minutes environ, on fait lire et
noter rapidement, par un élève ou un infirmier intelligent, les
chiffres marqués par les divers thermomètres. On laisse cependant
ces instruments en place, jusqu'à ce que, après cinq minutes,
le médecin les ait de nouveau contrôlés. Si, à ce dernier examen,
les résultats diffèrent de la première notation, il faut encore
laisser l'instrument jusqu'à ce que l'ascension soit complètement
achevée. De cette façon, la mensuration thermométrique peut
être terminée chez tous les malades, d'une salle de vingt lits,
dans l'espace d'une demi-heure, et ce laps de temps pourra être
consacré à l'examen des autres phénomènes morbides et ne sera
donc pas perdu. — Dans un service d'hôpital bien organisé, on
trouvera bien vite des infirmiers assez intelligents et assez con-
sciencieux pour prendre les températures, et l'on s'en servira pour
les cas où la maladie ne présentera rien d'anomal, surtout en de-
hors des heures de visite. 11 ne faut jamais perdre de vue qu'un
médecin versé dans les expériences thermométriques n'est pas faci-
lement trompé par de fausses indications et par des mensurations
inexactes. Mais c'est un écueil et un danger pour les commençants
en matière de thermométrie, que de se'faire remplacer par d'au-
tres dans leurs mensurations. Il reste naturellement un certain
nombre de malades dont l'observation thermique exige plus de
temps, soit parce que le résultat obtenu est suspect pour une rai-
son quelconque, soit que la nature même de leur affection impli-
86 TECHNIQUE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.
que une exactitude plus rigoureuse dans les résultats. En pareil
cas, on ne devra pas reculer devant une dépense de temps néces-
saire, ni hésiter à entrer dans tous les détails de l'observation.
N'est-on pas forcé, pour d'autres conditions pathologiques, d'ac-
corder à certains malades plus de temps et un examen plus cir-
constancié ? Celui qui connaît l'importance de la thermométrie ne
croira pas perdre ainsi ni son temps ni sa peine.
Dans toute espèce d'observation thermométrique, qu'elle se rap-
porte à des points de vue pratiques ou théoriques, il est indispen-
sable de noter les degrés obtenus en série continue ; ils ne devien-
nent pour ainsi dire perceptibles, et la marche thermique n'est
vraiment saisissable, qu'autant qu'ils sont représentés dans un
tableau sous forme de courbe ou de tracé. — Pour les rendre plus
intelligibles, on peut noter sur la même courbe les degrés Réau-
mur aussi bien que les degrés centigrades. Il est, en outre, utile
d'indiquer à l'encre rouge sur le même tableau, le tracé de la fré-
quence du pouls et de la respiration ; on peut aussi ajouter d'au-
tres détails, les accidents importants, les médications mises en
usage, etc. (Voy. Tabl. I). Par ce moyen, on peut embrasser d'un
seul coup d'œil toute la marche de la maladie avec ses variations,
ses recrudescences et ses différentes modalités.
La mémoire la plus fidèle, le récit le plus frappant et le plus
détaillé ne pourront jamais retracer un tableau plus saisissant de
la maladie que cette simple courbe. — La comparaison d'un grand
nombre de ces tracés entre eux fait ressortir les points communs
des évolutions thermiques et la loi qui les régit. Les écarts, les
irrégularités de la température et l'influence exercée sur elle par
les agents thérapeutiques, y sont reproduits d'une façon si frap-
pante que tout homme, à l'abri de préventions injustes, ne sau-
rait résister à un pareil moyen de contrôle et d'épreuve.
IV
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN
1. L'étude des modalités de la température de l'homme à l'état
de santé est la base la plus sûre pour apprécier les résultats de la
tbermométrie pathologique. Quoique des observations thermiques
multipliées aient été faites sur l'homme sain, elles ne sont pas
encore assez nombreuses ni assez certaines pour éclaircir tous les
points douteux.
Ces observations ne portent, en général, que sur quelques
dixièmes de degré ; avec des différences aussi minimes, on ne sau-
rait exclure l'influence du hasard, même en évitant soigneusement
des erreurs d'observation ; souvent même des doutes peuvent
naître sur la question de savoir si les individus soumis aux expé-
riences ont été jugés sains à bon droit et notamment dans les cas
où la température de l'individu sain a dû être examinée sous l'in-
fluence des différents agents, dans des conditions qui ne lui étaient
pas habituelles ; il est très-difficile de décider si ces diverses cir-
constances n'ont pas déjà pu exercer quelque action morbigène
sur les individus ainsi examinés; soit que les agents aient été trop
intenses en eux-mêmes, soit que les sujets n'aient pas eu une
santé assez robuste pour résister à l'action nocive d'un régime inac-
coutumé, de bains prolongés et autres épreuves analogues. Il est,
en effet, des séries d'auto-observalions qui ont perdu la majeure
partie de leur valeur par suite d'une maladie survenue ulténeu-
88 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
rement chez l'expérimentateur (tel est le fait de Gierse); et dans
bien d'autres cas, l'extrême divergence entre les résultats consignés
dans les observations nouvelles et ceux que l'on a obtenus autre-
fois, permet de soupçonner que les individus examinés n'étaient
pas en parfaite santé. C'est ainsi que les nombreuses données rela-
tives aux conditions de la température à l'état hygide restent
encore incertaines, et l'exactitude la plus scrupuleuse de l'obser-
vation isolée est impuissante à combler une pareille lacune.
Plusieurs de ces observations ont été faites avec peu de soin et
dans beaucoup de recherches sur la température de l'homme sain,
on n'a pas satisfait aux conditions que l'on exige à bon droit de
la thermométrie pathologique, dont les résultats sont utilisés scien-
tifiquement.
Mais il est surtout fâcheux que l'on pose les fondements de la
thermométrie physiologique avec des matériaux insuffisants. Si
l'on possédait des observations en grand nombre sur chaque cas
particulier, bien des erreurs isolées pourraient ainsi s'annihiler.
Au lieu de cela, on a essayé de résoudre une foule de questions
avec des données très-restreintes, même à l'aide d'observations iso-
lées ou faites sur quelques rares individus, et, par conséquent, il
n'est pas permis d'en déduire, sans autres preuves, des lois géné-
rales. On conçoit aisément qu'en présence des résultats si minimes
fournis par les différences thermiques de Tbomme sain, on trouve
rarement assez de persévérance pour examiner les mêmes points
pendant un grand nombre d'années et pour renouveler sans cesse
les mêmes observations, comme cela est indispensable dans la
thermométrie pathologique, lorsqu'on veut arriver à des résultats
utiles et vrais. — Le plus souvent les problèmes physiologiques
doivent se résoudre très-promptement, car la durée des phéno-
mènes est très-éphémère; et, par conséquent, ces solutions ne
s'appuient que sur des cbiffres si faibles qu'on n'oserait pas en
tirer une conclusion quelconque en thermométrie pathologique.
Il faut ajouter, en outre, que le nombre des individus en par-
fait état de santé est relativement assez restreint, et pourrait-on
même les réunir, il serait plus difficile de les soustraire aux
diverses influences nocives que les malades couchés dans un lit
d'hôpital.
Pour remédier au petit nombre d'individus sains servant aux
TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN. 89
recherches thermométriques, on a eu recours aux expériences
sur les animaux ; mais cet expédient est également sujet à
caution.
Les animaux, en général, et notamment ceux qui sont ordinai-
rement utilisés pour les expériences (lapins, chiens, etc..) ne pré-
sentent pas une température constante, et leur cycle thermique, à
l'état hygicle, est beaucoup plus restreint que chez l'homme, aussi
les résultats obtenus par cette voie ne sont pas directement appli-
cables à l'espèce humaine.
Les données de la thermométrie physiologique sont donc bien
moins nombreuses et bien moins certaines que les faits révélés
par la mensuration thermique chez les malades, dans le cours des
vingt dernières années.
2. Si l'on avait rempli toutes les exigences de l'observation,
on pourrait bien fixer les limites du cycle normal de la tempéra-
ture physiologique, mais il serait encore impossible de le déter-
miner complètement.
Tant qu'il n'y a pas d'autres symptômes de la maladie, il sem-
blera arbitraire de désigner tels degrés de température, comme
encore normaux, et tels autres comme morbides. Cette démarca-
tion est extrêmement difficile et ne peut guère être tentée que
dans les cas où l'on a placé les hommes ou les animaux en expé-
rience, clans des conditions anormales, ou qu'on a laissé agir
sur eux des influences très-actives. — Ici même, un effet encore
physiologique peut toucher immédiatement un acte déjà patholo-
gique, et l'on ne saurait, bien souvent, décider si la compensation
de chaleur subit aussi dans le corps sain de grands troubles sous
l'influence d'un agent extérieur énergique ou, s'il faut considérer
l'insuffisance de cette compensation de chaleur comme le signe
d'un trouble pathologique artificiellement produit. On pourra
considérer cet état thermique comme appartenant au cycle normal
si, aussitôt après que l'influence nocive a cessé d'agir, la tempéra-
ture redevient normale et s'il ne se déclare aucun trouble fonc-
tionnel ou organique.
Le même phénomène se produit spontanément dans certains
états physiologiques qui ne comptent pas encore parmi les mala-
dies, tels, par exemple, que : la fatigue, la menstruation, la gros-
90 TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN.
sesse, les couches, et il apparaît d'autant plus vite que la santé
générale du sujet est plus chancelante et moins forte.
5. L'incertitude des observations thermiques chez l'homme sain
et la difficulté de constater l'existence des troubles légers ou gra-
ves, mais occultes, des individus en expérience; d'autre part, enfin,
l'impossibilité de séparer nettement les phénomènes morbides des
effets physiologiques, toutes ces conditions fâcheuses sont autant
d'obstacles à la constatation précise des limites dans lesquelles se
meut le cycle normal de la température humaine.
Cependant, on arriverait presque à la vérité, notamment après
les observations infiniment plus considérables que l'on a si sou-
vent l'occasion de faire sur les convalescents, en adoptant comme
limite de la température axillaire normale : de 56° 25 à 57° 5 (29°
à 50° R.) et comme moyenne normale, au même point, 57° (29°, G
R.). — Toutes les températures dépassant ces limites, en haut ou
en bas, sont suspectes, ou ne peuvent être considérées comme
normales que dans des conditions spéciales et sous des influences
particulières.
La température de l'homme étant le résultat de recettes et de
dépenses variables, il faut regarder comme un fait tout particu-
lier que de ces actions multiples, de ces processus incessamment
variables, il puisse résulter, dans l'état physiologique, un total
toujours aussi uniforme et, qu'en un mot, les variations de la
température générale du corps ne dépassent pas l'étendue d'un
degré.
Ce que Lavoisier a dit du poids du corps peut se dire avec plus
de vérité de la température : « Quelle quantité d'aliments qu'il
prenne, le même individu revient tous les jours après la révolu-
tion des 24 heures, au même poids à peu près qu'il avait la veille,
pourvu qu'il soit d'une forte santé, que sa digestion se fasse bien,
qu'il ne s'engraisse pas, qu'il ne soit pas dans un état de crois-
sance et qu'il évite les excès. »
Tant que le corps reste sain, la température se maintient à peu
près au même niveau, ou y revient toujours ; même quand elle a
subi, sous certaines influences, un écart plus considérable, l'état
normal se rétablit bientôt, pourvu que la santé n'ait pas été affec-
tée ; et même après les maladies et tous les écarts thermiques
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 91
qu'elles ont provoqués, la température redevient, aussitôt après la
guérison, la même qu'elle a été avant l'invasion de la maladie.
L'homme se rapproche beaucoup, à cet égard, d'une foule d'au-
tres êtres et, en particulier, de ceux qui le suivent de près dans la
série zoologique.
La chaleur animale, en général, est une propriété essentielle
de tout organisme vivant. Tous les êtres vivants, quoique soumis
aux lois de la chaleur rayonnante, possèdent la propriété sui-
vante : pendant toute la durée de leur existence, il n'est pas
nécessaire qu'ils soient en équilibre de température avec celle
des corps qui les avoisinent, avec la chaleur du milieu ambiant
liquide ou gazeux.
Ils possèdent tous, à l'état normal, une température supérieure
à celle du milieu qui les environne, et si la température de celui-
ci dépasse exceptionnellement 40° ou 42°, ils ne la suivent pas
dans cette ascension. En outre, les mammifères et les oiseaux pré-
sentent en particulier une température plus ou moins constante ;
c'est-à-dire que leur température est indépendante, ou du moins
presque indépendante de la chaleur du milieu ambiant, tandis
que les autres animaux sont très-manifestement influencés par ce
milieu; les expressions : d'animaux à sang chaud ou à sang froid,
servent précisément à désigner cette différence. — Il est néan-
moins plus exact d'établir la distinction entre les animaux à tem-
pérature constante et les animaux à température variable, quoique
la constance thermique des premiers ne soit pas absolue ; il en est
même qui, avec une température ordinairement constante, pré-
sentent dans certaines circonstances une variation considérable
de leur chaleur propre, tels que les animaux hibernants chez les-
quels, durant le sommeil d'hiver, la température se rapproche
beaucoup de celle du milieu ambiant.
L'homme appartient à la catégorie des êtres chez lesquels la
constance de la température est la plus parfaite, bien que chez
lui aussi, elle ne soit pas complètement absolue ; elle est, par
exemple, toujours soumise chez tout homme à de légères oscilla-
tions et dans certaines circonstances, sous l'influence d'agents
extérieurs énergiques, elle subit de grandes variations qui peuvent
atteindre une hauteur considérable, notamment dans les ma-
ladies.
92 TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN.
4. Ce phénomène de la stabilité de la température est le résul-
tat d'une part de la production continuelle de chaleur qui s'opère
pendant la vie, sur presque tous les points du corps, et, d'autre
part, des pertes thermiques qui se produisent aussi sans inter-
ruption.
Le fait de la production de chaleur dans le corps humain et
chez tous les êtres vivants en général, n'est pas difficile à com-
prendre. Il n'y a certainement pas d'autre source de chaleur spon-
tanée dans l'organisme que les processus chimiques d'oxydation.
Le corps vivant ne crée pas plus la chaleur qu'il ne crée la ma-
tière ; il n'y a dans l'organisme qu'une transformation de forces.
Les forces qui, à l'intérieur du corps, se transforment en cha-
leur, sont les affinités de sa propre substance et des matières
venues du dehors. A chaque processus dans lequel des affinités se
saturent plus qu'il ne s'en est saturé auparavant, une force estmise
en liberté (chaleur, mouvement).
En formant de nouvelles combinaisons chimiques qui ne possè-
dent plus de force de tension (chimique), les ingesta oxydables et
l'oxygène inspiré, ayant été transformés en acide carbonique et
en excrétions oxydées et évacuées, les affinités inhérentes aux élé-
ments organiques du corps et aux matières qu'on y a introduites
se transforment en chaleur et en mouvement. Les nombreux pro-
cessus chimiques de l'organisme, en particulier l'absorption des
produits assimilables et, à un plus faible degré, la combinaison des
éléments organiques des tissus avec l'oxygène inhalé, c'est-à-dire
les oxydations interstitielles, en un mot la combustion sourde et
latente, mais continue, du sang et de tous les matériaux oxyda-
bles introduits dans le corps et assimilés dans la nutrition ; telles
sont les sources fécondes et incessantes de la chaleur animale.
Par sa propriété d'absorber l'oxygène, le sang est l'intermé-
diaire obligé delà thermopoïèse. 11 possède, en outre, grâce à sa
circulation même, le moyen d'égaliser la température des diffé-
rentes parties du corps et de la rendre ainsi uniforme. — Il im-
porte peu, pour le moment, de savoir si le sang est le principal
milieu dans lequel s'élaborent les processus thermogènes, ou si
cette transformation des affinités chimiques en chaleur ne s'opère
pas dans la trame des tissus eux-mêmes et quelle en est l'inten-
sité. — Mayer dit « que c'est à peine si la centième partie du pro-
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 95
cessus de combustion se fait en dehors des parois vasculahes » et
la physiologie a commencé à lui donner en partie raison.
Il est généralement admis que toutes les parties du corps, sauf
les. tissus cornés, prennent part au processus thermogène, par l'as-
similation et la désassimilation de leur substance : les glandes, les
viscères abdominaux et les muscles passent pour être les princi-
paux foyers de la thermopoïèse, sans qu'il soit possible cependant
de calculer exactement la part qui revient à chacun de ces organes
dans la production thermique générale.
La somme de' chaleur produite dans un temps donné par un in-
dividu à l'état normal (c'est-à-dire la quantité de calories qui se
forment dans l'organisme humain pendant ce même temps), ne
peut pas être exprimée en chiffres précis, parce qu'on ne saurait
ni évaluer ni empêcher la perte de chaleur qui se fait simultané-
ment et qu'en outre, on rencontre des obstacles insurmontables
en essayant de constater la somme de chaleur produite, soit par
les produits de désassimilation, soit par la quantité de combustible
que fournissent les aliments ingérés (c'est-à-dire la quantité de
chaleur qu'ils dégagent par leur combustion).
Enfin de nouvelles difficultés surgissent encore : l'oxygène dé-
pensé ne donne pas la mesure de la chaleur produite ; car les
matières oxydables ne présentent pas dans leur combustion le
même degré de chaleur et qu'enfin toute la force mise en liberté
par l'oxydation ne se présente pas seulement sous forme de
chaleur, mais se transforme en partie en mouvement (travail
utile).
Toutes les évaluations numériques relatives à la quantité de
chaleur produite chez l'homme, dans un temps donné, ne sont fon-
dées que sur des approximations plus ou moins arbitraires. —
Nous prendrons pour exemple les calculs d'Helmhoitz (Diction-
naire encyclopédique de Berlin : Berl. encycl. Wôrterbuch, XXXV,
p. 555). D'après cet auteur, la production thermique quotidienne
d'un individu pesant 82 kilogrammes, s'élèverait à 2,752,472 ca-
lories (les calories sont, dans ce cas, rapportées au gramme et
représentent la quantité de chaleur nécessaire pour élever de
1° C. la température de 1 gramme d'eau distillée); en d'autres
termes, chaque gramme du corps de cet homme produit dans un
jour autant de chaleur qu'il en faudrait pour élever de 1° 58 :*
H TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
grammes d'eau distillée et, dans une heure, le calorique néces-
saire pour augmenter de 1°,6 la température de 1 gramme d'eau.
5. De même qu'il s'opère dans le corps une production con-
tinue de chaleur, il s'y fait aussi une déperdition incessante de
calorique:
Par rayonnement (à la surface);
Par diffusion ;
Par évaporation des liquides sécrétés.
Finalement par le travail mécanique (transformation de la cha-
leur en mouvement) .
Le siège principal de la déperdition thermique est la surface du
corps. — Le refroidissement s'y fait non-seulement par le rayon-
nement, mais aussi par émission et diffusion dans des milieux plus
froids et entin par l' évaporation cutanée.
La quantité de ces pertes thermiques dépend, en premier lieu,
des conditions des parties circonvoisines (degré de froid, faculté
de transmission du calorique), en second lieu, de la disposition
même des organes (le nez, les oreilles, les doigts se refroidissent
plus rapidement) . Le degré du refroidissement dépend encore de
l'épaisseur et de la consistance de la couche épidermique, de l'état
de la circulation capillaire sous-cutanée, mais principalement de
l'humidité de la peau et de l'intensité de l'évaporation. — Mais
il existe aussi, dans les voies respiratoires, une déperdition de cha-
leur produite par l'air inspiré et par l'évaporation pulmonaire ;
mais comme ces organes sont en même temps des foyers de calo-
rifieation, il en résulte que la dépense de chaleur est immédiate-
ment neutralisée par une production nouvelle de calorique.
11 se fait aussi, mais à un bien moindre degré, des pertes de
chaleur dans l'estomac (après l'ingestion d'aliments froids et en
proportion de la masse ingérée) et dans le gros intestin (masses
fécales). Enfin, les muscles en action transforment en mouvement
une partie de la chaleur (effet mécanique). Mais là aussi il y a
compensation produite par la contraction musculaire elle-même;
— On a calculé la part numérique qui revient à chacun des agents
précédemment énumérés dans la déperdition de chaleur, et les ré-
sultats obtenus ont été les suivants : 60 à 75 pour 100 pour le
rayonnement et la diffusion du calorique à- la surface du corps;
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 95
^O à 50 pour 100 sur le compte de l'évaporation ; 4 à 8 pour 100
absorbés par l'air inspiré ; là 2 pour 100 réservés à l'excrétion
tant urinaire que fécale, et 2 pour 100 produits par l'ingestion
d'aliments froids. — La somme totale de pertes thermiques dans
un temps déterminé est aussi impossible à préciser que la quan-
tité de chaleur produite. Tout ce que nous savons, c'est qu'à l'état
de santé, la dépense est égale au gain.
6. Bien que les conditions thermogéniques et les origines de
la déperdition du calorique nous soient connues, nous som-
mes encore bien peu éclairés sur les causes du maintien de la
température à un niveau fixe, ou pour mieux dire, celles qui pré-
sident à la régulation thermique.
En tout cas, on conçoit aisément que la production de chaleur
se règle sur l'augmentation ou la diminution accidentelle des per-
tes thermiques ; l'individu, obéissant à son propre instinct, s'ef-
force de restreindre cette déperdition quand elle devient excessive
(à l'aide de vêtements plus chauds) et de remplacer la chaleur
perdue par un surcroît de production (nourriture plus abondante);
par contre, lorsque sa calorification est trop considérable, il essaye
de recourir à des moyens destinés à lui soustraire de la chaleur
(boissons, ablutions froides, bains, etc.). Il existe, en outre dans
l'organisme une série d'appareils qui viennent en aide à son in-
stinct. Lorsque la production thermique est accrue, la circulation
est accélérée, la peau se vascularise et la perte de chaleur à sa sur-
face est encore augmentée par la sécrétion sudorale ; la respiration
devient en même temps plus fréquente et, partant, la réfrigération
produite par l'air froid inspiré est également accrue ; on conçoit
également que, dans le cas contraire, c'est-à-dire quand la calori-
fication est ralentie, les vaisseaux de la peau se rétrécissent, et
grâce à cette ischémie passagère, la déperdition du calorique à la
surface cutanée se trouve ainsi diminuée.
Une modification partielle dans la production ou dans la dépense
de chaleur entraîne aussitôt un changement dans l'élévation de la
température. Mais si, dans le cas de modification de la production
thermique, les appareils de calorification conservent leur intégrité
ou bien dans le cas de perte de chaleur, si les matériaux de pro-
duction ne font pas défaut, si les processus thermogènes ne sont
96 TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN.
pas enrayés et que, en un mot, l'organisme soit dans des conditions
normales, les conséquences de ces modifications se neutralisent si
rapidement que l'équilibre thermique est bientôt rétabli. — L'aug-
mentation partielle de chaleur est.suivie d'une déperdition dispro-
portionnée et une perle extraordinaire est amplement compensée
par une production exagérée ; de façon qu'après une ascension ou
une diminution de la température, il s'ensuit toujours, en premier
lieu, une oscillation eu sens contraire avant le rétablissement com-
plet de l'équilibre. Mais tout cela n'explique pas pourquoi la tem-
pérature à l'état hygide, conserve constamment un certain niveau,
pourquoi elle se tient chez l'homme aux environs de 57°, tandis
que chez d'autres animaux pourvus des mêmes organes thermo-
poïétiques et sujets aux mêmes causes de déperdition de calorique,
la température reste moins fixe. — Cet équdibre thermique résul-
tant de facteurs multiples, est fondée sur r'enchaînemeut délicat
de nombreux appareils dont le concours simultané, immédiat et
précis est nécessaire pour conserver, c'est-à dire pour régulariser
la température.
Aussi, Ludwig (Physiologie, t. 11, p. 754) en cherchant à ap-
profondir les moyens de conservation du degré thermique normal,
avoue-t-il que, malgré la connaissance imparfaite que nous possé-
dons des conditions organiques qui président aux rapports entre
la dépense et la recette thermiques, le mécanisme intime de ces
rapports est cependant encore loin d'être découvert.
Il est vraiment singulier et surprenant que des facteurs si mul-
tiples et si variables puissent toujours donner, à l'état de santé,
un résultat sans cesse identique, c'est-à-dire une température ré-
gulière, uniforme, presque constante et ne dépassant jamais cer-
taines limites quelles que soient les différences de production ou
de perte thermique?
N'est-il pas plus étonnant encore que cette régularisation ther-
mique ne se révèle complètement qu'à l'état de santé et que des
écarts plus ou moins étendus se manifestent dès l'apparition du
moindre trouble morbide?
Il est vrai que cette propriété singulière de l'organisme est aussi
inexplicable que celle qui préside à l'uniformité de composition du
sang, à l'état de santé, malgré toutes les variations de dépenses et
de recette, et ne trouve-t-on pas en physiologie des problèmes aussi
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 97
insolubles : tels, par exemple, que les conditions sur lesquelles
reposent tous les résultats ultimes de la vie organique, l'emploi des
éléments pour la constitution des formes définies de la matière,
l'équilibre de la nature vivante tout entière, la conservation de
l'individu, de la proportion numérique des sexes, des espèces, mal-
gré les luttes, les accidents et les causes de destruction de tout genre.
C'est précisément en cela que consiste l'ordre etl'harmonie dans
l'organisme. Tout excès, tout surcroît, partiel et unilatéral, est
compensé tant que l'organisme se maintient à l'étal de santé.
Il est nécessaire, pour que la vie suive son cours régulier,
que les recettes et les dépenses organiques soient en parfait équi-
libre. — 11 en est de même de la force, et c'est sur cet équilibre
thermique que repose la santé.
On n'a besoin pour cela d'imaginer aucun appareil ou organe
régulateur spécial ni d'invoquer son influence mystique sur les
processus chimiques. — L'organisme n'est en aucune façon régi
par l'une ou l'autre de ses parties constituantes. C'est, au con-
traire, le maintien de l'état normal qui implique l'intégrité com-
plète ou tout au moins relative des fonctions nutritives ; la machine
humaine est construite avec une telle perfection que le fonction-
nement même insuffisant d'une de ses parties ne trouble pas l'har-
monie de l'ensemble. — Mais aussi bien qu'à d'autres points de
vue, les organes isolés ne sont pas d'une importance également
grande; de même pour la conservation de l'équilibre thermique,
l'intégrité de certains organes est plus importante que celle de
certains autres.
Il est vrai que si les compensations sont empêchées par des con-
ditions anomales, spontanées ou artificiellement produites, si le
fonctionnement de certains organes essentiels est sérieusement
troublé, il peut se produire des désordres notables dans le bilan
des productions et des pertes, et par conséquent, des écarts de la
température normale. Le médecin appréciera selon l'étendue et la
durée de ces écarts, s'ils doivent ou non être rangés dans le cycle
thermique normal. Mais il est certain que des écarts considérables
ou persistants de la température sont bientôt suivis d'autres symp-
tômes de perturbation. — Il va sans dire que ces dérangements de
l'harmonie générale peuvent avoir leur point de départ dans les
processus les plus divers.
7
98 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
Mais, en prenant en considération l'influence à la fois si complexe
et si puissante du système nerveux sur tous les organes, on conçoit
également que des anomalies clans l'action nerveuse puissent avoir
aussi leur part dans ces désordres. Il est vrai qu'on n'est pas auto-
risé pour cela à attribuer au système nerveux ou à certaines de
ses parties isolées, une action régulatrice sur la température ani-
male. — Le système nerveux participe à cette régularisation ther-
mique, en tant que faisant partie de l'ensemble de l'organisme. Il
y prend, il est vrai, une part majeure, parce que ses rapports avec
les autres parties sont plus intimes, plus nombreux et plus im-
portants. Il participe d'autant plus fréquemment au dérangement
de l'équilibre qu'en premier lieu, ses troubles même légers ont
un plus grand retentissement que ceux des autres parties consti-
uantes du corps et que, d'autre part, les modifications dans le
calibre des petits vaisseaux sont sous la dépendance du système
nerveux, qui répartit ainsi la quantité de sang dans tous les organes.
7. Quelque constante que soit, en somme, la hauteur de la
température physiologique, elle se meut cependant dans un cycle
d'une certaine étendue. L'étude attentive des faits permet de dé-
couvrir les causes qui entraînent les oscillations légères de la tem-
pérature comprises dans ce cycle normal.
Tous les points du corps n'ont pas,.à un moment donné, la même
température :
La température locale d'une partie dépend :
1° De la quantité de chaleur introduite ;
2° De la chaleur produite in situ ;
5° Des pertes locales de calorique.
Ces conditions n'étant pas les mêmes pour les différentes par-
ties du corps, lVflux du sang chaud pouvant être plus ou moins
abondant, la production locale de chaleur plus ou moins
intense, le refroidissement plus ou moins considérable, la tempé-
rature présentera des degrés différents sur les divers points du
corps.
Le sang lui-même n'a pas partout la même température dans les
voies circulatoires.
Le sang des veines cutanées est ordinairement plus froid que le
sang artériel des extrémités; en revanche, le sang veineux des
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 99
reins et du foie est plus chaud que celui qui pénètre dans ces or-
ganes. — On a constaté que le sang des artères intestinales est
tantôt plus chaud, tantôt plus froid que celui de la veine porte ; il
en est de même du sang 'des veines s'alivaires et. musculaires par
rapport au sang artériel correspondant. — Le sang des veines ju-
gulaires a été trouvé plus chaud que celui de la carotide.
Le sang de la veine cave inférieure est plus chaud que celui de
la supérieure et des cavités droites. Ce dernier est à son tour plus
chaud que celui des veines des extrémités. Le sang du ventricule
droit est plus chaud que celui du ventricule gauche.
, Il est clair que dans les organes où se produit beaucoup de cha-
leur, !e sang veineux qui en sort est plus chaud que le sang arté-
riel qui y arrive ; dans les parties où il y a dépense de chaleur,
c'est le contraire qui a lieu. Le sang des artères se refroidit dans
les extrémités, tandis que celui qui traverse les viscères abdomi-
naux en revient plus chaud et communique sa chaleur à la veine
cave inférieure dont le sang se trouve ainsi plus chaud que celui
de la veine cave, supérieure et même que le sang artériel en général.
Bien que ces f.iits n'aient encore aucune valeur pratique immé-
diate, ils indiquent cependant les foyers de la production de cha-
leur et les lieux de réfrigération ; ils peuvent servir aussi parfois
de termes de comparaison dans un cas pathologique.
Parmi les nombreuses recherches relatives à la température du
sang dans les différents vaisseaux, les plus importantes sont celles
de Becquerel (Gavarret, De la chaleur, p. 107) ; de G. Liebig
(Sur les différences de température du sang veineux et du sang
artériel. — Dissertation. Giessen, 1852) ; de Cl. Bernard (Comptes
rendus de l'Académie des sciences, t. XL, p. 551 et 56 î. — Leçons
sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des
liquides de l'organisme, 1859, t. I, p. 54) ; de Savory (Lancel, Avr.
1857) ; de Wurlitzer (Dissertât. Greifswald, 1858).
Relativement au sang du cœur, Colin, en faisant usage des ther-
momètres a maxima (du plus petit calibre) de Walferdin, est
arrivé à des résultats un peu différents : sur 95 mensurations com-
paratives des deux moitiés du cœur chez les chevaux, les rumi-
nants et chez les chiens, il a trouvé 21 fois égalité de température
pour les deux côtés, 45 fois la chaleur plus grande dans les cavités
droites^ 27 fois dans les cavités gauches.
100 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
Colin explique ce dernier phénomène par la formation de cha-
leur dans le poumon. — D'ailleurs, il suppose que la température
du cœur ne dépend pas seulement du sang afférent, mais aussi de
l'état thermique variable de'Testomac et des intestins (Annales des
sciences, Zoologie, t. VII, p. 85-105).
Pour ce qui est des organes internes, on conçoit que toutes les
expériences qui s'y rapportent, manquent chez l'individu sain.
On leur suppose à peu près la même température que celle des
parties accessibles, mais protégées. — JacobsonetBernhard (Cen-
tralblatt. 1868, p. 645) ont trouvé dans 15 cas le cœur gauche de
0°,12 à 0°,42 (C.) plus chaud que le cœur droit. — Dans deux
cas seulement, la température des deux était égale. Ils ont trouvé
aussi les cavités pleurales à l'état normal, de 0°,01 à 0°,02 plus
froides que la cavité abdominale, et de 0°,02 à 0°,05 moins chaudes
que le cœur gauche.
Les différences de température dans les parties servant de pré-
férence à l'examen pratique sont assez insignifiantes quand la men-
suration est faite avec soin. Parmi ces endroits, c'est le vagin et le
rectum exempt de masses fécales, qui présentent la température
la plus élevée ; de 1 à 4 dixièmes plus élevée que celle de la ca-
vité axillaire. — La température de la cavité buccale tient le mi-
lieu, pourvu qu'il n'y ait pas eu de causes perturbatrices.
La température moyenne clans la cavité axillaire d'un individu
sain étant de 57°, on peut aisément supposer que celle de la cavité
buccale sera de 57°, 1 à 57°, 2, et celle du rectum vide et du vagin
de 57°,5à57°,5. Mais les données des divers observateurs diffèrent
un peu. — Comparez L. Fick (Topographie thermique de l'orga-
nisme — dans les Archives de Millier. 1855, p. 408).
Winckel (Monatschrift fur Geburtskunde uud Frauenki'ankheiteu,
1862, t. XX, p. 415) ; Ziemssen (Pleurésie et pneumonie des en-
fants, 1862, p. 10) ; Schrœder (Archives de Virchow, XXXV, p.
255).
Les différences sont beaucoup plus accusées clans les parties im-
parfaitement protégées de la peau extérieure. Le refroidissement
étant ici considérable et changeant, les différences indiquées par
le thermomètre n'ont presque aucune valeur. En revanche, les ré-
sultats obtenus à l'aide des appareils thermo-électriques dans la
mensuration de points isolés, montrent qu'il y a des changements
TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN. 101
presque incessants de température dans ces parties, mais renfer-
més cependant dans un cycle restreint et subordonnés aux influen-
ces les plus diverses ; toutefois, les fluctuations continuelles de
l'ondée sanguine n'y restent pas étrangères. Lombard (Experi-
ments on the relation ofheatto mental Works, analysé par Brown-
Séquard dans les Archives de physiologie normale et pathologique.
1868, t..I, p. 070) a constaté que de semblables variations, par
exemple à la peau de l'occiput, peuvent être produites sous la
seule influence d'une activité psychique modérée.
8. Les différences de température des individus sains, dans di-
verses conditions sont toujours insignifiantes et ne dépassent pas
quelques dixièmes de degré.
A de très-rares exceptions près, la température axillaire physio-
logique varie sous les influences et dans les conditions les plus
diverses entre 562°, et 58°, ou du moins ne franchit que très-pas-
sagèrement ces limites.
W. Ogle (On the diurnal variations in the température o f the hu-
manbodij. — St-Georges hospital reports. 1866, t. II, p, 221) a
indiqué une température minima un peu plus basse et une tem-
pérature maxima un peu plus élevée, mais il a trouvé le minimum
de 56°, 1 pendant une matinée d'hiver et le maximum de 58°, 1
dans un bain turc.
Chez certains individus, d'ailleurs bien portants, mais d'une
extrême irritabilité, notamment chez les enfants et chez les fem-
mes, la mobilité delà température est un peu plus grande et dans
des conditions analogues, les limites, précédemment indiquées,
peuvent être franchies. Toutes les fois qu'un écart thermique est
constaté, il faut se souvenir qu'on ne peut jamais garantir une
santé réellement parfaite chez tous les individus jugés bien por-
tants. De très-nombreuses recherches ont été faites sur les modali-
tés de la température physiologique. Uneénumération complète de
toutes ces observations présenterait de grands inconvénients, ne
serait-ce qu'à cause de leur valeur différente. Nous nous contente-
rons de mettre en relief les faits les plus importants.
9. Influence de l'âge. — La température du fœtus dépasse à
peine celle du vagin et de l'utérus de la mère (Bârensprung)." Cette
102 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
différence, si minime qu'elle soit, a son importance en théorie :
elle indique non-seulement que le fœtus possède des sources ther-
miques qui lui sont propres, mais aussi que les causes de réfrigé-
ration sont chez lui de toute autre nature ; le résultat final est ce-
pendant égal à celui de l'organisme maternel.
Ala naissance, les enfants présentent en moyenne, selon Bâren-
sprung (dans le rectum), une température de 57°, 55 (50°, 2 R.).
— Sur 57 nouveau-nés, elle dépassait 57°, 5 chez 26 et chez un
seul elle descendait au-dessous de 56°, 75. — Schàfer {Disserta-
tion. Greifswald, 1865) a trouvé chez les nouveau-nés, avant la
section du cordon ombilical, une température rectale supérieure à
la température vaginale de la mère, 16 fois sur 23 cas ; deux fois
elle lui était inférieure ; la température moyenne du vagin étant
de 57°, 5, et dans le premier cas, la moyenne thermique atteignant
57°, 8. On peut comparer à ce sujet les travaux de "Wurster (Berli-
ner klinische Wochenschrift. 1869, n° 57).
Immédiatement après la naissance, et surtout après le premier
bain, les enfants perdent en moyenne 0°,7 à 0°,8. Leur moyenne
est de 57°. Sur 22 enfants, il n'y en avait que 5 qui restassent
au-dessus de 5 7°, 5 et 8 qui descendissent au-dessous de 56°, 75
(Bàrcnsprung) .
Dans les dix jours suivants, la température rectale remonte légè-
rement, et s'arrête en général enlre 57°, 5 et 57°, 6 ; c'est-à-dire à
un niveau un peu plus élevé que chez l'adulte. — Du sixième au
huitième jour après la naissance, on observe souvent une nouvelle
petite élévation. — Voir également Fôrster (Journal fur Kinder
Kranhh. 1862).
Du reste, les différences entre les observations isolées sont beau-
coup plus grandes chez les nouveau-nés que dans un âge plus
avancé ; chez eux en effet, le moindre vagissement peut déjà pro-
voquer une augmentation thermique. Dans la soirée, ils présentent
également une élévation qui peut atteindre un demi-degré et qui
est plus grande encore vers midi.
Chez des nouveau-nés, en apparence très-bien portants, on ob-
serve, assez exceptionnellement, il est vrai, des écarts de tempé-
rature allant jusqu'à deux degrés qui ne se montrent pas, dans les
mêmes conditions, chez l'adulte.
Ce fait peut s'expliquer de deux façons : ou bien les nouveau-nés
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 105
ont en général une température moins constante et moins uuiforme,
ou bien ils sont sujets à des troubles morbides plus faciles à mé-
connaître que chez les adultes. — Cette particularité se retrouve
dans les premières années de la vie.
Finlayson (The normal température in chiklren. 1869) a constaté
que les fluctuations quotidiennes sont plus grandes chez les enfants
que chez les adultes.
Chez les enfants bien portants, on n'observe pas de différences
notables avec les progrès de l'âge. Tout au plus, peut-on dire que la
température moyenne tombe de 1. à 2 dixièmes de la première
enfance à la puberté ; à partir de celte époque de la vie jusqu'à la
cinquantaine, et même jusqu'à soixante ans, elle diminue encore
du même chiffre et remonte un peu à partir de la soixantaine pour
se rapprocher, notamment chez les octogénaires, de la tempéra-
ture moyenne du premier âge. — Cette température, relativement
élevée chez les vieillards, semble un phénomène extrêmement cu-
rieux quand on songe aux différences considérables dans la respi-
ration, la nutrition et l'exhalation de l'acide carbonique, et si l'on
réfléchit aux idées traditionnelles émises sur l'activité vitale à cet
âge. — Peut-être cette élévation thermique se rattache-t-elle à la
perspiration cutanée, amoindrie par suite de l'état d'anémie de la
peau.
Consultez, sur la température sénile, John Davy (Philosophical
Transactions. 1844, p. 59).
10. Influence du sexe. — Quant au sexe, il n'y a pas à noter
de différences notables dans la température. — Elle est peut-être
légèrement plus élevée chez les femmes adultes que chez les hom-
mes du même âge. Cependant, les observations ne sont pas assez
nombreuses pour nous permettre d'établir, à cet égard, une règle
fixe et générale. — Davy est arrivé à un résultat contraire ; il est
vrai que ses recherches sont insuffisantes (Médical Times. 24 sep.-
tembre 1864).
11. Influence des r.vces, des professions, du genre de vie. —
Livingstone (Travelsin south Africa, p. 509) affirme avoir observé
que la température des Africains était inférieure de deux degrés à
la sienne. D'un autre côté, la température des Islandais serait,
104 TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN.
d'après Thomsen (Ueber Krankheiten und Krânkheits-Verhàltnisse
auf Island und den Parôerinseln, p. 24) un peu plus élevée que
la sienne (en moyenne = 57°, 27 sous la langue).
Jusqu'ici, nous ne possédons encore aucun fait qui nous auto-
rise à admettre une différence même fort minime de température
selon la position sociale, c'est-à-dire entre les pauvres et les riches,
malgré la différence qui existe dans l'alimentation.
Les professions, pourvu qu'elles ne soient pas insalubres, ne
paraissent exercer aucune influence.
Il faut donc nécessairement admettre que la production thermi-
que, bien que sans doute très-variable, trouve, à l'état hygide, sa
compensation dans une élévation correspondante de la dépense
thermique.
12. Différences individuelles. — Abstraction faite de l'âge, du
sexe, de la race, du genre de vie et des influences accidentelles, la
température moyenne n'est pas la même chez tous les individus à
l'état de santé. Il est vrai que, sur ce point, nous ne possédons pas
un grand nombre d'expériences faites sur des sujets dont la santé
n'a jamais été altérée ; mais, s'il est permis de tirer une conclusion
de recherches faites sur d'anciens malades rétablis, ayant vécu dans
les mêmes conditions, comme, par exemple, dans la même salle
d'un hôpital et soumis au même régime, on peut admettre que la
température de ces différents individus n'est pas absolument la
même et qu'elle oscille entre 56°, 5 et 37°, 8.
Je n'ai trouvé chez eux aucune condition physique qui put ren-
dre compte de ces différences individuelles, cependant assez tran-
chées. Il importe de prendre ces faits en considération, afin de ne
pas regarder comme pathologiques certaines températures nor-
males. Chez les animaux soumis aux expériences physiologiques,
on a également constaté des différences individuelles encore plus
accusées.
13. Fluctuation quotidienne de la température physiologique. —
Chez les individus à l'état de santé, la température présente de
légères variations quotidiennes, suivant le moment de la journée.
Un certain nombre d'observateurs ont fixé leur attention sur ce
point.
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 105
D'après Lichtenfels et Frôhlich (loco citaio), les écarts quoti-
diens de la température physiologique atteignent à peine une
moyenne de un demi-degré. — Suivant ces auteurs, la tempéra-
ture la plus basse se montre de 10 heures du soir à une heure de
la nuit et, dans la matinée, enire 6 heures et 8 heures; la plus
haute dans l'après-midi, entre 4 et 5 heures. — Selon Damrosch
(Deutsche Klinik. 1855, p. 517), la température s'élève d'environ
|° entre 7 heures et 10 heures du matin, descend de 0°,^ à 0°,~
entre 10 heures et une heure, remonte jusqu'à 5 heures du soir
de yô à tô pour redescendre de ■— à ~ jusqu'à 7 heures du soir.
La rémission de midi fait souvent défaut. L'élévation la plus con-
stante a lieu de 7 heures à 10 heures du matin et l'abaissement
thermique de 5 heures à 7 heures du soir. La température à 7
heures du soir est fréquemment égale à celle de 7 heures du ma-
tin, mais souvent aussi elle est plus basse.
Suivant Ogle ($t-George,s hospital reports. 1866, t. I, 221), la
température la plus basse est celle de 6 heures du matin, puis
commence l'ascension qui se prolonge bien avant dans la jour-
née. — Cette élévation et cette descente sont indépendantes du
sommeil.
Jûrgenten (Deutsche Àrchiv fur Min. Med. 1867, t. III,
p. 165) place le maximum diurne entre 4 heures et 9 heures
du soir, le minimum, entre 2 heures et 8 heures du matin.
14. Influence de la menstruation, de la grossesse et des couches.
— La menstruation normale chez la femme bien portante reste or-
dinairement sans effet sur la température du corps : ainsi que
l'affirment tous les observateurs dignes de foi et comme je l'ai
moi-même constaté. En revanche, il y a parfois des ascensions de
la température pendant les règles que l'on doit positivement con-
sidérer comme fébriles et qui, tantôt, sont accompagnées d'autres
troubles fonctionnels, tantôt constituent le seul phénomène patho-
logique.
La grossesse n'exerce à peu près aucune influence sur la tem-
pérature. Dans les deux derniers mois seulement, la température
du vagin semble un peu plus élevée. Dans la matinée, la moyenne
est de 58°, 15 (minimum = 57°, 9 ; — maximum, 58°, 55) et le
soir de 58°,22 (minimum = 58°, 1 ; — maximum, 58°, 65).
106 TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN.
Selon Schroder (Virchow's Archiv, t. XXXV, p. 255), l'utérus
gravide présente une température qui dépasse de 0,5 celle de l'ais-
selle, de 0,15 celle du vagin. Cette élévation est sans doute pro-
duite par la température du fœtus.
Immédiatement avant Faccouchemeint, on n'observe pas d'ascen-
sion. Pendant le travail, on constate une augmentation de quel-
ques dixièmes (0,20 à 0,25). Le thermomètre s'élève un peu au
moment des douleurs expultrices et redescend ensuite quand elles
ont cessé.
Les fluctuations quotidiennes physiologiques ne sont pas essen-
tiellement modifiées. Pendant la parturition, la température
moyenne du matin est plus élevée de 0,18, celle du soir de 0,25
qu'avant cet acte : elle serait également plus haute de 0,07 dans
la deuxième période de l'accouchement que dans la première. —
Selon Hecker, la température monte d'autant plus que les dou-
leurs expulsives sont plus intenses et plus rapprochées ; mais les
observations de cet auteur ne sont pas suffisamment nombreuses
pour établir la réalité du fait. — Schroder a trouvé chez les accou-
chées une plus grande différence entre la température de l'aisselle
et du vagin et celle de l'utérus que chez les femmes enceintes :
(la température de l'utérus chez les premières dépasse de 0,85
celle de l'aisselle et de 0,175 celle du vagin). — Dans son récent
ouvrage, il considère comme très-variable et très-inconstante la
température des accouchées et suppose que chez elles la plus ou
moins grande dépense de chaleur serait d'une importance ma-
jeure.
Immédiatement après l'accouchement, Bàrensprung a noté un
abaissement thermique pouvant aller jusqu'à 56°, 2 et en moyenne
de 57°, 1 (le minimum se présente dans le cas où l'accouchement
a lieu entre minuit et midi). Winckel n'a observé cette diminution
thermique que dans le cas où la parturition avait lieu pendant la
rémission diurne. — Schroder a trouvé les plus basses tempéra-
tures chez les femmes qui étaient accouchées à 11 heures du ma-
tin. — Winckel a constaté une légère élévation dans les 12 pre-
mières heures après l'accouchement et un abaissement correspon-
dant dans les 12 heures suivantes.
Grùnewald estime à 57° le minimum moyen de la température
axillaire pendant les couches régulières : sur 57 accouchées, la
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 107
température la plus basse était : chez 5, de 56Q,ô ; chez 9, de
56°, 8 ; chez 45, de 57° et au delà. Les températures maxima dé-
passaient plusieurs fois 58°, surtout dans les cas où il y avait de la
constipation avec une sécrétion lactée excessive. Cet observateur con-
sidère comme suspecte chez les accouchées toute température qui
dépasse 57°, 8 (50°, 2 R.). Schrôder a même démontré que les ac-
couchées qui tombent malades dans la première semaine de leurs
couches, peuvent présenter, au début, un état thermique complè-
tement normal. Il fait remarquer en outre que la température
puerpérale présente deux facteurs: 1° des fluctuations quotidien-
nes régulières (ascension jusqu'à 5 heures du soir, diminution jus-
qu'à 1 heure du matin) ; 2° une augmentation dans les premières
24 heures et une rémission dans les 12 heures suivantes. — Par
conséquent, l'état thermique varie un peu suivant l'heure de l'ac-
couchement, — La température peut atteindre le maximum entre
5 heures et. 8 heures du soir environ, si l'accouchement a eu lieu
dans la matinée, le minimum (vers minuit) s'il a eu lieu dans les
premières heures de la matinée, parce qu'il y a coïncidence dans le
premier cas entre l'ascension quotidienne et la première élévation
thermique produite par les couches ; dans le deuxième, l'abaisse-
ment quotidien coïncide avec la première diminution thermique
post-puerpérale.
Winckel assure qu'après les quatre premières heures d'abaisse-
ment, la température commence à remonter peu à peu ; en outre,
la température quotidienne vespérine est ordinairement plus
élevée que celle du matin, mais la fluctuation diurne est faible. Le
degré de la température est, en général, proportionnel à la sécré-
tion lactée. Cette dernière est-elie abondante et régulière', la tem-
pérature s'accroît avec elle pendant trois ou cinq jours; et si la
sécrétion lactée est tarie comme chez les femmes qui ne nour-
rissent pas, on observe, dans ce cas, une diminution progressive
de. la température.
Winçkel dit, en outre, que les primipares aussi bien que les
multipares, qu'elles allaitent ou non, ne présentent aucune diffé-
rence au point de vue de la température ; que les suites de cou-
ches régulières restent aussi sans effet sous ce rapport ; enfin que
la température moyenne des accouchées est un peu plus élevée
que la moyenne normale physiologique.
108 TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN.
Faut-il cependant admettre une plus grande mobilité de la tem-
pérature pendant les couches? C'est un point que nous discuterons
dans notre partie pathologique.
D'ailleurs, suivant Winckel, les différences entre les tempéra-
tures axillaires et vaginales restent presque tout à fait parallèles
chez les accouchées, même dans les cas de maladie du vagin ou
de l'utérus. Schrôder a trouvé que, chez les accouchées, la diffé-
rence entre la température utérine et les températures axillaire
et vaginale, diminuait et que, dans l'utérus, elle ne dépassait que
de 0°,28 celle de la cavité axillaire et de 0°,1Î celle du vagin.
Consultez, pour les modalités de la température pendant la
grossesse etl'accouchement, et dans les couches normales : Hecker
in Annalen dés Charité Krankenhauser. 1854, p. 555; Winckel:
Temperatur-Studien bel der Geburt und im Wôchenbett in Mo-
natschrift fur Geburtskunde. 1862. Bd. XX, p. 409, etl865,Bd.
XXII, p. 521 ; Grùneyvald : Ueber die Eigenwàrme gesunder und
Kranker Wôcherinnen in Petersburger medic. Zeitung. 1865,
Bd. V, p. 1 ; Oscar Woif : Beitr. zur. Kennlniss der Eigenwàrme
im Wôchenbett: Marb. dissert. 1866 ; Baumfelder : Beitràge zu
d en Beobachtungen der Kôrperwârme, der Puis- und Piespirations
frequenz im Wôchenbett : Leipzig. Dissert. 1867 ; Schrôder (loco
citatoet in Schvangerschaft, Geburt und Wôchenbett. 1867, page
177) ;Squire {Lancet. 1867, n°10).
15. Influence du repos, de la contraction musculaire et du tra-
vail. — Le contraste entre le repos et le mouvement est difficile à
expliquer au point de vue de son action sur la température qui ne
peut être éclnircie par le simple examen des faits.
Helmholtz a montré que la conlraction d'un muscle est accom-
pagnée d'une augmentation de la température. Plus récemment
encore, Solger, Heidenhain, Meierstein et Thiry, ont entrepris
d'importantes recherches sur ce sujet. Ces auteurs ont constaté
entre autres phénomènes que, dans le premier moment de son
excitation, le muscle se refroidissait légèrement (cette oscillation
thermique négative a été vérifiée plus tard par Heidenhain), puis il
se réchauffait ; mais cette caléfaction n'était nullement proportion-
née au travail mécanique; qu'en outre, le muscle développait plus
de chaleur à l'excitation, si on l'empêche de se contracter que
TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN. 109
dans le cas opposé ; qu'avec un poids égal et une fatigue progres-
sive, la chaleur développée par la contraction diminuait plus
promptement que l'exercice mécanique; qu'avec un fardeau crois-
sant, la chaleur augmentait jusqu'à une certaine limite et décrois-
sait ensuite.
• Conformément à la théorie de J. R. Mayer, il faut supposer qu'à
l'étal de repos, les forces de tension chimiques qui sont mises en
liberté par la combinaison de la substance oxydable avec l'oxygène,
se transforment complètement en chaleur; tandis que, dans le cas
de mouvement, une partie de ces forces se changerait, à l'aide des
muscles, en travail mécanique. D'où il résulte que la production
thermique doit être plus grande, à l'état de repos. Il faut encore
noter que le refroidissement par la respiration et la transpiration
est moindre pendant le repos. D'après une citation de Mayer (Die
oj^ganische Beivegung, p. 95), Dauville a, en effet, trouvé 40°, 2 sur
un nègre couché au soleil dans la plus parfaite immobilité, et seu-
lement 59", 75 chez le même individu pendant qu'il travaillait au
soleil.
Mais, tandis que dans le corps en activité, une partie de la force
dégagée par les processus chimiques est perdue pour la production
thermique, parce qu'elle est consacrée au travail mécanique et
qu'elle se transforme en mouvement; en revanche, l'échange des
matériaux nutritifs est simultanément exagéré par le travail, la
quantité d'oxygène absorbé est accrue par la fréquence même de la
respiration, la circulation est plus active et, partant, le nombre des
globules rouges soumis à l'action de l'oxygène devient aussi plus
considérable dans un temps donné, l'action chimique d'où résulte
la production de chaleur devient donc plus étendue et plus rapide.
Mais l'emploi d'une partie des forces au fonctionnement mécani-
que ne compense pas complètement l'excès de leur production. La
force produite dans l'activité musculaire par l'action chimique
accrue qui l'accompagne est ordinairement bien plus grande qu'il
ne le faudrait pour sa transformation en travail. — Déduction faite
du fonctionnement mécanique, il reste encore un excédant de
chaleur.
Le cerveau, à l'état de repos, produit 1 55 calories par heure et
251 pendant le même temps dans l'activité psychique. Ce surcroît
de chaleur est éliminé du corps de l'individu sain par une série
110 TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN.
d'actes tels que : respiration accélérée, circulation périphérique
plus active, et par conséquent, refroidissement cutané plus rapide
par la transpiration, par les sueurs, etc Il en résulte q*ue les
conditions opposées s'équilibrent et se compensent, à savoir :
d'un côté, la dépense de force produite par le fonctionnement mé-
canique et par une réfrigération plus active et, d'autre part, l'ex-
cès de production déterminé par l'augmentation des processus
chimiques ; de sorte, qu'en réalité, la différence entre la tempé-
rature dans l'état de repos et celle qui se produit pendant le tra-
vail est presque insignifiante.
John Davy a étudié l'influence qu'exerce les mouvements du corps
sur la température. Voici les résultats auxquels il est arrivé en se
plaçant dans diverses conditions : la température sublinguale va-
riait après un mouvement actif entre 98°, 7 et 99°, 4 Fahrenheit
(=57° — 57°, 5 C), dans une promenade en voiture, elle était de
97° à 97°, 7 F. (=56° — 56°, 5 C). —Dans les régions tropicales,
la température montait plus encore pendant un mouvement actif,
tandis que le minimum observé dans une promenade en voiture
était presque aussi bas que dans les climats tempérés (dans un cas
seulement, le maximum atteignait 99°, 7 (=57°,6 C).
Breschet et Becquerel (loc. cit.) ont constaté, à l'aide de la men-
suration thermo-électrique, une augmentation thermique de 1°
dans un muscle qui se contractait depuis cinq minutes.
Les expériences de Speck (1865. Archiv der Vereins fur wis-
senschaftl. Heilk.) ont démontré que, pendant les efforts violents,
la température s'élevait un peu. A en juger d'après l'exhalation
considérable d'acide carbonique, on aurait dû s'attendre à une
production bien plus grande de chaleur dans le corps. L'abaisse-
ment de la température, aussitôt après la cessation des efforts,
prouva, en outre, que les forces régulatrices de la température
agissaient avec autant de promptitude que d'intensité. Le corps
n'avait, pour ainsi dire, été que surpris pendant un moment, par
cette augmentation thermique temporaire et peu après, le refroi-
dissement avait développé une action assez puissante pour que la
température normale fût rétablie ou qu'elle descendît même au-
sous du degré habituel. D'ailleurs, dans les quelques expériences
où les efforts n'avaient pas amené la transpiration, il n'y avait pas
eu augmentation de température et l'élévation thermique la plus
TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN. 111
forte correspondait aux cas où les sueurs avaient été les plus abon-
dantes.
D'après Kernig (Experiment. Beitràge, p. 41), le décubitus dé-
termine une diminution de quelques dixièmes- de degré dans la
température de la cavité axillaire comparée à celle que produit la
position verticale ou assise.
Récemment, Obernier (De l'insolation, p. 80) a recherché l'in-
fluence des mouvements sur la température. Des marches de 50 à
55 minutes firent monter la température d'un demi-degré et au
delà (la fréquence du pouls fut accrue bien davantage : de 20 à 44
pulsations ; à l'exception d'un cas où elle resta stationnaire). Une
marche forcée d'une heure et demie, éleva la température de 1° à
1°,2 (le pouls, de 50 cà 48 pulsations).
Le fait bien connu d'un coureur chez lequel on constata 59°, 6
après une course d'une heure, ne doit pas être rangé au nombre
des effets de la fatigue musculaire à l'état de santé, car le sujet
présentait de nombreux symptômes morbides.
D'après la théorie de Mayer, la production thermique, résultat
des échanges nutritifs, n'est employée dans la contraction muscu-
laire qu'autant que cette dernière est appliquée à une fonction
mécanique réelle.
L'observation directe de Béclard confirme cette thèse ingénieuse.
Il a trouvé (De la contraction musculaire clans ses rapports avec la
température normale. — Arch. génér. '1861, t. XVII, p. 21 à 40 ;
157 à 180 et 257 à 279) que la quantité de chaleur produite
par la contraction d'un muscle est plus grande si cette contrac-
tion est statique que si elle produit un travail mécanique utile. Il
a constaté, en outre, que la quantité de chaleur qui se perd dans
un muscle avec un pareil travail correspond exactement à l'effet
mécanique produit. Il arrive aussi à ce résultat que les deux pro-
duits de la contraction musculaire : la chaleur et le travail méca1
nique utile, étaient la commune expression de l'action chimique
qui se passe dans le muscle.
Liebermeister (Reichert's Archiv, 1862, p. 661) a contesté l'in-
fluence exercée sur la température par des respirations amples et
fréquentes.
16. Influence des efforts intellectuels. — Cette influence
112 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
paraît moindre que celle des efforts physiques. — D'après John
Davy, la température, après un effort intellectuel, n'est montée
qu'à 98° à 98°, 7 F. (= 56°, 6 à 57° C.) dans les climats du Nord;
tandis que, dans les régions tropicales, ce même effort détermina
une ascension thermique bien plus considérable qui atteignit 98, °1
et même 104 F. (= 56°, 7 à 58° C). — D'après Lombard (Experi-
ments on the relation of heat to mental Works, analysé dans les
Archives, de Physiologie, t. I, p. 670), on constate à la tète, dans
l'état de repos intellectuel, des modifications thermiques nom-
breuses, mais toujours insignifiantes (0°,01) ; mais toute impres-
sion psychique exigeant de la réflexion provoque une élévation de
la température. — Les fortes contentions d'esprit déterminent une
augmentation de £■ à | degré.
À l'état de santé, le sommeil n'exerce pas d'action sur la tempé-
rature. D'après les connaissances que nous possédons actuellement,
il nous est permis de dire que pendant le sommeil la production
et la perte de chaleur se font équilibre.
17. Influences thermiques. — Action de l'air, de l'eau et de l'hu-
midité. — L'influence du froid extérieur et de la chaleur ambiante
sur la température de l'homme sain présente souvent, malgré sa
simplicité apparente, des conditions très-complexes dont on doit
tenir compte si l'on veut arriver à une appréciation exacte et ri-
goureuse des expériences.
En premier lieu, ce ne sont pas toujours le froid ou la chaleur
qui agissent exclusivement sur l'organisme, mais ils se rattachent
eux-mêmes à un milieu quelconque dont l'influence simultanée ne
doit pas être négligée. — Ainsi, dans un bain froid ou chaud, il
faut tenir compte de l'action de l'eau, dans l'atmosphère froide
ou chaude, on doit avoir égard à son degré de sécheresse ou d'hu-
midité: et il n'est pas toujours possible de calculer exactement ia
part qui revient exclusivement à l'agent thermique et celle qui ap-
partient aux influences secondaires.
Mais, toutes choses égales d'ailleurs, l'analyse est encore plus
complexe et plus difficile quand il s'agit d'apprécier l'effet ther-
mique des applications froides ou chaudes.
Cette action est en effet extrêmement compliquée, car elle offre
à étudier une succession ininterrompue de processus :
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 113
L'action physique primitive, directe et immédiate du froid est de
soustraire de la chaleur ; celle des températures plus élevées em-
pêche le refroidissement et communique elle-même du calorique.
Ainsi, le froid tend à abaisser la température générale du corps et
la chaleur à l'élever.
Mais à côté de cette action physique primitive vient se placer
une action physiologique secondaire qui produit des effets plus ou
moins opposés aux premiers. Sous l'impression du froid, les capil-
laires de la peau se resserrent, et cette constriction diminue la quan-
tité normale de sang qu'ils renferment. La masse sanguine se
trouvant ainsi plus restreinte, Ja réfrigération du sang est amoin-
drie, et partant, l'action du froid devient moindre. — Sous l'in-
fluence de la chaleur extérieure, au contraire, les petits vaisseaux
se dilatent tant que la température ambiante dépasse celle du corps;
le refroidissement du sanç est ainsi augmenté. L'action de la cha-
leur rend plus abondante la sécrétion sudorale et l'évaporation de
la sueur à la surface du corps devient une nouvelle et puissante
cause de réfrigération. Mais le surplus de froid qui reste est bien-
tôt compensé par un surcroît dans la production de chaleur tant
que l'organisme conserve sa constitution normale ; et lorsque la
réfrigération est moindre ou cesse complètement, la production de
chaleur est également diminuée.
Les élévations ou abaissements de la température qui se produi-
sent au moment des applications thermiques sont donc très-éphé-
mères ; elles sont bientôt effacées par les modifications que subit
la production de chaleur. — Ce n'est pas, d'ordinaire, immédiate-
ment que l'équilibre se rétablit : après la réfrigération artificielle,
la production thermique devient souvent plus grande qu'il ne le
faudrait, et l'abaissement de température est bientôt suivie d'une
caléfaction exagérée. — L'inverse a lieu dans le cas d'élévation
artificielle de la température. Ainsi, après un bain froid, la tem-
pérature du corps est ordinairement plus élevée ; au sortir d'un
bain chaud, au contraire, on éprouve plutôt une sensation de froid ;
dans les régions tropicales aussi bien que pendant les fortes cha-
leurs de l'été, rien n'est plus rafraîchissant qu'un bain tiède ou une
aspersion d'eau très -chaude. — Cet effet est, il est vrai, en partie
compensé par la dilatation des capillaires cutanés, qui favorise
l'élimination de la chaleur ; mais les circonstances les plus insi-
8
114 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
gnifiantes peuvent augmenter l'un ou l'autre de ces effets et don-
ner ainsi naissance à des troubles. — La réaction peut même avoir
des conséquences plus durables. Mais ces effets persistants ne se
produisent pas chez des individus sains, et la température reprend
bien vite son niveau habituel. Dans des conditions opposées, il
peut survenir des écarts thermiques considérables.
Il en résulte encore d'autres différences : l'influence des agents
thermiques s'exerce d'abord sur le point même de leur application,
puis elle s'étend aux parties voisines et sous-jacentes, gagne les
endroits les plus éloignés pour se répandre ensuite à l'organisme
tout entier. Or ces effets n'étant pas uniformes, les combinaisons
les plus multiples peuvent encore se produire. Enfin, il faut con-
sidérer que, lorsqu'il s'agit d'apprécier les résultats de certaines
influences extérieures et, par conséquent, des effets thermi-
ques, les dispositions individuelles pèsent, en général, beaucoup
clans la balance. — Ces idiosyncrasies, si nombreuses dans l'état
pathologique, ne manquent pas d'exercer dans l'état de santé, leur
influence puissante, en particulier sur la réaction.
Si le milieu dans lequel s'exercent les influences thermiques
consiste en air humide ou en un liquide, les conditions devien-
nent plus complexes encore. Un liquide ou de l'air humide à une
basse température, mis en contact avec le corps humain, lui sous-
trait de la chaleur à un bien plus haut degré que le froid sec; les
effets du refroidissement sont donc encore plus considérables ; mais,
en revanche, le mouvement de réaction peut, à son tour, suivre la
même progression.
En outre, les résultats dépendent de la durée de l'effet thermi-
que, de son uniformité ou de ses changements; enfin de l'état de
repos ou de mouvement du milieu réfrigérant. En résumé, on peut
conclure que les effets des influences thermiques sont loin d'être
aussi simples que l'on serait tenté de le croire tout d'abord. —
Ainsi s'expliquent les nombreuses contradictions que présentent
entre elles les observations isolées, et l'on apprend de la sorte à ne-
pas s'empresser d'ériger en loi les faits observés sur des animaux
soumis à expérience ou sur des individus sains examinés isolé-
ment.
Nous allons citer ici (plutôt comme exemple qu'avec la préten-
tion de présenter une énumération complète) les résultats les plus
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 115
importants fournis par les expériences relativement à l'influence
qu'exercent le froid et le chaud.
En ce qui concerne l'application extérieure de l'eau froide,
Fleury, entre autres, a constaté un abaissement de température
allant jusqu'à 54° et même jusqu'à 29°. Speck (Archiv filr gemeins-
chaflkhe Arbeiten, 1860, p. 422) a trouvé, au moment de l'ap-
plication d'une douche froide, une petite élévation de la tempéra-
ture buccale ; après 10 minutes de séjour dans un bain à 22°, un
abaissement de 1°,25 de la température prise au même point. C'est
Liebermeister qui a fait les observations les plus intéressantes sur
l'action thermique des bains. Sous l'influence de l'eau froide appli-
quée sur la surface du corps d'un individu sain, dans des conditions
régulières, il n'a jamais observé d'abaissement de température
dans l'aisselle; mais un tel effet se produisait sous l'action de
l'eau chaude. — Cet abaissement est le résultat de la production
augmentée de chaleur. — Dans un bain de 20° à 25° (16° à 18°R.),
la production thermique est trois ou quatre fois plus grande que
la production moyenne ordinaire; dans un bain à 50° (21° R.), elle
est le double. Dans un bain à la température du sang, la production
thermique dépasse faiblement la quantité ordinaire.
Kernig a recherché en détail l'influence des bains de 25°, 7 à
56°, et il est arrivé à conclure que la perte de chaleur est en raison
directe des déperditions subies ; plus celles-ci sont considérables,
plus grande est la réfrigération. (Experimenlelle Beitrcige zur
Kenntniss der Wàrme regidirung beim Menschen. 1864, p. 169.)
Schuster (d'Aix-la-Chapelle) (Deutsche Klinik, 1864, n° 22) a
trouvé dans quelques expériences, faites sur lui-même et sur un de
ses aides, que, dans un bain de 57°,6à41°, la température rectale
s'élevait notablement. Il a publié des observations sur le même
sujet dans les. Archives de Virchow (XLIII, p. 60).
D'un autre côté, l'action réfrigérante se fait sentir bien manifes-
tement sur les régions les plus exposées du corps (telles que le
nez, le front, les mains, les pieds) et la différence de température
peut aller jusqu'à 6 ou 7 degrés ; Tholozan et Brown Sequard
(Joilmal de physiologie, t. I, p. 497) ont même constaté qu'en
plongeant la main dans de l'eau très-froide, elle perdait en peu de
temps (5 à 17 minutes) environ 10° à 18°, tandis que, pour la ré-
chauffer, il fallait beaucoup plus de temps (58 minutes étaient né-
116 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
cessaires après une immersion de 5 minutes, et si elle durait 10
minutes, le retour de la chaleur exigeait plus d'une heure de
temps). — L'influence de cet abaissement thermique local sur la
température générale est tout à fait insignifiante ; parfois même
celle-ci semble accrue par la réfrigération partielle ; — enfin, l'au-
tre main, se trouvant exposée à l'air libre, se refroidit à mesure
que l'eau froide produit une impression douloureuse sur la main
immergée.
Bârensprung a prouvé que l'eau courante enlevait plus de cha-
leur que l'eau stagnante et que le refroidissement le plus considé-
rable était produit par des vêtements mouillés et agités par le
vent.
Hoppe (Virchow's Archiv, t. XI, p. 462) a remarqué que l'hu-
midité du corps entravait la calorification quand l'évaporation était
empêchée, mais qu'une perte de chaleur excitait sa production.
Il a, en outre, constaté que la température du rectum d'un
chien, exposé à l'air d'une étuve chauffée de 60° à 70°, montait
d'un degré après 55 minutes, de 2° après 41 minutes. Remis à
l'air extérieur, sa température tombait, dans l'espace d'un quart
d'heure, à son niveau primitif, et quelques minutes après, encore
plus bas. Le même abaissement au-dessous de la normale a été
constaté par Hoppe après un bain chaud : la température s'abais-
sait d'autant plus que son ascension précédente avait été plus grande.
Enfin, il a remarqué qu'une perte de chaleur considérable et conti-
nue maintenait la température à son maximum, tandis qu'une dé-
perdition faible et constante la faisait baisser.
Lehmann, Bôcker et Kirejeff, ont étudié Faction thermique des
bains locaux (bains de siège et autres). Le dernier de ces auteurs a
remarqué (Virchoiv's Archiv, t. XXII, p. 496) que la température
générale s'élevait légèrement dans un bain de siège chaud, mais
que cette augmentation thermique se dissipait promptement à la
sortie du bain. — Dans un bain de siège froid, la température gé-
nérale s'abaissait de 2° ; mais immédiatement après le bain, elle
remontait, dépassant même le niveau normal et atteignait en 2 ou
5 heures son maximum plus élevé d'un degré que la température
ordinaire et d'un |° que la température maxima présentée par les
individus soumis à l'expérience pendant les jours où ils ne pre-
naient pas de bains.
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 117
Hagspiel a montré que les applications topiques de glace peu-
vent abaisser la température des viscères abdominaux et du rectum
(Leipzig Dissertation, 1857). Après une application glacée
d'une heure, la température de la cavité abdominale lombe de 37°
à 35°,25.
Suivant Binz (Becbacht. ziïr innern Klinik. 1865, p. 159), la
glace appliquée sur le ventre produirait une descente considérable
de la colonne mercurielle d'un thermomètre placé sous la paroi ab-
dominale, mais celle-ci serait nulle dans le rectum.
Lichtenfels et Frôhlich, en étudiant l'influence de l'ingestion
d'eau froide sur la température, ont constaté une diminution ma-
nifeste (de ^°, six minutes après avoir avalé la valeur d'une cho-
pine de liquide à la température de 18° et de ~° dans le même
espace de temps si l'eau ingérée était à 16°3).
D'autres observateurs ont reproduit ces expériences ; ainsi Win-
ternitz (Oesterr. Zeitschrift fûrprakt. Heilkunde. 1865, p. 130),
après avoir absorbé six verres d'eau à 4°, 6 pris à des intervalles
de dix minutes, trouva sa température abaissée de 1°,4 après
70 minutes, mais il éprouva des troubles pathologiques (nausées,
éructations). Dans une autre expérience (p. 168), après l'ingestion
de quatre verres d'eau à 6°, 7 pris à des intervalles de 15 à 20 mi-
nutes, la température descendit de 0°, 8 dans l'espace de cinq quarts
d'heure ; dans ce cas aussi il avait eu des éructations.
En été, la température humaine est plus élevée qu'en hiver (de
1 à 2 dixièmes de degré) . Dans les saisons très-chaudes, l'augmen-
tation thermique peut devenir encore un peu plus considérable.
John Davy, en passant d'une région tropicale dans un climat
plus tempéré, avec une différence moyenne de 11°, 1 1 dans la tem-
pérature atmosphérique, a constaté une diminution de 0°,88.
Brown Sequard (Journal de physiologie, t. II, p. 551), dans un
voyage en France, avec une température atmosphérique de 8°, a
trouvé chez huit personnes en bonne santé, âgées de 17 à 55 ans,
une température buccale de 36°, 625 : huit jours après la tempéra-
ture ambiante étant de 25°, la moyenne s'était élevée à 37°, 428, et
neuf jours après cette dernière expérience, il a constaté, sous l'équa-
teur, le thermomètre marquant à l'ombre 29° que la moyenne'de
la température humaine était de 37°, 5 ; enfin six semaines plus
tard à 37°, 4 de latitude sud et avec 16° de température extérieure :
118 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN.
la moyenne thermique de l'homme était retombée à 57°25. — Les
différences observées par Eydoux et Souleyet sont encore plus mi-
nimes (Comptes rendus de l'Académie des sciences. 1858, t. VI,
p. 456).
John Davy(o» the Effect of air of différent température on ani-
mal heat in Philosophie. Transact. 1845, p. 61) a cru remarquer
une élévation notable de la température chez les individus qui sé-
journent dans des lieux trop chauffés. Ses observations ne sont ni
assez nombreuses ni assez précises pour fournir des résultats con-
cluants. Il a, en outre, pratiqué des mensurations thermométriques
à Constantinople, dans une saison où la température atmosphéri-
que variait de 51° à 94° F. Les différences qu'il a notées dans la
température linguale variaient entre 97° et 99° F. (== 56° à 57°, 2
C). — Dans son mémoire (on the Température ofman ivithin the
tropics ; Philosophie. Transactions. 1850), il arrive, entre autres
conclusions, aux deux suivantes : La température moyenne de
l'homme, sous les tropiques, est de 1° F. plus élevée que dans les
climats tempérés ; les fluctuations quotidiennes ne sont Lpas les
mêmes dans les deux régions.
Voyez encore, au sujet de l'influence de la température am-
biante, le chapitre intitulé : Causes des écarts morbides delà tem-
pérature, p. 7.
18. Influence de la pression atmosphérique sur la température
humaine. — Je la crois à peu près nulle, car je n'ai pas constaté
de modifications thermiques dans différents états du baromètre,
Cependant, Vivenot (Jahrbuch der Gesellschaft der Aertze zu
Wien, t. XI, p. 115-146) a trouvé dans une chambre remplie d'air
comprimé que, durant l'augmentation de pression atmosphérique,
la température montait d'environ 0°4, qu'elle retombait pendant
que la pression était à son maximum et qu'à la fin, elle pouvait
être plus basse qu'au commencement.
19. Influence de l'alimentation. — La nature et la quantité des
aliments introduits dans le corps, bien que ceux-ci soient les ma-
tériaux de la thermopoïèse, n'exercent qu'une très-faible influence
sur la température, tant que l'individu est en état de parfaite
santé; quoiqu'il soit incontestable que la nature, la quantité et la
TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN. 119
qualité des aliments ingérés contribuent puissamment à la produc-
tion thermique ; cette relation indéniable se trouve évidemment
compensée par une perte correspondante de chaleur et l'équilibre
n'est pas troublé ou du moins ne subit qu'un dérangement pas-
sager.
Les repas, dans l'état de santé, n'ont ordinairement qu'une très-
faible action sur la température. D'après Bârensprung, la tempéra-
ture ne s'élèverait que de 0°,6 entre 2 heures et 6 heures (c'est-à-
dire après le dîner), et à ce moment de la journée, l'ascension se
fait aussi sans cela.
Le souper (à 8 heures du soir) est peut-être capable de ralentir
modérément l'abaissement thermique qui survient normalement à
cette heure.
Oglc a noté que l'élévation normale dans la fluctuation quoti-
dienne était surtout marquée après le premier déjeuner, si celui-ci
était très-copieux, quelle l'était moins après le second déjeuner
et que le principal repas pris le soir n'imprimait qu'un simple
ralentissement dans la diminution thermique qui, d'ordinaire, se
produit à cette heure.
La suppression d'un de ces trois repas ne modifie que très-légè-
rement la fluctuation quotidienne.
Toutes les fois que le repas agit autrement, il est permis de sup-
poser que l'individu ne se trouve pas dans des conditions tout à
fait normales, ou que les aliments ingérés ont exercé une influence
nocive.
Jùrgensen a reconnu qu'une nourriture abondante, prise après
une longue abstinence, est capable de produire une augmentation
thermique assez considérable (de plus d'un demi-degré) (Deutsches
Archiv fur Min. Mecl., t. 111, p. 177).
Le manque de kourriture n'exerce d'influence appréciable sur la
température que lorsque la santé commence à être altérée. Selon
Lichtenfels et Frohlich, du dixième au quinzième jour d'une diète
sévère, la température s'abaisse graduellement de // — ^0°; cette
diminution thermique est accompagnée de sensation de froid ;
mais après le vingtième jour, la température remonte de ^° et le
refroidissemeut subjectif disparaît. Les remarquables effets de
l'inanition, signalés pour la première fois par Chossat, sont du do-
maine de la pathologie.
120 TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAÏN.
20. Influence des boissons alcooliques et fermentées. — En expé-
rimentant ces substances, il ne faut pas négliger l'action concomi-
tante que peut exercer la température qu'elles possèdent au mo-
ment de leur inçjestion.
Lichtenfels et Frôhlich ont vu leur propre température baisser
d'environ 0°,5 dans l'espace d'un quart d'heure après avoir bu
deux ou trois litres de bière contenant 5 à 4 pour 100 d'alcool ;
cette diminution thermique persista durant plus d'une heure et
demie.
Le vin et l'eau-de-vie exercent également une action dépressive
sur la température. — De nombreux observateurs ont confirmé ce
fait en réfutant les opinions contraires, et récemment encore,
Cuny Bouvier (Pfliigers Archiv, 1869, p. 570) a reconnu que des
doses faibles d'alcool faisaient toujours diminuer la température
du corps (en produisant une accélération du pouls) ; mais cette
action est momentanée et très-éphémère. — D'après le même au-
teur, l'alcool à hautes doses peut diminuer de plusieurs degrés la
température (en augmentant en même temps la force et la fré-
quence du pouls). [Voyez aussi son mémoire le plus récent : ueher
die Wirkung des Alkohols aufdie Température, 1869 ; et Godfrin :
de l'Alcool, sun action physiologique, ses applications thérapeuti-
ques, 1869.]
Le mode d'action de l'alcool n'est pas encore bien connu :
11 paraît lié en partie au ralentissement de la nutrition, et, d'au-
tre part, à une plus grande déperdition de chaleur à la surface du
corps.
Mais ici les effets physiologiques et pathologiques (toxiques)
sont très-difficiles à séparer ; je renvoie donc le lecteur au chapitre
suivant.
Les boissons alcooliques chaudes peuvent, au contraire, faire
monter la température : le punch chaud (à 50° environ) élève la
température de 0°,1 à 0°,5 dans l'espace d'une demi-heure à une
heure.
L'acide carbonique (eau de Seltz, etc..) produit tout au plus un
abaissement de deux dixièmes de degré, qui est en général com-
pensé après une demi-heure.
Le café fort détermine une élévation de température qui atteint
son maximum (2 à 4 dixièmes) au bout d'une heure environ.
TEMPÉRATURE DE L'HOMME SAIN. 121
Le thé chinois (pris à la température du sang) agit d'une façon
semblable, mais son action est plus faible et de plus courte
durée.
21. Influence des émissions sanguines sur la température. —
L'influence d'une émission sanguine n'est pas très- grande à l'état
de santé ; cependant après une abondante saignée, la température
s'élève de plusieurs dixièmes et revient progressivement dans les
jours suivants, à l'état normal ; mais plus tard encore, elle peut
momentanément descendre même au-dessous du niveau habituel
(Bàrensprung). Après de fortes saignées faites sur les animaux, on
voit parfois la température tomber considérablement (Marshall
Hall). Suivant Frese (Virchow's Archiv, t. XL, p. 305), une abon-
dante saignée est immédiatement suivie d'un abaissement de plu-
sieurs degrés dans la température , mais peu d'heures après se pro-
duit une augmentation qui dépasse rarement l'état thermique
antérieur à l'émission sanguine. En présence des difficultés dont
est entourée l'étude de ces influences, il est impossible de poser à
cet égard des principes sûrs et précis.
22. En résumé : toutes les variations thermiques, à l'état de
santé, sont presque toujours insignifiantes. — Que ces écarts de
température soient l'effet d'un acte spontané ou d'influences ex-
ternes, ils n'en sont pas moins passagers.
Dès qu'une modification thermique s'est produite, il y a une
tendance manifeste de la température à réagir en sens inverse.
Toutes les fois que la production de chaleur s'est momentané-
ment accrue dans le corps, non-seulement il s'opère bientôt des
pertes thermiques correspondantes, mais encore la production
thermogénique elle-même est pendant longtemps amoindrie. —
Lorsque la recette thermique est diminuée, les dépenses sont éga-
lement plus restreintes ; si enfin les pertes sont excessives, elles
sont bientôt compensées par une production surabondante.
Tel est le mystère de l'organisme. — Tant qu'il est sain, tout
s'y passe dans un ordre merveilleux et le moindre dérangement
accidentel y est promptement réparé.
V
CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE
I. L'observation thermométrique elle aussi montre combien la
santé et la maladie se touchent de près et comme elles se confon-
dent insensiblement.
Entre les degrés thermiques hygides et les degrés pathologiques,
le pas à franchir est presque imperceptible, et il est impossible
d'indiquer, ni en général, ni dans les cas isolés, le point où cesse
la santé, où commence la maladie. Entre l'état normal et l'état
pathologique se trouve un espace intermédiaire fort minime.
Il en est de même des causes qui peuvent produire des écarts
dans la température.
Il y a des influences qui déterminent d'une façon absolue, chez
tout individu qui les subit, des modifications thermiques. Mais
pour un grand nombre d'autres influences, leur effet dépend de
la prédisposition de celui qui s'y trouve exposé et souvent aussi de
circonstances accidentelles.
Les mêmes influences qui, chez un individu sain, ne produisent
aucune modification thermique, ou du moins ne déterminent
qu'une légère modification ne dépassant pas les limites du cycle
normal, peuvent occasionner des écarts plus ou moins considéra-
bles et morbides chez un autre individu sain, mais dont la force de
résistance est moindre, ou chez un malade dont la température
n'était pas auparavant altérée.
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 123
Mais les influences exercées sur la température n'entrent pas
seulement en ligne de compte, en tant que produisant un écart
morbide de la température antérieurement normale, mais aussi
parce qu'elles modifient les températures déjà morbides. Les mê-
mes circonstances qui altèrent l'équilibre normal de la tempé-
rature et agissent ainsi comme causes d'écarts pathologiques peu-
vent également produire des écarts ultérieurs quand l'équilibre
thermique est déjà dérangé.
Mais leur action sur l'individu qu'elles rendent malade et sur
celui chez lequel l'on constate déjà un écart de température n'est
pas toujours la même, et l'on ne saurait nullement induire l'effet
qui est produit sur le malade, de la nature seule de l'influence ou
de son mode d'action sur l'état de santé.
Pour juger cet effet, il importe infiniment de savoir dans quel
état se trouve le corps malade, quelle est la nature de la forme
morbide qui le frappe, quelle est l'intensité, la régularité ou l'ir-
régularité de la maladie, la période de son évolution, en un mot,
l'ensemble des conditions de l'individu malade.
Par conséquent, si déjà le fait d'une action morbigène et ther-
mo-perturbatrice sur des individus préalablement sains ne dépend
pas seulement de la nature de cette influence et de son degré,
mais aussi, à beaucoup de points de de vue, de l'idiosyncrasie de
l'individu atteint et de maintes autres circonstances accidentelles,
à plus forte raison faut-il mettre en ligne de compte pour appré-
cier les résultats d'une influence perturbatrice sur des malades à
température déjà anormale, tout l'appareil compliqué des condi-
tions morbides.
Une seule et même influence peut donc produire des effets très-
différents et même opposés.
2. Le point commun de l'action des influences thermo-pertur-
batrices n'est pas dans l'augmentation ou la diminution de la pro-
duction ou delà dépense de chaleur, mais dans une régulation plus
imparfaite que dans l'état de santé.
A l'état de santé, il peut se produire plus ou moins de cha-
leur, mais aussitôt la dépense se règle sur le plus ou le moins de
recettes thermiques.
A l'état de santé aussi, la dépense de chaleur peut être excessi-
124 CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE.
"vement grande ou petite, mais la production thermique se règle
exactement sur la quantité delà perte.
Voilà pourquoi, le résultat final, c'est-à-dire la hauteur de la
température, reste toujours à un point déterminé aussi bien que
le poids du corps, que la moyenne quotidienne de la sécrétion
urinaire, que le nombre des respirations, que la composition du
sang et qu'en général l'organisme dans son ensemble et dans cha-
cun de ses systèmes les plus importants.
Quand, chez un malade dont la température est d'ordinaire nor-
male, il se produit sous des influences qui n'altèrent pas encore la
température de l'individu sain, un écart thermique, voici com-
ment il faut le comprendre : bien que la régulation de sa tempé-
rature suffise encore pour les conditions ordinaires, elle devient
insuffisante sous des influences un peu plus fortes. — Une pareille
mobilité de la température chez des individus malades, mais à
température encore normale à l'ordinaire, peut se ranger encore
plus ou moins parmi les fluctuations de l'état de santé, mais les
écarts deviennent plus frappants et plus excessifs à mesure que le
pouvoir de résistance ou de régulation devient moindre ou les in-
fluences plus prépondérantes .
Les influences qui amènent chez un individu sain une élévation
morbide de la température la produisent de celte façon : ou bien
il s'opère une modification unilatérale si considérable de la pro-
duction ou de la dépense thermique, que la compensation devient
impossible ; ou bien elle provoque une maladie dont un des élé-
ments est un bilan mal équilibré entre le débit et la recette.
Tout écart, en effet, de l'élévation thermique estime preuve que
la compensation entre la production et la dépense est incomplète.
La régulation n'est pas suspendue, mais elle ne peut plus main-
tenir la constance normale de la température. — Parfois la pro-
duction et la perte se couvrent toujours de façon à ce qu'un cer-
tain équilibre persiste, mais c'est un équilibre qui se tient à. un
autre niveau qu'à l'état de santé, et qui, en tout cas, est plus in-
stable qu'à l'état sain.
5. On conçoit aisément que l'équilibration défectueuse de plu-
sieurs fonctions qui, à l'état normal, se compensent, peut avoir
divers points de départ et différentes sources.
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 125
Les pertes thermiques peuvent devenir si considérables, que la
production la plus excessive ou du moins la plus grande augmen-
tation possible soit impuissante à les compenser.
La dépense thermique peut être empêchée à tel point que, avec
une production très-restreinte et réduite à son minimum, un arrêt
thermique devienne inévitable.
La production peut être tellement augmentée, .que tous les ap-
pareils de réfrigération, ou du moins ceux dont l'organisme peut
disposer dans ce cas, ne suffisent pas pour rétablir l'équilibre.
La production thermique peut être diminuée à tel point que, si
restreinte que soit la dépense, elle ne fournisse pas de compensa-
tion suffisante.
En outre, l'augmentation de la recette et la diminution de la
dépense, et vice versa, peuvent encore se combiner de différentes
façons et cumuler leurs influences perturbatrices ; l'augmentation
et la diminution peuvent encore ne pas être les mêmes en diffé-
rents endroits du même organisme.
Les rapports des processus compensateurs réciproques peuvent
encore, au lieu de se faire avec la rapidité nécessaire, être lents,
tardifs et interrompus. Avec tout cela, il est encore très-proba-
ble qu'à l'état de maladie, il ne s'agisse pas toujours, seulement
du plus ou moins de productions ou de pertes par rapport à l'état
de santé, mais aussi de nouvelles sources de productions thermi-
ques étrangères à l'état hygide, et d'un autre côté de nouvelles
voies de déperdition qui manquent au corps sain.
Au nombre de ces nouvelles sources des productions thermiques,
il faul citer les destructions plus ou moins rapides des tissus, [des-
tructions qui ne sont pas imaginables sans processus chimiques], la
formation des produits chimiques ultimes anormaux de la dénu-
trition ; enfin il n'est pas impossible qu'il puisse se produire dans
le corps sans participation de l'oxygène, des produits fermen-
tescibles qui deviennent une nouvelle source thermique, comme
cela se produit à l'extérieur de l'organisme (c'est peut-être ce qui
a lieu dans les maladies zymotiques).
Parmi les nouvelles voies de déperdition se rangent encore les
pertes abondantes de liquides, les détritus nécrobiotiques (masses
d'extravasalions et d'exsudats) dans le corps, où il ne se produit
pas de chaleur, mais qui en reçoivent.
126 CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
Mais bien que, dans les maladies, l'équilibre soit troublé, l'orga-
nisation du corps se met à l'abri d'un excès de disproportion et
est capable d'opérer après une perturbation d'une durée plus ou
moins longue un rétablissement de l'équilibre ; soit que l'augmen-
talion excessive unilatérale de la production ou de la dépense re-
vienne à la normale ou même descende plus bas, soit que les acti-
vités compensatrices, d'abord insuffisantes, s'accroissent peu à
peu, ou qu'en premier lieu, il s'ouvre de nouvelles sources de
production ou de déperdition. — L'organisme offre à cet effet des
procédés aussi complexes qu'ingénieux ; prenons, par exemple,
l'accroissement de la chaleur : il augmente le mouvement du
cœur, ce mouvement pousse le sang chaud avec plus de rapidité
à travers les vaisseaux vers la surface, ce qui fait que dans le même
temps une quantité plus grande de sang vient en contact avec le
milieu ambiant plus froid et qu'il peut être refroidi plus complète-
ment. En outre, la chaleur augmente le besoin de respirer, les
mouvements des organes respiratoires sont accélérés et l'air réfri-
gérant est amené en plus grande quantité.
L'anémique, avec les corpuscules sanguins, diminués dénombre,
produit, il est vrai, moins de chaleur, mais ses vaisseaux superfi-
ciels se contractent et la réfrigération de son sang est limitée, et
ainsi de suite...
11 reste donc, même dans les maladies, une certaine régulation
seulement avec des fluctuations moins étendues, et le retour à
l'équilibre est ainsi préparé et effectué pourvu que, dans l'inter-
valle, les causes originelles de la perturbation de l'équilibre (c'est-
à-dire de la maladie) soient écartées et qu'il ne s'en ajoute pas de
nouvelles dans le cours de la maladie.
Quand ces efforts naturels font défaut et que les moyens artifi-
ciels ne sont pas capables de les remplacer, quand, par conséquent,
les perturbations de l'équilibre entre la production et la perte de-
viennent insurmontables, il n'y a pas non plus de rétablissement ;
et quand les disproportions et les écarts deviennent trop grands
d'un côté ou de l'autre, l'état de la température, à lui seul, peut
déjà produire la mort.
Ces faits, à peine contestables en principe, peuvent être consta-
tés, plus rarement, il est vrai, dans les cas isolés.
S'il est déjà impossible de déterminer, chez un individu sain, la
CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE. 137
somme de chaleur produite ou dépensée dans un temps donné, il
l'est encore davantage de désigner, même approximativement, les
sources et les moyens de productions ou les quantités de dépenses
thermiques et la participation respective des parties isolées dans
une maladie spéciale ou dans un cas morbide individuel, et dans
une certaine période de sa marche.
Les combinaisons sont si nombreuses et si variables et souvent
formées simultanément de conditions antagonistes, elles ont trait
en partie à des endroits si inaccessibles du corps ; les grandes ou
petites modifications dans les fonctions de chaque organe sont si
multiples et si complexes, que même une évaluation approximative
devient impossibilité ou fiction.
Nous ne pouvons déterminer que le résultat, la modification de
l'élévation de température ; les facteurs qui concourent à ce résul-
tat échappent à l'observation directe, et c'est à peine si on peut
les évaluer approximativement par des voies indirectes.
Puisque l'on ne peut parvenir (et l'on ne parviendra sans doute
jamais) à ramener à ses vraies conditions et d'une façon calcula-
ble les modifications thermiques du corps malade, il faut donc
songer à établir un rapport empirique aussi sûr que possible en-
tre la manière d'être de la température du corps malade et cer-
taines influences, états ou processus.
4. Les causes qui sont capables d'amener un écart morbide
dans la température ou de modifier un écart morbide préexistant,
sont :
1° Les influences extérieures ;
2° Conditions et dispositions individuelles ;
5° Processus organiques.
Dans les cas particuliers, ces causes sont combinées de la façon
la plus complexe et, vu leur inextricabilité, il peut paraître impos-
sible de séparer de la coopération des influences et circonstances
les plus multiples, la part qui revient à chacune, de ramener leurs
effets à leurs éléments et de les rendre palpables dans leur simple
nécessité.
Par conséquent, bien que, pour l'action des perturbations ther-
miques5 l'observation clinique juge en dernier ressort, il est ce-
128 CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LÀ TEMPERATURE.
pendant parfaitement justifié qu'on ait eu recours, presque dès le
début, à l'expérience, c'est-à-dire à la production artificielle de
processus morbides simples.
Les résultats de l'examen expérimental de différentes influences
sur la température des animaux ou des bommes à l'état de santé,
bien qu'en eux-mêmes offrant le plus grand et le plus incontesta-
ble intérêt, ne peuvent cependant être utilisés qu'avec prudence et
circonspection, pour accuser la façon dont l'organisme humain se
comporte vis-à-vis des influences nocives extérieures et morbides.
Il est vrai que quelques-uns des effets expérimentaux coïncident
ou présentent une analogie saisissante avec des influences qui
frappent accidentellement un homme sain, et le rendent malade,
ou qui, chez un homme déjà malade, produisent des modifications
dans sa température.
Mais il ne faut pas négliger cette circonstance, que les résultats
obtenus sur des animaux sains ne sont pas absolument applicables
à l'homme ; car le cycle thermique normal de ce dernier est beau-
coup moins étendu que celui des animaux soumis aux expériences;
par exemple : les lapins peuvent donner des résultats très-trom-
peurs, à cause des variations considérables de leur température,
produites déjà par la simple contention.
Il en est à peu près de même pour les expériences sur l'homme
sain, quoique les effets de certains agents thérapeutiques puissent
être étudiés avec fruit chez eux; mais il faut se garder d'appliquer,
sans plus ample informé, les résultats de ces expériences à des or-
ganismes malades, car il est possible que ces résultats y soient
tout autres et diffèrent suivant les états pathologiques.
Dans beaucoup de maladies, par exemple, il y a des conditions
irréalisables expérimentalement.
Les résultats expérimentaux servent admirablement à appeler
l'attention sur certains effets, à guider dans l'analyse des faits com-
plexes, à examiner des suppositions fondées sur des cas patholo-
giques; mais ces résultats ont partout besoin du contrôle de l'ob-
servation clinique, à l'exception des influences traumatiques et
toxiques, pour lesquelles ils fournissent immédiatement des don-
nées assez nettes.
Les matériaux cliniques sont extrêmement nombreux et per-
mettent de noter des faits généraux relativement à de certaines in-
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE'. 129
fluences amenant des écarts thermo-pathologiques et touchant les
conditions accidentelles plus ou moins étrangères à la maladie
elle-même qui, pendant son cours, influent sur la marche de la tem-
pérature ; mais ces matériaux présentent cependant de très -gran-
des lacunes et ne sont souvent pas sûrs ; il faut apporter beaucoup
d'attention et posséder une grande expérience thermométrique
pour dégager les faits dans leur intégrité du conflit des circon-
stances accessoires et de la multiplicité de leurs combinaisons.
Entre autres choses, il ne faut pas négliger de faire la distinction
entre les effets des influences accidentelles sur la température des
malades et les effets des mêmes influences quand elles produisent
en même temps une véritable amélioration ou une aggravation
dans la maladie elle-même ou dans un de ses principaux symp-
tômes. Evidemment, il n'est pas indifférent qu'après un effet
accidentel, toute la maladie ait été améliorée ou aggravée, ou que
les conditions thermiques seules soient changées, sans être ac-
compagnées d'une modification essentielle dans la maladie. De
même, il faut savoir reconnaître si l'écart de température pro-
duit chez des individus antérieurement sains sous une influence
quelconque, est la conséquence pure et simple de cette influence,
ou s'il ne dépend pas d'une modalité spéciale de la maladie, dont
L'un des éléments est une élévation anomale de température.
5. Les influences qui exercent une action dépressive sur la tem-
pérature, peuvent agir de plusieurs façons :
Soit en soustrayant du calorique au corps ou en augmentant ses
pertes thermiques.
Soit en diminuant ou même en empêchant l'afflux du sang
vers la partie soumise à l'examen (la température du liquide san-
guin pouvant être normale ou bien au-dessus ou au-dessous de la
norme).
Soit enfin en affaiblissant simplement la production de chaleur
dans le corps.
On ne peut nullement indiquer avec précision le mode d'action
des influences thermo-dépressives ; une seule et même cause pou-
vant d'ailleurs agir souvent par différentes voies ; mais la même
cause peut agir en même temps ou alternativement en sens op-
posé; c'est-à-dire en augmentant la température. L'effet primitif
130 CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE.
peut subir ainsi une compensation telle, que la température elle-
même n'en soit pas modifiée ; mais il faut nécessairement que la
compensation soit restée imparfaite pour que l'influence dépressive
se fasse sentir sur la température.
Les observations expérimentales et cliniques touchant l'éléva-
tion de la température tant générale que locale, sont relativement
beaucoup plus nombreuses que les précédentes.
Une augmentation de la température générale au-dessus de la
norme doit avoir sa raison d'être, soit dans une production accrue,
soit dans une moins grande dépense de chaleur, soit dans ces deux
causes réunies. — Pas plus que pour la diminution thermique, on
ne peut évaluer ici la part relative qui revient à chacune de ces
deux conditions.
Comme, d'autre part, une cause d'augmentation thermique peut
aussi exercer, d'une manière ou de l'autre, une action dépressive
secondaire et compenser ainsi l'hyperproduction de la dépense
amoindrie, l'élévation de la température est peut-être le résultat
de facteurs différents et complexes.
Dans l'augmentation thermique locale aussi bien que dans celle
qui se fait sentir sur toute la surface du corps, il n'est pas toujours
certain que l'élévation observée corresponde à un accroissement
réel de chaleur ; car il peut être simplement relatif et produit par
l'afflux d'une plus ou moins grande quantité de sang possédant sa
température normale, vers le point observé ou vers la périphérie
du corps tout entier ou bien, enfin, résulter de ce que les dépenses
thermiques ont été moindres au niveau de l'endroit soumis à la
mensuration.
6. Les degrés les plus bas de la température ambiante sont le
plus sûr moyen de soustraire du calorique au corps humain ; et si
leur action est intense et prolongée, ils abaissent à tel point la
température que la mort en est la conséquence inévitable.
A. Walther (de Kiew) a étudié les conséquences du refroidisse-
ment artificiel (Virchow's Archiv, t. XXV, p. 414 et Reichert's
Archiv, 1865, p. 25). Le minimum auquel il a pu réduire latent
pérature des lapins avant que la mort ne s'ensuive a été de 9°.
Des animaux refroidis jusqu'à 18° et 20°, et plongés ensuite dans
un milieu ambiant dont la température n'était pas plus élevée que
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. loi
la leur, perdirent la faculté de recouvrer leur température initiale
propre. — En revanche, Walther a pu, à l'aide de la respiration
artificielle, ramener ces animaux à leur température normale. —
Certains d'entre eux soumis à la réfrigération et artificiellement
réchauflés, conservèrent pendant quelques jours une température
fébrile (jusqu'à 42°) mais revinrent ensuite à l'état normal.
Nous manquons d'observations exactes relativement à l'influence
pathogénique directe du froid sur les individus sains.
Il est vraisemblable que la mort par congélation se produit (chez
l'homme), de la même façon que chez les lapins de Walther, bien
qu'à une température beaucoup moins basse.
Dans les maladies causées par le froid, il existe toujours des
conditions complexes : les degrés de température que l'on y con-
state ne peuvent pas être regardés comme la conséquence immé-
diate de l'action du froid.
En revanche, les observations relatives aux effets exercés par le
froid sur des individus présentant une température fébrile, sont
de la plus grande importance ; puisque le froid passe pour être un
des plus précieux agents anlipyrétiques et antiphlogistiques, et
qu'à ce titre, il est très-largement mis en usage dans les maladies
fébriles et surtout dans le traitement des fièvres typhoïdes.
L'action des boissons et des injections froides est éphémère et
fugace.
Les lotions froides, les applications glacées et les bains de siège
froids sont plus efficaces ; mais leur influence ne paraît pas s'é-
tendre bien au delà du point d'application et n'imprime à la tem-
pérature générale qu'une modification très-légère ou même le plus
souvent nulle.
L'action de l'eau plus ou moins froide employée sous forme de
draps mouillés enveloppant le corps tout entier, de bains complets,
de douches ou d'aspersion, est beaucoup plus intense et plus mar-
quée. L'utilité de ces procédés hydrothérapiques appliqués éner-
giquement et avec plus ou moins de méthode, a été bien des fois
éprouvée et quoiqu'il reste encore bien des lacunes à combler, il
est certain cependant que ces agents sont d'une extrême puissance
et qu'il n'existe pas de médications plus apte à amener des modi-
fications favorables dans un cas grave, avec plus de certitude et
d'intensité (voy. Typhus abdominal).
152 CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
Il est vrai que les conditions et, à plus forte raison, les causes
par lesquelles le froid agit sur l'abaissement de la température
dans le frisson fébrile et influe sur l'évolution de la maladie, sont
loin d'être parfaitement établies et le derniermot n'est pas encore
dit sur les conséquences, tant immédiates qu'éloignées, de cette
métbode.
Certes, son effet dépend beaucoup de la façon dont elle est ap-
pliquée, du degré thermique de l'eau employée, de la durée de
son action, mais, d'un autre côté, il est subordonné aux conditions
morbides elles-mêmes, à l'intensité et à la période de la maladie.
— L'effet n'est pas non plus simple de sa nature. Au moment de
son application ou bien quand l'eau n'atteint pas le degré de froid
voulu, la température s'élève et ne descend que sous le coup d'une
action continue. Quand les applications ne sont pas assez souvent
renouvelées, la réaction est d'autant plus certaine que la maladie
est plus intense et plus récente, et souvent même on ne peut ar-
river à un résultat définitif qu'après des applications continuées
avec énergie et persévérance.
Nous ne connaissons pas encore la cause prochaine des effets
produit par l'hydrothérapie , sans doute c'est une erreur de croire
que l'action de l'eau froide se réduit à une simple soustraction
d'un excès nuisible de chaleur. Schroder (Deutsches Minisches Ar-
chiv, t. VI, p. 585) a trouvé que les bains froids diminuaient (dans
le typhus) la sécrétion d'acide carbonique et d'urée et ralentis-
saient la nutrition tout entière. Wahl (Petersb. Med. Zeit., 1867,
t. XII, p. 341) place l'action principale du bain froid dans son in-
fluence sur les nerfs et les centres nerveux ; il suppose que cette
action fait défaut quand la température est en voie d'ascension, et
il conseille de n'appliquer le froid que pendant les rémissions ou
au moment des exacerbations thermiques, parce que, dans ce der-
nier cas, l'élimination de la chaleur qui peut être accumulée,
exerce une influence salutaire. Après l'application extérieure du
froid, la réaction est si puissante que l'on peut avoir recours avec
succès à des applications froides de courte durée, mais énergi-
ques, pour augmenter une température extrêmement basse : une
température de collapsus, par exemple.
7. Une température plus élevée que celle du sang ou à peu près
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 155
égale, exerce, quand elle est très-prolongée, une influence morbi-
fique et ascensionnelle sur la température.
Cl. Bernard (1859. Gaz. méd., t. XIV, p. 462) a trouvé que les
animaux exposés à une haute température extérieure, périssent
dès que leur température propre dépasse de 4 à 5° la normale.
Obernier (de l'Insolation, 1867) a constaté une élévation de la
température chez les animaux exposés pendant un certain temps à
une très-grande chaleur extérieure. Leur température s'abaissait
d'abord légèrement (0°,4 et même moins), quand la chaleur am-
biante s'élevait avec lenteur ;mais aussitôt que l'air ambiant s'éle-
vait de 50 à 55°, la température commençait à monter, et d'ordi-
naire, atteignait un degré supérieur à celui de la chaleur am-
biante.
La mort de l'animal survenait le plus souvent entre 44 et 45°,
bien que l'air dans lequel se trouvait l'animal ne dépassât pas
40 à 41°. — Presque toujours, il y avait une augmentation fost
mortem de quelques dixièmes. les animaux dont la température
était montée à 41°, 6 et même à 43°, 8 ont pu revenir à la vie.
A. Walther a exposé des lapins garrottés, directement à la cha-
leur du soleil de 30 à 54°. — La température monta jusqu'à peu
près 46°, après quoi l'animal succomba. La température post-le-
thale s'accrut encore jusqu'à 50°. — A l'autopsie, on constata une
anémie des viscères, à l'exception des poumons qui étaient hypé-
rémiés et des muscles qui étaient aussi rigides que s'ils avaient
été soumis à la coction. Walther est d'avis que, dans ses expé-
riences, l'augmentation thermique n'est que la conséquence delà
diminution dans la perte de chaleur. Pour ce qui est de l'augmen-
tation post mortem, il l'attribue à un développement calorifique
dû à la rigidité musculaire (Bulletin de l'Académie de Pétersbourg.
Berliner Centralblatt, 1867, p. 391).
Chez l'homme, on observe aussi assez souvent une augmentation
morbide de la température par suite d'une élévation excessive de
la chaleur extérieure. — Dans le chaud été de 1865, j'ai constaté
chez la plupart de mes fiévreux des températures excessivement éle-
vées ; la raison en était indubitablement dans l'impossibilité de
conserver les salles assez fraîches; donc, dans l'insuffisance de la
dépense thermique nécessaire aux malades, vingt-cinq person-
\U CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
nés moururent dans ma clinique, du 5 juillet au 1er août, époque
pendant laquelle la température postméridienne de l'atmosphère,
à deux heures, était de 26°, 6 C, six fois seulement dépassa 25° et
six autres fois 50° (maximum == 54°).
Chez 25 malades, on prit la température, au moment fatal ; sur
ce nombre, 6 avaient la température habituelle du collapsus (3
phthisiques, 1 cardiaque, 1 paludéen et 1 varioleux), 5 des tem-
pératures subfébriles et modérément fébriles (2 phthisiques et 1
cancéreux) et 14 autres (donc, plus de la moitié !) de 40° et au-
dessus, et voici dans quelles proportions :
40° — 1 cas d'ostéomyélite pseudo-rhumatismale ;
40°, 5 — 2 cas de péritonite ;
41°, 575 — 2 cas de typhus abdominal (fièvre typhoïde) ;
41°, 7 5 — 1 cas de delirium tremens ;
42° — 1 cas de pneumonie et 1 cas ayant trait à une jeune fille
de 25 ans qui mourut après une forte fièvre de quelques jours
sans aucune localisation et dont le cadavre ne révéla l'existence
d'aucune lésion appréciable ;
42°, 25 — 1 cas de typhus abdominal et 1 de délire alcoolique ;
42°, 875 — 1 cas de choléra;
43°, 25 — 1 cas d'insolation ;
45°, 75 — 1 cas de septicémie puerpérale et 1 cas de ramollis-
sement cérébral.
Jamais, ni avant ni après, je n'ai trouvé, même approximative-
ment, des températures si élevées au moment fatal pendant une
période si courte et en si grand nombre.
Plusieurs observateurs ont confirmé cette donnée de l'augmen-
tation thermique rapide et considérable dans les cas où il y avait
tous les symptômes de l'insolation. — Schneider (Diss. léna :
Zur Lehre von Sonnenstich, 1867) a trouvé dans un cas suivi de
mort plus de 40° deux heures et demie après l'admission du ma-
lade à l'hôpital. — Helbig (trois cas d'insolation. Leipzig Dissert.,
1868) de même, Ferber {Arch. fur Heilk., t. IX, p. 487), 40°
dans un cas de guérison. — Bàumler (Med. sciences Gaz., vol. I,
août 1868) 42°, 9 dans un cas mortel, une heure après l'admis-
sion. — Levick a constaté 42°, 8 (Heat fever onPensylvanian hosp.
reports, 1868, t. \, 369) dans un cas relatif à un homme de 55
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 155
ans et terminé par la guérison. — Même résultat dans un cas sem-
blable chez un homme de 40 ans. Il rapporte en outre un certain
nombre d'autres observations, parmi lesquelles une deDowleroù
il y aurait eu jusqu'à 45°.
D'un autre côté, il est de règle que, dans une température infé-
rieure à la normale, une élévation de la chaleur extérieure, ou
l'emploi d'enveloppements chauds peuvent augmenter la tempéra-
ture du corps.
8. L'application d'agents excitants à l'extérieur paraît provo-
quer plutôt un abaissement qu'une élévation de la température
générale.
Montegazza (Schmidt's Jahrb., 1867, t. I, p. 155) a trouvé
que les douleurs chez les animaux, ainsi que chez les hommes,
exerçaient une action dépressive sur la température.
Aux endroits sinapisés, la plupart des observateurs n'ont pas
constaté d'augmentation thermique et Naumann (Prager Viert.
1867, t. XC1II, p. 155) prétend même avoir observé un abaisse-
ment delà température générale à la suite de la sinapisation.
Heidenhaina fait, au congrès des naturalistes, à Insprùck, une
communication portant que, d'après ses recherches, l'irritation des
nerfs sensitifs a abaissé constamment et rapidement la température
à l'exception des cas où il y avait une séparation entre le bulbe et
la moelle ou quand il y avait de la fièvre.
9. Une hypérémie considérable provoquée mécaniquement peut
augmenter la température ; de même que la diminution mécani-
que de l'afflux sanguin peut la diminuer.
Kussmaul et Tenner (loc. cit.) ont montré que, par la ligature
des rameaux artériels émergeant de l'artère qui apporte le sang à
une certaine partie, il se produit en ce point un plus grand afflux
sanguin (par exemple, la tête après la ligature de la sous-clavière),
et partant, une congestion, mais aussi une élévation de la tempé-
rature.
Brown-Séquard (Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1854,
t. XXXVIII, p. 117) a trouvé que la température s'élevait sur la
tête chez les animaux suspendus par le train postérieur et dont on
tient la tête en bas.
156 CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
D'un autre côté, un rétrécissement des vaisseaux par une cause
quelconque amène dans la partie alimentée par eux, un abaisse-
ment de la température. Depuis longtemps déjà, la thérapeutique
met à profit les conditions qui sont basées sur l'influence exercée
sur la température par l'augmentation ou la diminution mécanique
de l'afflux sanguin.
10. Les grandes pertes de sang ont, en général, pour consé-
quence chez les individus sains, aussi bien que chez les malades,
un abaissement de température, compensé le plus souvent, après
quelques jours ou même quelques heures, à moins que la mort ne
s'en suive ou que la maladie ne prenne une autre voie.
Marshall-Hall a vu chez un chien terrier pesant 17 livres, à qui
il avait enlevé 52 onces de sang, un abaissement de température
de 57°, 5 à 29°, 45 auquel moment la mort eut lieu ; chez un autre
chien, pesant 19 livres, la température tomba jusqu'à 51°, 65 après
émission de 30 onces de sang. (Comparez, en revanche, les expé-
riences à saignées abondantes, faites parFrese et citées page 120.)
Après de fortes hémorrhagies des poumons, de l'estomac, de
l'intestin ou de l'utérus, survient d'ordinaire chez les malades,
d'abord un abaissement considérable delà température allant jus-
qu'au collapsus, même 'quand la température a été auparavant
hyperpyrétique; le temps que met la température à s'élever aussi
bien que le degré qu'elle atteint dépendent des conditions mêmes
du cas.
Une perte de sang spontanée, même modérée, produit le plus
souvent chez les fébricitants un abaissement passager de la tem-
pérature.
Les saignées pratiquées en temps opportun chez les malades,
de même que les émissions sanguines locales produisent les mê-
mes résultats, quoique moins accusés ; il n'est pas rare de voir à
leur suite la température, auparavant très-fébrile, approcher delà
température normale ou même l'atteindre ; mais la réaction est
d'ordinaire considérable.
Le plus souvent, la température remonte à son degré antérieur,
ou même le dépasse. — La température ne peut être amenée à
une réduction permanente qu'en tant que, avec la perte de sang,
coïncide une amélioration sensible du processus morbide.
CAUSES Dh'S ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 157
Il paraît être d'une médiocre importance pour le résultat que
l'émission sanguine ait lieu sur un réseau capillaire ou sur un
gros vaisseau ; en revanche, il importe beaucoup plus de savoir si
la mafadie est assez avancée pour admettre une action durable de
l'émission du sang.
L'éruption des règles est précédée d'une augmentation de tem-
pérature beaucoup plus souvent dans les cas morbides que dans
les cas hygides. — L'hémorrhagie elle-même a quelquefois pour
conséquence un abaissement de la température précédemment
élevée par suite d'une maladie ; en outre, les menstrues mettent
souvent les femmes passagèrement dans la condition de tempéra-
ments nerveux ou augmentent cette condition quand elle a existé
auparavant, et il en résulte une grande variabilité de la tempéra-
ture, ou bien elles se compliquent d'un accès de fébricule chez
certaines personnes de nature irritable.
11. Chossat a, le premier, fait des recherches très-intéressantes
sur l'influence de la privation de nourriture, sur l'abaissement de
la température (1845. Recherches expérimentales sur ï inanition.
— Mémoire présenté à V Académie des sciences. — Se. math, et
phys., t, VII, p. 458).
En outre, Schmidt, Lichtenfels et Frôhlich ont fait des expé-
riences relatives à l'influence de la faim sur la température, et ils
ont constaté que la privation de nourriture persistante produisait
des décroissances considérables de température, sans exclure des
ascensions relatives intercurrentes.
Dans l'état morbide, l'effet de la privation de nourriture n'est
jamais nettement défini ; les observations pathologiques qui s'y
rapportent ne sont d'aucune utilité.
12. L'ingestion d'aliments exerce, au contraire, sur les malades
une action très-frappante, comparée à celle qui se produit à l'état
de santé. L'alimentation peut produire une élévation considérable
de température, non- seulement chez les malades dont le degré
thermique est plus ou moins élevé, mais aussi chez ceux dont la
température est normale ou l'est redevenue, et il ne faut pas pour
cela que le malade ait commis un écart de régime ou ait repris des
aliments avant d'avoir recouvré l'appétit ; mais avec l'alimentation
138 CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
la plus légère, notamment avec la première ingestion de viande,
dans la convalescence, au moment où l'appétit est extrêmement
vif, on voit souvent la température s'élever de deux degrés et plus ;
cette augmentation thermique peut persister ainsi plusieurs jours.
Il va sans dire que l'ingestion d'aliments trop copieux ou contre-
indiqués produit un effet analogue et souvent même beaucoup plus
grave.
15. Une constipation durant plusieurs jours, quelquefois même
l'absence de selles pendant vingt-quatre heures, surtout lorsqu'elle
succède à des évacuations abondantes, donnent souvent lieu, chez
les malades, à une augmentation de température. — La rétention
d'urine, Y aménorrhée, peuvent également produire le même effet.
C'est aussi la température qui indique souvent plusieurs heures à
l'avance, l'imminence d'une hémorrhagie pathologique.
La diarrhée, surtout celle qui est artificiellement provoquée,
abaisse ordinairement une haute température. Après une consti-
pation opiniâtre et une élévation thermique persistante, il suffit
d'une abondante évacuation alvine pour amener l'abaissement de
la température ; mais la réaction qui lui succède est d'ordinaire
assez considérable pour que la température puisse même dépasser
son degré antérieur d'élévation.
La nature du purgatif ne paraît pas d'ailleurs exercer d'influenee
sur l'intensité de la dépression thermique.
Les vomissements ont, à cet égard, une action beaucoup plus
puissante. Souvent même, ils sont accompagnés et suivis de véri-
tables températures decollapsus. Mais, dans ce cas aussi, la réac-
tion peut produire une élévation thermique.
14. L'abaissement de température produit par action toxique de
l'alcool, s'accorde avec ce que l'on observe, bien qu'à un moindre
degré, dans les effets physiologiques de cet agent. La dépression
thermique provoquée par des doses toxiques, peut devenir très-
considérable.
Duinéril et Demarquay ont été les premiers à démontrer ce fait
que beaucoup d'autres expérimentateurs ont confirmé après eux.
Il est probable que l'absorption de l'alcool ralentit le mouvement
nutritif; mais il faut cependant remarquer que l'action dépressive
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 139
de l'eau-de-vie sur la température est souvent suivie d'une réaction
proportionnellement aussi intense. — Cependant, l'action de l'al-
cool exerce la même action dépressive dans les états fébriles, ainsi
que plusieurs médecins anglais l'ont affirmé en se fondant sur l'ob-
servation clinique, et comme C. Bouvier l'a plus récemment dé-
montré par la méthode expérimentale (Pflùger's Archiv, 1869,
page 581).
Chez les alcooliques, toutes choses égales d'ailleurs, la tempé-
rature est ordinairement plus basse que chez les autres individus,
et ils présentent fréquemment, dans le cours des maladies pyi cli-
ques ou apyréliques, des températures de véritable collapsus.
Il existe encore un certain nombre de substances plus ou moins
toxiques qui exercent une action dépressive sur la température,
Demarquay a démontré ce fait pour l'éther et le chloroforme.
Brown-Séquard (1849. Comptes rendus des séances de la so-
ciété de biologie, n° 7, p. 102) range parmi les substances ther-
mo-dépressives : l'opium, l'acide cyanhydrique, l'hyoscyamine, la
digitale, la belladone, le tabac, l'euphorbe, le camphre, l'acide
acétique, l'acide oxalique, les acides sulfurique, nitrique et chlor-
hydrique. Parmi les agents thérapeutiques, il y a des substances
qui font baisser la température des fébricitants, auparavant élevée.
Cette action est certaine pour la digitale (après l'administration
de 3 à 6 grammes, répartis dans un espace de plusieurs jours),
pour la vératrine, la quinine, le tartre stibié et le calomel. — Elle
est moins sûre pour les acides, le nitrate de potasse et quelques
autres sels. — Cette action dépressive est surtout marquée chez
les enfants et chez les femmes qui sont doués d'une plus grande
sensibilité.
15. D'autres substances, au contraire, produisent une élévation
de la température. C'est un fait qu'on peut observer, en partie,
chez les individus sains après l'absorption des agents toxiques ; en
partie dans les maladies à température très-haute ou très-basse. —
Dans cette catégorie se rangent : le café, le musc, le camphre. —
C'est surtout le curare dont l'action thermique a été le mieux étu-
diée. Cl. Bernard avait déjà trouvé qu'il agit d'abord sur les nerfs
vaso-moteurs et que l'élévation de la température n'est qu'un ef-
fet consécutif. — Yoisin etLiouville (Gazette des Hôpitaux, 1866,
440 CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE.
n° 109 et 'J 1 1 , et Journal de ïanatomie et de la physiologie, 1867,
p. 114) ont produit chez l'homme, à l'aide d'injections sous-cuta-
nées de curare, des accès complets de fièvre avec frissons, chaleur
et sueurs, et des élévations de température allant jusqu'à 40°, ac-
compagnées de tous les troubles fébriles de la circulation, des sé-
crétions et du système nerveux. Tscheschichin, au contraire, a
trouvé que quelques minutes après l'injection du curare, il se
produisait chez les animaux un léger abaissement thermique qui
augmente jusqu'au moment où éclatent les convulsions ; alors
la température commence à remonter insensiblement. — Flei-
scher, de son côté (Pflùger's Archiv., 1869, p. 441), a confirmé
l'action thermo-élévatrice du curare.
16. Billroth et Hufschmidt, 0. Weber et Frese, ont démontré
l'action pyrogène de certaines substances introduites dans la circu-
lation.
Billroth et Hufschmidt (1864. Archiv fur klin. Chir., t. YI,
p. 552) ont trouvé que, dans tous les cas où un liquide ichoreux ou
du pus frais avaient été injectés dans le sang, il y avait une aug-
mentation de la température rectale, sensible déjà deux heures
après l'injection et atteignant son maximum dans un intervalle de
deux à vingt-huit heures ; ils ont, en outre, constaté que le mini-
mum de l'écart était de 1°, le maximum de 2°, 2; qu'après une
seule injection, l'acmé était ordinairement suivie d'une défer-
vescence rapide ; qu'au contraire, après plusieurs injections, la
mort survenait, précédée d'une certaine élévation de la tempé-
rature.
Bientôt après, 0. Weber (1864. Deutsche Klinik, p. 495, et
1865, p. 15, 21, 55 et 55) a constaté, par des expériences ana-
logues, l'effet pyrétogène (et phlogogène) du pus introduit dans le
tissu sous-cutané, dans les cavités séreuses et dans le sang ; il a
constaté, en outre, l'effet pyrétogène de l'injection du sang d'ani-
maux pyémiques et septicémiques, et même du sang d'animaux
affectés simplement de fièvres inflammatoires. Mais, dans ce der-
nier cas, l'augmentation thermique était peu considérable et ne
dépassait pas (J°,65 à 1°,15.
Frese (1866. Beitràge zur JEtiologie der Fiebers. — Dissertât.)
a encore plus multiplié ces expériences. Il a fait voir que le sang
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. lit
d'animaux fébricitants introduit dans la circulation d'un autre ani-
mal en bonne santé, quelle que fût la nature de la fièvre, provo-
quait une élévation de la température. Cette augmentation ther-
mique suivait assez rapidement la transfusion : dans un cas, la
température était déjà montée de 1° après deux heures et demie.
Mais, dans les cas observés par Frese, aussi bien que dans les
expériences précédentes, l'élévation thermique n" était pas considé-
rable. Dans les trois cas (où une partie du sang vicié fut, par mé-
garde, injecté dans le tissu cellulaire et y provoqua une inflamma-
tion locale), la température ne monta que de 0°,7à 1°,5 au-dessus
du maximum de l'animal bien portant. — Ce degré d'élévation ne
se maintint pas longtemps (1 |, 4|, 6 § jours) et n'atteignit des
températures reconnues fébriles chez l'homme que pendant un
très-court espace de temps.
Voici ce que Frese a, de plus, vu et confirmé :
a. Les produits de décomposition des tissus, tant septiques qu'in-
flammatoires, introduits dans la circulation, soit qu'ils provien-
nent d'un organisme étranger, ou du sujet lui-même, provoquent
une augmentation de température.
b. L'effet obtenu ne tient pas aux corpuscules du pus, mais à
la sérosité purulente.
c. Par la cuisson et lafiltration subséquente, la sérosité putride
ne perd pas ses propriétés pyrogènes.
d. A l'état frais, la sérosité purulente possède au plus haut degré
cette propriété.
e. L injection d'un sang normal ne provoque pas la fièvre; le sang
injecté d'un fébricitant produit au contraire une action pyréto-
gène.
f. Le battage suivi de la filtration du sang fébrile ne lui enlè-
vent pas cette propriété qui ne doit donc pas être attribuée à la
fibrine.
Dans ces derniers temps, E. Bergmann (1 868. Petersburgermed.
Zeitschr., t. XV, p. 16) a fait un grand nombre d'expériences re-
latives à l'action des matières septiques et inflammatoires, et il a
constaté que, après l'injection de quantités, relativement faibles
U2 CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
de matières délétères, la température revêt un caractère particulier
et précis, revenant toujours sans exception de la même façon et,
par conséquent, typique (ascension immédiate après l'injection,
fastigium dans l'intervalle de la deuxième à la cinquième heure,
retour à l'état normal dans trois ou six heures). Des altérations
locales, développées sur place, peuvent empêcher la guérison et
faire entrer des modifications dans la marche de la température.
Ce caractère de la température reste le même que la matière injec-
tée ait été composée de matières septiques ou inflammatoires, ou
bien des produits normaux de dénutrition. Il semble même à l'ob-
servateur (p. 84) que, des injections de grande quantité d'eau ou
de petites quantités de substances irritantes, il puisse s'ensuivre
une altération thermique analogue, qui est constante après l'injec-
tion de liquides provenant de produits septiques ou inflammatoires.
A ces recherches expérimentales sur l'action pyrogène de sub-
stances animales introduites dans le sang, se rattachent les influen-
ces inconnues qui sont capables de produire chez l'individu atteint,
des processus morbides spécifiques. Cependant, abstraction faite
de la pyohémie et de la septicémie, la ressemblance est assez res-
treinte dans l'état actuel de la science, nous sommes loin de con-
cevoir ou de pouvoir rapporter d'une façon claire et positive à la
cause spécifique, le caractère de la température qui est excessive-
ment particulier, précisément après avoir subi ces influences in-
connues, mais sans doute spécifiques.
17. Breschet et Becquerel ont été les premiers {Séances de
V Académie des sciences, 18 octobre 1841) à appeler l'attention
sur l'abaissement considérable de la température chez les animaux
dont la surface extérieure est recouverte d'un enduit imperméable,
Us ont rapporté que des lapins dont la peau rasée avait été re-
couverte d*un enduit décolle, de suif et de résine, avaient perdu
dans l'espace d'une heure à une heure et demie, environ 14° à
18° C. de leur température et étaient morts peu de temps après. —
Ces observateurs ont déjà fait remarquer que ce qu'ils avaient vu
paraissait être en contradiction avec les idées généralement reçues
sur les fonctions de la peau.
Cette observation a été complètement confirmée par plusieurs
expérimentateurs, et récemment encore par Gerlach (Muller's
CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE. 143
Arch., 1851, p. 45); Val.entin {Arch. fur phys. Heilk., 1858, p,
455); Edenhuizen (InZeitschr. fur rat. Mecl., 1865, p. 25).
En outre, Valentin a montré que, chez les animaux ainsi traités,
les mouvements respiratoires étaient réduits au tiers ou même au
quart, l'absorption d'oxygène et l'exhalation d'acide carbonique
diminuaient plus encore (jusqu'à-^); mais que, d'un autre côté, par
l'augmentation de la température de l'air dans lequel se trouvait les
animaux, le refroidissement a pu être évité, la respiration accrue,
la gaieté rétablie et la terminaison funeste retardée bien que non
empêchée. — Edenhuizen a trouvé que les animaux (lapins) péris-
saient même quand la peau n'était que partiellement enduite,
aussitôt que | ou | de la surface avait été recouvertes. Plus l'en-
duit était étendu, plus l'abaissement de la température était consi-
dérable et rapide, et plus la terminaison funeste était prompte.
Si une partie considérable de la surface extérieure reste libre, il
est vrai, la température, la fréquence du pouls et de la respira-
tion, s'abaissent aussi au commencement, mais les deux premières
se relèvent vite et peuvent même dépasser le degré normal, tandis
que la fréquence de la respiration reste amoindrie. Quand la sur-
face restée libre est encore plus grande (| à |), la fréquence delà
respiration monte aussi après un abaissement initial, mais elle ne
se maintient pas aussi longtemps au-dessus de la température
que le pouls au-dessus du degré normal. — Si l'on ne recouvre
que | à | de la surface, c'est la fréquence de la respiration qui
prédomine, tandis que la température et la fréquence du pouls ne
subissent qu'une élévation insignifiante.
Laschekewitsch ( Richert's Archiv, 1868, p. 65) explique ce ca-
ractère par l'augmentation de la dépense thermique résultant de
la dilatation paralytique dçs vaisseaux cutanés.
18. Les recherches les plus nombreuses ont été entreprises pour
expliquer l'influence du système nerveux sur les modalités thermi-
ques. Beaucoup de faits intéressants ont été acquis tant par la voie
expérimentale que par l'observation clinique. — Il serait encore
prématuré, même aujourd'hui, de donner une appréciation com-
plète et définitive du mode d'action des nerfs sur la température.
Déjà, depuis longtemps, on possédait un certain nombre d'ob-
servations relatives à l'augmentation de la température périphéri-
144 CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
que, après la section expérimentale de la moelle ou dans les cas de
lésions médullaires graves, en particulier, les recherches de Chos-
sat (1820. Mémoire sur l'influence du système nerveux sur la cha-
leur animale) ; Brodie {Medico-chirurg. Transactions, t. XX, p.
146) ; Macartny (1858. Treatise on inflammation, p. 13); Fr.
Nasse (1859. Untersuchungen zur Plnjs. und Pathol., t. H, p.
115) ; surtout II. Nasse (ibid., t, II, p. 190).
En opposition avec ces données, Flourens et Magendie avaient
observé un abaissement de température après les lésions des nerfs.
C'était un abaissement local quand des troncs nerveux étaient
attaqués et un abaissement général quand la lésion portait sur des
parties centrales.
S'appuyant sur ces derniers faits, qu'il considère à tort comme
un phénomène constant, Cl. Bernard a fait (1852. Comptes rendus
de l'Académie des sciences, t. XXXIV, p. 472) sa découverte sur-
prenante de l'action qu'exerce la section de la partie cervicale du
sympathique ; il avait trouvé que, après la section du filet anasto-
motique des ganglions cervicaux, supérieur et inférieur, survenait
aussitôt une élévation de température dans le côté correspon-
dant de la tête; surtout marquée sur l'oreille du lapin. 11 a trouvé,
en outre, que la simple dénudation, le contact et la pression sur
les ganglions ou les tilets du grand sympathique avaient pour con-
séquence une congestion et un plus grand développement thermi-
que. — Plus tard (1862. Comptes rendus de l'Acad. des sciences,
t. LV, p. 252), il y ajouta d'autres communications, d'après les-
quelles la section du plexus lombo-sacré ou du sciatique détermi-
nait une élévation de la température dans la patte postérieure, et,
de même, la section du plexus brachial, aux environs de la pre-
mière côte, une élévation de la patte antérieure correspondante.
S'appuyant sur ces résultats, Bernard suppose une influence par-
ticulière du sympathique sur les vaisseaux et sur la caloi ification et
sépare des nerfs sensitifs et moteurs le système sympathique qu'il
considère comme composé de nerfs moteurs vasculaires et calori-
fiques.
Bernard formule ainsi son opinion :
1. La section des nerfs du sentiment, outre l'abolition du sen-
timent, produit la diminution de la température des parties.
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 145
2. Celle des nerfs du mouvement, outre l'abolition du mouve-
ment, donne également lieu à un refroidissement des parties pa-
ralysées.
3. La destruction du nerf sympathique qui ne produit ni l'im-
mobilité des muscles ni la perte de sensibilité, amène constamment
une augmentation très-considérable de la température.
Les questions les plus importantes qui se rattachent à ces résul-
tats expérimentaux sont les suivantes :
1° L'augmentation thermique est-elle en rapport avec l'hy-
perémie consécutive à la section du sympathique ?
2° La chaleur, bien que considérablement élevée dans l'oreille
du côté lésé comparativement à l'autre et à l'élévation de la tem-
pérature avant la section, reste-t-elle dans les limites de la tempé-
rature des organes internes de l'animal ?
Si l'on répond à ces questions par l'affirmative, le phénomène
ne se trouve plus que dans un rapport subordonné, médiat et
presque insignifiant, avec la production thermique. En ce cas, la
section n'agit qu'en causant une hyperémie, et la conséquence de
cette congestion est que la température normale du sang peut être
plus complètement obtenue et constatée dans cette partie plus abon-
damment pourvue de sang après la section ;
5° Enfin se pose cette autre question : Sont-ce réellement les
vraies fibres du sympathique ou celles que lui envoie la moelle
épinière dont dépend l'influence sur ce phénomène ? En d'autres
termes, le sympathique est-il le nerf vaso-moteur spécifique
(comme le suppose Bernard), ou bien les contractions vasculaires
dépendent-elles aussi du centre cérébro-spinal?
La grande majorité des observateurs a pris parti contre Bernard
dans ces questions.
En premier lieu, Brown-Séquard s'est élevé contre les conclu-
sions de cet auteur. — Il avait déjà rapporté avant les publications
de Bernard (août 1852. Med. Examiner of Philadelphie/, p. 486)
ce fait expérimental que la galvanisation de la partie cervicale du
sympathique sectionné produit la contraction des vaisseaux de la
moitié céphalique correspondante ; d'où anémie et diminution de
la température et de la sensibilité. — En outre, il a déclaré (1853,
10
146 CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
Expérimental researches, p. 9), qu'il fallait rapporter les effets delà
section de la portion cervicale du sympathique, à une dilatation
paralytique des vaisseaux de la tête et l'élévation de la température
à l'afflux plus considérable du sang ; et ensuite il a montré que la
suspension des animaux par le train postérieur avait exactement
les mêmes effets que ceux que Ton observe après la section du sym-
pathique ; il termine le chapitre : On the increase of animal heat
after injuries of the nervous System, par les conclusions suivantes :
1° Une lésion du système nerveux peut produire dans les par-
ties paralysées une augmentation ou une diminution de tempé-
rature ;
2° Le sympathique et le système nerveux cérébro-spinal ne pa-
raissent pas différer l'un de l'autre par rapport à cette action ;
5° Le degré de température des parties paralysées dépend de la
quantité de sang qu'elles reçoivent et cette quantité varie d'après
l'état des artères et des capillaires de ladite partie ;
4° Il est un fait encore inexpliqué jusqu'ici, à savoir que les ar-
tères et les capillaires dans les parties paralysées peuvent être soit
dilatés, soit normaux, soit contractés.
Budge (1855. Comptes rendus, t. XXXVI, p. 571 et Med. Ztg.
von dem Verein fur Heilk. in Preussen, t. XXII, p. 149) a montré
que l'augmentation de température ne dépend pas seulement de
la section du sympathique, mais qu'une extirpation de la portion
de moelle épinière comprise entre la septième vertèbre cervicale et
la troisième dorsale, renfermant par conséquent la huitième paire
cervicale et les premières et deuxième dorsales, ont le même effet
sur la température de la tête.
Waller aussi (Comptes re?idus, t. XXXVI, p. 578) ne rapporte
l'élévation thermique qu'à la paralysie des fibres circulaires des
artérioles consécutive à la section et à l'hyperémie qui en ré-
sulte.
De Ruyter (de actione atropx belladone. — Disserta 1855)
fait aussi remarquer qu'il n'a jamais constaté de différence de
température qui ne trouvât son explication dans un afflux de
sang augmenté, etDonders (Aanteekingen van het Utr. gen. 1855)
dit que, dans ses expériences, la température des oreilles ne dépas-
sait que rarement celle du rectum et qu'elle montait d'autantplus
CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE. 147
que l'afflux du sang vers les oreilles était plus grand, et qu'elle di-
minuait avec la congestion. Il fait remarquer, en outre, qu'après la
ligature de la carotide, la température de l'oreille n'était pas plus
grande du côté où la section avait été faite que du côté opposé et
que, après une forte friction faite sur les deux oreilles, la tempé-
rature des deux était la même.
Schiff a discuté la question dans tous ses détails et fait beaucoup
d'expériences nouvelles (1855. Untersuchungen zur Physiologie
derNerv en Systems, t. I, p. 124). îl a observé que la différence de
température dans les deux moitiés de la tête (aux deux oreilles) était
encore plus considérable et qu'elle pouvait aller jusqu'à 12° et
même 16° ; que la différence de température était proportionnée à
celle de l'hyperémie et que la section du sympathique au cou ne
provoquait pas d'élévation de température, à moins qu'à l'occasion
de cette section les vaisseaux de l'oreille n'aient été atteints (ce qui
arrive exceptionnellement). Il essaye de prouver que la distension
plus grande des vaisseaux dépendait de la paralysie même de leur
parois et que c'était à la plus grande quantité de sang en circula-
tion qu'était due l'élévation locale de la température. Il explique,
en outre, que le sympathique n'est pas le seul nerf vasculaire de
la tête, mais qu'elle en reçoit d'autres par l'auriculaire cervical,
le facial et le trijumeau et que même la partie des nerfs vasculaires
de la tête qui appartient au sympathique, ne renferme que des
nerfs médullaires qui traversent le sympathique; que, en général,
les nerfs vasculaires passent par la moelle épinière et qu'il faut
considérer un certain point de la moelle allongée comme centre
des nerfs vasculaires, parce que là se rencontrent ceux de la tête
avec ceux du tronc. Il suppose que, dans la paralysie spinale com-
plète d*une partie, la température de celle-ci doit être relative-
ment élevée, tandis qu'elle sera abaissée quand la paralysie est in-
complète etn'a atteint que le mouvement (p. 226). Proposition qui,
en effets a été confirmée depuis en partie par les faits pathologi-
ques que l'on a constatés.
Une seconde hypothèse de Schiff, extrêmement importante pour
la pathologie de la fièvre, et qu'il croit avoir démontrée par des
expériences, est celle-ci : les nerfs vasculaires de la face et de la
partie terminale des extrémités d'un côté et ceux du tronc, du bras
et de la cuisse, de l'autre, forment deux groupes distincts présen-
148 CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
tant un trajet différent à travers la moelle épinière ; que ce der-
nier groupe de nerfs vasculaires se croise latéralement avec les
nerfs correspondants de l'autre moitié du corps, croisement qui
manque au premier groupe ; que, par conséquent, si l'on coupe
dans sa largeur (par ex.) la moitié gauche de la moelle épinière
dans le voisinage de la moelle allongée, les nerfs vasculaires de la
peau de la face, des mains, des pieds, de la partie inférieure des
avant-bras et des jambes du côté gauche et, au contraire, ceux
du tronc, des bras et cuisses du côté droit sont paralysées.
Schiff a encore publié d'autres expériences d'un grand intérêt
(1859. Allgemein. Wiener Med. Zeitimg, p. 518). Chez des ani-
maux auxquels il avait coupé le sympathique cervical gauche ou les
nerfs d'une extrémité, il a produit la fièvre au moyen d'injections
de pus dans la plèvre ou dans le système vasculaire. Aussitôt que
commençait l'accès fébrile, les parties non influencées par la sec-
tion des nerfs s'échauffaient considérablement, tandis que dans les
organes dont les vaso-moteurs étaient paralysés, et dont la tempé-
rature avait été élevée auparavant, elle ne s'éleva pas du tout ou ne
monta que très-lentement et quand la température fébrile eut atteint
son complet développement, l'organe auparavant plus chaud, mais
dont le nerf était coupé, fut plus froid que la partie correspondante
du côté sain. Schiff conclut que l'afflux du sang (paralytique) produit
par la section nerveuse et celui que provoque la fièvre (et la con-
gestion) ne dérivent pas du même processus ; que cette dernière
hyperémie (fébrile) est plutôt de nature active et que, dans les
nerfs vasculaires aussi il doit y avoir des éléments dont l'excita-
tion produit la dilatation, mais qui ne peuvent plus agir après la
section des nerfs (comme d'ailleurs Cl. Bernard l'a supposé pour
la glande sous-maxillaire) .
Le travail de Kussmaul etdeTenner (Moleschott Untersuchungen
zur NaturLehre der Meuse lien und der Thiere, 1856, t. I, p. 90-
152) a été d'une grande importance pour rattacher le phénomène
thermique à l'afflux du sang. — Ces auteurs sont parvenus à abaisser
toujours l'élévation de température de l'oreille du côté où le sym-
pathique avait été coupé, à l'abaisser, dis-je, au-dessous de celle de
l'autre oreille et même au-dessous de la température d'avant la
section, aussitôt qu'ils avaient, après la ligature ou la compres-
sion de la carotide du même côté, lié aussi les deux sous-clavières
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 149
à leur origine et qu'ils avaient ainsi empêché l'établissement d'une
circulation collatérale. D'un autre côté, ils produisaient une élé-
vation de la température en ne liant que la sous-clavière et en aug-
mentant ainsi la pression latérale du sang dans la carotide. —
Les effets de la compression unilatérale de la carotide, après liga-
ture préalable de la sous-clavière étaient les mêmes que le sympa-
thique eût été préalablement coupé ou non; et la section du
sympathique ne produisait pas d'élévation plus grande que l'aug-
mentation elle-même de l'afflux sanguin.
V Les deux Lussana et Embrosoli (Gaz. Lombardo. 1867, nos25-
55) n'ont pas trouvé, en suspendant des animaux par le train pos-
térieur, une élévation de température si considérable aux oreilles,
qu'après la section du sympathique; et ils croient que, dans cette
dernière expérience, ce n'est pas de l'afflux du sang, ni du sur-
croit d'activité fonctionnelle que résulte l'élévation de la tempéra-
ture, mais d'un processus local de dissolution pathologique du
sang produit par ladite section.
Brown-Séquard (Exp. res. applied to physiology andpathology,
p. 75) a trouvé, en outre, que la section d'une moitié latérale de
la moelle épinière, dans la région dorsale, était suivie d'une élé-
vation de température à l'extrémité postérieure du côté correspon-
dant et d'un abaissement de celle-ci à l'extrémité du côté opposé.
Schiff (Untersuchuïigen, p. 194) a confirmé ces résultats, mais il
rattache la température du côté opposé à une irritation accidentelle
qu'aurait subie une des- moitiés de la moelle au moment de la sec-
tion de l'autre.
Tscheschichin qui avait toujours observé, après des sections de
la moelle épinière, dans les points les plus différents, outre l'in-
terruption des mouvements volontaires, une cessation de l'activité
des vaisseaux, et un abaissementde la température générale (1866.
Reichert's Arch., p. 152), cherche la cause de cet abaissement dans
la dilatation paralytique des vaisseaux sanguins, dans l'afflux du
sang (surtout dans les veines) et le retard dans la circulation et, par
conséquent, dans l'augmentation du rayonnement thermique. 11 a
trouvé qu'après la section de la moelle épinière, on peut retarder
ou prévenir l'accélération de l'abaissement thermique interne en
enveloppant le corps dans de mauvais conducteurs et en diminuant
ainsi la perte de chaleur par la surface externe.
150 CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE.
Quand Tscheschichin coupait, sur un lapin, la moelle allongée
à sa jonction avec la protubérance, la température générale mon-
tait aussitôt après l'opération, la respiration et les battements du
cœur s'accéléraient. Après une demi-heure, la température était
montée de 59°, 4 à 40°, 1 ; après une heure, à 41°, 2 ; la fréquence de
la respiration de 78 à 90 ; le pouls était devenu innombrable. En
outre, après l'opération, les phénomènes réflexes étaient considé-
rablement accrus et atteignaient un si haut degré que le plus léger
contact de l'animal produisait un tremblement général du corps.
Après une heure et demie, il atteignit 42°, 1 ; après deux heures,
42°, 6; à ce moment survinrent la dyspnée et des convulsions au
milieu desquelles l'animal mourut après une demi-heure.
Tscheschichin rattache ces faits à l'existence supposée dans
le cerveau de centres modérateurs de l'activité médullaire ; ces
modérateurs diminuent, par leur action continuelle, l'intensité
de l'action de la moelle épinière ; de la destruction ou de la
section de ces centres résulterait l'augmentation morbide de l'ac-
tivité des centres médullaires, et pendant un certain temps, un
fonctionnement excessif (augmentation des mouvements réflexes,
précipitation de la respiration, accélération des mouvements du
cœur, élévation de la chaleur animale).
Naunyn et Quincke (Reichert's Arch., 1869, p. 174) ont con-
staté que, après le broiement de la moelle supérieure, l'élévation
de la température ne se produisait que si le refroidissement des
animaux avait été complètement empêché. Autrement, il se pré-
sentait constamment jusqu'à la mort, un abaissement continu et
rapide de la température. Ils supposent un double effet à ce
broiement de la moelle : augmentation de la production et de la
dépense thermiques, et c'est par ces points opposés qu'ils expli-
quent la divergence des résultats obtenus par les différents expé-
rimentateurs. — Ils ont, en outre, trouvé que, après la séparation
de la moelle, l'élévation de température se présentait plus rapide-
ment et atteignait des degrés beaucoup plus élevés, quand cette
séparation avait été faite clans la partie cervicale que quand elle
avait lieu dans la partie dorsale.
Naunyn et Quincke ont publié récemment d'intéressantes re-
cherches par lesquelles ils ont démontré que, après la destruction
de la moelle, au moyen de la quinine (qui restreint la production
CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE, 451
thermique), la température pouvait être maintenue à des degrés
très-bas.
Fischer (Einfluss die Ruckenmarhs Verletzungen àufdie Kôrper
Wârme, mémoire original dans : Centralblatt. 1869, p. 259) a cru
être autorisé, par quelques cas, à supposer qu'il y avait un centre
dépresseur dans la moelle cervicale dont l'irritation déterminait
un abaissement de température et dont la paralysie produisait une
augmentation thermique et qu'il fallait chercher ce ceutre dans
les cordons antérieurs de la partie cervicale de la moelle.
Il faut encore ajoutera cela une expérience ne se rattachant pas
à toutes ces recherches et pour ainsi dire négative, c'est celle de
Breuer et Chrobak (1868. Wiener Medic. Jahrbùclier, t. XIV, p. 5).
Relativement à l'influence que les nerfs d'une partie enflammée
peuvent exercer sur l'élévation fébrile de la température, ces au-
teurs se croient en droit de poser la conclusion suivante :
Dans les inflammations traumatiques, la fièvre est indépen-
dante de toute connexion de la partie enflammée avec les cen-
tres nerveux. — Pour arriver à ce résultat, ils ont pratiqué leurs
expériences sur des animaux auxquels ils coupaient autant que
possible tous les nerfs d'une partie du corps et ils produisaient des
inflammations locales sur les parties privées de leurs nerfs, après
la cicatrisation des plaies faites par la névrotomie.
L'observation clinique ne présente qu'un très-petit nombre d'ana-
logies avec les faits expérimentaux, relativement aux rapports qui
existent entre le système nerveux et la température.
Voici les deux seuls faits qui pourraient être considérés comme
des conditions spontanées analogues :
Les modifications thermiques locales pendant les accès de né-
vralgie.
Les observations thermiques faites sur les membres paralysés.
Les changements de température que l'on constate dans les for-
mes morbides qui ont été désignées sous le nom de névroses vaso-
motrices.
L'élévation thermique résultant, chez les malades, de la tension
d'esprit, du délire et l'abaissement de la température fébrile con-
staté parfois après un sommeil tranquille et réparateur.
Les fortes élévations dans les inflammations cérébrales à mar-
che rapide.
152 CAUSES DES ECARTS MORBIDES DE LA TEMPERATURE.
Les élévations thermiques plus grandes encore dans les lésions
de la moelle cervicale.
Les degrés excessifs observés à la fin du tétanos et dans la période
ultime des névroses mortelles.
Les faits précédemment énumérés suffisent pour admettre que,
dans les cas complexes, le système nerveux exerce une certaine in-
fluence sur les modalités thermiques. — Il est indubitable que
certains départements nerveux tiennent sous leur dépendance, d'un
côté, l'activité cardiaque et de l'autre, la circulation elle-même ,
il est donc permis d'admettre avec autant de raison que les modi-
fications de Paftiux sanguin dans les vaisseaux périphériques in-
fluencent manifestement la température des parties correspon-
dantes et, par conséquent aussi, la température générale. — La
majeure partie des phénomènes thermo-pathologiques pourrait
bien n'être que l'expression même du mode d'action des nerfs vaso-
moteurs dans les maladies.
Dans les lésions essentielles du système nerveux, on pourrait
également mettre les écarts de température (surtout les plus fai-
bles) sur le compte des modifications circulatoires. Mais il existe
une série d'observations, notamment celles qui ont trait à des élé-
vations thermiques énormes qui semble démontrer l'existence de
conditions nouvelles, quoique encore aujourd'hui très-obscures.
— Un trouble profond du système nerveux, sans anomalie corres-
pondante de la circulation, mais accompagné d'écarts thermiques
excessifs, semble légitimer l'hypothèse quelintégrité de certaines
parties de l'appareil nerveux central est plus nécessaire pour la
régularisation de la température que celle d'une autre partie quel-
conque du corps.
19. Les efforts musculaires exercent sur la température une in-
fluence fortement ascensionnelle, alors même que l'état morbide
est d'ailleurs peu accusé. On est donc en droit de concevoir des
craintes sur la santé d'un individu, lorsque un effort musculaire
modique suffit pour élever sa température. Chez les convalescents,
la température s'élève ordinairement d'un ou de plusieurs degrés,
quand ils quittent le lit pour la première fois, même à l'époque où
l'on peut les autoriser à se lever. — Lorsque le convalescent reste
levé pendant plus de temps que ne le permet son état, sa tempe-
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 153
rature monte proportionnellement à la durée de l'imprudence qu'il
a commise. — La thermométrie peut donc, dans ce cas, servir de
critérium de l'état des forces.
A l'appui de mes recherches sur l'élévation extrême de la tem-
pérature, dans la période ultime du tétanos, Leyden (Beitrâge zur
Pathologie der Tetanus — Virchow's Archiv, t. XXVI, p. 558.
1865) ; Billroth et Fick (1865. VersucJie ùber die Temperaturen bei
Tetanus — Schweizerische Vierteljalirschrift, t. VIII, p. 427) ont
produit artificiellement le tétanos chez les animaux et ont constaté
une augmentation thermique de 5° à 6°.
Le transport d'un malade et l'ensemble des influences auxquelles
il est soumis dans son déplacement produisent presque toujours
une modification de la température dans un sens ou dans l'autre. —
Il en résulte, par conséquent, qu'une mensuration thermométrique
pratiquée dans ces circonstances, n'a rien de décisif.
J'ai constaté une élévation thermique très-considérable, consé-
cutive à des efforts excessifs chez un coureur qui s'était évanoui au
milieu de sa course et avait été transporté sans connaissance à ma
clinique. Sa température était de 40°, 5 et son pouls battait 108 pul-
sations par minute. L'urine contenait ~ de son volume d'albu-
mine. — Deux heures après, la température était déjà retombée à
59°, 1. Le lendemain elle était redevenue normale et resta telle;
l'albumine de l'urine diminua et disparut ensuite au bout de quel-
ques jours.
Nous indiquerons ultérieurement la part qui revient à la rigi-
dité cadavérique des muscles dans la température post mortem.
20. Il va sans dire que l'étiologie des modalités thermiques est
loin d'être épuisée par cette énumération des influences qui s'exer-
cent sur la température.
J'ai dû renoncer à reproduire ici les observations cliniques et
expérimentales dans tous leurs détails et leurs infinies variétés ; il
reste encore de nombreuses causes de modifications thermiques
dont l'existence est à peine connue ou en partie seulement soup-
çonnée.
Cela est surtout vrai pour les causes perturbatrices de la tem-
pérature dans les maladies dites spontanées, ainsi que dans cer-
taines maladies infectieuses. Il est très-probable qu'à l'élévation
\M CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
thermique concourent puissamment les lésions plus ou moins éten-
dues des tissus, surtout les vastes destructions parenchymateuses
qui se rencontrent dans différentes maladies graves et qui, depuis
peu de temps seulement, sont devenus accessibles à l'observation
microscopique ; mais la complexité même de ces conditions rend
encore toute explication impossible à cet égard.
Il est également vraisemblable que dans le sang lui-même, il
peut se produire des transformations, des processus de fermenta-
tion qui augmentent aussi, considérablement, la production ther-
mique. D'un autre côté, il est permis d'admettre que ce liquide
présente certaines conditions qui contribuent à ralentir les proces-
sus chimiques thermogènes ou à accroître les pertes de chaleur.
Mais, pour le moment, on est forcé de s'en tenir à émettre cette hy-
pothèse très-admissible que certains états pathologiques des tissus
ou du sang exercent une influence sur les conditions thermiques.
On ne saurait préciser les processus chimiques spéciaux qui ac-
célèrent la formation de chaleur ni expliquer pourquoi, dans tel
type morbide, la température se modifie d'une façon déterminée et
différente de celle d'un autre type ; et c'est en vain que l'on se
demande comment la température reste ordinairement normale
dans certains troubles graves de l'organisme, dans des lésions or-
ganiques très-étendues. Parfois, l'intégrité thermique semble
dépendre de la lenteur avec laquelle les états pathologiques se dé-
veloppent ; et, en pareil cas, les écarts qui se manifestent dans
la température indiquent, soit la présence de complications nou-
velles, soit une accélération dans le cours de la maladie primitive.
D'un autre côté, des maladies essentiellement chroniques peuvent
présenter pendant des mois et même des années, des modifica-
tions thermiques souvent très-notables (par exemple, les formes de
la fièvre chronique) .
Il ne faut pas oublier enfin que nous n'observons d'habitude
que le résultat des deux facteurs : la production et la perte de cha-
leur et non pas ces facteurs eux-mêmes. Plus d'un cas de produc-
tion thermique abondante échappera à notre attention, parce que
la perte se sera accrue dans la même proportion et que la manifes-
tation d'une production excessive, mais restée latente par suite de
la compensation thermique, peut dépendre d'une influence secon-
daire exercée sur les parties qui éliminent la chaleur.
CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE. 155
21. Outre les influences extérieures et les processus intrinsè-
ques de l'organisme, les conditions individuelles et les idiosyncra-
sies ont encore leur part dans les écarts de la température. Elles
se révèlent surtout par la facilité avec laquelle ces modifications
thermiques se produisent et par l'étendue même de ces écarts.
Qu'une maladie détermine ou non des écarts de température,
on observe presque toujours chez le sujet qui en est atteint une
grande sensibilité aux influences accidentelles.
L'équilibre thermique, alors qu'il n'est pas troublé par la
maladie elle-même, est aisément compromis chez les malades
par les causes les plus diverses. — La température montrera par-
fois des élévations et des abaissements très-étendus ; tantôt ces
écarts ne seront que partiels, d'autres fois ils se propageront à l'or-
ganisme tout entier.
Cette mobilité de la température, sous l'influence de causes
accessoires, s'observe aussi dans les cas morbides où les conditions
thermiques ne sont déjà plus normales. — La seule différence ré-
side dans le degré de la fluctuation. Plus la marche d'une maladie
prend un caractère régulier, typique et simple, moins l'influence
des causes accidentelles est marquée. Au contraire, dans les formes
morbides atypiques, dans les maladies légères et dans celles où
d'autres circonstances ont fait naître des écarts de température,
les influences accidentelles ont, dans ce cas, une action beaucoup
plus manifeste.
La stabilité de la température ou sa variabilité dépendent égale-
ment de la marche de la maladie et de la phase de son évolution :
ainsi, lorsque le début d'une maladie aiguë typique est franc et
bien accusé, les influences extérieures restent presque sans action
sur la température; plus les débuts sont insidieux et peu tranchés,
plus leurs effets sont considérables.
Dans la période ascendante de la maladie jusqu'à l'acmé, ce sont
surtout les cas légers et bénins qui sont les plus accessibles aux
influences étrangères. — Dans le cours ultérieur de la maladie, la
température se comporte différemment vis-à-vis des causes acci-
dentelles : plus la maladie présente de fluctuations et tarde à gué-
rir, plus cette influence sera grande.
Tandis que si la guérison est prochaine, les influences, même les
plus énergiques, restent sans effet sur la température.
156 CAUSES DES ÉCARTS MORBIDES DE LA TEMPÉRATURE.
Dans la convalescence, elles reprennent leur empire surtout dans
les cas où le rétablissement est imparfait et où les foyers morbi-
des ne sont pas complètement dissipés.
Il importe aussi de connaître dans quel sens agissent les causes
accidentelles. Si c'est dans celui du cours naturel de la maladie,
leur effet n'en sera que plus certain ; si c'est dans une direction
opposée, leur action en sera bien moins sûre.
La fluctuation quotidienne exerce à cet égard une certaine in-
fluence.
Les conditions qui produisent une élévation de température agis-
sent avec beaucoup plus d'intensité dans le jour et les conditions
opposées dans l'après-midi ; présentent leur maximum d'action
dans la nuit et dans les premières heures de la matinée.
22. Abstraction faite des conditions morbides existantes, la tem-
pérature est plus ou moins accessible aux influences accidentelles.
Dans les maladies des enfants, elle offre une extrême mobilité.
Non-seulement les affections les plus légères produisent chez eux
des élévations thermiques plus considérables et des fluctuations
diurnes plus accentuées que chez les sujets plus âgés, mais l'action
de toutes les autres influences est aussi plus intense.
Dans le sexe féminin, la variabilité de la température persiste
jusque dans l'âge adulte et est beaucoup plus grande que dans
l'autre sexe. — On constate chez les femmes des élévations ther-
miques inexplicables en apparence, des ascensions brusques et
considérables ; les influences extérieures se révèlent dans toute
leur puissance, surtout chez les femmes nerveuses et hystériques.
Les vieillards diffèrent notablement des adultes sous le rapport
de leur température qui est le plus souvent paresseuse, insensible
et réfractaire aux causes accidentelles. Elle est, en outre, ordinai-
rement d'un demi-degré plus basse que celle des adultes placés
dans les mêmes conditions.
Il faut enfin mentionner la prédisposition de quelques sujets à su-
bir certaines impressions contre lesquelles d'autres peuvent réagir.
Cette tendance particulière peut résulter des idiosyncrasies indivi-
duelles. — Il est évident que la répétition fréquente de certains effets
rend la température plus accessible à leur action ; mais, d'un autre
côté, leur trop fréquent retour finit par émousser sa sensibilité.
VI
MODIFICATIONS THERMIQUES LOCALES ET GENERALES
DANS LES MALADIES
1. Les modifications de la température normale qu'on observe
dans les maladies peuvent être locales, c'est-à-dire bornées à cer-
taines parties du corps, ou générales et plus ou moins étendues.
Cette distinction n'est pas absolument rigoureuse ; car il est ex-
trêmement rare et peut-être même impossible qu'avec un écart
thermique local très-accusé, les conditions générales de l'organisme
restent absolument normales et que sa température propre n'en
subisse pas un certain retentissement. D'un autre côté, dans un
trouble de la température générale, la déviation thermique n'est
jamais absolument la même dans toutes les parties du corps. C'est
surtout au début du trouble thermique et à l'époque de ses modi-
fications ultérieures que la disproportion entre les températures
des différentes parties est la plus accentuée.
Il faut cependant maintenir la distinction entre les écarts topi-
ques et les déviations générales, suivant que les uns ou les autres
prédominent dans tel ou tel cas.
2. Puisque déjà, à l'état de santé, on observe sur certaines par-
ties du corps des degrés thermiques plus ou moins différents, les
écarts seront beaucoup plus considérables à l'état pathologique.
158 MODIFICATIONS THERMIQUES.
Les différences que présente la température locale peuvent être
de trois sortes :
1° Elle peut être plus élevée en certains points qu'en d'autres ;
2° Elle peut être plus haute que la température générale ;
5° Enfin, elle peut être partiellement plus basse que dans le
reste du corps.
Bien que plusieurs observations semblent mettre hors de doute
l'existence de températures locales un peu plus élevées que la tem-
pérature du sang, il en est d'autres, au contraire, dans lesquelles
il est certain, ou au moins très-probable, que la température locale
n'est qu'apparente et qu'elle n'est autre que la température même
du sang, indiquée avec plus d'exactitude que dans les autres points
accessibles du corps. Il ne faut donc pas négliger cette circonstance :
que nous ne connaissons pas très-bien la température du sang,
qu'elle peut être plus élevée que cela ne résulte des mensurations
pratiquées aux endroits du corps les mieux abrités. Si la suppo-
sition de Brown-Séquard, que nous avons précédemment émise,
relative à la véritable élévation thermique des intestins humains,
était confirmée, celle-ci n'aurait jamais été dépassée par aucune
température purement locale.
L'élévation topique, en tant que manifestation mieux accusée
de la température du sang, résulte d'un afflux sanguin plus consi-
dérable vers la partie soumise à l'examen, ou d'une réfrigération
incomplète ; ou même de ces deux conditions réunies.
5. Voici les différents états pathologiques dans lesquels on a
constaté une élévation de la température locale :
cl Dans les inflammations.
Des hypothèses théoriques, aussi bien que la sensation subjec-
tive du malade et l'impression objective de chaleur perçue par la
main de l'observateur i avaient fait croire à une élévation réelle et
excessive de température dans les parties enflammées. Les mensu-
rations directes ont toutefois démontré que, en général, le fait
n'était pas fondé et que l'augmentation de chaleur des parties en-
flammées n'était pas constante, et quand elle existait, elle était tou-
jours très-modérée.
MODIFICATIONS THERMIQUES. 159
La première observation relative à ce sujet est due à John Hun-
ter, comme nous avons eu déjà l'occasion de le mentionner.
Après une opération d'hydrocèle, il trouva une température de
92° F. (= 35°, 55 G.) dans la cavité vaginale. La cavité fut rem-
plie de charpie enduite de cérat, et le lendemain, le thermomètre
marquait 98° f F. (= 37°, 1 C), élévation considérable, mais ne
dépassant pas toutefois la température du sang. J. Hunter prétend
avoir plusieurs fois renouvelé la même observation ; mais, dans les
expériences sur les animaux auxquels il provoquait artificiellement
des phlegmasies locales, la température des parties enflammées
ne présentait aucune modification.
Breschet et Becquerel (1855, /. c.) ont signalé plusieurs exem-
ples de températures locales élevées. Elles furent constatées à
l'aide d'un appareil thermo-électrique : chez une jeune fille scro-
fuleuse, dont la température buccale était de 57°, 5, ces auteurs
observèrent dans un adénite aiguë de la nuque, une température
de 40°. Dans d'autres cas, ils constatèrent aussi des différences
entre les parties enflammées et la température générale, mais elles
étaient beaucoup moins considérables. Toutefois, on a mis en
doute l'exactitude de ces expériences.
Gierse, dans ses recherches ultérieures, a observé des différen-
ces de |° à 1° en plus dans les parties enflammées. — Bïirensprung
n'a pas remarqué d'élévation thermique de la peau atteinte d'éry-
thème artificiel ; mais, clans un cas de phlébite crurale, il a trouvé
sur la jambe malade 1° R. de plus que sur la jambe saine. — John
Simon (Holmes System ofSurgery, 1860. —Article Inflammation,
p. 43) a fait d'importantes observations au moyen d'un appareil
thermo-électri que .
Voici les résultats auxquels il est arrivé :
1° Le sang artériel arrivant aux parties enflammées est moins
chaud que le foyer phlegmasique lui-même;
2° Le sang veineux efférent est, il est vrai, moins chaud que le
foyer inflammatoire $ mais plus chaud que le sang artériel affé-
rent ;
5° Le sang veineux d'un membre enflammé est plus chaud que
celui du membre sain correspondant.
Billroth et Hufsclimidt n'ont obtenu que des résultats négatifs
160 MODIFICATIONS THERMIQUES.
(1864. Archiv fur klinische Chirurgie, t. VI, p. 575). (Les addi-
tions sont incorrectes dans l'original.) — 11 résulte de leurs obser-
vations que, sur trente-sept mensurations comparatives de la tem-
pérature d'une plaie et de celle du rectum, vingt-hnit fois la
température de la plaie était inférieure à celle du rectum, huit fois
elle lui était égale et deux fois seulement elle lui était supérieure
de 0°,5 (dans ce dernier cas, la plaie avait été irritée par des appli-
cations d'essence de térébenthine).
Dans neuf cas de vaginite, la température vaginale fut examinée
comparativement avec celle du rectum : cinq fois la première était
la plus basse, trois fois elles étaient égales et une fois seulement la
température du vagin dépassait de 0°,2 celle du rectum.
Billroth fait également remarquer que les parties congestionnées
peuvent paraître plus chaudes, parce que les vaisseaux y sont plus
gorgés de sang que dans les parties saines et qu'il ne faut pas in-
voquer, par conséquent, une plus grande production de chaleur
dans les points enflammés.
Dans quatre mensurations faites sur un individu affecté de phleg-
mon diffus suppuré, la température de la plaie était plus basse
que celle de l'aisselle ou du rectum.
0. Weber a publié, en 1864, un certain nombre d'observations
qui ne fournissent également que des résultats douteux (Deutsche
Klinik, numéros 45 et 44). Sur douze observations thermométri-
ques faites sur des individus opérés, il a trouvé la température de
la plaie plus élevée dans six cas, plus basse dans trois, et dans
trois autres enfin, elle était égale aux températures buccale et
axillaire ; dans les premiers cas, la différence, en faveur de la
plaie, n'était que de 0°,6.
Keber a noté que la température de la partie enflammée parais-
sait être plus élevée dans la profondeur de la plaie qu'à sa surface
où l'évaporation et la réfrigération doivent être évidemment plus
actives. Il a remarqué aussi que la température d'une plaie
s'abaissait dès que la suppuration devenait abondante et pro-
longée.
Dans une série de 51 expériences, pratiquées sur des chiens et
sur des lapins, l'observation thermométrique montra la tempéra-
ture des plaies ou des parties enflammées plus élevée dans neuf cas,
plus faible dans quinze et égale cinq fois à celle du rectum.
MODIFICATIONS THERMIQUES. . 161
Le maximum de la différence en faveur de la plaie était, chez les
lapins, de 1°, et chez les chiens, de 0°,55.
En outre, 0. Weber a répété et confirmé les expériences de Si-
mon et adhère entièrement aux conclusions posées par ce dernier
observateur.
On peut du moins conclure de ces expériences que la cha-
leur des parties enflammées ne montre qu'une élévation tout au
plus légère, et il reste à déterminer encore ce qui appartient à la
réplétion sanguine et ce qui revient à la vraie production thermi-
que locale. Dans un grand nombre de cas,. il n'y avait aucune élé-
vation dans la plaie, et très-fréquemment sa température était
plus basse que celle du rectum.
hcobsonei^eruhavàt (Centralblatt.— Ori0. Mïtt/i.,p.645.-1868)
ont trouvé que la température des membranes séreuses enflam-
mées (plèvres et péritoine) est plus ba^se que celle des mêmes
parties à l'état de santé ou que celle du cœur.
De même, Laudien a observé ^(CenlralblaU. — Orig. Mitth.,
p. 291. 1869) que la température de la peau ou des muscles jusqu'à
leurs couches les plus profondes, quelque intense que fût leur
inflammation, n'était jamais aussi élevée que la température inté-
rieure du corps, et que celle du sang artériel était plus élevée
que la chaleur du foyer inflammatoire auquel il affluait.
b. La simple hyperémie peut déterminer une élévation de tem-
pérature, du moins relative et proportionnelle à d'autres points de
la surface du corps, comme il résulte des expériences, plusieurs fois
citées précédemment, de section du grand sympathique, de liga-
ture de la sous-clavière ; ainsi que de suspension des animaux
par le train postérieur. Chez l'homme, cependant, on n'a pas
observé d'une façon certaine d'élévation de température par sim-
ple hyperémie. Notamment, on n'a pas pu le démontrer par l'ap-
plication de sinapismes.
c. Dans les exanthèmes, la température paraît quelquefois un
peu plus élevée que dans les points qui en sont exempts, comme
l'ont montré les recherches de Gierse et de Bârensprung.
d. Dans les névralgies et les spasmes locaux, la température cu-
tanée delà partie douloureuse ou contracturée, paraît quelquefois
il
162 MODIFICATIONS THERMIQUES.
un peu plus élevée ; et cette augmentation thermique concorde
d'ordinaire avec une rougeur plus marquée ; ce qu'il faut proba-
blement attribuera l'hyperémie, peut-être aussi à un amoindrisse-
ment de la réfrigération locale et dans les spasmes, peut-être à
une augmentation de production thermique locale.
e. Schmitz a observé, il est vrai, une légère diminution de tem-
pérature dans les parties paralysées. — Bârensprung aussi a trouvé
la température des membres paralysés amoindrie trois fois sur
quatre, et dans le quatrième cas, un peu plus élevée que dans les
membres sains.
Nothnagel (Berliner klinische Wochenschrift, p. 557. 1867) a
trouvé dans la paume de la main, sur un membre parésié, une
température plus basse de 2° que celle du côté sain.
En revanche, Folet {Gaz. hebd., n° 12 et 14. 1867) a fait des
observations approfondies chez des hémiplégiques, et il est arrivé
aux résultats suivants :
Dans l'immense majorité des cas, une hémiplégie est accompa-
gnée dès le début d'une élévation de température du côté paralysé,
très-rarement les deux côtés présentent une égalité de tempé-
rature et presque jamais on ne remarque d'abaissement ther-
mique du côté malade.
L'élévation varie entre 0°,5 et0°,9, mais elle n'atteint pas habi-
tuellement un degré.
La présence ou l'absence de contracture n'influe pas sur ce ré-
sultat thermométrique.
Plusieurs causes peuvent faire disparaître ces différences ther-
mométriques. La cause de l'hémiplégie est sans influence sur le
résultat.
La guérison de la paralysie ramène aussi l'équilibre ther-
mique ; quand la paralysie persiste, l'élévation de température
est très-variable : chez les uns, elle cesse déjà après quelques
mois, tandis que chez les autres elle se maintient pendant des
années.
Une atrophie paralytique manifeste détermine un abaissement
de température»
Quand dans une hémiplégie ancienne avec élévation de tempé-
rature du côté malade, l'autre côté se paralyse à son tour ou
MODIFICATIONS THIRMIQUES. 165
l'équilibre thermométrique se rétablit, ou bien le côté paralysé
en dernier lieu, présente une température extrêmement élevée.
La température générale des hémiplégiques n'est pas habituel-
lement augmentée, et présente 57°, à l'exception des dernières
heures de la vie dans lesquelles elle s'élève fréquemment.
Lépine (Gazette médicale, p. 501. 1868) a constaté que dans
une hémiplégie récente, le côté paralysé est d'abord plus chaud
que le côté sain, mais si on leur fait subir un certain degré de
réfrigération, le premier devient plus froid que l'autre; quand
on appliqué une réfrigération encore plus forte, il se refroidit
moins que la partie saine. Au contraire, lorsque l'hémiplégie est
très-ancienne, le côté paralysé semble d'abord plus froid ; quand
on le soumet à la réfrigération, il conserve relativement plus de
chaleur que le côté sain, et par la caléfaction artificielle, il ab-
sorbe moins de chaleur que l'autre.
Le côté paralysé présente donc, sous l'influence d'applications
thermiques externes, une tendance plus grande au refroidissement
qu'à la caléfaction.
4. J'ai observé à plusieurs reprises chez une femme hystérique^
souffrant de la moelle épinière, une élévation persistante de la
température, s'étendant à toute une moitié du corps, sans qu'il se
soit montré de processus morbide local ni d'un côté ni de l'autre.
Cette jeune fille, âgée de dix-huit ans, est sujette à des conges-
tions partielles, notamment du côté droit, accompagnées d'érup-
tion d'urticaire et de sueurs locales, en même temps que divers
phénomènes nerveux se manifestent dans plusieurs organes inter-
nes. Même en dehors des poussées congestives vers la peau, cette
malade présente :
1° Sur toute la surface du corps, une température plus élevée
de I à | degré que celle du vagin ;
2° Dans la cavité axillaire droite (aussi bien que dans le pli in-
guinal du même côté) des températures constamment plus élevées
que celles des parties correspondantes du côté opposé, de façon
cependant à ce que la différence, tantôt se réduise à quelques
dixièmes de degré, tantôt ne dépasse pas 1°| ;
5° De temps à autre des élévations thermiques spontanées, sou-
daines, éphémères^ pouvant atteindre 59°, 5, avec une plus ou moins
grande divergence dans les tempéraures des deux côtés du corps..
164
MODIFICATIONS THERMIQUES.
Cet état extrêmement singulier qui persiste depuis près d'un
an et dont la courbe thermique ci-con(re (fig. 1) retrace une
simple phase, saurait difficilement trou-
ver son explication ailleurs que dans
un trouble bilatéral du système vaso-
moteur , mais plus prononcé dans la
moitié droite du corps que du côté
gauche.
5. On observe assez souvent des abais-
sements thermiques partiels : en premier
lieu, sur les parties sphacélées, puis sur
les points œdémateux et indurés, et sur
les membres privés de leur mobilité ;
partout enfin où l'afflux du sang est di-
minué et dans les endroits où la réfrigé-
ration est accrue.
La surface du corps présente, en outre,
un abaissement thermique plus ou moins
étendu , notamment après des applica-
tions froides, pendant le frisson et dans
toutes les variétés de collapsus. — Il
serait cependant erroné de ne voir dans
ces cas qu'un abaissement thermique
partiel et isolé, car la diminution locale
de la température n'est qu'un des élé-
ments pathologiques d'un état morbide
complexe.
(3. Il n'est pas nécessaire de recourir
à une démonstration particulière pour
prouver que les conditions les plus im-
portantes de la thermométrie pathologi-
que, tant en théorie qu'en pratique,
résident dans les modifications morbides
de la température générale.
Les mensurations pratiquées dans l'aisselle, le vagin ou le rec-
tum indemnes de toute affection locale, indiquent de la façon la
MODIFICATIONS THERMIQUES. 165
plus exacte le degré de chaleur du sang, par conséquent, la tem-
pérature générale de l'individu.
Cette température générale avec ses variations multiples et in-
cessantes constitue un des moyens les plus sensibles, sinon le seul,
d'apprécier l'état général de l'organisme dans les maladies.
Ici se posent deux questions préliminaires :
Quelle importance doit-on accorder à l'état général dans les ma-
ladies?
Avec quels processus physiques la température est-elle en rap-
port?
L'état général décide, avant toute chose, du sort du malade, de
la marche et de la durée de la maladie, des chances de gnérison ou
de mort, par conséquent, il constitue l'élément primordial du pro-
nostic. (Nous ne parlons pas, bien entendu, des cas morbides dans
lesquels se développent des néoformations ou des lésions graves
intéressant des organes essentiels à la vie, ni de ceux dans lesquels
on observe une occlusion de canaux dont la viabilité ne saurait
rester longtemps entravée.)
De même, la thérapeutique puisera dans l'état général de l'or-
ganisme des indications plus sûres que dans les lésions locales
auxquelles souvent la maladie emprunte son nom (abstraction faite
des indications causales ou symptomatiques pressantes et des in-
dications topiques toutes spéciales) .
(Voir mon mémoire : Sur l'importance de l'état général au
■point de vue du pronostic et de la thérapeutique; in Ar'chiv (1er
Heilkunde,MA,91. 1860.)
Ces prémisses étant posées, il reste encore à découvrir les liens
qui rattachent les modifications de la température avec les états
pathologiques de l'organisme. — Quels sont les rapports qui. les
unissent et les enchaînent l'un à l'autre? D'où vient que certains
troubles réels de l'organisme ne retentissent point sur la tempé-
rature, tandis que d'autres produisent sûrement des écarts ther-
miques ? Quelles sont les vraies raisons de ces différences? Quelles
sont les causes essentielles des perturbations thermiques? Où sont
les régulateurs qui maintiennent la température dans son cycle
défini, même dans les cas pathologiques?
Toutes ces questions ne me semblent pas suffisamment élucidées
pour qu'il soit permis de poser ici des conclusions définitives. Nous
166 . MODIFICATIONS THERMIQUES.
devons donc nous contenter de déduire des préceptes empiriques
des faits que nous possédons. L'étude attentive et judicieuse des
innombrables faits- isolés peut seule nous mettre en état d'en faire
ressortir les règles générales et les principes fondamentaux de la
thermométrie pathologique.
VII
FORMES GÉNÉRIQUES DES PROCESSUS CONSTITUTIONNELS
LIÉS AUX MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE
1. Dans beaucoup d'états morbides, l'anomalie de la température
ne consiste que dans sa plus grande mobilité. Les influences les
plus minimes produisent aisément, dans ce cas, de notables écarts
dans la température normale.
Les fluctuations diurnes sont plus étendues ; les troubles légers
survenus accidentellement dans l'état général, se combinent aussi
bien avec des élévations thermiques considérables, mais éphémères,
qu'avec des abaissements. Ces modifications thermiques, en appa-
rence spontanées et sans cause appréciable, se manifestent comme
phénomènes isolés ou se renouvellent dans des conditions tout' à
fait irrégulières et disparaissent sans qu'il soit possible de décou-
vrir leur véritable cause.
Les états morbides qui présentent ces particularités thermiques
sont extrêmement nombreux : on les rencontre non-seulement dans
les maladies nettement accusées et démontrables, mais aussi dans
un grand nombre d'états morbides mal définis dans lesquels on
ne peut que soupçonner des troubles dans la santé ; tels que les
cas d'indisposition, d'irritabilité générale, de fatigues excessives et
continues, de troubles légers dans toutes les fonctions, d'indiges-
tion, de respiration insuflisante, de convalescence, etc.. — Les
'168 PROCESSUS CONSTlTUTIO>NELS.
maladies réelles et développées sont principalement de nature
chronique, de marche uniforme ou d'un développement encore si
peu avancé, que des anomalies thermiques n'ont pas encore eu le
temps de s'y produire ; dans d'autres cas, ce sont des temps d'arrêt
limités de phénomènes pathologiques intenses ou les derniers ves-
tiges d'affections à leur déclin, ou bien enfin des troubles récents de
nature atypique, qui ne déterminent pas, en général, à moins d'exa-
cerbations nouvelles, des écarts thermiques durables et accusés.
2. Ou constate fréquemment des modifications thermiques pré-
sentant les caractères suivants : la température reste un peu supé-
rieure à la normale, à toutes les heures du jour et de la nuit ou
seulement dans les élévations vespérales. La mobilité plus grande
que nous avons précédemment mentionnée, jointe à des élévations
isolées et sans cause. Cette modalité thermique se rencontre éga-
lement dans les états pathologiques peu appréciables, chez les con-
valescents (en particulier après le rhumatisme articulaire) dans
toutes les affections à marche, lente, ainsi chez les phthisiques,
dans les périodes de rémission et surtout dans beaucoup de for-
mes morbides atypiques ou subaiguës.
Il est beaucoup plus rare de voir un semblable écart se produire
dans l'échelle thermique descendante, c'est-à-dire un abaissement
de la température au-dessous du niveau habituel, soit constant, soit
seulement dans les heures matinales. Mais si ce phénomène a lieu,
il n'exclut pas des élévations intercalaires accidentelles ou moti-
vées. — C'est ce que l'on observe dans les affections chroniques et
lentes et surtout dans celles qui présentent les caractères de l'ina-
nition telles que : les cachexies, le cancer, le diabète, l'anémie
profonde. On rencontre cet état de la température exceptionnel-
lement chez les phthisiques et, d'après Williams '(Media. Times,
4867, n° 86), chez les aliénés, tant dans la période de dépression
que dans les formes chroniques simples, mais incurables; et, sui-
vant Wolff (Zeitschrift fur Psychiatrie, Bd. XXIV, Heft. 4), sur-
tout dans la mélancolie.
3. En connexion avec ces faibles écarts thermiques et reliés à
eux par des chaînons intermédiaires, lesprocessus constitutionnels
qui se combinent avec des déviations thermiques, peuvent consti-
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. *169
tuer des formes typiques et définies qui présentent des différences
tranchées avec la marche thermique normale et sont en même
temps plus exacts et plus précis.
Voici les formes génériques fixes que présentent les processus
morbides constitutionnels et auxquelles les modifications ther-
miques prennent une part essentielle.
1° Le frisson ;
2° La chaleur fébrile ;
5° Le collapsus.
C'est une erreur de croire que les écarts de la température sont
le seul point qui caractérise ces états pathologiques. Chacun d'eux,
au contraire, est un complexus de phénomènes nombreux, plus
ou moins essentiels auquel concourent de la façon la plus variée
chaque organe et chaque partie du corps. — L'étude physiologi-
que du frisson, de la fièvre et du collapsus, est aussi étendue et
aussi complexe que la physiologie générale, elle est même plus
obscure, car les secours de l'expérience lui font presque complè-
tement défaut.
Nous avons surtout pour but d'étudier la part que prend la tem-
pérature à ce syndrome pathologique ; quant au reste, nous nous
bornerons à signaler les points absolument nécessaires pour l'in-
telligence du sujet.
4. Dans le frisson, arrivé à son paroxysme, la température gé-
néral est ordinairement très-élevée (elle atteint le plus souvent
40° et peut même dépasser ce chiffre) ; par contre, les endroits de
la peau les plus éloignés du tronc (mains, avant-bras, pieds et
jambes) aussi bien qu'une partie de la face (le nez, le menton, les
oreilles et souvent aussi le front) présentent un abaissement de
température plus ou moins considérable. — Outre ce contraste
évident entre la température générale et celle des parties sus-men-
tionnées, il existe encore une sensation subjective de froid, pres-
que toujours extrêmement accusée. Il s'y rattache encore des phé-
nomènes secondaires plus ou moins nombreux : le plus fréquem-
ment, de la pâleur de la peau, avec coloration violcàtre des ongles
et de quelques autres paities du corps, des mouvements automa-
tiques et convulsifs (pandiculations5 claquement des dents, trem-
170 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
blements, etc.), de la soif, de la céphalalgie, un malaise intense
et des urines pâles et aqueuses.
En général, les phénomènes caractéristiques du frisson se pré-
sentent au début d'une pyrexie ou d'un accès de fièvre, mais ils ne
coïncident nullement avec l'élévation de la température ; celle-ci,
au contraire, devance même le frisson (fig. 2). Les phéno-
mènes du frisson ne surviennent
qu'au moment où la température s'est
élevée au-dessus de son degré habi-
tuel, tantôt modérément, tantôt de
près de 2° (qu'elle ait auparavant été
normale, sous-normale ou fébrile) et
lorsque la chaleur des extrémités et
de certaines parties de la face n'a pas
suivi cette élévation ou même s'est
abaissée. — Concurremment avec l'as-
cension ultérieure de la température
du tronc, le frisson augmente aussi
d'intensité jusqu'au moment où la
caléfaction s'est successivement éten-
due aux doigts, aux orteils et au nez; alors le frisson disparaît
graduellement. Mais à peine a-t-il cessé qu'il peut encore être
reproduit par une réfrigération locale brusque si le malade se
découvre trop, s'il expose à l'impression de l'air ses mains, ses
bras ou ses pieds.
La température (après avoir atteint son maximum, soit pen-
dant le frisson, soit dans le stade de chaleur qui le suit) redes-
cend ensuite et dans sa chute, tantôt lente, tantôt rapide, elle
peut regagner plus ou moins le niveau normal ou même le dépas-
ser et tomber ainsi jusqu'aux degrés thermiques du collapsus. —
Mais pendant cette évolution régressive ou descendante, il ne se
produit d'ordinaire ni frisson ni aucun des autres phénomènes
concomitants.
Tel est le type habituel du frisson, principalement dans les cas
où il atteint son entier développement et parcourt toutes ses pha-
ses en un temps limité (d'une demi-heure à deux heures). C'est ce
mode habituel qui a servi de base aux différentes explications
théoriques qui ont été émises à ce sujet.
Fie. '2.
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 171
Mais dans l'étude du frisson, on ne doit pas négliger les mo-
difications que présentent, rarement il est vrai, ses symptômes
même les plus légers et son mode de début aussi bien que ses for-
mes incomplètes ; souvent on ne trouve pas précisément les carac-
tères qui ont servi de base à l'interprétation du phénomène.
Ainsi, il est bon de se rappeler les frissonnements qui se produi-
sent chez les sujets très-nerveux, souvent sans la moindre modifi-
cation thermique (frisson nerveux).
Il est vrai que le nervosisme se soustrait à toute recherche ; les
expériences faites sur les personnes nerveuses seront donc d'un
bien faible secours pour l'interprétation physiologique du phéno-
mène ; elles démontrent uniquement que tous les symptômes du
frisson peuvent se manifester sans modification concomitante de la
température objective.
A ces cas se rattachent ceux où un frisson violent éclate après
une vive excitation locale, comme après le cathétérisme, par
exemple; là aussi les écarts thermiques objectifs font défaut ou
sont du moins insignifiants, on peut donc les ranger parmi les fris-
sons nerveux. De même, on constate parfois des frissons peu de
temps après l'introduction de substances toxiques dans le torrent
circulatoire, sans que la température en soit essentiellement af-
fectée.
Même parmi les signes précurseurs et dans le cas de dévelop-
pement rudimentaire d'un vrai frisson (tremblements, horripila-
tions, claquement de dents), le froid objectif des extrémités man-
que souvent, ou du moins est très-circonscrit, tandis que l'éléva-
tion thermique du tronc fait de rapides progrès. — La décolora-
tion de la peau est souvent absente, en général, on n'observe fré-
quemment sur l'individu que la seule élévation thermique du tronc
encore toute récente, tandis qu'il y a positivement des sensations
de froid qui peuvent aller jusqu'au frisson le plus violent chez
des personnes nerveuses, sous l'influence de certaines conditions
fâcheuses.
Mais souvent on trouve aussi des frissons combinés à un abais-
sement de température ; frissons de collapsus n'arrivant, en géné-
ral qu'à un développement incomplet et imputable à d'autres rai-
sons que l'abaissement thermique lui-même. Ces frissons-là sont
probablement aussi surtout des frissons nerveux.
172 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
Il se présente en outre des accès de frisson au milieu d'une tem-
pérature très-élevée, souvent sans cause appréciable et sans refroi-
dissement des extrémités ; chez les pyémiques, par exemple. On
observe, en général, que pendant une température élevée, surtout
dans les périodes d'augment de la maladie, les frissons se présen-
tent plutôt que dans les périodes de déclin ou de convalescence.
Plus une maladie est près de son début et plus l'exposition de
l'air, les refroidissements produisent une impression désagréable
et chez les individus sensibles, un frisson soudain pourra facile-
ment se rencontrer malgré le degré très-élevé delà température.
Des accès de frisson très-complets se manifestent encore quand
la température, bien qu'en voie d'ascension rapide, est partie d'un
degré trop inférieur et ne dépasse pas encore le niveau thermique
normal. J'ai observé des cas d'inanition chronique dans lesquels il
y avait pour ainsi dire habituellement des températures de col-
lapsus d'environ 55°, mais où l'on constatait tous les soirs une élé-
vation de 2° à 5° qui permettait à la température de regagner son
niveau normal. Ces élévations étaient le plus souvent accompa-
gnées d'une très-grande sensation de froid avec tremblement, cla-
quements de dents et autres phénomènes du frisson fébrile, quoi-
que l'élévation thermique ne fût que relative.
D'un autre côté, il ne faut pas négliger ce fait que l'élévation de
la température du tronc peut être aussi rapide et aussi intense que
dans les cas de frisson sans qu'il y ait sensation subjective de froid
et même en l'absence de tous les phénomènes qui trahissent une
élévation de température. De pareils accès purement thermiques
s'observent fréquemment une ou deux fois après qu'une fièvre in-
termittente a été, en apparence, coupée parla quinine; on les
constate encore, dans les accès fébriles éphémères, chez les conva-
lescents et dans mainte autre circonstance. L'élévation thermique
peut parfaitement aller jusqu'à 41°, atteindre rapidement ce degré
x tout comme s'il y avait frisson, et dans la fièvre intermittente elle
peut retomber rapidement, de même absolument que dans les ac-
cès antérieurs caractérisés parle stade algide.
On observe aussi assez souvent un refroidissement objectif des
avant-bras et des mains, des jambes et des pieds, avec une tempé-
rature du tronc plus ou moins élevée sans qu'il y ait la moindre
sensation de froid.
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 175
Ce n'est donc pas le refroidissement des parties périphériques
éloignées qui, en lui-même, détermine la sensation de froid et les
autres signes du frisson. Le froid des extrémités peut atteindre un
degré considérable sans qu'il y ait frisson, et il fait souvent défaut
(en dépit de l'opinion contraire formulée par certains auteurs)
bien que le frisson existe.
Ce n'est pas non plus l'élévation de la température du tronc qui
provoque le frisson. Celle-ci peut atteindre des degrés énormes,
les mêmes que dans les cas de frisson, sans que ce dernier phéno-
mène ait lieu. Par contre, il peut y avoir frisson dans des cas où
la température reste à son niveau normal ou le dépasse de très-
peu.
Le frisson ne dépend pas non plus exclusivement du contraste
entre la basse température des extrémités et les degrés élevés de
celle du tronc. Ce contraste se montre dans le collapsus sans que
pour cela il y ait frisson. Dans le frisson nerveux, ce contraste fait
défaut. Lorsque la différence entre le froid des mains et des pieds
et la chaleur du tronc s'établit d'une façon rapide et croissante,
ce fait influe beaucoup plus puissamment sur la production du
frisson ; ce n'est pas quand les mains et les pieds se refroidissent,
tandis que le tronc a déjà depuis longtemps une température fé-
brile, que le frisson se produit, mais bien lorsque la température
monte rapidement dans le tronc, tandis que la chaleur n'existe pas
encore aux extrémités et que même la température y descend en-
core. — Le frisson devient immédiat si la surface du corps et sur-
tout celle des extrémités éprouvent des pertes subites et abon-
dantes de calorique après une élévation rapide de la température
antérieure. Au début d'une fièvre intense les individus sont habi-
tuellement atteints d'un frisson très-violent au moment où ils se
mettent dans un lit froid qui soustrait beaucoup de calorique à la
surface de leur corps ; ainsi se trouve marqué le contraste entre la
chaleur interne et le froid périphérique. Mais la rapidité dont s'ac-
croît la différence entre les températures interne et superficielle,
n'exerce pas une influence décisive, car il se produit des frissons,
tant avec une température normale qu'avec une température anor-
male, pendant lesquels les conditions thermiques ne sont nulle-
ment modifiées (frisson nerveux) .
Tout cela démontre d'une façon irréfutable que le frisson fébrile
174 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
est un complexus de phénomènes dont les éléments isolés, tels
que les écarts thermiques, les sensations subjectives et autres
troubles fonctionnels ne marchent pas parallèlement, en un mot,
qu'ils ne sont pas nécessairement solidaires les uns des autres.
Plus le développement du processus est parfait et pour ainsi dire
normal, plus ses éléments constitutifs se présentent dans leur com-
plète intégrité. Mais chacun d'eux peut faire défaut en même temps
que les autres sont plus accusés.
Dans le cas où le frisson se produit pendant que la température
du tronc s'élève à des hauteurs considérables, il est ordinairement
suivi d^une chaleur fébrile de plus ou moins longue durée. Dans
les autres formes du frisson, cette chaleur peut indifféremment se
présenter ou faire défaut.
5. La chaleur fébrile peut être précédée de frisson ou de légers
frissonnements, mais elle peut aussi succéder à une température
normale sans la moindre trace de frisson. Ce dernier mode est
d'autant plus important qu'il exclut d'emblée le frisson dans l'in-
terprétation physiologique de la fièvre.
Dans la chaleur fébrile nos moyens d'observation se réduisent
souvent à constaier l'élévation de la température qui atteint
ou dépasse parfois 2° à 5° (par exemple, dans les accès fébriles
éphémères des convalescents, dans les paroxysmes thermiques qui
se montrent après la guérison de la fièvre intermittente). Dans ces
cas, tous les troubles fonctionnels concomitants peuvent faire dé-
faut : soif, sensation de malaise et de lassitude, accélération du
pouls, modifications de la circulation périphérique, troubles
respiratoires, altération dans les sécrétions, dans les fonctions
du système nerveux.
Ce sont là des faits que tout médecin expert en thermométrie a
dû constater et qui sont d*une extrême importance au point de vue
théorique.
Dans d'autres cas, on trouve bien à côté de l'élévation thermi-
que d'autres manifestations pathologiques ; mais elles sont parfois
si insignifiantes qu'elles peuvent échapper à l'observateur ou tout
au moins l'élévation thermique anormale n'est-elle nullement pro-
portionnée aux autres phénomènes.
Dans les deux séries de cas, voici ce que l'on observe: la tempe-
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 175
rature qui, dans le calme parfait et en dehors des influences étran-
gères, n'atteint qu'une hauteur moyenne, s'élève très-manifeste-
ment aussitôt que des efforts fonctionnels ou des influences exté-
rieures puissantes se font sentir et qu'alors il se rattache le plus
souvent à l'élévation thermique un ensemble d'autres phéno-
mènes.
En opposition à ces cas d'élévation thermique plus ou moins iso-
lée, nous trouvons dans la plupart des maladies, à côté de l'aug-
mentation de la température, un complexus de phénomènes géné-
raux, de troubles fonctionnels et d'altérations nutritives.
Les modifications du pouls, celles des urines qui deviennent
rares et sédimenteuses, les troubles respiratoires, la sensation de
chaleur subjective, la soif, l'anorexie, le malaise, la lassitude, l'in-
somnie, les perturbations psychiques, la diminution de l'activité
musculaire, les troubles digestifs, la diminution des globules san-
guins et du poids du corps : tels sont les phénomènes qui accom-
pagnent d'ordinaire l'élévation morbide de la température, même
dans le cas où il n'y a pas de lésion spéciale des organes intéres-
sés et que l'on résume par le terme de fièvre.
Mais, pour répondre aux affirmations contraires, il est nécessaire
de faire ressortir nettement qu'il n'existe aucun parallélisme en-
tre l'élévation thermique et la nature ou l'intensité des autres
phénomènes ; que, par conséquent, ni le sentiment de lassitude,
ni la soif, ni l'accélération du pouls, ni la pâleur ou l'injection de
la peau, ni les troubles sécrétoires, ni la fréquence de la respi-
ration, ni les modifications de l'urine, ni enfin les perturbations
du système nerveux ne se rattachent pas nécessairement par un
lien général à l'élévation de la température.
Pour certaines formes morbides seulement, on peut quelquefois
constater un rapport entre la température et les autres phénomè-
nes, et cela tant que la marche de la maladie est normale ; mais4
les particularités habituelles et spéciales d'une forme morbide ne
peuvent nullement s'appliquer à une autre.
Ce défaut de coïncidence entre l'élévation thermique et les au-
tres manifestations d'une maladie fébrile^ pourrait faire supposer
que la température ne constitue pas l'échelle des processus de l'or-
ganisme ou que du moins elle ne fournit qu'un moyen trompeur
de les mesurer ; mais l'expérience démontre qu'il y a des condi-
17G PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
lions pathologiques (elle peut même les spécifier), dans lesquelles
l'examen attentif de la température et de ses modalités, est un
point d'appui beaucoup plus sûr pour juger de la marche générale
d'une maladie, que tout autre phénomène ou même que l'ensem-
ble des symptômes qui constituent la fièvre. Tout scrupule théo-
rique doit donc être dissipé par ce simple fait empirique, quoi-
qu'il nous soit impossible d'en donner l'explication.
Dans la chaleur fébrile, on constate d'ordinaire une élévation
générale de la température, mais cela n'empêche pas que cer-
taines parties du corps puissent être ou paraître plus chaudes que
d'autres.
Non-seulement le tronc présente une élévation thermique rela-
tivement plus grande que celle des extrémités où le refroidisse-
ment est plus considérable ; mais, en revanche, on trouve fréquem-
ment aussi une température relativement plus élevée à la tête,
aux oreilles, à la paume des mains. L'augmentation notable de
chaleur dans ces parties se fait sentir plus tôt qu'en d'autres
points, et forme ainsi un contraste avec l'élévation encore insigni-
fiante de la température du tronc (comme cela a lieu dans les cas
où la chaleur fébrile se développe sans frisson précurseur).
Dans les mouvements fébriles modérés, l'élévation thermique se
borne parfois exclusivement à ces mêmes parties qui, dans le fris-
son, paraissent ordinairement froides.
Dans la chaleur fébrile, le degré d'élévation peut être très-va-
riable : cela ne dépend pas seulement, comme nous aurons occa-
sion de le démontrer plus tard, de l'intensité de la maladie, mais
bien essentiellement de la forme morbide. Ainsi, dans certaines de
ces formes, quelques bénignes et légères qu'elles soient, la tempé-
rature atteint des degrés auxquels elle n'arrive jamais (si ce n'est
seulement dans les cas extrêmement intenses) dans d'autres for-
mes morbides. Il faut, par conséquent, que les conditions qui rè-
glent le niveau de la température soient au moins en partie
déterminées par la spécialité même du processus de la maladie
essentielle.
Une abondante diaphorèse diminue ordinairement d'une façon
notable la chaleur fébrile ; aux points où la transpiration est pro-
fuse, la température peut même tomber au-dessous de la normale.
Mais cet effet est purement local et il dépend de toute autre cir-
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 177
constance que l'élévation de température du sang s'abaisse ou
persiste, ou qu'après les sueurs, elle revienne à son ancien niveau.
Il y a des cas d'élévation thermique énorme qui, sous beaucoup
de1 rapports, diffèrent de la température fébrile ; ce sont, en géné-
ral, les maladies dans lesquelles la chaleur fébrile n'existe pas ou
n'est que faiblement marquée et, dans ces cas, l'élévation extrême
ne se présente qu'aux approches de la mort ; les phénomènes sub-
jectifs qui accompagnent la chaleur fébrile font ici défaut ; le mode
d'action du cœur révèle un état parésique de cet organe; dans les uri-
nes on ne trouve que les produits d'une désassimilation imparfaite.
Reste à savoir s'il ne faut considérer ces cas que comme les degrés
les plus élevés de la chaleur fébrile. Leur développement souvent
rapide avec l'apyrexie pour point de départ, semble militer contre
cette hypothèse ; ils pourraient donc être absolument étrangers à
la classe des fièvres.
6. Le collapsus se présente tantôt isolément, tantôt au milieu
d'une chaleur fébrile plus ou moins intense ; dans ce dernier cas,
il apparaît surtout au moment du déclin, rarement pendant le fris-
son, quoiqu'il ait beaucoup de symptômes communs avec cet état.
Le collapsus n'est pas une maladie, pas plus que le frisson ou la
chaleur fébrile : ce n'est qu'un acte pathologique plus ou moins
isolé, qui survient incidemment dans le cours d'une maladie ; mais
lorsque chez un malade, il atteint un certain degré d'intensité, il
peut momentanément absorber toute l'attention, réclamer les
soins les plus urgents et les plus assidus, au détriment de la ma-
ladie primitive.
Ce processus doit, sans aucun doute, dériver de lésions anato-
miques, mais jusqu'à présent il est impossible de lui assigner une
cause matérielle directe.
C'est comme le frisson et la chaleur fébrile, un trouble général,
un dérangement de l'organisme. Malgré le caractère d'anomalie
essentielle que revêt le collapsus, les écarts thermiques s'y présen-
tent d'abord localement, comme cela* a lieu souvent dans le fris-
son et la chaleur fébrile ; il ne se manifeste qu'en certains endroits
et ne paraît s'étendre et se généraliser que quand il est arrivé à son
complet développement.
Le collapsus est de sa nature, plus éphémère et plus accidentel
12
178 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
que la chaleur fébrile et même que le frisson ; et lors même que
sa durée est relativement prolongée, il ne constitue qu'un épisode
ou un dénoûment relativement court.
Sous bien des rapports, il est opposé à la chaleur fébrile, mais
par sa nature, il n'en forme nullement le contraste, car il peut se
produire en pleine chaleur fébrile, et la fièvre, bien que modifiée
par son apparition, peut marcher concurremment avec lui.
Dans les degrés les plus légers ducollapsus, le malade n'accuse
pas de phénomènes particuliers ; son aspect subit peu de change-
ments, en comparaison de la période précédente ; la fièvre peut
continuer ou disparaître ; on ne trouve, ni dans le pouls, ni dans
la respiration, ni dans l'état général, rien qui diffère de la période
précédente; mais la joue, le nez, sont froids, souvent d'un seul
côté ou seulement en certains points. — On constate fréquemment
aussi f'algidité du front, des oreilles, des mains et des pieds. —
Bien que la circulation n'ait pas nécessairement éprouvé de modi-
fication notable, et que l'influence du froid extérieur ne soit pas
plus vive sur le sang que sur les autres parties du corps, sa tempé-
rature est sensiblement abaissée, sans que le malade en ait con-
science.
A ces premiers et légers degrés du collapsus succèdent par gra-
dations insensibles, d'autres phénomènes plus nombreux et plus
graves qui augmentent d'intensité jusqu'à l'acmé. Dans cet état, le
malade reste couché, presque inerte, pâle, les joues creuses,
presque sans donner signe de vie, pareil à un cadavre, et bientôt
lui-même inanimé ; la tête et les pieds, parfois aussi le tronc, sont
glacés, le pouls est insensible, les contractions du cœur insuffi-
santes et presque nulles, la respiration à peine appréciable, la
peau exsangue et décolorée, couverte d'abondantes sueurs froides.
Parfois dès les premiers stades du collapsus et souvent dans une
période plus avancée, se manifestent des sensations subjectives
fort désagréables. — Ce n'est pas la douleur, ce n'est plus le fris-
son, mais c'est un sentiment pénible de faiblesse et d'inertie pro-
fondes, compliquée d'anxiété, d'oppression et de prostration géné-
rale auxquelles s'ajoutent la soif ardente, des vertiges, des
hallucinations visuelles, auditives et psychiques.
Le collapsus se rattache souvent à des accidents isolés,, tels que
des vomissements, des diarrhées colliquatives, des hémorrhagies
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 179
ou des perforations des séreuses. Dans ces cas, le collapsus n'a de
signification grave qu'autant que sa cause occasionnelle implique
en elle-même un danger. En toute autre circonstance, il disparaît
assez vite et sans laisser de traces.
De même que l'importance du collapsus qui se montre dans la
syncope dépend de la nature des conditions étiologiques et des
états morbides préexistants.
Le collapsus est d'ordinaire extrêmement intense dans les cas de
choléra; on le rencontre déjà dans les formes sporadiques aussi
bien chez les enfants que chez les adultes, mais c'est surtout dans
le choléra épidémique et infectieux qu'il se révèle dans toute sa
violence et dans sa gravité.
Dans les maladies chroniques également, il n'est pas rare d'ob-
server un collapsus passager ou continu et parfois même intermit-
tent et à répétition.
Les caractères du collapsus offrent de nombreuses particularités
quand il se présente dans les maladies fébriles aiguës.
Dans ce cas, son début échappe presque toujours à l'attention du
malade : parfois seulement le sujet est pris d'un léger frisson ou
éprouve un malaise général ; mais ce n'est guère que lorsque le
collapsus atteint un plus haut degré d'intensité, que les malades
ressentent la faiblesse et la prostration.
Dans les débuts insidieux, on ne reconnaît le collapsus qu'au
refroidissement du nez, des membres, du front et des extrémités.
En revanche, quand il a fait des progrès, la figure devient pâle,
parfois jaunâtre et livide, les téguments perdent leur souplesse et
leur élasticité, les joues deviennent creuses, les yeux profondé-
ment cernés et l'expression de la physionomie est méconnais^
sable.
Les malades ont peine à faire le moindre mouvement, leur voix
est faible et sans timbre ; la peau, tantôt sèche, tantôt couverte de
sueurs générales ou partielles sous forme de grosses gouttes venant
perler en certains points, et notamment sur le front.
Tandis que la face et les extrémités sont plus ou moins refroi-
dies, la température du tronc est tantôt très-élevée, tantôt nor-
male ou abaissée. Telle est la différence la plus essentielle ; mais
il ne faut pas fonder son jugement sur cette seule circonstance ;
car les collapsus à température basse peuvent souvent présenter
180 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
une grande gravité, aussi bien que ceux à haute température, mais
ces derniers procèdent d'une toute autre faron. Les uns et les
autres enfin peuvent se compenser de différentes manières.
Les collapsus à température descendante du tronc, se montrent
de préférence dans les maladies fébriles et réclament des soins tout
particuliers. La température auparavant plus ou moins élevée
descend jusqu'au niveau normal ou à peu près, très-souvent même
au-dessous (en général, elle se tient entre 35° et 57°), et cela avec
une certaine rapidité, dans l'espace de quelques heures, souvent
même dans un plus bref délai. La diminution de température peut
descendre de G0 ou 8° dans le cours d'une journée. Cet abaissement
ne dure que quelques heures ou se prolonge pendant plusieurs
jours ; après quoi la température peut redevenir normale ou mon-
ter jusqu'au degré de la chaleur fébrile plus ou moins intense ;
d'autres fois, le malade succombe en plein collapsus.
Ces collapsus à température descendante se présentent :
Pendant la défervescence : le plus souvent dans la pneumonie,
mais aussi dans les exanthèmes aigus et dans d'autres maladies.
Souvent l'état du malade semble devenir inquiétant sans qu'il pré-
sente cependant le moindre danger.
Pendant les rémissions : principalement dans la fièvre typhoïde,
au moment de la transition d'un accès de fièvre intermittente au
stade d'apyrexie, surtout dans les formes pernicieuses et dans
la pyémie.
Pendant l'accès du frisson : en particulier dans les fièvres per-
nicieuses algides, dans quelques autres maladies très-graves et
chez des individus de faible constitution et d'un tempérament
nerveux.
Comme épiphénomène accidentel spontané ou artificiel : après
des hémorrhagies, des vomissements ou d'abondantes évacuations
alvines, dans les indigestions et les états nauséeux, pendant de très-
fortes douleurs, dans le cours de sueurs rapides et abondantes ;
dans les perforations de la plèvre ou du péritoine et dans les cas de
thromboses cardiaques.
Dans quelques intoxications et dans la période algide du cho-
léra.
Dans la période préagonique et pendant l'agonie elle-même.
Des collapsus avec hautes températures ne se présentent près-
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 481
que exclusivement que dans les fièvres graves, et il paraît que
cette élévation thermique anomale et excessive peut elle-même
servir de cause dé 1er minante au col lapsus.
Voir aussi relativement au collapsus les chapitres suivants, mais
surtout mon travail sur le collapsus dans les maladies fébriles
(Archiv. der Heilkunde, t. Il, p. 289. 1861).
7. En résumé, voici les principales modalités que présente la
température dans les trois formes de troubles généraux :
La température générale peut être élevée dans tous les cas : elle
l'est presque toujours dans la chaleur fébrile, le plus souvent dans
le frisson et fréquemment dans le collapsus.
Le degré d'élévation thermique ne constitue pas de différence.
Dans le collapsus on trouve souvent une température normale
ou sous-normale qui ne se rencontre qu'exceptionnellement dans
les cas incomplets de frisson.
Le froid des extrémités et de la face est constant dans le collap-
sus et fréquent dans le frisson.
L'augmentation rapide de la température du tronc, à côté du
refroidissement des extrémités, est un des phénomènes habituels
du frisson.
La diminution rapide et considérable de la température du tronc
s'allie souvent au collapsus.
L'abaissement thermique local et limité à certains points avec
conservation d'une température très-élevée du tronc appartient
aussi au collapsus.
8. L'interprétation et l'explication théorique de ces différentes
modalités thermiques viennent se briser contre d'insurmontables
obstacles.
Les tentatives de la physiologie pathologique ont, jusqu'ici, pres-
que exclusivement porté sur la théorie de la fièvre et ont laissé de
côté le collapsus, si intéressant au point de vue pratique. Ces es-
sais ont, du reste, été très-restreints.
La plupart des observateurs, en prenant pour point de départ
l'hypothèse de l'identité de la fièvre et de l'élévation thermique,
n'ont eu en vue que cette dernière dans leurs théories.
Mais le raisonnement aussi bien que les faits rendent cette sup-
182 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
position inadmissible. Quelques-uns ont étudié, tantôt le frisson,
tantôt la chaleur fébrile et n'ont pu de cette façon émettre que des
idées étroites. D'autres encore ont été conduits par l'examen des
modalités thermiques dans les lièvres complètement développées,
à des conclusions qui ne sont pas applicables aux formes impar-
faites.
Quoique la clinique ait puisé de précieuses indications dans la
thermométrie appliquée à l'étude des pyrexies, il paraît douteux
cependant que la théorie de la fièvre en ait été de beaucoup avan-
cée. Ce doute semble légitimé par la divergence des opinions ré-
cemment émises à ce sujet, précisément depuis l'introduction du
thermomètre dans la clinique. Certaines théories sont en contra-
diction flagrante avec les faits les plus communs ; et l'on retrouve
partout encore la même tendance à reprendre la voie trompeuse
dans laquelle s'est si souvent engagée la médecine et à vouloir res-
treindre en une formule simple les actes si complexes dont l'orga-
nisme est le théâtre.
A l'époque où l'augmentation de la température n'avait pas en-
core acquis l'importance capitale qu'on lui a depuis attribuée dans
les phénomènes fébriles, la simple observation des faits avait in-
spiré l'idée que le système nerveux devait être en cause.
(Voir mon mémoire sur la fièvre in Archiv fur Physiolog. Heil-
kunde, t. II, p. 6. 1842.)
Lorsque les observations thermométriques eurent péremptoire-
ment démontré l'importance majeure de la température dans les
états fébriles , Virchow , dans son Compendium (Handbuch der
speciellen Pathologie und Thérapie, t. I, p. 55. 1854), traça un
tableau fidèle des rapports intimes qui relient entre eux ces phé-
nomènes. — Conformément à l'opinion généralement admise, cet
auteur considéra l'élévation de la température comme le phéno-
mène le plus constant de la tîèvre. — Pour lui, elle n'était que
l'expression d'une combustion plus active des parties intégrantes
du sang ; il fit ressortir en même temps que cette élévation
thermique dans la fièvre n'était pas pure et simple, mais qu'elle
dérivait d'une cause spéciale qui ne pouvait se trouver ailleurs que
dans le système nerveux.
Cette manière de voir fut généralement acceptée ; aussi, la théo-
rie de Zimmermann qui ramenait la chaleur fébrile à des foyers
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 183
locaux d'inflammation, trouva-t-elle peu de partisans. La fièvre
fut donc regardée comme un processus dans lequel la suractivité
des combustions organiques produit un accroissement de cha-
leur et l'influence exercée par le système nerveux sur ce processus
ne put pas être démontrée, mais fut regardée comme incontes-
table.
Dans un article sur la fièvre (publié en 1859 dans : Allgem.
Wiener mecl. Zeitung, numéros 23 et 24), Claude Bernard a es-
sayé d'utiliser, pour l'explication de la fièvre, le résultat de ses
recherches sur les effets de la section du sympathique. Il est ainsi
conduit à considérer la fièvre, quelle qu'en soit l'origine, comme
un phénomène purement nerveux, dû à une paralysie incomplète
et passagère du grand sympathique (qui, d'après lui, est le seul
appareil nerveux vaso-moteur). A la suite d'une influence quelcon-
que, se produit la sensation de froid, c'est-à-dire un trouble de la
sensibilité générale, le frisson est déterminé par une action ré-
flexe du grand sympathique ; la détente nerveuse qui lui succède
promptement, entraîne à la suite une augmentation des phéno-
mènes circulatoires, de la température et de la sécrétion sudo-
rale, etc Cl. Bernard est porté à voir dans le frisson une irrita-
tion générale, et dans la chaleur fébrile une dépression des nerfs
vasculaires de toute la surface du corps. D'après cela, le frisson de-
vrait être considéré comme l'acte primitif, comme un état d'acti-
vité réelle, et la chaleur comme un phénomène secondaire, comme
une espèce d'épuisement consécutif au frisson.
Ces opinions ont été contredites par Schiff dans un article (in-
séré dans Allgem. Wiener mecl. Zeitung, numéros 41 et 42. —
\ 859) où il fait ressortir avec justesse que le frisson et la chaleur
fébriles sont deux phénomènes indépendants l'un de l'autre ; que
la chaleur ne peut pas être expliquée par le frisson et que toute
théorie qui fait de l'un des deux phénomènes une condition indis-
pensable pour la production de l'autre, doit être rejetée comme
incomplète et fautive. Schiff, à son tour, suppose qu'il se trouve
dans les nerfs vasculaires (qui ne sont nullement pour lui des
fibres spéciales du grand sympathique) à côté des éléments prési-
dant à la contraction des vaisseaux, d'autres éléments qui peuvent
les dilater. — Selon lui, la chaleur fébrile est un état actif dans
lequel ces nerfs dilatateurs sont mis en jeu, tandis que dans le fris-
184 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
son, une partie des nerfs constricteurs entrent en action (c'est-à-
dire ceux qui ne se croisent pas dans la moelle et se ramifient à la
face, aux mains et aux pieds). Il suppose, en outre, que les nerfs
dilatateurs vasculaires, de même que les constricteurs se dirigent
vers la moelle allongée où tous les nerfs vaso-moleurs viennent
s'anastomoser ; les influences directes plus intenses font ressortir
l'action des nerfs angiosténosiques plus que celle des angiectasi-
ques (elles produisent ainsi plutôt du frisson) ; mais les nerfs dila-
tateurs peuvent être plus facilement excités par voie réflexe et à
la suite d'influences moins fortes que les constricteurs qui n'obéis-
sent qu'à des excitations énergiques. En supposant ainsi un état
actif d'irritation aussi bien dans le frisson que dans la chaleur fé-
brile, Schiff déclare expressément qu'il n'a nullement l'intention
de mettre en doute la possibilité de modes pathologiques d'éléva-
tion de température qui n'aient leur raison d'être que dans une
paralysie des nerfs vasculaires.
Tandis que l'on avait généralement admis, soit tacitement, soit
en termes explicites, qu'il fallait considérer l'accroissement de
chaleur dans la fièvre comme la conséquence d'un surcroît de pro-
duction thermique, Traube qui, en 1855, considérait encore cette
production comme augmentée dans la fièvre (Deutsche Klinik,
n° 46. 1855) déclara, contrairement à toutes les idées reçues,
que l'élément essentiel de la fièvre ne résidait plus dans l'augmen-
tation de la production thermique, mais bien dans la diminution de
la perte de chaleur. Je reproduis ici ces propres paroles : « L'élé-
vation thermique, avec îous les autres phénomènes de la fièvre, est
provoquée de la façon suivante: sous l'influence exercée par la
cause pyrétogène sur le système nerveux vaso-moteur (influence
que je crois être de nature excitante) les muscles vasculaires qui sont,
comme on le sait, surtout développés dans les artérioles et dans
leurs ramuscules se contractent énergiqueinent. Le rétrécissement
relatif de ces petits vaisseaux doit avoir une double conséquence :
la quantité de sang que les capillaires reçoivent du système aorti-
que diminue, dans un temps donné, mais en revanche, la pression
sur la surface interne de ces vaisseaux extrêmement ténus devient
plus forte. Le premier de ces effets a pour résultat (avec un moin-
dre apport d'oxygène aux tissus) une réfrigération plus faible du
sang par voie de transmission et de rayonnement périphérique ;
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 185
une transsudation moins grande du plasma sanguin qui s'exhale à
travers les parois vasculaires sous l'influence de la pression arté-
rielle et qui fournit à chaque tissu les éléments de leur nutrition,
en dehors de l'oxygène, et en particulier aux appareils sécréteurs,
les matériaux qu'ils doivent élaborer. L'approvisionnement d'eau
diminué, dans les couches superficielles de la peau et de la muqueuse
respiratoire, entraîne nécessairement une diminution dans l'éva-
poration, et tel est la deuxième cause de la moindre réfrigération
du corps. » (Allgemein medic. Centraheitung, t. XXXIf, numéros
52, 54 et 102. 1865). Dans les développements qu'il donne à
cette théorie, Traube essaye de faire concorder avec elle toutes les
conditions et tous les phénomènes qui se présentent dans la fièvre.
Il prend pour point de départ de sa théorie pathogénique le
frisson avec le spasme vasculaire qui l'accompagne, et voici com-
ment il explique l'élévation thermique qui précède le frisson et
la fièvre qui débute sans frisson. L'action des agents pyrétogènes
sur le système nerveux varie d'intensité : dans le premier de ces
deux cas, la cause pyrétogène était au début encore trop minime et
ne pouvait produire qu'une légère contraction des vaisseaux ; en
devenant plus puissante, elle produit une contraction intense et
avec elle le frisson. Dans le cas de fièvre débutant sans frisson,
le poison pyrétique n'est pas assez violent pour agir. Behse est ar-
rivé à un résultat à peu près analogue (Beitràge zur Lehre von
Fieber. 1864). Il résume son opinion en ces termes : « Il faut en-
tendre sous le nom de fièvre un surcroît de nutrition produite par
des altérations du système nerveux, compliquées d'un trouble des
appareils régulateurs de la température, mais cette dernière per-
turbation également sous la dépendance de l'affection du système
nerveux rend les pertes de chaleur moindres comparativement à
sa production. »
En revanche, Auerbach s'élève contre la théorie de Traube (Er-
wàgungen iiber die Ursachen der Eigenwàrme. 1864; in Deutsche
Klinik, numéros 22 et 25) et la soumet à une juste et sévère criti-
que : il démontre qu'on ne peut pas ramener simplement à l'al-
ternative d'une recette augmentée ou d'une dépense amoindrie
toutes les causes possibles d'élévation thermique dans l'état fébrile
que la contraction des artérioies dans la fièvre n'est pas absolu-
ment prouvée, que notamment la pâleur de la peau peut aussi pro-
186 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS,
venir de la contraction des muscles papillaires ; que, dans le stade
de chaleur, cette contraction artérielle n'est pas admissible, et
qu'en général, Traube n'expliquait pas suffisamment l'augmenta-
tion de chaleur dans cette période ; que la durée souvent si pro-
longée de ce stade ne permett pas de déduire l'élévation de la
chaleur, des courts instants de frisson qui l'ont précédée; qu'enfin,
dans ces périodes, l'économie de calorique réalisée par la contrat
tion des artérioles est entravée par maintes circonstances et ne
peut en aucune façon être assez grande pour produire un niveau
thermique tel que celui de la température augmentée. En termi-
nant, Auerbach émet une autre hypothèse : selon lui, la chaleur
produite dans le corps pendant la fièvre,, surtout dans les mala-
dies fébriles chroniques, doit son existence en grande partie à la
combustion de l'hydrogène, car la quantité absolue de chaleur
produite par la combustion de cet élément est plus grande dans la
fièvre qu'à l'état normal.
Liebermeister aussi (Prager Vierteljarhrsschrift,l8Q5) etlmmer-
mann (Deutsche Klinik, numéros 1 et 4. 4865) s'élèvent contre
l'opinion d'après laquelle la fièvre aurait pour cause une simple
diminution dans la réfrigération et ils appuient leur réfutation
sur les tentatives qu'ils ont faites de prouver par le calcul que la
température pendant le frisson montait plus que cela ne pourrait
se faire par une diminution dans la perte de chaleur. A leur sens,
il doit donc toujours y avoir augmentation dans la production
thermique.
Wachsmuth déclare, au contraire (Arehiv der Heilkunde, t. VI,
p. 211. 1865), que ce n'est ni la production augmentée ni le re-
froidissement diminué qui produisent le frisson au moins à eux
seuls ; mais que la fièvre résulte d'un trouble dans la régulation
thermique, Telle serait, suivant lui, la cause essentielle de la fiè-
vre. D'après cet auteur, la fièvre est la résultante d'au moins deux
facteurs, dont l'un renforce la production thermique et dont l'au-
tre paralyse le système nerveux.
En opposition à toutes ces théories qui n'envisagent la fièvre
que, sous un seul point de vue, Billroth a essayé (Arehiv fur klini-
sche Chirurgie, t. VI, p. 129. 1864) d'exposer les différentes condi-
tions qui font naître l'élévation de température et partant la fièvre.
Voici, d'après lui, les diverses conditions qui peuvent se présenter :
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 187
I. L'approvisionnement thermique est augmenté, les conditions
de déperdition restant les mêmes. Dans ce cas, les foyers où se
produit l'augmentation de température peuvent être :
A. Locaux.
B. Généraux. — Tous les processus d'oxydation seront acti-
vés :
a. La quantité d'oxygène dans l'air inspiré et dans les aliments
ingérés ;
b. La quantité des matières oxydables du corps ;
c. La capacité d'absorption de toutes les matières du corps sus-
ceptibles de recevoir l'oxygène; .
cl. La vitesse du mouvement des corps oxydables.
C. Les conditions secondaires pour la conservation d'une tem-
pérature constante sont : le frottement du sang contre les parois
des vaisseaux, les frottements qu'exercent les uns sur les autres
les muscles et les articulations, etc — De toutes, la plus im-
portante est la production thermique développée par la contrac-
tion musculaire.
II. Les conditions deviennent moins favorables à la déperdition
thermique, et par ce fait il se produit une accumulation de cha-
leur, c'est-à-dire une élévation de la température.
Billroth examine en outre les conditions qui peuvent amener la
fièvre :
D'après lui, on peut admettre trois modes d'excitation fébrile :
a. Il se forme dans le sang, sans coopération des nerfs, des mo-
difications qui donnent lieu à une combustion plus active, ou bien
il s'y introduit des substances qui préparent et maintiennent de
pareils changements.
b. Le sang intoxiqué excite les centres nerveux, et c'est alors
que se produit la fièvre.
aa. Le sang intoxiqué excite les nerfs trophiques et ceux-ci à
leur tour agissent directement sur l'activité des processus d'oxy-
dation.
488 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
bb. Le sang altéré excite tous les autres vaso-moteurs et par
leur intermédiaire :
a. La nutrition est activée dans toutes les parties de l'organisme
et par conséquent, tous les processus oxydateurs sont accrus.
6. Il se produit une contraction des artérioles, la -nutrition di-
minue, et la température s'élève par suite des conditions défavora-
bles cà la déperdition du calorique.
c. Le sang n'est pour rien dans l'origine de la fièvre : celle-ci
se produit par une irritation spécifique agissant directement sur
les nerfs périphériques et produisant par voie réflexe l'excitation
des nerfs vaso-moteurs.
Cette analyse un peu schématique a du moins le mérite d'indi-
quer la multiplicité des conditions qui peuvent se présenter.
0. AYeber (Pitha und Billroth's Handbuch der allg. und spec.
Chirurgie, 1. 1, p. 599. 1865) voit dans la fièvre une augmentation'
générale de la nutrition liée à l'élévation thermique, produite par
une altération du sang due à la présence des détritus organiques
faisant office de ferments ; cette augmentation détermine une dé-
croissance rapide du poids du corps. Il est facile de voir combien
celte conception est restreinte et limitée. Si elle est applicable à
quelques cas, elle est inadmissible pour le plus grand nombre.
Tscheschichin, de son côté (Zur Fieber Lehre, 1867 ; in
Deuùchen Archiv fur klinische Medicin, t. II, p. 588), a émis
cette judicieuse hypothèse, que la fièvre est une augmentation mor-
bide de l'activité des centres spinaux consécutive à une affection
(affaiblissement, paralysie) des parties modératrices du cerveau.
D'où une série de processus chimiques acquérant une intensité
qu'ils ne présentent jamais quand les fonctions du cerveau sont
normales. Cette théorie jette un jour nouveau sur certains proces-
sus, mais ne peut être acceptée pour la fièvre en général. Elle
mériterait d'être prise en sérieuse considération dans le cas de
température hyperpyrétique à la période ultime des maladies gra-
ves du système nerveux ou des infections pernicieuses.
Il faut surtout mentionner deux travaux récents sur les propor-
tions respectives de la production et de la perte thermiques dans
la fièvre.
Senator (Virchow's Ardiiv, t. XLV, p. 551) se range du côté de
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 189
la théorie de Traube, tandis que Leyden (Deutsch. Archiv, t. V,
p. 275) arrive par des recherches calorimétriques aux résultats
suivants : la perte thermique est augmentée dans la fièvre, tant avec
une température constante que quand il y a abaissement ou éléva-
tion. L'augmentation de la production thermique est, par consé-
quent, indubitable. Quand la fièvre est extrêmement forte, la perte
thermique est de moitié etmême du double plus grande qu'à l'état
normal. Cette perte est à son maximum dans le stade critique avec
une température qui s'abaisse rapidement ; elle peut, en effet,
dépasser de deux à deux fois et demie et jusqu'à trois fois celle de
l'état normal. Cette défervescence se produit toujours à la suite de
sueurs abondantes et d'évaporation aqueuse, tandis que dans la
période ascendante de la fièvre on ne trouve pas cette transpira-
tion même sur les points de la peau recouverte d'un enduit im-
perméable.
9. Il est certain que ces diverses tentatives faites pour expliquer
la fièvre, ses causes et son processus, ont éclairé un certain nom-
bre de points obscurs, malgré la divergence des hypothèses qui
ont été émises.
La plupart des auteurs de ces théories se sont placés à un point
de vue trop restreint; ils ont presque tous eu le tort de ne consi-
dérer qu'une seule modalité de la fièvre, et l'interprétation qu'ils
en ont donné leur a servi à expliquer le processus général ; ils
ont tous péché par l'excès de vouloir tout expliquer lorsqu'ils au-
raient dû, à cet égard, faire l'aveu de leur impuissance.
La première question qui se pose, à savoir : sur quelle base re-
pose l'élévation thermique anomale? n'est nullement identique
avec cette autre : quelle est la cause essentielle de la fièvre?
La fièvre est un ensemble, un complexus de phénomènes géné-
raux dont l'élévation de la température constitue peut-être l'élé-
ment le plus important; mais il est impossible de déduire es au-
tres phénomènes de celui-ci.
Il faut d'abord que la valeur et la signification des phénomènes
isolés soient d'abord jugés, avant qu'il soit possible d'essayer d'en
concevoir l'ensemble.
Pour ce qui est spécialement de l'état thermique, il est très-
complexe et peut aussi relever de différentes causes.
190 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
Même lorsque la température présente des variations identiques,
il ne faut pas nécessairement admettre que le résultat se soit pro-
duit de la même façon ; il est au contraire extrêmement probable
que la proportion réciproque de production et de perte thermiques
n'ait pas été la même dans tous les cas ou à différentes périodes
d'un seul et même cas, quand bien même la température serait
toujours restée égale.
On ne devrait pas demander quelle est la raison de la modifica-
tion thermique dans la fièvre, mais bien quelle est la cause ou
plutôt quelles sont les causes d'une élévation déterminée de tempé-
rature, chez un individu donné et k un moment précis ou tout
au moins : quelles sont les causes de la modalité thermique dans
une forme morbide, dans une espèce et dans un temps déterminés.
On ne pourra, il est vrai, répondre à cette question que lors-
qu'on aura passé en revue les conditions dans lesquelles se produi-
sent les écarts thermiques pendant la vie (c'est la voie que Bill-
roth a été le seul à suivre) et lorsqu'on aura réfléchi en outre, à
la part qui peut revenir aux diverses causes de ces modifications
de la température dans les différents états pathologiques.
Parmi les écarts thermiques qui sont considérés comme les signes
d'une, maladie constitutionnelle, voici ceux que l'on peut faire en-
trer en ligne de compte :
1° L'élévation de la température générale ;
2° L'élévation thermique de la majeure partie du corps à côté
d'un abaissement de température dans certains points ;
o° L'abaissement de la température générale.
10. L'élévation de la température générale qui constitue le phé-
nomène le plus ordinaire d'une maladie fébrile ayant dépassé son
début, mais n'étant pas encore confirmée, peut résulter, d'après
nos connaissances actuelles sur ce sujet :
a. D'une stase thermique par défaut d'élimination. La perte
moindre de chaleur peut reconnaître différentes causes : mais on
saurait à peine admettre que, pendant une chaleur fébrile prolon-
gée, les conditions, qui rendent possible le maintien d'une chaleur
normalement produite, puissent persister; il faut, au contraire,
supposer que, s'il se produisait jamais un arrêt dans l'élimination
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 191
ordinaire, la production diminuerait bientôt ou bien de nouvelles
voies d'élimination se développeraient.
On peut constater tous les jours le fait suivant : dans la période
de chaleur fébrile, les malades échauffent promptement tout ce
qui les couvre (draps de lit, couvertures), on peut, au contraire,
parfaitement bien s'imaginer qu'un accès fébrile de courte durée
puisse se produire par suite d'une stase thermique et que, pen-
dant le frisson, ce soit le refroidissement défectueux du sang dans
la peau anémiée qui détermine en grande partie l'augmentation de
la chaleur intérieure. Il est, en outre, très-probable que, dans bien
des cas, la température soit accrue aussi en dehors de toute autre
cause, par la stase thermique par défaut d'élimination.
b. On peut encore supposer que, dès qu'il se trouve dans un point
quelconque du corps, un foyer local d'hyperproduction thermique
(hyperthermo genèse) , le surcroît de la chaleur qui en dérive, soit
communiqué par l'intermédiaire de la circulation, au corps tout
entier, et que la température générale en soit ainsi augmentée. —
Les lieux dans lesquels il peut y avoir une hyperthermogenèse sont
les foyers d'inflammation ou d'hyperémie, mais ils sont trop cir-
conscrits, par rapport à l'ensemble de l'organisme et l'on peut
tout au plus admettre que le surcroît de production thermique
locale fasse naître une élévation très-modérée de la température
générale qui, d'ailleurs, à moins qu'il ne survienne de nouveaux
troubles, doit être promptement et facilement compensée par les
voies normales d'élimination.
Il y a, en outre, un fait qui empêche de ramener toute chaleur
fébrile à la simple transmission thermique des processus locaux,
c'est le suivant : dans les pyrexies les plus intenses, dans toutes
les maladies à température extrêmement élevée, la fièvre précède
d'ordinaire le trouble local, tandis que dans le cas où elle lui est
consécutive, on n'observe habituellement que des températures
modérément fébriles. Nous ne voulons pas dire par là que l'hyper-
production thermique locale ne puisse nullement contribuer à
l'élévation de la température générale ; il faut qu'il y ait encore
d'autres troubles dans l'organisme qui empêchent la compensation
de l'apport provenant de l'affection locale.
c. Une élévation delà température générale peut encore sepro-
192 PROCESSUS CONSMTUTIONNELS.
duire par l'activité des processus thermogènes normaux ; il est ce-
pendant très-probable que, dans ce cas aussi, les émonctoires ther-
miques ne permettent pas à la disproportion de prendre une longue
durée ni une grande consistance, à moins que l'organisme ne ré-
cèle d'autres altérations qui entravent l'action de ces agents élimi-
nateurs.
Il faut encore faire observer que nous ne connaissons pas un seul
fait dont on puisse déduire que, dans un cas quelconque de fièvre,
il n'y aurait eu simplement qu'une augmentation et une accéléra-
tion des processus chimiques normaux. Au contraire, les données
que nous possédons sur l'accroissement des produits normaux de
décomposition (acide carbonique expiré, urée), telles qu'elles ré-
sultent de l'examen fait sur les fébricitants, sont en partie très-
divergentes et, d'autre part, ne répondent pas absolument à l'aug-
mentation thermique; la perte de poids que subit le corps dans la
fièvre ne s'accorde pas avec la destruction des parties organiques
qui devrait résulter du surcroît de production thermique.
d. Une élévation générale de la température peut encore avoir
lieu par suite de l'hyperproduction qui résulte de processus chi-
miques plus ou moins étrangers à l'état physiologique ; dans ces
cas, la chaleur produite est tellement abondante que les émonc-
toires thermiques sont impuissants à la compenser, leur action est
d'autant plus faible que l'état pathologique peut avoir entraîné des
troubles dans leur fonctionnement.
Il nous paraît très-vraisemblable que les choses se passent de la
sorte dans de très -nombreux cas de fièvre, mais nous sommes en-
core très-loin de pouvoir préciser ce qui se passe réellement et cal-
culer l'effet produit sur la température.
Il paraît que ce sont les processus suivants qui peuvent se pré-
senter :
1° Augmentation, dans la fièvre, de la combustion d'hydrogène
capable de donner un résultat thermique beaucoup plus considé-
rable que celle du carbone, la chaleur spécifique du premier étant
beaucoup plus grande que celle du second (Auerbach) ;
2° Décomposition organique rapide et étendue qui pourrait dé-
gager de la chaleur, mais ce processus est si promptement mortel
qu'il ne saurait se produire que dans la période ultime d'une maladie
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 193
mortelle, dans le fastigium agonique ou dans les fièvres terminales ;
5° Hyperthermogenèse par contraction musculaire violente et
prolongée, ne produisant pas de travail mécanique (convulsions
toxiques) et amenant ainsi une élévation rapide de la température ;
mais, dans ces conditions, elle ne se produit que dans quelques
cas particuliers et, comme le démontre l'expérience, la compensa-
tion ne cesse de se faire que vers la fin de la maladie, partant, sous
l'influence de conditions nouvelles ;
4° Développement de nouveaux processus (fermentations) dans
les parties organiques, avec dégagement de chaleur et ne dépen-
dant pas nécessairement de l'apport d'oxygène : ces fermentations,
il est vrai, ne sont pas directement prouvées, mais leur existence
est assez probable, bien qu'on ne puisse pas préciser exactement
les maladies qui se rattachent à ces processus, ni dire s'il faut y
rapporter la fièvre déterminée par la transfusion d'un sang de
fébricitant, par l'introduction dans l'économie de produits phleg-
masiques ou de décomposition et jusqu'à quel point on doit admet-
tre dans les cas non mortels, l'hypothèse de processus fermentes-
cibles.
e. Les troubles fonctionnels des nerfs vaso-moteurs, pourvu
qu'ils soient assez intenses et prolongés, doivent presque néces-
sairement influer sur l'état thermique, et cela aussi bien parce
qu'ils peuvent altérer les conditions de production de la chaleur
que parce qu'ils peuvent modifier celles de la perte thermique.
Bien des phénomènes indiquent en effet que, non-seulement dans
le frisson, mais aussi pendant la chaleur fébrile, les vaisseaux ne
sont pas dans leur état normal, et il est à peine possible de déduire
ce fait du seul trouble des contractions du cœur ou de la chaleur
seule.
Il paraît, au contraire, que, dans beaucoup de cas, l'état des vais-
seaux n'est pas la conséquence, mais bien la cause de l'augmentation
de température. Mais tant qu'on ne connaît positivement comme
effet unique et direct de l'excitation des nerfs vasculaires que la
contraction des artérioles, on rencontre d'insurmontables difficul-
tés à faire dépendre la chaleur de l'activité des nerfs vaso-moteurs.
Car la contraction des artérioles n'existe que pendant une très-
courte période de la fièvre et l'idée que leur dilatation, qui engen-
13
m PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
dre l'hyperémie et la calorification, n'est basée que sur la para-
lysie ou du moins sur la faiblesse et l'épuisement des nerfs vaso-
moteurs, peut bien être admise, dans des cas isolés, de fièvre
intense ; mais elle est à peine acceptable pour la majorité des cas.
La difficulté serait en grande partie levée, si la supposition de Schiff
se confirmait. Ce physiologiste admet qu'il y a dans les nerfs vascu-
laires à côté des éléments constricteurs, des éléments de dilatation.
Grâce à cette hypothèse, on s'expliquerait aisément que l'action
première et intense de la cause morbifique produisît d'abord une
excitation de l'appareil vaso-moteur central où les éléments con-
stricteurs prédominent, mais que, plus tard, ou sous l'influence de
causes moins graves, agissant progressivement et d'une façon plus
douce, l'effet fut tel, qu'il ne se manifesterait, au moins de préfé-
rence, que sur les éléments dilatateurs ; de même qu'après une
forte excitation des nerfs locomoteurs, ce sont les extenseurs dont
l'action prévaut, tandis qu'avec une excitation plus faible ou plus
persistante, les contractions sont surtout marquées dans les fléchis-
seurs, et leurs antagonistes restent à peu près dans l'inaction. —
La seconde hypothèse de Schiff supposant l'existence de deux
sphères différentes dans les nerfs vaso-moteurs n'est pas moins,
séduisante ; elle permet de concevoir que l'état de contraction vas-
culaire ne doive pas subsister dans tout le corps en même temps ;
mais qu'elle puisse être circonscrite à la face et aux extrémités.
Elle s'accorde en outre avec plusieurs autres conditions pathologi-
ques, par exemple avec la distribution de la chaleur et du froid sur
la surface du corps, même en l'absence de frisson, avec l'exten-
sion de certains exanthèmes, etc..
f . L'élévation de la température peut encore être l'effet de l'ac-
tivité morbide des centres spinaux, anormalement accrue par la
faiblesse des centres modérateurs du cerveau. — Cet état ne peut
être admissible que dans les cas où il existe encore d'autres signes
d'une suspension de l'influence cérébrale normale, aussi dans les
maladies très-graves, dans les lésions de ia moelle cervicale, dans
certaines fièvres terminales, ne faudrait-il pas rejeter cette expli-
cation qui est, en revanche, inapplicable aux fièvres modérées dans
lesquelles rien n'indique le trouble d'une partie quelconque du
cerveau.
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 195
g. Mais l'élévation thermique peut sans doute être déterminée
aussi par plusieurs des conditions précédemment énumérées agis-
sant à la fois et dans une succession différente ; il est même pro-
bable que, dans la plupart des cas, il existe des combinaisons telles
qu'il est impossible d'attribuer à chacune des causes prise isolé-
ment la part qui lui revient et que rénumération de toutes celles,
qui entrent en action se réduit le plus souvent à une hypo-
thèse.
En réfléchissant à la coopération possible, sinon certaine, de
plusieurs causes, ou conçoit que dans deux cas différents ou à deux
périodes différentes d'un même cas, une seule et même élévation
de la température morbide puisse avoir une toute autre significa-
tion. Pour un égal niveau de température, l'hyperproduction de
chaleur peut être très-variable, selon que les pertes thermiques
sont diminuées, normales ou augmentées ; et il est très-probable
que les effets consécutifs, tels que les troubles fonctionnels et nu-
tritifs seront très-différents, suivant qu'une température élevée se
maintient, parce qu'il reste une hyperproduction énorme de cha-
leur, malgré l'abondance des pertes thermiques ou que la tempé-
rature reste très-haute avec une hyperproduction modérée, parce
qu'il y a en même temps stase thermique. Ces différences peuvent
expliquer comment, avec une élévation thermique également grande
et d'égale durée, tantôt les produits ultimes de la dénutrition sont
considérablement augmentés et la diminution du poids du corps
est très-grande, tantôt ces deux résultats sont à peine marqués.
Les élévations fébriles considérables delà température ne donnent
pas à la main la sensation du degré de chaleur marqué par le,
thermomètre. Parfois et sans que la température de l'individu sou-
mis à l'examen soit pour cela nécessairement plus élevée que dans
d'autres cas, la sensation perçue par la main est celle d'une cha-
leur sèche et brûlante (calor mordax). On peut aussi supposer que
le phénomène de la chaleur mordicante appartient à des cas dans
lesquels l'élévation de la température résulte principalement d'une
production thermique considérablement accrue où, par consé-
quent, la main de l'observateur appliquée sur la peau du malade,
peut moins facilement se mettre en équilibre de température avec
celle-ci, puisque la production surabondante de calorique y est
sans Cesse alimentée. Cette supposition concorde avec ce fait que
196 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
la chaleur mordicante se rencontre de préférence dans les mala-
dies zymotiques.
11. L'élévation thermique de la majeure partie du corps à côté
d'un abaissement dans la température de certaines parties, peut
avoir sa source :
1° Dans une inégale répartition de la chaleur produite dans le
corps ;
2° Dans des refroidissements inégaux résultant des différences
de pertes thermiques dans certains points ; notamment à la péri-
phérie en opposition avec les parties internes où la production
thermique serait toujours augmentée ;
5° Mais surtout dans l'inégale réplétion des vaisseaux.
La différence très-fréquente, mais non constante, enlre la tem-
pérature du tronc, des bras et des cuisses d'une part et celle des
avant-bras, et des jambes d'autre part, trouverait son explication
complète, si l'on supposait avec Schifl l'existence de plusieurs cen-
tres dont les nerfs vaso-moteurs correspondants présenteraient une
inarche différente suivant leurs points d'origine. On pourrait com-
prendre de cette façon pourquoi, au début d'une maladie et même
à son déclin (dans le collapsusdeladéfervescence), les deux grou-
pes de nerfs vaso-moteurs ne sont pas affectés de la même façon
et au même degré ; et comment aussi il peut y avoir un contraste
frappant entre les vaisseaux influencés par eux et par conséquent
entre les températures des parties dans lesquelles ces vaisseaux se
ramifient. Ce n'est pas le frisson que l'hypothèse de Schiff sert à
expliquer; car il peut se manifester sans que cette divergence
thermique existe ; mais elle rend compte d'un phénomène très-
fréquent du frisson; c'est le contraste du froid des avant-bras et
des jambes avec la chaleur du tronc.
Il est très-probable aussi que la différence des causes de l'iné-
galité de répartition thermique dans l'organisme- a une significa-
tion très-précise. — Dans le frisson et dans le collapsus, les mala-
des présentent un élat très-différent bien que dans les deux cas le
contraste entre le niveau des températures du tronc et des extré-
mités puisse paraître complètement égal. Il est permis de supposer
que les autres symptômes se combinant avec le phénomène de la
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 197
divergence des températures, résultent plutôt de la différence des
causes que du degré de leur action et l'on peut admettre que
même quand cette différence n'apparaît pas, parce que les causes
ont été trop faibles, il se rattache cependant à ces dernières des
conséquences correspondantes.
12. L' abaissement de la température générale peut résulter:
1° De la diminution dans la production de chaleur ;
2° D'un excédant de pertes thermiques ;
3° De la combinaison de ces deux éléments.
Un pareil abaissement au-dessous de la norme peut se produire,
après une température normale ou élevée, et dans ce dernier cas,
une diminution thermique qui n'atteint pas le niveau normal, peut
avoir la même signification et les mêmes conséquences que pré-
sente, dans d'autres circonstances, la chute de la température à
des degrés sous-normaux.
Dans la plupart des cas, sinon dans tous, il est entièrement im-
possible de préciser exactement, ni même d'une façon approxima-
tive, la part qui revient à l'amoindrissement de la production de
chaleur et celle qui incombe à l'augmentation de la perte. Mais on
pourra parfois conclure à la cause principale delà diminution ther-
mique, des conditions même du cas, de la rapidité de l'abaisse-
ment de la température et surtout de l'efficacité des médicaments
mis en usage.
15. Les autres phénomènes du frisson, de la chaleur fébrile et
du col lapsus présentent un complexus très-varié de troubles fonc-
tionnels et en partie aussi de modifications chimiques et histolo-
giques. Quelques-uns de ces phénomènes pourront bien se ratta-
cher à la température, mais il en restera toujours un grand nombre
qui indiqueront que, dans ces processus, les organes les plus va-
riés du corps subissent des modifications anomales sous l'influence
directe de la cause morbide; et l'action réciproque des troubles
qui se présentent de la sorte, est si intime qu'il doit y avoir des
dépendances mutuelles multiples et qu'en ce qui concerne les rap-
ports particuliers de la température avec les autres phénomènes
pathologiques, elle peut sans nul doute être influencée par eux.
198 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
Si, par exemple, il est positif que l'élévation de la température
produit certaines modifications clans les contractions cardiaques et
dans la respiration, il n'est pas moins sûr que les troubles car-
diaques et respiratoires exercent à leur tour leur influence sur la
la température.
D'après l'inextricable chaos d'influences et d'actions diverses,
il semblerait que leurs résultats et leurs conséquences soient vrai-
ment incalculables, si dans les maladies, les phénomènes patholo-
giques n'étaient soumis à certaines lois que nous pouvons décou-
vrir par des observations exactes et multipliées, mais que nous
n'approfondirons probablement jamais.
14. Ainsi, le frisson se présente comme un complexus initial,
rarement comme terminaison générale, dans certaines formes
morbides et dans certains accès à répétition. Chez les uns, il se
montre presque régulièrement ; chez d'autres, il faut pour qu'il
se produise une certaine intensité de la maladie ou une certaine
prédisposition de l'individu. Si cette dernière existe à un haut
degré, des formes morbides qui, d'ordinaire, n'ont pas de période
de frisson, peuvent commencer par une semblable période et
même au milieu de la maladie, il peut se présenter un frisson tel,
qu'il n'a lieu d'ordinaire que dans les maladies récentes ou dans
les nouveaux accès.
Sans doute le frisson se produit le plus sûrement dans les cas où
la température du tronc monte si rapidement, que, dans un court
espace de temps, il s'y établit un contraste considérable avec la
température des extrémités arrêtée dans son ascension ou même
en décroissance. Mais il n'est pas toujours forcément lié à cette
condition. Chez les hommes dont l'impressionnabilité est faible ou
chez ceux dont elle a été diminuée par des médicaments (quinine)
ou par certains états morbides, il peut ne pas survenir malgré une
augmentation rapide de la température du tronc. Chez les hommes
excitables, au contraire, il ne faut pas de contraste si considérable
pour le produire ; cette disposition même des parties centrales qui,
d'ordinaire, est déterminée par la divergence des températures
peut sans doute être aussi amenée par d'autres causes. — Puisque
même à l'état de santé, la sensation du frisson est provoquée par
des modifications légères ou subites de la chaleur objective du mi-
PROCESSUS CONSTITUTIONNELS. 199
lieu ambiant (courant d'air, transition en été d'une chaleur atmo-
sphérique de 50° à une température de 22°). Ici aussi la prédispo-
sition individuelle au frisson montre des différences très-considé-
rables suivant les individus.
15. Le frisson fébrile est l'expression d'un rapide développe-
ment de conditions nouvelles et spécialement de celles à tempéra-
ture ascendante, mais dans la chaleur fébrile les conditions sont
plus ou moins arrivées à un certain équilibre relatif qui n'est pas
celui du niveau de l'état de santé. Mais un équilibre tel, qu'il est
déterminé par les processus pathologiques qui se sont produits,
équilibre dans lequel, ou bien la température persiste dans des
élévations sus-normales ou du moins accuse des fluctuations
diurnes à élévations plus ou moins considérables, surpassant de
beaucoup les élévations diurnes de l'état normal. — On conçoit
que dans les cas où cet équilibre relatif se rétablit progressivement
ou dans lesquels même avec une augmentation de température, il
conserve toujours un certain degré et une certaine stabilité, le
passage de l'état de santé à l'état fébrile, puisse se faire sans pé-
riode de frisson et que la chaleur fébrile puisse être primitive ou
n'èlre précédée que de vestiges de frissons (frissonnements) .
Le maintien d'un certain équilibre de la température dans le
cours de la maladie n'exclut pas la possibilité de fréquentes
modifications de niveau, pourvu qu'elles ne soient pas trop rapi-
des, elles peuvent n'avoir d'autre conséquence que l'augmentation
ou la diminution des autres phénomènes. — Si une nouvelle élé-
vation rapide se présente et que la température en différents en-
droits soit inégale, le frisson peut se présenter de nouveau.
16. Les collapsus se manifestent, soit comme des phénomènes
relativement primitifs (sous l'influence de certaines causes), soit
accidentellement comme des modifications de courte durée dans
le cours de la chaleur fébrile ou bien à l'issue léthale de la mala-
die ou enfin au moment de la guérison.
Le collapsus relativement primitif auquel se rattache aussi le
collapsus de frisson ( c'est-à-dire celui qui se présente parfois pen-
dant des accès de froid très-intense) dépend sans doute essentiel-
lement d'une certaine influence sur le système nerveux ; à côté de
200 PROCESSUS CONSTITUTIONNELS.
cela il y a des pertes thermiques rapides (ordinairement avec des
sueurs profuses) et sans qu'il y ait compensation par hyperther-
mogenèse.
Le collapsus accidentel pendant la chaleur fébrile n'est souvent
que la conséquence d'influences particulières ou de prédispositions
individuelles; ou bien il est déterminé par des conditions dans la
marche de la maladie produisant d'abondantes pertes thermi-
ques qui ne peuvent pas, vu là circulation incomplète et malgré
l'hyperproduction continue, se compenser simultanément dans
tous les points du corps et surtout à sa périphérie.
Il se présente donc principalement quand les contractions car-
diaques affaiblies ont été accompagnées de sueurs abondantes.
Le collapsus de l'agonie peut reconnaître les mêmes causes : ou
bien résulter de ce que la production thermique est tombée au-
dessous du niveau normal par suite de la marche même de la ma-
ladie.
Le collapsus de la convalescence ne se présente que quand il y
a un brusque abaissement de la température auparavant très-éle-
vée ; que cette chute soit détinitive ou qu'elle soit le prélude de
nouvelles élévations. Ici c'est la thermogenèse qui doit avoir été
suspendue, mais sans doute les pertes de chaleur ont été aug-
mentées (sueurs). La nature favorable de ce processus est garantie
par ce fait : que, dans la terminaison de l'évolution morbide, la
compensation des pertes peut bientôt se rétablir, puisque les pertes
thermiques augmentées elles-mêmes ne sont plus maintenues par
un état morbide persistant.
VIII
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉIÊIOLOGIQUE
1. Une mensuration pratiquée une fois seulement est toujours
un moyen insuffisant. La mensuration isolée ne permet presque
jamais par elle-même de formuler que des conclusions incertaines.
Elle peut, par occurrence, coïncider avec une période qui présente
des caractères thermiques décisifs, mais elle peut aussi se présen-
ter à un moment où la température ne fournit aucune indication
importante. Cependant, c'est avant tout elle qu'il faut connaître
dans sa signification ; car :
a. Elle peut décider si un individu est probablement bien por-
tant ou sûrement malade, si ses plaintes sont simulées ou dûment
justifiées, si des troubles sont méconnus ou s'il n'y a pas lieu de
les soupçonner avec juste raison.
b. Dans un trouble subit, indépendant d'une maladie locale,
confirmée el essentielle, elle peut révéler la présence et le degré
de ce trouble.
c. Si c'est la première mensuration dans une maladie, une ap-
préciation rigoureuse et précise est assez importante ; pratiquée
avec certaines précautions, elle donne aussitôt la clef de l'espèce
morbide en question et indique plus sûrement encore l'absence de
certaines formes.
d. Surtout en prenant en considération toutes les autres con-
202 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.
ditions du même cas, une mensuration isolée peut même donner
des éclaircissements sur le diagnostic et le pronostic.
e. La connaissance d'une température isolée, en dehors du cours
général de la température est un élément important qui, inter-
prété d'après les règles précises de l'expérience, peut fournir de
précieuses indications.
f. Enfin l'appréciation d'une température isolée est déjà néces-
saire par cette seule raison que le cycle thermique général se
compose d'une série de températures isolées et que, par consé-
quent, l'importance de toute température isolée pour les conclu-
sions à tirer du cours général est la suprême base de toutes les
règles expérimentales.
Plus les conséquences qu'on doit tirer d'une mensuration isolée
sont importantes, plus elle doit naturellement être précise, plus on
doit se mettre soigneusement à l'abri de toute erreur. Bien que dans
une analyse continue de la marche thermique et dans un cas qui
n'admet pas beaucoup de doutes, l'exactitude extrême importe
peu au point de vue purement pratique, on conçoit cependant que
lorsque c'est sur une mensuration isolée que se fondent les conclu-
sions, leur justesse dépende surtout de l'exactitude de cette mensu-
ration, même toutes les mesures de précautions contre une erreur
reconnue, soit par l'instrument, soit par le procédé, doivent être
prises, si l'on veut accorder aux résultats d'une mensuration isolée
une valeur décisive dans l'appréciation ; mais même dans ces cas
on peut affirmer que les centièmes de degré importent peu, que
même le plus souvent une erreur d'observation d'un dixième
et même de plusieurs dixièmes ne pèse pas trop dans la balance
et que les conclusions décisives n'en sont souvent pas essentielle-
ment altérées.
2. Nous avons dit au § 5 que les températures observées sur
l'homme vivant ne dépassent pas, à de rares exceptions près, un
cycle de huit degrés, le minimum de la température générale,
ne peut d'ailleurs pas être précisé, même approximativement;
c'est précisément dans les degrés inférieurs que les erreurs d'ob-
servation se présentent le plus facilement et une température
excessivement basse dans les parties accessibles à la mensura-
DE LA MENSURATION ISOLEE, SA VALEUR SEMEIOLOGIQUE. 203
tion, quelque bien abritées qu'elles soient, ne permet nulle-
ment de conclure à une égale diminution de température des
organes internes et du sang. Dans la grande majorité des cas, la
température de la cavité axillaire bien close dépasse 55°, et il est
déjà extrêmement rare d'observer un abaissement thermique al-
lant jusqu'à 58° ou même 52°, et dans les cas isolés de choléra où
l'on a trouvé à la face du corps des températures de 26° et au-
dessous, on peut supposer, d'après d'autres observations faites
dans la même maladie que la chaleur dans le rectum et dans leva-
gin auront été essentiellement plus élevées. — Dans ces derniers
temps, Lôwenhardt (Allg. Zeitschr. fur Psych., t. XXV, p. 685.
1868) a rendu compte de quatre cas de manie dans lesquels il a
observé les plus basses températures qui aient été observées : avant
la mort, et quelques jours même avant, les malades présentaient
25°,5, 25°,75 et 28°.
Il s'agissait d'individus d'un âge avancé qui quittaient souvent
leur lit pendant la saison froide, se promenaient tout nus, qui
avaient pris des bains réitérés et chez lesquels l'inanition avait été
presque complète, la fréquence du pouls était tombée dans un cas
à 45 et dans un autre même à 25 par minute.
Magnan {Gaz. des Hôpït., n° 82. 1869) prétend avoir trouvé
26° C. dans le vagin d'une femme adonnée à l'ivrognerie qui avait
couché en plein air pendant une nuit entière, exposée à une pluie
glaciale. Deux jours après elle était rétablie. — Le maximum de
température trouvé sur un homme vivant n'a pas encore dépassé
jusqu'ici positivement 44°, 75 (dans un tétanos observé par moi).
Les élévations même approchant de celles-là n'ont été que rare-
ment observées (abstraction faite de données fabuleuses) .
Ainsi, Currie a trouvé chez un scarlatineux 44°, 45. — Simon
(Charité s Annalen, t. XIII, Bd. 8. 1865) a trouvé dans un cas de
variole hémorrhagique 44°, 5 (il est vrai qu'il n'a fait la mensuration
qu'après le décès). Lehmann (Schmidt's Jahrbùcher, 159, p. 256)
a trouvé dans un cas de tétanos 44°, 4 avant la mort. Quincke (Berl.
Klin. Wochensch., n° 29. 1869) dans un rhumatisme aigu 44°, 5.
Brodie, dans un cas de déchirure de la moelle cervicale inférieure,
45°, 9. Moi-même, j ai observé plusieurs cas où la température ap-
prochait et atteignait même 44°. Après la mort, on peut parfois
trouver une température encore plus élevée. Ainsi, dans le cas
204 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.
mentionné de tétanos elle était de 45°, 57 5, 57 minutes après la
mort.
Même des températures variant entre 42°, 5 et 43°, 5 doivent être
rangées parmi les cas rares et ne se produisent que dans des cir-
constances toutes spéciales.
Dans la grande majorité des maladies, même de celles à issue
jéthale, la température ne dépasse même pas 41°, 5. Tant sont
étroites les limites entre lesquelles se meuvent les différences de
quantité dont on ne peut tirer les conclusions les plus décisives !
5. Ce qui importe avant tout, c'est la constatation aussi sûre
que possible d'une température apyrétique, c'est-à-dire d'une tem-
pérature axillaire au-dessous de 58° (= 50°, 4 R.). Elle prouve
qu'au moins au moment de l'observation il n'y avait pas de fièvre,
mais il faut bien considérer ici que plus la température approche
de cette limite, plus on peut supposer que dans d'autres moments
elle a pu la franchir ; mais aussitôt qu'une température est limi-
trophe de la fièvre, on ne peut pas se dispenser de faire des men-
surations multiples.
Avec tout cela, il n'y a naturellement pns de point fixe qui sé-
pare nettement l'état apyrétique de l'état fébrile. Sur la limite
même de ces deux états, il peut dépendre de circonstances acces-
soires, que l'on ait lieu d'admettre fa fièvre ou non. On penchera
plutôt pour l'affirmative, si le degré thermique en question se
présente le matin à jeun, après un décubitus prolongé, si c'est
le soir ou vers midi, après le déjeuner ou après l'ingestion de
boissons spiritueuses, après l'exercice, etc.
Pour décider de la présence de la fièvre, il faudra aussi faire
entrer en ligne de compte les autres phénomènes.
On peut regarder comme suspectes de fébrilité toutes les tempé-
ratures qui dépassent 58°. Jusqu'à 58°, 4 on peut encore considérer
la température comme l'indice d'un léger mouvement fébrile,
mais celles qui dépassent ce chiffre sont positivement pyrétiques.
Pour savoir si la fièvre est modérée, forte ou violente, il faut
considérer en premier lieu les heures du jour dans lesquelles l'ob-
servation a été faite. A niveau égal, les températures prises le ma-
tin et pendant le temps de la rémission habituelle, sont de toutes
les plus importantes.
DE LA. MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 205
Quelquefois il se présente des températures qui dépassent même
de beaucoup les sus-fébriles, et que l'on ne saurait cependant
considérer comme l'expression d'une fièvre excessive, mais qui,
au contraire, se présentent précisément dans des conditions qui
ne correspondent pas au développement fébrile, soit qu'il manque
les phénomènes que l'on range habituellement dans ce processus,
soit que leur développement ne soit pas proportionné à l'élévation
fébrile. Ces températures peuvent s'appeler liyperpijrétiqiies.
Une élévation de plus de 41° permet déjà de soupçonner qu'il
ne s'agit plus simplement de la fièvre. A mesure que la tempéra-
ture augmente, ce soupçon grandit et notamment dans des éléva-
tions dépassant 41°, 5 (52°, 2 R.), il touche presque à la certitude.
Les conditions dans lesquelles les températures extrêmes se pré-
sentent sont d'ailleurs fort diverses :
a. Elles peuvent se produire dans certaines maladies spéciales,
qui sans doute sont de nature infectieuse, mais qui, en partie,
malgré une température élevée sont tout à fait sans danger, et en
partie du moins ne présentent pas le danger auquel on pourrait
s'attendre d'après l'énorme élévation thermique. Ce sont les fiè-
vres intermittentes maremmatiques et la fièvre récurrente. Dans
les premières, la température monte d'ordinaire à 41° et même
au-dessus pendant très-peu de temps, mais le plus souvent par
des accès répétés, sans qu'il y ait aucun danger. Dans la fièvre ré-
currente, on trouve quelquefois des élévations allant jusqu'à 42°
et même à quelques dixièmes au-dessus dans les cas favorables.
Dans cette maladie l'élévation au-dessus de 41° peut durer un peu
plus longtemps que dans la fièvre palustre, mais rarement au delà
de plusieurs jours.
b. Ce n'est que très-exceptionnellement et d'une façon tout à
fait passagère que l'on trouve des élévations de 41° et au-dessus ;
aussi, dans d'autres maladies fébriles, bénignes en elles-mêmes et
qui se terminent aussi par la guérison.
Le plus souvent on ne peut pas expliquer cette élévation. Par-
fois elle précède immédiatement la crise (perturbatio critica) .
c. Il y a des maladies auxquelles on ne saurait assigner d'autre
caractère principal commun que la malignité ; tantôt ce sont des
maladies infectieuses bien définies, tantôt, leur caractère in-
206 DE LA. MENSURATION ISOLÉE, SA. VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.
fectieux n'est pas démontrable. Dans ces maladies on voit souvent
la température s'élever extrêmement sans qu'on puisse savoir si
cette élévation extrême est la cause ou l'effet de la malignité.
Ces cas se présentent le plus souvent dans le typhus, les exan-
thèmes aigus, la pyémie, l'hépatite parenchymateuse, la pneumonie
maligne, la fièvre puerpérale, la méningitedela convexité et les af-
fections rhumatismales mortelles. — Dans toutes ces maladies,
l'élévation delà température se fait parfois d'une façon assez brus-
que et ne se maintient que rarement pendant plusieurs jours à la
même hauteur. Le degré de la température est souvent dans ces
cas, décisif pour le pronostic. Si la température monte jusqu'à
41°, 5 (58°, 2 R.), les chances de guérison sont déjà faibles, et si
elle monte à 41°, 75, la mort est presque sûrement à craindre.
cl. Dans plusieurs cas morbides et précisément dans ceux qui
ne sont pas essentiellement fébriles, la température s'élève énor-
mément dans les dernières heures de la vie, dépassant dans de ra-
pides élévations 41°, allant jusqu'à 42°, 5 et au-dessus et même jus-
qu'à 44°.
Ce sont là des maladies dans lesquelles le système nerveux cen-
tral est principalement affecté et a souvent déjà été atteint d'une
affection grave avant l'élévation thermique.
Le tétanos, en première ligne, se présente de cette façon, jpuis
viennent l'épilepsie, l'hystérie à terminaison mortelle, les affec-
tions inflammatoires du cerveau et de la moelle ainsi que les bles-
sures de la moelle cervicale ; mais incidemment aussi des mala-
dies où l'on n'avait d'abord constaté aucun trouble du système
nerveux.
Quant aux températures de collapsus, il faut bien remarquer que
la notion de collapsus n'est pas identique avec celle de température
collapsique. 11 peut se présenter une température de collapsus,
sans tous les autres phénomènes collapsiques, et parfois ces phé-
nomènes peuvent exister sans élévation de la température du
tronc.
4. Les déductions tirées spécialement au point de vue du dia^
gnostic et du pronostic d'une élévation absolue de la température
sont presque toujours fautives, si on ne tient pas compte en même
temps des autres signes. — Il n'y a que les degrés thermiques
DE LA MENSURATION ISOLEE, SA VALEUR SEMEIOLOGIQUE. 207
extrêmement hauts ou bas qui, en eux-mêmes, soient des indices
sûrs du danger et de l'imminence de la mort. Mais encore ici avec
cette restriction que dans certaines formes morbides spéciales, des
élévations thermiques qui, dans d'autres circonstances, passe-
raient pour des signes positifs d'agonie présentent une significa-
tion plus favorable.
Ainsi, dans les typhus abdominal et exanthémique, les malades
supportent des températures plus élevées que dans la pneumonie ;
dans la scarlatine, des élévations plus considérables que dans la
rougeole. Mais tandis que dans toutes ces formes morbides, une
élévation de 42° ne donne presque plus d'espérances, dans le typhus
récurrent elle ne présente pas encore de dangers en elle-même. La
température la plus élevée dans un cas suivi de guérison a été ré-
cemment indiquée par Mader (séance de la Société royale de mé-
decine. Sitzung de K. K. Gesellschaft (1er Aerzte, 5 juin 1868)
chez un soldat revenu du Mexique et qui avait été affecté d'abord
de fièvre intermittente irrégulière, la température serait montée
à 48°, 5 ? après des hémorrhagies répétées, faiblesse extrême, ob-
tusion de l'ouïe; c'est la transfusion du sang qui l'aurait sauvé et
déjà le lendemain la température aurait été presque normale (Wie-
ner Wochenblatt, t. XXIV, p. 255).
Comme déjà nous l'avons mentionné page 42, Lewig a observé
des cas d'insolation présentant une température de 42°, 8 avec issue
heureuse. Parmi mes observations, je ne me rappelle pas une seule
(excepté deux cas de fièvre récurrente à 42°, 2) qui, ayant dépassé
l'élévation de 42°, 125 (55°, 7 R.) (frissons violents dans le cours
d'un typhus abdominal) se soit terminée par la guérison.
La limite inférieure de la température, compatible avec la vie,
peut encore moins positivement être indiquée. La température la
plus basse notée dans mes observations pour les cas de guérison
est de 55°, 5 (26°, 8 R.) avec 62 pulsations par minute (dans le col-
lapsus de défervescence d'un typhus abdominal).
5. Dans tous les degrés moins extrêmes, il faut d'abord prendre
en considération les autres conditions du cas.
Avant tout, c'est 1 'individualité du malade qui doit entrer en li-
gne de compte.
Chez les enfants, la température a, en général, la même signi-
208 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.
fîcation que chez les adultes ; mais ce qui les distingue, c'est que
la température offre chez eux des variations plus grandes et plus
brusques que chez les individus d'un âge avancé. Les oscillations
sont plus rapides, et dans les maladies fébriles, on constate une
élévation précoce et une moyenne thermique un peu plus élevée
que chez les adultes. Les influences accidentelles agissent égale-
ment avec plus de promptitude et d'intensité sur la température.
Si on trouve, par conséquent, chez un enfant une température
très-fébrile, elle n'a pas, en général, une signification aussi sé-
rieuse que chez la plupart des adultes, même, abstraction faite de
la fièvre intermittente palustre, elle peut appartenir à une affec-
tion paroxystique de très-courte durée, ou même elle se présente,
sans indiquer un danger pressant, dans des maladies où elle au-
rait, chez l'adulte, un pronostic presque fatal. Il est vrai qu'une
élévation considérable engage aussi chez un enfant, à la surveil-
lance la plus attentive ; mais on voit assez communément des élé-
vations très-considérables qu'on a trouvé après quelques heures
de maladies, après une demi-journée ou une journée, retomber à
l'état normal ou du moins céder le pas à une élévation modérée ;
ce qui est surtout très-particulier à cet âge, ce sont notamment des
accès fébriles éphémères sans grande portée. — il ne faut donc
pas tirer trop rapidement des conclusions de la première observa-
tion chez les enfants, même quand elle fait constater une éléva-
tion très-considérable.
A cet âge aussi, il peut se montrer des températures plus ou
moins élevées à certains points d'une marche morbide où, chez les
adultes, la température est habituellement normale ou peu élevée.
Même dans la convalescence, on voit parfois des élévations ther-
miques considérables, surtout après des efforts musculaires.
Les vieillards et les hommes d'un certain âge présentent d'or-
dinaire dans leurs maladies des températures d'un demi-degré
jusqu'à 1 degré au-dessous de la moyenne, et même au-dessous
de la minima, de celle que présenterait la même forme morbide
chez des individus plus jeunes. — Et pour les maladies fébriles,
l'âge mûr commence assez tôt ; à une époque que l'homme sain
compte encore parmi les plus belles années, chez les uns, un peu
plus tôt, chez d'autres, un peu plus tard.
Vers la cinquantaine, les élévations thermiques montrent déjà
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 209
le caractère sénile dans les maladies fébriles et il y en a beau-
coup où les modifications imprimées par l'âge se font déjà perce-
voir vers la quarantaine.
Ce caractère sénile est si particulier que, une fois le diagnostic
porté par une autre voie, on peut, pour ainsi dire, reconnaître l'âge
par l'élévation thermique. Au contraire, quand on ne prend pas
en considération l'âge avancé, une élévation modérée peut aisé-
ment induire en erreur sur la forme et la gravité de la mala-
die, surtout à la première mensuration ou avant que le diagnos-
tic ait été établi. D'un autre côté, les hommes d'un certain âge
ont une tendance marquée à des températures de collapsus, et
celles-ci atteignent quelquefois chez eux un abaissement considé-
rable.
Voir quelques travaux sur la température des vieillards fébri-
citants, deCharcot (De V état fébrile chez les vieillards, in Gaz. des
Hop. 1867, n° 69-74) et de Bergeron (Recherches sur la pneu-
monie des vieillards, 1866).
Beaucoup de femmes et aussi des hommes dont la constitution
physique et psychique est quelque peu irritable, et pour ainsi dire
féminine, présentent aussi une modalité thermique tout à fait
analogue à celles des enfants. C'est surtout chez les personnes dé-
licates, sensibles, nerveuses, de constitution hystérique que se
montrent des élévations thermiques brusques et considérables à
la moindre occasion et même en apparence sans aucun motif ou
bien se maintiennent pendant une durée de temps extraordinaire-
ment longue. Mais quand, chez ces individus, la température éle-
vée n'est pas accompagnée d'autres symptômes décisifs, il faut
suspendre son jugement. En tout cas, une élévation inaccoutumée
de la température devra faire continuer avec soin l'observation.
6. Pour tirer profit des résultats d'une mensuration, il faut
faire grand cas de l'heure de la journée à laquelle l'observation est
faite et déduire de ce fait les fluctuations diurnes.
Pareillement, il ne faut jamais négliger le temps de la diges-
tion qui cause, d'ordinaire, une augmentation de température
beaucoup plus considérable chez les malades qu'à l'état de santé ; il
faut également tenir compte de toutes les autres influences acci-
dentelles dans une mensuration isolée. — Je noterai enfin que
' 14
210 DE IA MENSURATION ISOLÉE, SA. VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.
les mensurations faites sur des malades qui viennent de subir un
déplacement, sont toujours incertaines, car le transport peut
aussi bien élever la température que l'abaisser.
7. Il est très-important dans une mensuration isolée, surtout
quand elle ne fournit pas de résultats absolument décisifs, d'ob-
server attentivement les autres phénomènes qui se présentent et
d'examiner notamment s'ils s'accordent ou s'ils sont en contra-
diction avec les résultats thermiques.
Pour juger, à son vrai point de vue, les rapports de la tempéra-
ture avec les autres phénomènes pathologiques d'une maladie, il
faut toujours se souvenir que ces rapports sont extrêmement va-
riables :
a. Les troubles thermiques peuvent être déterminés par la ma-
ladie d'un organe qui, en lui-même, présente des phénomènes
plus ou moins caractérisés. Dans ce cas, les modifications de la
température sont le résultat d'une maladie locale.
b. Les écarts thermiques et un plus ou moins grand nombre
d'autres phénomènes ont leur source commune dans une cause
déterminée, telle qu'une infection, une intoxication ou tout au-
tre influence morbifique.
c. Les modifications thermiques et en particulier celles qui pré-
sentent un écart considérable ou une longue durée, produisent
déjà par elles seules, des troubles fonctionnels plus ou moins accu-
sés, et quand elles persistent pendant longtemps, elles peuvent
entraîner des altérations histologiques, de sorte que dans la fièvre
intense aussi bien que dans le collapsus, il peut se produire une
série de phénomènes pathologiques qui sont sous la dépendance
exclusive de l'excès même de la température et qui portent sur la
circulation, la respiration et les sécrétions et même sur le système
nerveux. Mais ici encore il ne faut pas négliger cette circonstance
qu'il n'existe pas de parallélisme absolu entre les degrés d'éléva-
tion ou d'abaissement de la température et le reste des phénomè-
nes morbides. On sait, en effet, par expérience que les troubles
nerveux les plus intenses coïncident plutôt avec des changements
brusques de l'état thermique qu'avec une marche uniforme et con-
tinue de la température.
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 211
cl. Il y a enfin une foule de circonstances qui peuvent déterminer
un désaccord entre un ou plusieurs symptômes et les modalités de
la température.
Dans chaque cas particulier, il s'agit d'abord de savoir jusqu'à
quel point la température constatée s'accorde avec les autres phé-
nomènes. — Si elle est en harmonie avec l'ensemble de l'état gé-
néral du malade, avec chacun des phénomènes pris séparément et
si elle est conforme au genre, au degré et au caractère de la mala-
die, elle est alors la plus éclatante et à la fois la plus précieuse con-
firmation du diagnostic.
Si, au contraire, on observe un contraste entre l'élévation ther-
mique et les autres phénomènes, il faut, en tout cas, attribuer la
plus grande importance à la température, lorsque ses écarts sont
assez notables pour primer toutes les autres manifestations symp-
tomatiques. Mais si l'écart thermique est, au contraire, plus faible
que ne permettrait de le supposer l'intensité des autres phéno-
mènes, il faut en premier lieu vérifier le résultat thermique lui-
même, puis diriger son attention sur les influences accidentelles,
thérapeutiques ou autres, qui peuvent être survenues et qui sont
capables de faire baisser la température ou d'accroître l'intensité
des autres phénomènes.
En outre, pour bien juger du désaccord qui existe entre une
modification thermique légère et d'autres phénomènes très-graves,
on doit se demander si l'on n'a pas affaire à quelque forme mor-
bide particulière ou à quelque période delà maladie, précisément
caractérisée par ce contraste.
Si aucune des précédentes explications n'est admissible, on peut
en se fondant sur ce désaccord symptomatique, être certain qu'il
n'existe aucune maladie intercurrente dont on aurait pu de prime
abord supposer la présence, ou bien que l'affection est déjà arri-
vée à un stade avancé ou qu'il est survenu des complications.
Un abaissement thermique très-marqué peut indiquer que le
malade est près d'entrer dans la période de collapsus.
8. Lorsque c'est Y état général qui est en désaccord avec la tem-
pérature, en ce sens qu'il est dans des conditions plus ou moins
fâcheuses, tandis que la température se maintient à peu près à son
taux normal, il peut bien exister un trouble dans l'organisme,
212 DE LA MENSURATION ISOLEE, SA VALEUR SEMEIOLOGIQUE.
mais il n'offre jamais un notable degré d'acuité, quand bien même
la maladie serait à son début. Si donc un malade accuse de vives
souffrances, tout en présentant une température normale, on a
tout lieu de croire qu'il simule ou qu'il exagère son état.
Quand, au contraire, l'état général est satisfaisant tandis que les
écarts thermiques sont considérables, on peut précisément conclure
de ce contraste, que la maladie doit probablement être grave et
dangereuse. C'est surtout dans les typhus et dans les maladies in-
fectieuses que se montre ce désaccord.
Dans les maladies fébriles graves, au moment des crises favora-
bles, le malade accuse un sentiment de malaise extrême, tandis
que sa température devient normale ou sous-normale, surtout
quand la défervescence dégénère en collapsus. Dans ce cas, il ne
faut pas se laisser induire en erreur par le mauvais état apparent
du malade et l'on peut être sûr qu'il vient d'entrer en convales-
cence
9. Très-souvent, il n'y a pas d'harmonie entre la température
et la fréquence du pouls.
On peut admettre que, dans les états fébriles des adultes, une
température légèrement fébrile correspond en général à une fré-
quence du pouls représentée par 80-90 pulsations, une tempéra-
ture plus pyrétique équivaut à 108-120 pulsations. Ce dernier
chiffre est dépassé dans le cas de températures hyperpyréliques.
Mais toutes ces évaluations n'ont qu'une valeur approximative.
Chez les enfants et chez les individus faibles ou nerveux les rap-
ports sont tout différents et la fréquence du pouls est, en général,
beaucoup plus considérable.
Une fréquence de pouls légèrement amoindrie, proportionnelle-
ment à l'élévation de la température, peut être considérée comme
un indice favorable; elle révèle, en effet, le calme du système
nerveux ; mais le pouls ralenti avec une température très-haute,
dénote la présence de conditions particulières qu il faut recher-
cher par d'autres voies. Ainsi, il peut y avoir : compression du
cerveau, rétention des éléments biliaires dans le sang, action
spéciale de médicaments qui ralentissent le pouls, etc....
Un pouls dont l'accélération n'est pas en rapport avec le degré
thermique trahit des perturbations du cœur produites, soit par
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SËMÉIOLOGIQUE. 215
des lésions de cet organe, soit par des affections des voies respira-
toires, du thorax ou de l'abdomen, ou enfin de simples troubles
nerveux. Mais il ne faut pas négliger ce point important : à savoir
que, chez beaucoup de malades, tout mouvement si modéré qu'il
soit, peut augmenter considérablement la fréquence du pouls.
Il résulte donc de tout ce qui précède que, l'accélération du
pouls est une mauvaise pierre de touche de l'état fébrile.
En général, l'élément à la fois le plus important et le plus déci-
sif est presque toujours celui qui présente la plus grande gravité :
ainsi, quand il y a eu en même temps grande fréquence du pouls et
élévation modérée de la température, c'est le premier terme qui
a le plus d'importance ; si une accélération modérée du pouls se
joint à une grande élévation thermique, c'est cette dernière qui
doit surtout être prise en considération. L'état du malade est d'au-
tant plus grave que le contraste entre ces deux manifestations pa-
thologiques est plus accusé.-
En revanche, une faible augmentation de fréquence du pouls
combinée avec une température sous-normale n'aggrave nullement
le pronostic.
10. La fréquence de la respiration est encore moins en rapport
avec le degré thermique. Dans les basses températures de collap-
sus, la respiration est ordinairement accélérée, sans qu'il soit pos-
sible d'établir une règle à cet égard, pas plus que pour les tempé-
ratures hyperpyrétiques. A côté des cas où la respiration est fré-
quente, on en trouve assez souvent d'autres dans lesquels elle
descend au-dessous du niveau normal.
Avec une température approximativement normale, aussi bien
qu'avec une fièvre très-légère, la respiration en elle-même est à
peine influencée; c'est seulement chez les enfants que l'on trouve
parfois une fréquence accrue même dans les cas de fièvre légère.
Par conséquent, toutes les fois qu'un état légèrement fébrile sera
accompagné d'accélération respiratoire, il faudra soupçonner la
présence de conditions locales produisant ce phénomène.
Dans la fièvre de moyenne intensité, on observe d'ordinaire une
fréquence respiratoire qui dépasse rarement 20 inspirations par
minutes chez l'adulte et qui, chez les enfants, peut atteindre le
chiffre de 40 ou 50 inspirations. — Mais, dans les fièvres graves
214 DE LA MENSURATION ISOLEE, SA VALEUR SEMEIOLOGIQUE.
et intenses, l'accélération respiratoire monte à 50 et au delà ; chez
lesenfants, elle s'élève souvent dans ces cas au-dessus de 60.
La fréquence de la respiration chez les fébricitants peut aussi
être notablement accrue par l'exercice et les efforts musculaires.
11. Entre les symptômes cérébraux et la température, il peut y
avoir, tantôt parallélisme et tantôt divergence. En outre, les dispo-
sitions individuelles peuvent produire les plus grandes différences.
Quand la fièvre est légère ou modérée, chez l'adulte elle ne re-
tentit que bien faiblement sur le cerveau; mais, chez les enfants
et les vieillards, la participation de cet organe à l'état morbide
s'accuse par des phénomènes violents.
Même avec une fièvre considérable, les fonctions cérébrales ne
sont pas encore assez troublées chez les adultes pour que les idées
soient confuses et la parole incohérente ; il faut que la fièvre soit
très-intense pour qu'elle puisse à elle seule provoquer du délire
ou tout autre trouble fonctionnel.
Si done, une température qui n'est pas hyperpyrétique, est ac-
compagnée de phénomènes cérébraux intenses, on peut, apriori,
admettre l'existence dans le cerveau d'une affection locale et in-
dépendante ; à moins toutefois que le malade ne soit ni un enfant
ni un vieillard. Cette conclusion est d'autant plus légitime que la
température s'éloigne davantage des degrés hyperpyrétiques, et
que l'idiosyncrasie du sujet explique moins le retentissement
morbide sur le cerveau.
Cependant, à l'occasion de l'abaissement thermique rapide qui
se produit dans le collapsus et dans quelques cas de défervescence,
il se manifeste parfois des symptômes cérébraux alarmants, préci-
sément pendant que cet abaissement a lieu, et notamment de vio-
lents délires, des accès de manie qui, dans ces conditions, sont
loin de présenter la gravité que l'on serait, de prime-abord, tenté
de leur attribuer. Il est vrai que des phénomènes cérébraux ana-
logues se rencontrent également dans le collapsus agonique, et
pour éviter, en pareil cas, toute confusion, il faut s'aider des au-
tres manifestations pathologiques.
12. Signification du résultat d'une mensuration isolée chez un
individu réputé sain.
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOG1QCE. 215
Les écarts thermiques sont, dans ce cas, le plus souvent insigni-
fiants, on en rencontre parfois cependant de considérables : pen-
dant les règles et les couches, dans la période de lactation, au
moment de la dentition, lorsque la croissance est extrêmement
rapide, après de grandes fatigues, dans les états de dépression psy-
chique, etc., la température est assez souvent augmentée : dans
ces conditions, la persistance d'une température normale est donc
une excellente garantie de la force de résistance de l'organisme
et une preuve qu'il n'existe pas encore de processus patholo-
gique.
En revanche, si l'on trouve des transgressions de la température
hors de son cycle normal, il importe de connaître d'abord le degré
de l'écart thermique et, en second lieu, la nature de l'individu.
En tout cas, toute modification thermique doit éveiller l'atten-
tion vers un examen scrupuleux et continu.
Une température sous-normale chez des individus en apparence
bien portants n'a pas habituellement grande valeur, bien qu'elle
puisse faire soupçonner que l'individu a été frappé par une in-
fluence nocive ou bien que l'organisme sain en apparence contient
cependant le germe morbifique.
La modalité thermique qui se présente le plus fréquemment
chez les individus sains en apparence et ne se trouvant pas dans
des conditions anomales, est la température sous-fébrile.
Elle indique que l'organisme ne possède pas sa complète inté-
grité et qu'il existe au moins une imminence morbide. —
Chez les enfants, surtout dans le premier âge, ces températures
peuvent, il est vrai, être produites par des influences extérieures,
insignifiantes, par des mouvements, etc., mais, chez les adultes,
les températures sous-fébriles indiquent la probabilité de quelque
trouble latent, d'autant plus sûrement que leur constitution est
plus vigoureuse.
Une pareille constatation doit donc conduire à l'exploration ulté-
rieure des poumons, du cœur, des intestins, de la sécrétion uri-
naire, ainsi qu'aune surveillance active et continue et surtout à
des mensurations répétées.
Les températures fébriles se rencontrent aussi chez des indivi-
dus en apparence bien portants, il est vrai que la fébrilité ther-
mique n'est, le plus souvent, que très-modérée. Ces températures
21 6 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUK SÉÏIÉIOLOGIQUE.
sont un indice certain, soit d'un trouble préexistant, soit d'une
anomalie produite par une influence extérieure, soit du début
d'une maladie pour ainsi dire larvée ou enfin de quelque affection
chronique restée latente. Il va sans dire que cette première consta-
tation doit être suivie d'un examen attentif et persévérant.
15. Signification de la mensuration isolée dans les indispositions
en apparence insignifiantes.
Les indispositions qui ne permettent pas encore d'établir un
diagnostic sont promptement reconnues, grâce à l'emploi du ther-
momètre.
Une température normale indique bien que l'indisposition est
insignifiante, mais il faut avoir soin dans ce cas de répéter une se-
conde fois la mensuration après un certain temps, notamment dans
les heures où se présentent habituellement les cxacerbations.
Une température sous-normale ou sous-fébrile permet aussi de
supposer un léger dérangement, surtout quand il n'est pas préci-
sément à son début.
Mais aussitôt que la température présente une élévation fébrile ,
il est nécessaire de redoubler d'attention, quoique une telle aug-
mentation thermique ne soit nullement la preuve du début d'une
maladie grave et qu'en particulier les femmes, les enfants et tous
les sujets nerveux et impressionnables, ou affectés de maladies
chroniques, les phthisiques enfin, présentent passagèrement une
température fébrile dans de simples indispositions.
Mais quand il y a une élévation considérable de la température,
il faut s'attendre à un trouble sérieux, en pareille occurrence, il
faut donc que les malades ne quittent pas le lit et que le médecin
apporte de son côté toute sa vigilance et toute son attention.
14. Dès le début d'une maladie fébrile aiguë, il est rarement pos-
sible de faire un diagnostic.
Si, dans ce cas, on trouve une température normale ou une
élévation fébrile modérée, on peut exclure avec un certain de-
gré de certitude la pneumonie lobaire flbrineuse, la variole et la
scarlatine.
Si, à une heure vespérale, la température est normale ou n'est
que légèrement fébrile, la maladie n'est pas une affection typhoïde.
DE LA. MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 217
Mais si, au contraire, dès le début des premiers phénomènes, la
température indique aussitôt une fièvre considérable, le cercle
des affections possibles est assez considérable : exanthèmes, amyg-
dalite, pneumonie, pleurésie, fièvre intermittente, fièvre éphé-
mère, méningite de la voûte, typhus exanthématiqne, etc. ; mais
on peut du moins admettre avec grande certitude qu'il n'y a pas
typhus abdominal. — La grippe et le catarrhe intestinal ne sont pas
probables, à moins que des influences pernicieuses considérables
n'aient affecté les intestins. De même, un rhumatisme articulaire
aigu est très-peu vraisemblable.
15. Dans beaucoup de cas, le diagnostic d'une maladie aiguë est
encore très-douteux dans la première moitié de la première se-
maine. La thermométrie est capable, dans beaucoup de cas, sinon
dans tous, de fournir dès lors quelques indices par une seule men-
suration.
Les températures sous-normales et de collapsus ne se présentent
que dans la diarrhée, le choléra, les hémorrhagies, les perfora-
tions intestinales et quelquefois aussi dans la gastrite toxique et
même dans la péritonite. Si, malgré une anamnèse révélant des
symptômes fébriles, on trouve dans l'un des premiers jours une
température normale, surtout à une heure vespérine, le soupçon
d'une fièvre intermittente est assez justifié. Au moins un pareil
état thermique exclut-il les typhus abdominal et exanthématique,
les exanthèmes aigus avant l'éruption (abstraction faite de la rou-
geole, de la roséole et de la variole). Le développement d'inflam-
mations graves est aussi invraisemblable dans ces circonstances et
en général, on peut conclure d'une température vespérine nor-
male dans les premiers jours de la maladie à une affection de peu
d'importance.
Si la température du matin a été trouvée normale, on peut ex-
clure à peu près les mêmes maladies, à moins qu'il n'y ait une cir-
constance particulière ayant pu déprimer la température. — Par
contre, il peut très-bien exister avec un pareil état thermique, une
affection catarrhale, une rougeole, une pleurésie, une tuberculose
aiguë, une méningite granuleuse, un rhumatisme aigu.
Les températures sous-fébriles et les températures légèrement
fébriles ont à peu près la même signification, avec cette seule dif-
218 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.
férënce que, constatées dans les premières heures matinales et même
dans la deuxième partie de la matinée, elles n'excluent pas encore
l'hypothèse d'un typhus abdominal. Dans les exanthèmes aigus,
encore très-rudimentaires, surtout dans la rougeole, il peut se faire
que de pareilles températures modérément fébriles se trouvent aussi
avant l'éruption ; dans les affections catarrhales et rhumatismales,
elles sont même de règle dans les premiers jours; par contre, on ne
les trouve pas dans la fièvre intermittente, à moins qu'on ne fasse
la mensuration au premier début ou à la fin d'un paroxysme.
Une température considérable et très-fébrile, observée dès le
premier ou le deuxième jour, rend improbable l'existence d'un
typhus abdominal ou prouve du moins qu'il a commencé plus tôt
que les autres symptômes ne permettaient de le supposer ; une pa-
reille conclusion est plus justifiée encore si la température élevée
s'est montrée le matin. D'ailleurs, une mensuration isolée des pre-
miers jours indiquant une fièvre très-intense n'explique pas la na-
ture du processus ; elle permet seulement de s'attendre à une ma-
ladie grave, pourvu que la possibilité d'une fièvre intermittente
puisse être exclue.
Si, dans les premiers jours de la maladie, le diagnostic est déjà
établi d'après d'autres phénomènes, le degré d'une température
isolée donnera au moins des indications sur l'intensité du cas en
tant que des élévations extrêmes dénotent un cas grave et une tem-
pérature au-dessous de la moyenne dans la même heure du jour,
et la même maladie, fournit de grandes probabilités en faveur de
sa marche bénigne.
16. Dans le cours d'une fièvre qui a atteint la deuxième moitié
du premier septénaire, le diagnostic peut toujours être douteux.
— Voici les maladies qui peuvent être en question : fièvre prodro-
mique prolongée d'un exanthème, typhus abdominal et exanthéma-
tique, fièvre récurrente, pneumonie lente, grippe intense et bron-
chite capillaire, tuberculose nriliaire aiguë, fièvre intermittente,
méningite tuberculeuse, méningite cérébro-spinale épidémique,
hépatite, suppurations internes, ostéomyélite, syphilis aiguë.
Une mensuration isolée ne peut fournir dans ces cas que de fai-
bles données pour décider du diagnostic.
Si on trouve la température normale, sous-fébrile ou modéré-
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 219
ment fébrile, surtout le soir, et si une influence particulièrement
dépressive de la température n'a pas eu lieu, on peut admettre
avec certitude qu'il n'y a là ni fièvre prodromale exanthématique
ni typhus.
Trouve-t-on la température fébrile à une grande hauteur, on
peut exclure avec grande probabilité la méningite tuberculeuse.
Ya-t-il une température hyperpyrétique? Il peut exister une fièvre
intermittente ou une maladie infectieuse maligne, une observa-
tion ultérieure attentive et la répétition de la mensuration sont
alors très-nécessaires.
Dans tous ces cas, la température est le meilleur guide pour le
diagnostic, mais l'investigation thermométrique bornée à une seule
mensuration ne peut rendre que des services très-imparfaits, et il
faut éviter d'en tirer des conclusions prématurées.
17. Si, avec un diagnostic d'une maladie fébrile aiguë encore
douteux jusque-là, il se développe un exanthème, ce sont naturel-
lement la forme de ce dernier et les autres phénomènes concomi-
tants qui doivent fournir les principales bases du diagnostic ; mais
souvent on peut encore se demander pendant un certain temps s'il
fautprendre l'éruption commençante pour la variole, la rougeole, la
scarlatine, le typhus exanthématique ou pour un exanthème syphi-
litique. Dans ce cas, la mensuration thermométrique peut fournir
des indications si, après des troubles généraux considérables,
la température s'abaisse avec l'éruption, il faut supposer la variole,
et quand cette température devient complètement normale, il y a
plus de probabilités en faveur d'une variole modifiée (varioloïde).
Par contre, dans la rougeole, la scarlatine et le typhus exanthé-
matique la fièvre persiste après le commencement de l'éruption.
18. Si, dans le cours ultérieur d'une maladie fébrile aiguë, le
diagnostic est sûrement établi ou paraît l'être, la température
donne continuellement les indications les plus précieuses sur les
conditions les plus importantes du cas ; mais alors aussi, il faut
que l'observation soit continue et minutieuse.
Parfois le résultat d'une seule mensuration peut acquérir une
grande importance ; il peut contribuer à la confirmation du dia-
gnostic, mais il peut aussi soulever des doutes ou les réfuter, il
220 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SËMÊIOLOGIQUE.
peut encore décider du degré de la maladie, révéler des modi-
fications, des complications, ou des dangers.
Pour pouvoir utiliser de cette façon le résultat d'une seule men-
suration, il faut qu'on soit bien familiarisé avec la marche ther-
mique des différentes maladies.
En premier lieu, des degrés thermiques proportionnellement
élevés sont toujours une preuve de l'intensité de la maladie, même
si on ne les a constatés qu'une seule fois. Au contraire, des degrés
relativement bas ne prouvent rien pour la bénignité de la maladie,
parce que, dans les cas les plus graves, un abaissement passager
peut survenir, avec ou sans motif connu.
Une seule température, détachée de la marche thermique, ne
donne droit à une conclusion positive que lorsqu'on a soigneuse-
ment examiné toutes les autres conditions du cas.
On doit à peine supposer le typhus si, à une période quelconque
comprise entre le troisième et le dixième jour, la température
n'est pas au moins modérément fébrile et ne s'élève pas considé-
rablement aux heures vespérales (au moins 59°, 6) à moins toute-
fois qu'une forte action modératrice de la fièvre n'ait été produite
(hémorrhagie abondante, diarrhée succédant à la constipation) ou
que l'individu ne soit très-âgé. Une température basse en contraste
avec la marche thermique suivie jusque-là, peut même avant que
le sang se soit répandu au dehors faire soupçonner une hémorrhagie
interne. Même plus tard et jusqu'au milieu de la troisième semaine,
l'existence d'un typhus abdominal est douteuse quand une tempé-
rature vespérale (en dehors des influences citées plus haut) présente
moins de 59°. Des températures matinales très-fébriles (appro-
chant 40°) ou des températures vespérales de 41° sont, dans cette
maladie (typhus abdominal), les indices d'un état grave.
De même, le danger est très-grand quand des phénomènes de
collapsus se compliquent d'une grande élévation thermique du
tronc. Les températures restant normales, le matin, dans une
période avancée de la maladie, ne sont aucunement l'indice que la
fièvre a cessé.
Dans la rougeole, c'est le signe d'une complication existante ou
imminente si, dès que l'exanthème commence à pâlir la tempéra-
turc reste toujours fébrile. Même une température sous-fébrile est
suspecte.
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 221
La même observation s'applique à la scarlatine, mais pour une
période ultérieure.
Le résultat fourni par une seule mensuration peut parfois ac-
quérir une grande importance et contribuer puissamment à la con-
firmation du diagnostic ; mais il peut aussi soulever des doutes ou
les réfuter, décider du degré d'intensité de la maladie, en révéler
les changements, les complications et les dangers.
Pour pouvoir utiliser de la sorte le résultat d'une seule mensu-
ration, on doit, avant tout, se familiariser avec la marche thermi-
que des différentes maladies.
En premier lieu, des degrés thermiques relativement élevés sont
toujours une preuve de l'intensité de la maladie, ne les eût-on
même constatés qu'une seule fois. Au contraire, des degrés propor-
tionnellement bas ne prouvent nullement en faveur de la bénignité
de la maladie, parce que, dans les cas les plus graves, il peut surve-
nir, souvent même sans cause appréciable, un abaissement passager
de la température.
Une seule constatation thermique faite dans le cours d'une ma-
ladie grave, n'autorise à aucune conclusion précise à moins que
l'on ait soigneusement réfléchi à toutes les autres conditions du
cas.
On doit à peine songer au typhus si, à une période comprise
entre le troisième et le dixième jour, la température n'est pas au
' moins modérément fébrile et ne présente une élévation considé-
rable dans les heures vespérales (au moins 59°, 6) à moins que des
causes accidentelles n'aient antérieurement abaissé la température,
(telles qu'une abondante hémorrhagie ou la diarrhée succédant à
la constipation) ou enfin à moins que le sujet ne soit déjà d'un
certain âge. — Une basse température contrastant avec la marche
thermique antérieure peut faire soupçonner une hémorrhagie in-
terne avant même que le sang ne se soit répandu au dehors. Plus
tard encore et jusqu'au milieu du troisième septénaire, l'existence
d'une fièvre typhoïde est douteuse quand la température du soir
(en dehors des influences précédemment mentionnées) reste infé-
rieure à 59°. Des températures matinales très-élevées (voisines de
40") ou des températures vespérines atteignant 41° sont, dans cette
maladie, les indices d'un état dangereux et grave.
De même, le péril est très-grand lorsque des phénomènes de
222 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.
collapsus se compliquent d'une forte élévation thermique du
tronc.
û
Les températures normales du matin," dans un stade avancé de
la maladie, ne sont en aucune façon l'indice de la fin de la fièvre.
Dans la rougeole, si la température reste fébrile après que
l'éruption commence à s'effacer, c'est un signe de complication im-
minente ou actuelle. Une température même sous-fébrile doit être
regardée comme suspecte.
Pareille observation s'applique à la scarlatine, mais à une pé-
riode ultérieure.
Dans la variole, on peut admettre avec une extrême probabilité
l'existence d'une variole vraie (c'est-à-dire avec le stade de suppu-
ration fébrile) ou d'une complication aussitôt que dans la période
qui succède à l'éruption, la température ne cesse pas d'être fébrile.
Dans la pneumonie fibrineuse ou lobaire, une température isolée
normale ou sous-fébrile ne prouve en aucune façon que le proces-
sus est terminé. Toute température hyperpyrétique est très-grave
et révèle l'extrême intensité de la maladie avec d'autant plus de
certitude que l'élévation thermique est constatée à une époque
ultérieure de la maladie (par exemple, après le sixième jour).
Il faut cependant avoir égard à ce fait que, parfois une issue fa-
vorable est précédée d'une notable élévation thermique.
Les phénomènes alarmants dans la période avancée d'une pneu-
monie ne présentent ordinairement pas de danger, si en même
temps la température est normale ou sous-fébrile ; et l'on peut an-
noncer en toute assurance l'heureuse terminaison.
Dans l'érysipèle de la face, une température fébrile indique que
le processus n'est pas encore terminé et que de nouvelles poussées
ou des complications sont imminentes.
Dans la grippe et la bronchite, des températures très-élevées ou
hyperpyrétiques sont toujours très-suspectes, surtout si elles se
présentent le matin ou à un stade avancé de la maladie. — Elles
indiquent avec probabilité l'extension de la maladie aux petites
bronches ou bien le développement d'une pneumonie ; parfois aussi
elles se présentent dans les cas où la bronchite aiguë masque une
infiltration granuleuse.
Dans la coqueluche, toute température fébrile dénote la présence
d'une complication, sauf à la première période de la maladie.
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 223
Dans le rhumatisme articulaire aigu, une mensuration isolée est
de médiocre importance pour le diagnostic; elle ne suffit même pas
pour déceler l'existence de complications viscérales. Il n'y a que
les températures extrêmement élevées qui puissent faire présager,
en général, la gravité du cas.
Dans les accidents méningitiques, une température hyperpyréti-
que dénote toujours une lésion de la convexité, par contre, des
températures médiocrement fébriles ou même apyrétiques font
soupçonner la méningite granuleuse de la base.
Dans la méningite cérébro-spinale, on peut rencontrer toutes les
élévations thermiques.
Dans la pleurésie, la péricardite, l'endocardite, la péritonite,
une température très-fébrile est toujours l'indice d'un grand dan-
ger, tandis qu'une fièvre modérée ou même un état apyrétique
n'autorise pas à porter un pronostic favorable.
Quand un malade, présentant les signes d'un catarrhe gastro-
intestinal, a toujours été bien soigné et n'a pas été exposé à des
influences nocives, une mensuration même isolée indiquant une
certaine élévation thermique, doit éveiller l'attention et faire tout
d'abord penser à la fièvre typhoïde ou à une inflammation latente.
Mais, en pareil cas, il faut à plusieurs reprises avoir constaté des
températures élevées pour pouvoir affirmer la présence d'une ma-
ladie grave.
La fièvre intermittente sera mise en doute, lorsque, vers la fin
du frisson ou au commencement du stade de chaleur, la tempéra-
ture ne monte pas à 41° ou au-dessus. Mais si elle dépasse 41°, 8
le diagnostic de fièvre intermittente sera encore plus improbable.
— Il sera également douteux si la température n'est pas normale
dans la période d'apyrexie.
Quand les accès ont cessé et qu'il n'y a pas d'autre phénomène
morbide, si la température reste encore fébrile, c'est une preuve
que la fièvre intermittente n'a pas complètement disparu.
19* Dans la période de défervescence, les mensurations isolées
ne fournissent pas de résultat certain; cependant, une basse tem-
pérature se montrant dans les heures vespérales est le signe de la
décroissance de la fièvre. Dans la période de déclin et dans celle
qui lui succède, la température franchit très-souvent les limites
224 DE LA. MENSURATION ISOLEE, SA VALEUR SEMEIOLOGIQUE.
normales, surtout après des maladies graves et chez des individus
de faible constitution ; souvent même elle tombe à un si bas
degré qu'elle peut inspirer des inquiétudes. Parfois, ces collapsus
se combinent avec d'autres phénomènes plus ou moins graves ;
dans d'autres cas, on ne peut les reconnaître que d'après l'état de
la température. — Plus un tel collapsus est voisin de la période
de défervescence, moins il présente de dangers, car on peut le re-
garder alors comme un véritable collapsus de déclin.
20. Après le déclin de la maladie et pendant la convalescence,
la température est, en général, normale; néanmoins, on peut y
rencontrer passagèrement des températures de collapsus et, le cas
échéant, celles-ci ont une signification d'autant plus grave qu'elles
surviennent à une époque plus éloignée de la défervescence, et
l'on doit, en pareille occurrence, se demander si le collapsus n'a
pas été déterminé par une hémorrhagie interne ou par une perfo-
ration intestinale.
De simples températures sous-normales se produisent aussi chez
les convalescents, sans avoir en elles-mêmes une signification posi-
tivement défavorable ; mais elles indiquent que la convalescence
est loin d'être définitive et permettent de supposer que la nutrition
n'a pas repris son équilibre.
La température des convalescents est du reste très-mobile et ac-
cessible aux influences les plus légères ; on peut donc, dans cette
période, surprendre la température à un degré d'élévation plus
ou moins considérable.
De semblables fluctuations thermiques sont en général l'indice
d'une convalescence imparfaite ou troublée.
Les températures fébriles que l'on constate dans cette période,
peuvent tenir à plusieurs causes secondaires, telles que :
1° A un écart relatif de régime, notamment à l'ingestion pré-
maturée de viande ou de boissons alcooliques , ou bien à une
trop grande réplétion de l'estomac ;
2° A un effort musculaire dépassant les forces du malade ;
chez beaucoup de convalescents, en effet, la température s'élève
rapidement aussitôt qu'ils quittent le lit, ou bien s'ils se lèvent
trop tôt ou s'ils restent trop longtemps levés ;
5° A la constipation ;
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 225 ■
4° Certaines autres influences plus ou moins insignifiantes qui
peuvent agir sur les convalescents.
Mais les modifications thermiques qui se montrent dans la con-
valescence peuvent être produites par des troubles importants qui,
peut-être, ne sont pas encore accessibles au diagnostic et ne se
trahissent que par la température elle-même (comme, par exem-
ple, une guérison incomplète du processus morbide, une réversion
delà maladie, des affections chroniques latentes, ou bien une ma-
ladie nouvelle) ; mais la mensuration isolée n'a aucune valeur
décisive en pareil cas et n'est qu'un simple avertissement à réité-
rer l'examen thermométrique et à apporter une plus grande atten-
tion à tous les autres phénomènes pathologiques.
21. Quand une maladie fébrile aiguë semble prendre une tour-
nure grave, une seule mensuration suffit quelquefois pour décider
si c'est l'issue fatale qui se prépare. On peut admettre que le ma-
lade est en danger de mort dans les conditions suivantes : quand la
température devient hyperpyrétique, quand elle est modérément
fébrile ou quand elle redescend jusqu'à l'état normal et même
au-dessous de la normale, tandis que les autres phénomènes ac-
cusent une intensité extrême.
22. Dans les maladies en elles-mêmes apyrétiques, l'unique consta-
tation d'une température élevée présente toujours une certaine
gravité. Par exemple :
Dans les affections du système nerveux (épilepsie, chorée, hys-
térie, tétanos, névralgie, apoplexie). Dans ce cas, l'élévation ther-
mique peut résulter d'un trouble fébrile intercurrent ou bien être
le signe avant-coureur d'une mort prochaine.
Dans l'ictère, où toute température fébrile est extrêmement sus-
pecte.
Dans les maladies accompagnées de vomissements, de diarrhée
et, en général, de collapsus. — Ici la température fébrile du tronc
est le prélude de la réaction.
Du reste, l'élévation thermique qui apparaît dans des maladies
antérieurement apyrétiques peut aussi indiquer une exacerbation
ou une complication.
D'un autre côté, les températures de collapsus, dans ces maladies,
15
226 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.
quand elles descendent trop bas, peuvent aussi devenir extrême-
ment graves.
25. Dans les maladies chroniques, accompagnées de fièvre, une
mensuration isolée est naturellement d'un bien faible secours
pour le diagnostic. — On doit procéder à une observation sui-
vie aussitôt que la mensuration isolée n'est plus conforme aux
conclusions que l'on était autorisé jusque-là à tirer de la marche
de la maladie.
Une température de collapsus est un symptôme plus grave dans
les maladies chroniques quedanslescas aigus, à moins quede sem-
blables abaissements thermiques ne soient conformes à la nature
de l'affection.
IX
FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE
CHEZ LES MALADES
1. La température des malades présente des variations plus
ou moins considérables dans le courant de la journée. — Ja-
mais elle ne reste au même point pendant une période de vingt-
quatre heures et les observations qui notent une température
restant stationnaire pendant plusieurs jours sont certainement
fausses.
Les variations quotidiennes de la température physiologique se
retrouvent à un degré beaucoup plus accusé dans les maladies.
Il est presque de règle que la température d'un malade varie de
1° à 1° I- d'un jour à l'autre, mais elle peut bien varier de 5° et
même de 6° et plus. Si, avec des températures extrêmes ou seule-
ment élevées, les fluctuations quotidiennes sont insignifiantes, si
par conséquent, la marche thermique est plus ou moins uniforme,
cela indique, toutes choses égales d'ailleurs, une certaine gravité
de la maladie.
Les fluctuations quotidiennes affectent divers types et diffèrent
dans les maladies d'une même espèce, mais elles présentent cepen-
dant un. certain nombre d'analogies et sont soumises à certaines
règles.
Les fluctuations quotidiennes représentent une ondulation for-
mée d'ascensions et de descentes< très-souvent même une série
228 FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE.
d'ondulations. — La fluctuation quotidienne donne un tracé ther-
mique à une, deux ou même plusieurs oscillations.
Pour la reconnaître, il faut nécessairement faire plusieurs men-
surations dans une seule et même journée. Suivant le but que l'on
se propose et selon la nature du cas, deux ou quatre mensurations
par jour peuvent parfois suffire.
Ce chiffre est suffisant pour juger un cas isolé, d'après les résul-
tats généralement obtenus ; pour un débutant, il est même souvent
difficile de pouvoir se reconnaître dans cette série compliquée d'os-
cillations formées par un grand nombre de mensurations notées
sur la même courbe diurne ; tandis qu'il s'orientera rapidement
s'il n'y a que deux ou quatre mensurations. — Il est vrai que pour
être probantes, ces mensurations doivent être faites à certains mo-
ments, c'est-à-dire à l'heure de l'exacerbation la plus haute et à
celle de la rémission la plus basse. Mais avec un nombre aussi res-
treint de données, il faut renoncer à reconnaître plusieurs points
importants et souvent même décisifs ; et pour généraliser les faits
et en déduire les lois fondamentales des fluctuations quotidiennes
de la température dans les maladies, il est indispensable de procé-
der à de fréquentes mensurations dans le courant de la journée,
au moins à six ou huit explorations thermométriques dans les
vingt-quatre heures. — Certains cas exigent même une observa-
tion continue et incessante.
2. Le chiffre moyen de toutes les températures d'une journée
ou bien ce qui est plus pratique quoique inexact, le degré intermé-
diaire entre le maximum et le minimum thermique diurne, repré-
sente la température moyenne quotidienne. C'est elle qu'il faut, en
premier lieu considérer, si l'on veut tirer une conclusion des fluc-
tuations diurnes.
La différence quotidienne est représentée par la distance qui sé-
pare le minimum et le maximum quotidiens.
Toutes les élévations thermiques au-dessus de la moyenne qui ont
lieu dans le courant d'une journée, sont désignées sous le nom
d' exacerbations quotidiennes, toutes les températures inférieures
à cette moyenne, sont appelées rémissions quotidiennes.
Le faîte de l'exacerbation, c'est-à-dire le point culminant de la
ligne ascensionnelle, se nomme la cime ou le zénith de Vexacer-
FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE. 229
bation Œxaéerbationsgigfel). — Il peut se faire que la tempé-
rature baisse aussitôt après avoir atteint son point culminant. —
L'exacerbation est dite alors en pointe; mais il se peut aussi qu'elle
se maintienne à la même hauteur pendant un certain temps ; elle
est alors qualifiée d'exacerbation à sommet tronqué, à cime aplatie
ou en plateau.
Souvent aussi, une exacerbation présente deux ou plusieurs ci-
mes interrompues par de légers enfoncements, elle est dite alors
exacerbation à deux ou à trois pics. La plus haute cime représente
dans ce dernier cas le maximum cV exacerbation. Quand plusieurs
exacerbations ont eu lieu dans la même journée, il peut y avoir
des maxima qui ne coïncident pas avec le maximum quotidien.
On désigne sous le nom de nadir de la rémission (Remissions-
tiefé) le point qui, dans une rémission thermique, correspond à
la température la plus basse. — Quand, dans la même journée,
il y a plusieurs rémissions, elles peuvent être d'inégale intensité
et la plus basse d'entre elles, constitue le minimum quotidien.
Le temps qui s'écoule entre le moment où la température ascen-
dante commence à dépasser la moyenne quotidienne et celui où la
température, en redescendant, revient à ce même point de départ,
constitue le cycle d'exacerbation ; de même l'espace de temps com-
pris entre le moment où la température descendante franchit la
moyenne diurne et celui où, en remontant, elle revient à cette
même moyenne, est désigné sous le nom de cycle de rémis-
sion.
Tantôt la température reste plus ou moins longtemps dans le
voisinage de la hauteur d'exacerbation : c'est le cycle péri-exacer-
bant, tantôt elle s'arrête plus ou moins dans les alentours du point
le plus bas de la rémission, et c'est alors le cycle péri-rémittent.
L'élévation de la température apparaît aussitôt que celle-ci a
commencé à se relever de sa profonde rémission. — Cette ascension
(ascension quotidienne) est tantôt uniforme, tantôt inégale et sac-
cadée, tantôt lente, tantôt rapide.
La descente quotidienne commence aussitôt après que le point
culminant de l'exacerbation a été atteint. Si une exacerbation est
à deux ou plusieurs pointes, il faut compter à partir de la der-
nière, le commencement de la descente, alors même que cette
pointe serait plus basse que la précédente. La descente aussi
230 FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE.
peut être uniforme ou inégale et interrompue, tantôt à marche
lente, tantôt à marche rapide.
Lorsque, dans le courant d'une journée, il y a deux ou trois exa-
cerbations, il peut y avoir également des descentes matutinales,
méridiennes et vespérines.
5. La fluctuation quotidienne dépend :
A. Des conditions pathologiques, à savoir :
a. De la nature de la maladie ;
b. De son intensité ;
c. De sa période ;
d. De la régularité ou de l'irrégularité de son cours et des autres
particularités de sa marche ;
e. Des améliorations ou des aggravations qu'elle présente ;
f. Des complications ou des accidents particuliers qui peuvent
survenir ;
g . De la convalescence ;
h. De la terminaison fatale.
B. Mais elle peut aussi dépendre :
a. De l'individualité du malade ;
b. D'influences extérieures accidentelles;
c. Du traitement mis en usage.
D'après cette énumération, les modalités des fluctuations quoti-
diennes semblent très-complexes; mais, néanmoins, elles peuvent
fournir les plus précieuses indications. Plus les conditions patholo-
giques sont simples' et claires, plus on trouve de données précises
dans la fluctuation quotidienne, tandis que dans les cas obscurs en
eux-mêmes, cette fluctuation quotidienne fournit bien peu d'éclair-
cissements.
Ce n'est que dans certaines circonstances nettement définies
que l'on peut tirer des conclusions décisives d'une seule fluctua-
tion quotidienne ; le plus souvent il en faut davantage pour for-
muler le diagnostic et pour poser le pronostic. — C'est en compa-
rant les différentes fluctuations qui se succèdent les unes aux
autres, c'est en examinant leur répétition uniforme ouïes modi-
FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE. 251
fications qu'elles présentent que l'on peut y puiser les plus utiles
renseignements.
Le simple tracé de la température d'un seul jour ne permet pas
de reconnaître positivement la maladie à laquelle on a affaire, mais
il suffît souvent pour écarter d'emblée certaines affections dont on
aurait pu, dans ce cas, présumer l'existence.
Pour décider de l'intensité d'une forme morbide, reconnue déjà
par une autre voie, une seule fluctuation quotidienne peut sou-
vent suffire.
De même, une seule fluctuation quotidienne peut fournir des
indications suffisantes pour reconnaître le stade de la maladie, au
moins dans certains cas pathologiques.
Pareillement, les irrégularités de la marche peuvent parfois se
reconnaître par une seule courbe diurne, tandis que, pour distin-
guer une marche régulière, il faut que l'observation soit continuée
pendant plusieurs jours.
Des complications intercurrentes ne se reconnaissent, le plus
souvent, qu'à l'aide de plusieurs tracés quotidiens.
L'amélioration peut parfois se révéler dans une seule courbe
diurne. — Grâce à ce moyen, on peut aussi prévoir la terminaison
funeste dans des cas bien caractérisés ; surtout en s'appuyant sur
quelques autres phénomènes.
On ne peut savoir rien de positif, relativement aux conditions
individuelles d'un malade, d'après le tracé thermique d'un seul jour.
L'action d'influences extérieures accidentelles ne devient non
plus visible qu'en comparant la courbe quotidienne en question
avec les courbes antérieures.
De même, l'action des agents thérapeutiques ne peut se consta-
ter qu'en comparant une certaine courbe thermique avec la mar-
che antérieure de la température.
La fluctuation quotidienne est, du reste, en tant qu'élément es-
sentiel de l'évolution morbide générale, d'un précieux secours dans
tous les cas.
4. Déductions à tirer de la température moyenne diurne. Il faut,
en premier lieu, établir une distinction importante suivant que le
niveau moyen est bas ou élevé ou qu'il se tient entre ces deux limi-
tes extrêmes.
23'2 FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE.
Tandis que le niveau moyen de la fluctuation (la moyenne quo-
tidienne) est de 3 7° chez les individus sains,' il est rarement aussi
bas dans les maladies, et d'ordinaire plus ou moins élevé ; dans
quelques affections seulement (qui, en général, se distinguent
par une température basse), en outre, dans les stades avancés à
abaissements survenant de temps en temps, ainsi que dans cer-
tains accidents amenant le collapsus, la moyenne quotidienne peut
chez les malades même, être plus basse que la norme.
D'abord, c'est la moyenne quotidienne qui fournit l'interpréta-
tion la plus sûre du degré de la fièvre.
Avec une fièvre modérée, la moyenne de la température quoti-
dienne ne doit pas s'élever au-dessus de 59° ; si la moyenne est
comprise entre 39° et 40°, la fièvre doit être déjà qualifiée de con-
sidérable ; dans les formes morbides rémittentes, entre 39° et
59°, 5 ; dans les fièvres continues entre 59°, 5 et 40°. La tempéra-
ture moyenne du jour dépasse-t-elle 40°, le degré de fièvre est
très-intense.
A ces données se rattachent beaucoup de conclusions relatives
au diagnostic et au pronostic.
Les moyennes hyperpyrétiques au-dessus de 40° se rencontrent
dans les maladies pernicieuses, la scarlatine, le fastigium des ty-
phus abdominal et exanthématique, la fièvre récurrente et les pneu-
monies graves. Dans ces maladies, une terminaison favorable est
néanmoins encore possible, malgré la grande élévation de la
moyenne thermique; mais si, dans d'autres maladies, une pareille
moyenne est atteinte, on peut supposer une agonie prochaine.
En général, toutes les pyrexies fortement développées et un.
grand nombre de maladies inflammatoires présentent, pendant le
fastigium, une moyenne fébrile considérable (de 59° à 40°) et sou-
vent on ne peut en tirer d'autres conclusions que celle de l'exis-
tence d'une affection fébrile très-sérieuse ; cependant, il y a cer-
taines formes morbides dans lesquelles cette élévation paraît déjà
extrêmement grave. A cette catégorie appartiennent toutes les for-
mes catarrhales, le rhumatisme aigu multiarticulaire, la méningite
cérébro-spinale, les névroses, le second stade (post-cholérique) du
choléra, la trichinose, la diphthérite, la dysenterie, la pleurésie, la
péricardite, la péritonite et les affections consomptives, et en par-
ticulier, la tuberculose.
FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPERATURE. 233
Les moyennes fébriles modérées peuvent avoir des significations
très-variables : elles se présentent dans les pyrexies continues et
rémittentes à leur période d'incubation, ensuite dans leur période
initiale, ou, au contraire, quand elles sont déjà près de se terminer
par guérison ; en général, dans les cas où la température descend
dans le courant d'une journée d'une élévation considérable jusqu'à
peu près à l'état normal ou plus bas encore, comme par exemple,
dans quelques formes irrégulières de ces maladies, tant favorables
que défavorables, après un abaissement unilatéral produit par
des influences énergiques, dans le collapsus fébrile, etc. On les
rencontre, en outre, dans la plupart des inflammations des mu-
queuses et des séreuses, et dans les affections rhumatismales,
souvent aussi dans l'agonie, surtout quand elle est produite par
compression du cerveau, asphyxie, anémie, inanition ou quand
elle se complique d'accès de collapsus.
Quand les modifications thermiques de la moyenne quotidienne
sont passagères et amenées par des accidents isolés ou par des
médications énergiques, les conclusions qu'on en peut tirer doivent
être émises avec la plus grande circonspection.
5. La différence quotidienne, c'est-à-dire l'intervalle compris
entre le maximum et le minimum peut beaucoup varier d'étendue,
mais aussi avoir une signification différente, à grandeur égale,
suivant que la moyenne est élevée ou basse.
A une moyenne de 37°, des variations de 1° sont insigni-
fiantes, du moins elles indiquent un léger trouble de la santé ;
si elles vont jusqu'à 1° \, elles commencent à devenir sus-
pectes.
A une moyenne quotidienne de 57°, 5, des amplitudes de l°font
déjà présager, avec grande probabilité, un dérangement ; et celles
de 1° | l'indiquent avec certitude, bien que ce ne soit pas encore
un trouble positivement fébrile.
Si la moyenne quotidienne s'élève à 58°, 5 ou au-dessus, la dif-
férence quotidienne acquiert une plus grande signification ; dans
ce cas, il faut supposer une fièvre continue quand la différence
est de moins de 1 | degré et elle est sub-continue quand la diffé-
rence est de moins de 1°.
La fièvre est dite rémittente quand la différence est plus consi-
254 FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPERATURE.
dérable, mais en même temps que le minimum quotidien ne paraît
pas dépasser 59°, 5.
Si le minimum quotidien se maintient à une élévation fébrile
considérable et qu'au moment de l'exacerbation, cette tempéra-
ture soit dépassée encore de 1° et plus, ii ne s'agit plus d'une
fièvre réellement rémittente, c'est, au contraire, l'indice d'une
pyrexie très-intense dans laquelle il n'y a pas encore la moindre
tendance à la guérison ou à l'amélioration ; cette modalité thermi-
que est désignée sous le nom de : fluctuation quotidienne exacer-
bante.
Si le minimum quotidien tombe jusqu'à l'état normal, il existe
une véritable intermission dans la courbe fébrile diurne ; mais,
d'habitude, on ne compte pas toujours ces cas parmi les formes
fébriles intermittentes, mais bien parmi les rémittentes ; notam-
ment quand ces minima diurnes ne se présentent que lorsque la
maladie a déjà dépassé son fastigium et s'est avancée vers la gué-
rison.
On n'admet pas non plus l'existence du type intermittent quand
l'abaissement va au-dessous de la température normale avec une
élévation exacerbatrice plus ou moins considérable et quand les
différences quotidiennes sont de 6° et plus ; un pareil état dénote
un collapsus qui, il est vrai, peut n'être que l'excès d'une rémis-
sion ou d'une véritable intermission, mais aussi l'intercurrence
avec un type de fièvre continue.
On ne peut admettre de véritables intermissions que dans les
cas où tous les phénomènes de la fièvre s'arrêtent et où le retour de
celle-ci se fait par accès ; les intermissions ne se fondent que sur
la marche générale d'une maladie et non sur une fluctuation
diurne isolée. (Voyez le chapitre suivant.)
Les petites différences diurnes, quand la fièvre est d'une inten-
sité moyenne, sont, en général, un signe que la maladie se trouve
encore à la période initiale ou qu'il y a des aggravations ou des
complications.
L'apparition de rémissions dans l'acmé d'une maladie indiquent
presque toujours une amélioration ou même le commencement de
la guérison ; la persistance des rémissions, notamment l'augmenta-
tion de la différence quotidienne prouve la tendance au rétablisse-
ment, tandis que la cessation des rémissions avec persistance d'une
FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPERATURE. 255
moyenne quotidienne fébrile indique une rechute ou une compli-
cation.
Si la différence augmente et que les minima baissent de plus en
plus (différence croissante avec moyenne décroissante), c'est un
signe, dans les affections aiguës, que la maladie est en bonne voie.
Si la différence s'accroît et que les maxima s'élèvent (diffé-
rence croissante avec moi) enne croissante), c'est, au contraire, un
signe d'aggravation.
Si la différence augmente, par ce fait que à l'époque de la ré-
mission la température devient sous-normale, cela peut être favo-
rable, indifférent ou dangereux.
Si, relativement à la durée ordinaire de la maladie, les rémis-
sions persistent trop longtemps, cela prouve que la maladie devient
languissante et qu'il y aura des affections consécutives, surtout à
l'époque où le malade paraît entrer en convalescence, à en juger
d'après les autres symptômes ; la persistance d'une température
rémittente est le signe de l'invasion lente et progressive de nou-
veaux processus et, par conséquent, de l'absence d'un vrai réta-
blissement.
Une diminution de la différence quotidienne est un signe favo-
rable quand les exacerbations diminuent en même temps (diffé-
rence décroissante avec moyenne décroissante) ; c'est un signe dé-
favorable quand les rémissions sont moins marquées (différence
décroissante avec moyenne croissante), et elle a une signification
douteuse quand l'exacerbation aussi bien que la rémission ne
font pas de grands écarts (différence décroissante avec moyenne
constante).
Les différences peuvent rester constantes bien que la maladie
progresse ou diminue : dans le premier de ces deux cas, les exa-
cerbations s'élèvent d'autant plus que les rémissions deviennent
moins profondes (différence constante avec moyenne croissante).
Dans le deuxième cas, les exacerbations diminuent d'autant plus
que les rémissions s'abaissent davantage (différences constantes
avec moyenne décroissante) .
La différence quotidienne est ordinairement légère; en d'autres
termes, il existe un type continu ou sub-continu dans le typhus
abdominal grave, le typhus exanthématique, dans le stade prodro-
mique de la variole, àl'acmé de la scarlatine, dans la plupart des
256 FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE.
cas de pneumonie primitive fibrineuse et lobaire, dans le dernier
stade de la stéatose aiguë, dans l'érisypèle de la face, la méningite
de la convexité du crâne, et à période ultime de névroses mor-
telles.
Par contre, les différences diurnes sont d'ordinaire grandes
dans le typhus abdominal modéré ou moyen (fièvre typhoïde),
mais aussi dans les cas graves pendant les premiers jours, et plus
tard, au début de la convalescence, quelquefois dans le stade dé-
croissant du typhus exanthématique (typhus vrai), dans le stade de
suppuration de la variole, dans la rougeole, toutes les affections
catarrhales, le rhumatisme polyarliculaire aigu, dans la ménin-
gite basilaire et la tuberculose aiguë, la pleurésie, péricardite,
les suppurations aiguës et chroniques, la pyémie, les différentes
formes de la phthisie et la trichinose.
Les différences quotidiennes avec alternance de températures
normales ou sous-normales et de températures considérables ou
hyperpyrétiques, se présentent pendant le slade de décroissance
progressive du typhus abdominal, parfois dans le stade de suppura-
tion de la variole, incidemment dans une période avancée de
la pneumonie lobaire, dans toutes les lièvres paludéennes, dans la
pyémie et la septicémie et parfois aussi dans la tuberculose aiguë
et dans les formes fébriles chroniques. Pareille alternance dans le
cours d'une fluctuation quotidienne peut encore se présenter à la
suite de certains accidents (après des hémorrhagies, etc.).
Les différences quotidiennes entre une élévation modérée et une
température normale ou sous-normale sont extrêmement fré-
quentes dans toutes les fièvres modérées, notamment dans les for-
mes rapides ou traînantes.
6. Dans la plupart des cas, il n'y a dans un seul jour, c'est-à-
dire en vingt-quatre heures, qu'une exacerbation à une, deux ou
même trois pointes et une rémission avec une profondeur mi-
nima. C'est là l'état le plus simple et le plus commun dans toutes
sortes de maladies. Ce n'est que dans la fièvre intermittente etdans
les cas simples que la fluctuation (c'est-à-dire l'accès fébrile avec
l'apyrexie) a, d'ordinaire, une durée de quarante-huit heures
(type tierce). En outre, la rémission commence habituellement
dans la période comprise entre la fin de la soirée et les premières
FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE. 237
heures du matin et se prolonge Lassez avant dans la matinée (ré-
missions matutinales).
L'exacerbation commence à une heure avancée delà matinée ou
aussi dans les premières heures de l'après-midi et se prolonge bien
avant dans la nuit, jusqu'à minuit et au delà (exacerbation vespé-
rale) .
Le point le plus bas de la rémission tombe environ entre six
heures et neuf heures du matin. Le maximum quotidien s'établit
ordinairement dans l'après-midi ou au commencement de la soi-
rée (entre trois et six heures), déjà même à midi et parfois aussi
aux environs de minuit.
Telle est la marche habituelle de la température dans les
maladies et pendant tout leur cours, à l'exception des fièvres
palustres, qui ont leurs exacerbations de préférence à d'autres
temps ou à des heures variables^ ainsi que de la pyémie dont
les paroxysmes ne relèvent pas d'une période déterminée et
quelquefois aussi de la fièvre des tuberculeux et des phthisiques
qui, assez souvent, présente des exacerbations matutinales. Mais,
dans des cas isolés d'autres formes morbides, il se présente çà et là
une autre succession de phénomènes, — c'est-à-dire que le fasti-
gium a lieu de grand matin ou après minuit, et la rémission
dans les heures de l'après-midi.
Si cette particularité ne se présente que dans certains jours iso-
lés, on peut la considérer comme une irrégularité, annonçant
■ assez souvent l'apparition d'une aggravation ou d'une complica-
tion, mais pouvant parfois aussi se montrer à la veille et au début
de l'amélioration.
Mais il y a aussi des cas où, sans autre signification pendant un
espace de temps considérable et même pendant tout le cours d'une
fièvre rémittente (d'un typhus abdominal, d'une grippe) les fluc-
tuations thermiques sont hétérochrones : l'exacerbation arrivant
dans la matinée et la rémission dans la soirée.
Ce sont là des irrégularités individuelles qui, du moins, dans
certains cas, paraissent déterminées par les habitudes et le genre
de vie des malades qui, même à l'état de santé, ont coutume de
dormir le jour et de travailler la nuit (tels que les boulangers).
Même dans des cas de collapsus, il peut arriver qu'un minimum
corresponde aux heures de la soirée.
238 FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE.
7. Le temps dans lequel se présentent le maximum et le mini-
mum quotidiens sert au diagnostic, à la condition qu'on puisse
comparer entre elles plusieurs fluctuations successives.
L'apparition précoce du maximum quotidien (par exemple, à
midi), doit, en général, indiquer que la maladie est encore à sa
période d'état, et que le cas sera grave ; tandis qu'une apparition
tardive peut passer pour un symptôme de l'atténuation de la ma-
ladie ou de sa bénignité.
De même qu'un minimum quotidien survenu prématurément
peut être regardé comme un signe d'amélioration, mais il est ce-
pendant assez souvent déterminé par des collapsus qui surviennent
le soir ou avant minuit et ne doit pas, en général, être considéré
comme un signe décisif.
Ce qui, dans les fluctuations quotidiennes (pourvu qu'elles
soient un peu marquées) est presque encore plus important que
le moment dans lequel le maximum et le minimum sont atteints ;
c'est celui de l'ascension et de la descente quotidiennes.
Plus l'ascension est précoce (la fluctuation conservant toujours
son rhythme), plus la maladie est intense, plus elle estféloignée de
son déclin. C'est donc toujours un signe défavorable quand la tem-
pérature commence à monter considérablement dès les premières
heures de la matinée (avant neuf heures) ; si, en comparant les
fluctuations de plusieurs jours on s'aperçoit que dans chaque jour-
née le moment de l'ascension est sans cesse en avance, on peut
admettre avec grande probabilité une aggravation de la maladie.
Par contre , une ascension tardive est sûrement favorable.
Elle abrège la durée de l'exacerbation : notamment si une atténua-
tion s'est déjà montrée dans les heures vespérales, on peut con-
clure à peu près sûrement à une amélioration, même si la tem-
pérature maxima du jour n'a encore en aucune façon commencé à
diminuer. Plus, au contraire, l'exacerbation décroît tardivement,
par exemple, à minuit ou plus tard, plus la maladie est ordinaire-
ment grave et intense.
8. La rapidité de l'ascension et de la descente quotidiennes peut
aussi quelquefois fournir des éléments à l'appréciation clinique,
notamment lorsqu'on a affaire à des différences quotidiennes con-
sidérables.
FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE. 239
Ordinairement, la première ascension se fait lentement, de sorte
qu'il faut parfois des heures pour que la température s'élève de
quelques dixièmes, puis elle s'accélère, et vers la fin de l'ascen-
sion, la montée devient plus lente.
Une ascension extraordinairement accélérée se rencontre dans
les premières périodes des maladies aiguës ainsi que dans les affec-
tions graves en général ; mais cependant aussi dans les cas où se
présentent des paroxysmes fébriles intenses, interrompus par des
intervalles d'apyrexie, sans que pour cela le pronostic soit plus dé-
favorable.
Si, au contraire, une ascension accélérée se présente dans les
périodes moyennes d'une maladie rémittente, c'est un signe fâ-
cheux, à moins qu'en même temps les rémissions ne deviennent
plus marquées ; elle indique, soit la grande intensité de la maladie,
soit des circonstances accidentelles, des rechutes, des complica-
tions et autres conditions pathologiques analogues.
Cela doit donc engager à une observation continue et attentive.
Assez souvent, on remarque avant la crise favorable une ascen-
sion extraordinairement ralentie, qui, souvent alors constitue la
dernière élévation et précède la défervescence. — Dans ces cas,
l'ascension est aussi parfois interrompue par une brève descente.
La descente accélérée est propre d'un côté à la convalescence,
mais, d'une autre part, elle se rencontre aussi dans les collapsus.
Une décroissance ralentie fait craindre que les rémissions des
journées suivantes ne soient moindres ou ne disparaissent pas com-
plètement ; il faut que le ralentissement se fasse de telle sorte que la
décroissance matutinale soit interrompue dans l'après-midi par un
arrêt de courte durée ou par une élévation insignifiante de la tem-
pérature, mais se continue de nouveau dans la soirée pour que ce
soit l'indice presque certain de la défervescence.
Dans les fièvres un peu fortes, la température s'arrête d'ordi-
naire moins dans les environs du point le plus bas, que dans le voi-
sinage du fastigium, et l'on peut considérer comme un signe favo-
rable que le fastigium soit promptement atteint et vite abandonné.
9. L'étendue du cycle thermique au-dessus de la moyenne quo-
tidienne, en un mot, la latitude de l ' exacerbation est dans les cas
légers et de moyenne intensité, moins considérable que celle du
240 FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE.
même cycle au-dessous de la moyenne quotidienne (ce qui consti-
tue la latitude de rémission). Si donc, la première est plus longue
que la seconde, on peut dès l'abord considérer le cas comme sé-
rieux. C'est ce qui a lieu d'habitude dans les premières périodes
des maladies graves. Plus la maladie s'approche alors delà décrois-
sance, plus l'équilibre tend à se rétablir ; c'est donc un signe très-
fâcheux si, malgré la durée déjà longue de la maladie, la latitude
d'exacerbation reste encore prédominante.
Avec le progrès de la décroissance, la rémission tend à se pro-
longer de plus en plus, tandis que l'exacerbation s'abrège (tracés à
pics).
Des exacerbations de grande étendue montrent fréquemment un
fastigium double ou multiple. Les pointes du tracé thermique cor-
respondent alors principalement aux premières heures de l'après-
midi, aux heures tardives de la soirée et même de la nuit.
S'il y a deux pointes, elles tombent tantôt dans l'après-midi et
dans la soirée, tantôt dans la soirée et après minuit.
Dans l'exacerbation à deux pointes, la pointe vespérale est d'or-
dinaire la plus élevée.
Dans l'exacerbation à Irois pointes, le maximum est tantôt sur
la première, tantôt sur la seconde, rarement sur la troisième. Ces
fluctuations quotidiennes à plusieurs pointes indiquent, en géné-
ral, une exacerbation très-étendue et ne sont, par conséquent
pas favorables.
Mais si le tracé de l'exacerbation, après- avoir suivi une ligne
droite et ininterrompue, vient à décrire un trajet anguleux et
dentelé, c'est un signe d'amélioration.
10. Aux exacerbations à plusieurs sommets se joignent les cas
de deux et plusieurs exacerbations dans le courant de vingt-quatre
heures (exacerbations doubles et triples) .
Il se montre surtout dans beaucoup de formes morbides une
exacerbation à minuit et une autre dans l'après-midi. Souvent, la
rémission commence dans ces cas au déclin du jour, et l'on peut,
par une interprétation erronée, la considérer comme un signe
favorable, tandis que la mensuration nocturne révélera une nou-
velle exacerbation.
En général, une [fluctuation quotidienne polyoscillante est tou-
FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE. U\
jours le signe d'une marche morbide semée de troubles et de
complications, ou de l'imminence d'un revirement.
Elle se montre surtout dans des cas graves, et là les conditions
ne sont jamais bien simples.
Elle se présente au moment des aggravations, mais elle peut
aussi apparaître au début de la convalescence ; il est vrai que,
dans les deux cas, elle différera d'aspect.
Elle est souvent déterminée par des symptômes saillants et isolés
de la maladie elle-même ou par le prélude de ces symptômes, tels
que constipation , diarrhée, vomissements, hémorrhagies, agitation
nerveuse et insomnie.
Elle peut être l'effet d'une influence nocive, d'un écart de régime,
d'un refroidissement ou d'un exercice relativement immodéré. —
Mais elle peut aussi être produite par un agent thérapeutique.
On ne peut bien apprécier, en particulier, la nature de la fluc-
tuation quotidienne multiondulante qu'en tenant compte en même
temps de toutes les autres conditions thermiques. Elle varie de si-
gnification :
. . . . '
Suivant le degré de la différence quotidienne ;
Suivant que la fièvre est essentiellement continue, exacerbante
ou rémittente ;
Selon que la moyenne quotidienne dénote un état fébrile in-
tense, considérable, modéré ou hypopyrétique ;
Suivant qu'il y a, en général, tendance à l'ascension ou à la
descente, ou que même la maladie est déjà entrée dans la période
de défervescence.
Dans les fièvres intenses continues, les fluctuations quotidiennes
n'ont, en général, pas une grande importance; leur caractère po-
lyoscillant est à peu près de nulle valeur pour le pronostic ; c'est seu-
lement quand une des élévations prime les autres ou que, au con-
traire, une descente est extrêmement considérable, que l'on
peut induire des chances défavorables de celle-là, des chances fa-
vorables de celle-ci.
Dans les fièvres intenses exacerbantes où les températures re-
lativement les moins élevées sont encore considérables et les élé-
vations intermédiaires énormes , une répétition d'une pareille
élévation dans une période de vingt-quatre heures est toujours
beaucoup plus défavorable qu'une élévation isolée.
16
242 FLUCTUATIONS QUOTIDIENNES DE LA TEMPÉRATURE.
Dans une forte lièvre rémittente où les rémissions peuvent
descendre jusqu'à des températures modérément fébriles et même
sous-fébriles, tandis que les exacerbations sont toujours extrême-
ment considérables, l'apparition d'une exacerbation quotidienne
double, précédée d'une fluctuation simple est défavorable.
Y a-t-il, au contraire, dès le début, des exacerbations redou-
blées, ce type est le plus souvent confus et, pour cette raison, doit
précisément faire supposer des conditions complexes.
Dans une fièvre modérée, une fluctuation polyoscillante est tou-
jours un signe suspect, un indice de complications et de troubles,
ou du moins dénotant une grande sensibilité individuelle.
À une période où l'on voudrait croire à une tendance à la dé-
croissance, l'apparition de fluctuations multiples rend douteuse
cette prévision.
Dans le stade préagonique, des fluctuations quotidiennes poly-
oscillantes sont très-habituelles et il faut se mettre en garde contre
les espérances trompeuses qu'on aurait pu concevoir.
X
MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES
1. Les maladies fébriles présentent une marche thermique extrê-
mement variable, mais malgré leurs nombreuses différences, on
peut reconnaître certaines règles générales. D'un autre côté, ce
sont précisément les différences qui fournissent les plus impor-
tants points d'appui pour la distinction des formes morbides et de
leurs variétés.
Dans les maladies fébriles, tant qu'elles n'ont point dépassé
l'apogée de leur évolution, la température peut offrir les deux
modalités suivantes :
Tantôt elle se maintient au-dessus du degré normal et ne des-
cend au-dessous de la norme que sous l'influence de causes acci-
dentelles ou dans des conditions particulières, auquel cas elle re-
vient bientôt à sa hauteur primitive (fièvres continues) ; tantôt les
élévations Ihermiques sont interrompues une ou plusieurs fois par
des températures apyrétiques (fièvres intermittentes ou récur-
rentes).—Dans ces cas, les intervalles qui séparent les moments
d'apyrexie peuvent être considérés comme appartenant à un mode
fébrile particulier et les Conditions de la fièvre continue se retrou-
vent dans ces sections du cycle morbide ; car, bien que la maladie
ne se termine pas avec l'accès fébrile isolé , cet accès se comporte
cependant comme une fièvre continue pour ainsi dire en raccourci
et peut présenter toutes les particularités propres à cette dernière
forme de pyrexie.
2U MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
La fièvre peut constituer l'élément essentiel de la maladie, au
moins dans une partie de son cours, de sorte que dans une forme
morbide définie, elle ne manque que dans des cas particuliers et
exceptionnels.
D'autres fois, l'élévation thermique n'est qu'un fait accidentel
et produit par l'intensité de l'affection primitive ou par quelque
condition accessoire telle que l'idiosyncrasie du sujet.
Ces différences influent puissamment sur la marche delà fièvre.
Dans le premier cas, la forme morbide est seule en cause, dans
le second ce sont les conditions accidentelles qu'il faut surtout
faire intervenir.
Dans la série des maladies fébriles essentielles, se rangent la
plupart des formes typiques ainsi qu'un grand nombre de celles
qui ne le sont qu'approximativement. Dans ces dernières, en gé-
néral, l'élévation thermique n'est qu'accidentelle. — Il en est de
même des maladies temporairement typiques et des affections aty-
piques.
2. La marche de la température dans les maladies fébriles peut
être déterminée :
1° Par la nature de la maladie : plus une maladie est typique,
plus son caractère se reflète sur la marche de température. — Ce
n'est pas là la seule et unique condition qui imprime son cachet
à la marche thermique, même dans les formes morbides typiques,
mais elle agit d'autant plus énergiquement que la maladie est plus
nette, plus simple et plus régulière ; en un mot, plus la cause
morbide spécifique exerce son action, indépendamment de toute
autre influence nocive, sur un individu antérieurement sain, mais
prédisposé à la maladie qui le frappe, et moins la marche ulté-
rieure de celle-ci est modifiée par les circonstances accidentelles
(voir les Principes fondamentaux, §§ 12 et 13).
2° La marche de la température peut encore être influencée par
I'intensité de la maladie. — Même dans les formes morbides typi-
ques, elle en modifie déjà notablement l'évolution et peut parfois
servir de base à une variété particulière du type. Mais son action
est encore bien plus puissante dans les maladies qui ne sont qu'ap-
proximativement typiques : dans les affections atypiques, au con-
traire, elle n'exerce qu'une influence très-minime.
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 245
5° Les conditions individuelles peuvent aussi imprimer des modi-
fications importantes à la marche thermique. Leur influence n'est
cependant décisive que dans certains cas particuliers. Ainsi,
chez les enfants, la marche de la température subit de fréquentes
déviations; chez les vieillards, les changements thermiques sont
plus lents et, toutes choses égales d'ailleurs, la température s'élève
relativement moins qu'à un âge moins avancé. — Une affection
préexistante exerce une grande influence sur l'évolution thermique
d'une maladie fébrile intercurrente. Enfin, certaines modalités de
l'état général (le tempérament nerveux hystérique, par exemple)
altèrent fréquemment le cours de la température.
4° La marche thermique peut être sous la dépendance d'iN-
fluences accidentelles, au nombre desquelles il faut compter cer-
tains agents thérapeutiques. — Le degré de leur action dépend en
partie de leur intensité, en partie de la réceptivité du sujet ou de
la forme morbide dont il est atteint. Sous ce dernier rapport, les
maladies typiques sont beaucoup plus réfractaires que les autres.
Dans ces affections, en effet, les causes accidentelles n'exercent
qu'une action insignifiante et souvent même nulle sur la marche
thermique ; et dans le cas où celles-ci entrent enjeu, les modifi-
cations qui en résultent sont passagères ou bien empreintes d'un
caractère typique déterminé ;
5° Enfin, l'évolution thermique est très-souvent modifiée par
les complications intercurrentes qui peuvent altérer la marche de
la température au point d'en effacer complètement le type primitif.
Tantôt elles produisent un type nouveau qui leur est propre, tantôt
elles lui impriment un caractère mixte, d'autres fois enfin, leur
action n'est que momentanée. — Il faut connaître la maladie dans
ses plus intimes détails pour apprécier le degré d'action des com-
plications prises en elles-mêmes et dans leurs rapports avec les
maladies spéciales et pour pouvoir distinguer ce qui, dans une
évolution pathologique complexe, appartient à l'affection primitive
et essentielle et ce qui revient aux troubles morbides secondaires
ou intercurrents.
5. Le cycle de la température dans les maladies fébriles se di-
vise en un certain nombre de périodes qui varient d'importance et
qui présentent des caractères assez différents pour pouvoir aisé-
246 MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
ment être distinguées les unes des autres (voir les Principes fon-
damentaux, § 20).
Ces périodes sont nettement tranchées dans un grand nombre
de maladies et dans une foule de cas isolés ; dans d'autres, leurs
limites sont plus confuses et plus effacées.
4. Le stade pyrogénétique où la période initiale do la fièvre varie
suivant que celle-ci précède toute manifestation locale ou n'en pré-
sente même pas ultérieurement et suivant qu'elle se rattache à une
maladie locale.
Dans le premier de ces deux cas, le début de la fièvre est plus
ou moins violent, et atteint d'ordinaire des degrés très-considéra-
bles avant la manifestation des localisations morbides. Dans ce
cas, la période initiale se termine, soit par les moyennes quoti-
diennes les plus basses qui soient encore caractéristiques de la
forme morbide en question, soit par le développement des acci-
dents locaux.
Dans le deuxième cas, le stade pyrogénétique est le plus souvent
obscur dans ses débuts et sa limite vers le fastigium est plus ou
moins arbitraire, surtout dans les formes peu typiques.
On conçoit que dans ce stade, les éléments fournis à l'observa-
tion soient relativement rares, la plupart des malades n'ayant
recours au médecin qu'à une période plus avancée de leur ma-
ladie.
Les modalités du stade initial sont nombreuses et variables :
a. États morbides a court stade pyrogénétique. — La température
monte rapidement et d'un seul trait, ou tout au plus suivant une
ligne faiblement brisée, à son degré d'élévation caractéristique et
atteint cette hauteur, soit en quelques heures, soit en un jour ou
au plus en 56 heures (voir fuj. 5 et 4).
Dans ces cas, l'élévation de la température marche plus vite sur
le tronc qu'aux extrémités et notamment aux avant-bras, aux
mains, aux jambes et aux pieds et aussi au visage. Ces parties pa-
raissent encore froides, tandis que le tronc présente déjà une tem-
pérature élevée. — Aussi, n'est-il pas rare de constater, en pa-
reille occurrence, une forte sensation de froid accompagnée de
tremblements, de frissons et de claquements de dents, etc., tous
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 247
phénomènes qui cessent dès que la température des extrémités se
rapproche de celle du tronc.
Dans les maladies qui débutent par un stade pyrogénétique
court, l'accès fébrile est également de courte durée : de plusieurs
heures à quelques jours. — (Tantôt l'élévation est brusque et at-
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Fis. 5.
Fig. 4.
teint son apogée presque aussitôt ; tantôt elle est graduelle et con-
tinue, mais ne se prolonge pas au delà d'un septénaire.) — Deux
éventualités peuvent alors se présenter : la mort du malade ou
bien la chute de la température. Cette dernière et heureuse termi-
naison a lieu rapidement (crise) dans les cas où aucune influence
nocive n'est intervenue. — En revanche, ces affections précédentes
offrent souvent une certaine tendance ta des accès fébriles répétés ;
peut-être même ces accès à répétitions sont-ils inhérents à la
nature même de ces maladies.
Dans les états morbides isolés, on rencontre plus ou moins sou-
vent cette variété de stade initial ; il en est même dans lesquels il
ne se présente jamais.
11 est constant et pour ainsi dire de règle: dans la variole, dans
la scarlatine, dans la pneumonie primitive fibrineuse et lobaire,
'248
MARCHE DE LA TEMPERATURE
dans les accès de fièvre paludéenne, dans la pyémie et la fièvre ré-
currente.
Il se montre fréquemment dans le typhus exanthématique, dans
la fièvre éphémère, dans l'érysipèle de la face, dans l'angine ton-
sillaire et la méningite de la convexité.
On ne le rencontre jamais dans le typhus abdominal (la fièvre
typhoïde), dans la méningite basilaire, les affections catarrhales
et le rhumatisme multiarticulaire.
b. Formes morbides a stade pyrogénétique polyhémère1. — L'as-
cension de la température se fait en général de la façon suivante :
elle commence à monter le soir, redescend dans les heures de la
matinée pour remonter dans la soirée suivante à un degré plus
élevé que celui delà veille (fig. 5). Il peut même se faire que dans
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Fig. 5.
Fig. 6.
les premiers jours, la température revienne tous les matins à son
niveau normal (fig. 6) et que le stade initial soit interrompu par
une apyrexie plus ou moins prolongée (fig. 7).
Dans cette forme, la durée du stade initial varie entre trois jours
et une semaine mais dépasse rarement cette limite. Si, pendant ce
stade, la température ne devient pas très-élevée, la maladie peut
rester légère et disparaître promptement ; mais si la température
atteint des hauteurs considérables, il ne faut pas s'attendre à une
terminaison bien rapide de la maladie,
i Durant plusieurs jours (méhrtàgig).
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES.
249
Cette forme se présente dans la fièvre typhoïde avec une telle
régularité, qu'elle permet de poser d'emblée le diagnostic.
Elle se rencontre assez fréquemment dans d'autres maladies,
telles que la rougeoieyle&Jjronckites catarrhales intenses, la pneu-
monie catarrhale, les méningites basilaire et cérébro-spinale, la
tuberculose aiguë, le rhumatisme multiarticulaire et dans la plu-
part des cas où la fièvre se rattache à une maladie locale en pleine
voie de développement, à moins toutefois qu'elle ne revête dans
son début le type suivant :
c. Dans beaucoup de cas, l'évolution fébrile est encore plus leste
et plus graduelle. — De pareilles maladies sont, en général, irré-
gulières et ont tout au plus une marche approximativement typi-
que (fig. 8). C'est ce que l'on constate souvent dans le rhumatisme
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Fiff. 7.
Fig. 8.
multiarticulaire aigu, dans la pleurésie, la péricardite, la périto-
nite, dans les suppurations chroniques et les affections tubercu-
leuses, ainsi que dans un grand nombre de maladies atypiques,
la syphilis l surtout quand la fièvre ne dépend pas de l'intensité
croissante des lésions locales.
5. Le fastigium est la période où la fièvre a acquis son complet
développement.
1 L'auteur désigne sous le nom de lues les manifestations secondaires et ter-
tiaires de la syphilis constitutionnelle,
250 MARCHE DE Là TEMPÉRATURE
C'est dans ce stade que la température des malades présente les
plus grandes variations ; celles-ci sont en général déterminées par
toutes les causes capables d'agir sur la marche de la fièvre.
A, Les variations de l'élévation thermique dans le fastigium peu-
vent concerner la hauteur de la température maxlma (point ex-
trême qu'atteint la température dans une maladie). — Celle-
ci est déterminée en partie par la forme morbide et en partie par
le degré d'intensité de la maladie; cependant, cette condition à
laquelle on semblait autrefois attacher une importance capitale est
d'une valeur secondaire, car des circonstances accessoires peuvent
très-bien amener, une seule fois il est vrai, une élévation thermi-
que extraordinaire.
Mais cette élévation elle-même quand elle est incompatible avec
la vie ou lorsqu'elle est l'indice d'un grave danger (comme, par
exemple, une température de 42° et au-dessus) doit modifier
l'interprétation du cas.
En outre, il peut être avantageux, dans certains états pathologi-
ques, de déterminer l'élévation maxima de nombreux cas isolés,
pour, apprendre à connaître les limites dans lesquelles elle se
meut et pour puiser un précieux élément de diagnostic. — Si, en
effet, la température franchit cette limite maxima, on peutdorset
déjà exclure certaines formes morbides.
Les limites inférieures de l'élévation maxima d'une maladie don-
née sont bien moins nettement définies, parce que, dans les cas
isolés on n'est jamais certain d'avoir pris la température précisé-
mentàson degré maximum. Mais, par exemple, dans un court accès
de fièvre étudié et suivi attentivement, si la limite inférieure de
l'élévation maxima propre à la fièvre intermittente n'a pas été at-
teinte, on peut conclure de ce fait que l'accès n'appartient pas à
ce type fébrile.
Supposons un cas soigneusement observé dans lequel la tempéra-
ture n'a jamais, dans son élévation maxima, atteint 59°, 5, on peut
en induire qu'on n'a pas affaire au typhus (nia la fièvre typhoïde).
B . Les différences des moyennes quotidiennes pendant le fastigium
sont encore plus importantes à étudier. Celles-ci dépendent égale-
ment de la nature et du degré de la maladie et des nombreuses in-
fluences qui peuvent modifier sa marche. La moyenne générale
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 251
clu fastigium formée de la somme des moyennes quotidiennes, est
beaucoup plus caractéristique que celle des jours isolés.
Voici comment se comporte la moyenne thermique générale du
fastigium suivant la nature de la maladie :
Dans le typhus abdominal (fièvre typhoïde), elle varie suivant
l'intensité du cas, entre 59° et 40°, 2.
Dans le typhus exanthématique (typhus vrai épidémique) : en-
tre 59°,2 et 40°,5.
Dans la fièvre d'éruption de la variole : entre 59° et 40°.
Dans celle de la rougeole : entre 59° et 40° (mais souvent aussi
la moyenne est plus basse à cause des profondes rémissions ma-
tinales).
Dans la scarlatine normale, elle est d'environ 40°.
Dans la pneumonie fibrineuse primitive : de 59°, 2 à 40°.
Dans la méningite de la convexité des hémisphères : de 40° et
au-dessus.
Dans le rhumatisme articulaire sans complication, elle varie
d'ordinaire entre 58°, 5 à 59°, 5.
Dans la grippe intense : 38°, 5 à 59°, 2.
Dans l'érysipèle de la face : 59°, 5 à 40°.
Dans l'angine parenchymateuse aiguë : 59°, 5.
Cependant, cette moyenne générale peut facilement être modi-
fiée surtout lorsque le stade d'apogée (fastigium) est court ; ainsi
une seule rémission accidentellement plus prononcée peut le faire
tomber aussitôt, de même qu'une seule exacerbation accidentelle
suffit pour le relever.
Pour déterminer la moyenne thermique générale, il vaut mieux
faire abstraction complète de semblables incidents qui ne sont en
réalité que des écarts de l'évolution régulière.
C'est le degré de l'élévation moyenne incluse dans les limites
précédemment indiquées qui décide de l'intensité de la maladie.
Ces limites ne sont cependant absolument vraies que dans les
cas qui ont atteint leur parfait développement. Dans les cas très-
légers, de même que dans les plus graves, la moyenne du fasti-
gium peut parfaitement se trouver en dehors des limites que nous
avons indiquées plus haut.
C. Mais les plus précieux éléments séméiologiques sont fournis
25-2
MARCHE DE LA TEMPERATURE
par l'évolution générale de la température dans le fastigium. Cette
marche thermique est :
Tantôt acuminée (acméiforme) , et consiste en une élévation brus-
que et rapide bientôt suivie d'un prompt abaissement ou terminée
par l'agonie;
Tantôt continue : dans ce cas l'élévation thermique se maintient
pendant quelque temps à un certain niveau ; ce qui n'exclut pas
des variations légères ne dépassant pas un demi-degré ;
Soit enfin discontinue, c'est-à-dire que la température offre des
fluctations considérables dans le cours d'une seule journée et sou-
vent aussi une marche dissemblable dans les différentes journées.
D. La marche acméiforme de la température durant le fastigium
se rencontre dans toutes les fièvres qui se terminent en quelques
jours et dans tous les accès fébriles intermittents de courte durée :
ainsi, dans la fièvre éphémère, la fièvre paludéenne, la pyémie,
souvent dans l'érysipèle ambulant, rarement dans la pneumonie;
en outre, dans les éruptions herpétiques; dans la varicelle et dans
quelques accès fébriles éphémères, dans la tuberculose aiguë et la
fièvre hectique, enfin dans toutes les fièvres terminales.
Le tracé du fastigium peut présenter au sommet un seul pic
40,5
A
40
r
\
59,5
1
\
39
^
I
58,5
i
1
0
41
40,5
40
59,5
59
58,5
Fie-. 9.
Fis. 10.
Fiar. 11.
(fig. 9), ou un plateau (fig. 10) plus ou moins étendu, ou enfin une
cime à plusieurs pointes (fig. 11).
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES. 255
La durée du fastigium acméiforme n'est souvent que de quel-
ques heures et même quelquefois de moins d'une heure, mais as-
sez fréquemment aussi de plus d'une journée. ,„
Un fastigium acméen peut se terminer par
la mort comme dans les fièvres terminales „
(fa. 12).
Ou bien la température descend presque
aussitôt après avoir atteint son apogée ; décrois-
sance toujours très-rapide en pareils cas.
Dans ces circonstances, il faut s'attendre
d'ordinaire à un ou plusieurs accès fébriles
ultérieurs. Tantôt ces retours sont plus ou
moins liés essentiellement à la forme morbide
en cause, telles que : fièvres palustres, pyé-
mie, pneumonie intermittente ; d'autres fois,
ces poussées nouvelles sont assez communes :
dans l'érysipèle ambulant, la tuberculose ai-
guë, les fièvres chroniques. — En général, on
doit s'attendre à une rechute dans toute fièvre qui présente une
aussi rapide évolution.
La marche continue de la température pendant le fastigium con-
siste rarement dans un maintien complet et uniforme de la tempé-
rature à une seule et même hauteur. Au contraire, on observe pres-
que toujours au moins de petites variations qui peuvent très-bien
aller jusqu'à |° ou même au-dessus (fig. 15).
M
40, s
40
59,s
59
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Fis. 12.
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59 s
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Fis. 15.
La marche thermique continue du fastigium existe :
Dans toute maladie extrêmement grave ;
Dans tous les cas où une complication grave s'ajoute à une ma-
254 MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
ladie déjà existante ; mais aussi dans des cas très-légers presque de
toute nature.
En outre, cette forme de fastigium se présente de préférence
dans quelques maladies, soit complètement, soit d'une façon
approximative et toujours d'autant plus accusée que la ma-
ladie est plus intense ; tandis que, avec une extrême bénignité de
la même forme morbide, le fastigium prend un caractère de dis-
continuité : voici quelques-unes des formes morbides à marche
éminemment continue : typhus exanthématique, stade prodromi-
que de la variole, scarlatine, pneumonie fibrineuse primitive et
intense, pneumonie secondaire à marche rapide, érysipèle de la
face, avant qu'il ait commencé à migrer, angine tonsillaire paren-
chymateuse, méningite de la convexité, affections graves fébriles
sans localisation, dans lesquelles cependant on trouve parfois des
altérations parenchymateuses au microscope, et le plus souvent, des
maladies à bref stade initial souvent annoncées par un frisson.
Il faut considérer comme défavorable le cas où des formes
morbides , d'ordinaire à
marche thermique discon-
tinue, présentent un carac-
tère continu. — Dans la
marche continue, l'éléva-
tion de la température
moyenne est de grande im-
portance , car elle décide
;u
39,3
A
i
V
\A
vA
\
essentiellement de
41,5
4<V»
m
Fis. 15.
l'intensité et du danger de la maladie.
La marche continue est
tantôt uniforme , ou bien
dans les cas favorables des-
cendante (fi(j„ 14) ou dans
les cas défavorables ascen-
dante (fig. 15).
Souvent, elle se divise ert
deux sections dont la pre-
mière ordinairement plus
abrupte et l'autre plus
douce. Les deux sont sou-
vent séparées par un sillon profond (pseudocrise)
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. Tdo
La marche continue ne se maintient d'ordinaire que pendant
peu de temps, rarement plus d'une semaine.
Tantôt elle tourne à l'agonie ;
Tantôt des rémissions commencent ; et à moins que les exacer-
bations ne soient beaucoup plus considérables que les élévations
antérieures, ces rémissions sont le plus souvent un signe d'amélio-
ration.
îl est vrai qu'elles peuvent parfois annoncer le stade proagonique.
Tantôt enfin, le cycle thermique se termine par la défervescence
qui peut être précoce ou tardive.
La défervescence peut faire immédiatement suite au fastigium
continu ou en être séparé, soit par une perturbation critique,
soit par une diminution thermique préalable.
La marche continue du fastigium est souvent double, et dans ce
cas, interrompue par un sillon plus ou moins durable et profond,
plus souvent aussi par une marche rémittente.
E. Dans la plupart des maladies, surtout clans certaines formes
morbides, telles que : le typhus abdominal, les affections catar-
rhales, les pneumonies catarrhales et ichoreuses, la rougeole,
le rhumatisme polyarticulaire, l'ostéomyélite, la méningite sans
forte extension à la convexité, la pyémie, la fièvre hectique et la
fièvre secondaire de la
variole, la trichinose,
la syphilis, les fièvres 40»s —
chroniques ; et dans
d'autres cas, plus ou 40
moins fréquemment, la
marche de la tempe- 39,3
rature est discontinue
pendant le fastigium. 59
Il existe des varia-
tions plus ou moins
grandes entre les exa-
cerbations le plus souvent vespérales et les rémissions du matin.
Avec cela l'élévation absolue des maxima quotidiens est très-
variable.
Dans les cas légers^ les rémissions du matin retombent plus
LA
Fis. 16.
256
MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
h
©
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+
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A
A
V
4
\/\
•
i
Y
Fie. 17.
ou moins profondément au-dessous de l'élévation moyenne
du fastigium de la forme morbide en question : type rémit-
tent (fig. 1G).
Dans les cas graves, les mo-
; I LLI I « I I dificationsmatulinales restent
ordinairement au-dessus du
40,5 1 / \-/-—\ / — /-\-l niveau moyen de la forme
morbide ou plutôt de^ sa pé-
riode fastigiale, tandis qu'au
contraire les exacerbations
vespérales s'écartent plus ou
moins de ce niveau moyen et
le surpassent même: type exacerbant {fig. il).
Le cycle des variations entre le soir et le matin peut être très-
différent et aller de f jusqu'à 5° et 4° (fig. 18).
L'alternance entre l'exacer-
bation et la rémission est
quelquefois plus ou moins
régulière et voici ce qui a
lieu :
La même élévation d'exa-
cerbation et la même profon-
deur de rémission peuvent
durer avec une régularité tout
à fait constante pendant une
semaine et au delà, dans les
maladies aiguës ; mais cette
alternance régulière peut en-
core se présenter avec une
uniformité complèle ou pres-
que absolue dans les fièvres
chroniques, et cela pendant des mois entiers. Ceci n'empêche
pas que dans le fastigium discontinu, on puisse aussi distinguer
deux parties : une première, avec un cycle plus restreint; une
autre, avec un cycle plus vaste.
D'autres fois, et comme cela a lieu notamment dans les cas com-
pliqués ou anormaux, ainsi que dans certaines formes morbides
(notamment dans la pyémie), la marche thermique discontinue
Fig. 18.
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES. 2Ô7
présente des irrégularités plus ou moins considérables. Quelque-
fois, elle ne reste uniforme que pendant peu de jours pour montrer
aussitôt après des déviations.
Ces irrégularités peuvent dépendre de causes accidentelles et
de beaucoup d'autres influences.
Les irrégularités de la marche consistent :
Dans l'apparition inégale de la rémission et de l'exacerbation
qui, un jour commencent plus tôt, l'autre jour plus tard, qui, un
jour sont d'une durée plus courte et l'autre jour, plus longue.
Dans une inégalité entre la profondeur des rémissions et la hau-
teur des exacerbations.
Dans une forte rétrocession intercurrente de la température,
ne se manifestant que par des sillons isolés et par une décroissance
thermique plus ou moins durable, mais nullement définitive
(état qui est amené avec une fréquence particulière par des in-
fluences et des conditions favorables), mais qui, cependant dans
certaines formes morbides se montre spontanément et sans la moin-
dre signification favorable.
Dans des élévations intercurrentes isolées ou plus ou moins con-
tinues de la température et qui sont le plus souvent produites par
des influences défavorables ou des complications.
Parfois, mais rarement, les irrégularités dans ce stade consis-
tent en collapsus intercurrents.
Souvent l'irrégularité est complexe et si une fois des irrégula-
rités considérables se sont montrées dans une maladie, on ob-
serve d'ordinaire que le type ainsi dérangé ne se rétablit plus
complètement.
Parfois, c'est une fluctuation tout à fait irrégulière de la tem-
pérature avec quelques élévations à pics et des descentes tout
aussi profondes, avec alternance de marche continue et discontinue
(le plus souvent dans la pyémie).
Les différences de la marche discontinue dans le fastigium sont
en grande partie déterminées par la nature de la forme morbide
et par son intensité ; mais la multiplicité ou la complexité du cas,
l'apparition d'accidents isolés, des influences accidentelles et thé-
rapeutiques, et enfin l'idiosyncrasie du malade peuvent contribuer
à la formation du fastigium continu.
De toutes les maladies dont le fastigium affecte une forme dis-
17
258 MARCHE DE LA TEMPERATURE
continue, c'est la lièvre typhoïde qui présente de la façon la
plus saillante une limite minima de l'exacerbation (59°, 5), des li-
mites de latitude assez précises du cycle quotidien (ne dépassent pas
facilement 1 1°), la plus grande régularité dans son cours (au moins
dans les cas normaux et simples) et une durée assez exactement
délimitée de la période du fastigium (ni au-dessous de huit jours
ni au-dessus de dix-sept). Les conditions individuelles peuvent
aussi influer sur la fièvre typhoïde, mais elies ne feront pas fa-
cilement dévier son cycle thermique d'une certaine latitude dif-
férentielle, et en tous cas, leur effet ne sera pas de longue durée.
Dans toutes les autres formes morbides à type discontinu du fas-
tigium, la multiplicité est plus grande encore et l'influence des
conditions accessoires plus considérable.
Uélévation absolue des maxima (l'exacerbation est d'habitude
considérable dans la partie discontinue de la fièvre récurrente,
dans la fièvre suppurative de la variole, dans la rougeole, la pneu-
monie catarrhale, la pyémie, l'ostéomyélite, l'érysipèledelaface,
la tuberculose aiguë.
En revanche, dans les maladies que nous allons énumérer, les
élévations exacerbatrices résultent plutôt de l'intensité de la ma-
ladie ou de complications graves. Tels sont : la grippe, le rhuma-
tisme polyarticulaire, la pleurésie, la méningite cérébro-spinale,
la trichinose, la syphilis, les suppurations aiguës.
Les maxima d'exacerbation peuvent rester très-bas malgré le
degré extrêmement grave des maladies :
Dans la stéatose aiguë, la méningite basilaire, la diphthérie, la
dysenterie, la péricardite, la péritonite.
L'amplitude des oscillations ou la différence quotidienne dépend
de la forme et de l'intensité de la maladie. Tantôt par l'éten-
due de cette latitude, le type se rapproche davantage du cours des
fièvres intermittentes (pseudo-intermittentes), tantôt par la peti-
tesse de cette latitude, il avoisine la marche continue. Les cas de
cette dernière espèce doivent être regardés comme très-graves. Ceux
de la première catégorie sont du moins très-insidieux, si la tempé-
rature exacerbatrice est en même temps très-élevée ; ces cas doi-
vent faire soupçonner une infection latente pyémique ou septicé-
mique, ou bien des embolies successives et ils se compliquent
souvent de dépôts secondaires, -ainsi, notamment, dans la fièvre
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 259
secondaire de la variole, dans la parotidite, le rhumatisme aigu,
l'endocardite et la myocardite, les phlegmasies rénales et hépa-
tiques.
Dans tous les cas, enfin, où l'on rencontre des foyers de suppura-
tion disséminés en divers points du corps, quelle qu'en soit la
cause, et ils sont d'autant plus nombreux que l'exacerbation ther-
mique concomitante a été plus considérable.
Mais ces auto-infections, pour ainsi dire latentes, peuvent aussi
se produire dans d'autres formes morbides. Or plusieurs de ces
processus étant pour le moment du moins inaccessibles au diagnos-
tic, on trouvera, dans cette succession de rémissions et d'exacerbations
affectant le caractère de l'intermittence, un indice d'une grande
valeur, car il devra faire redouter une issue fâcheuse, surtout si
cet état se prolonge pendant plusieurs jours sans que les exacerba-
tions se soient amoindries. — La guérison n'est cependant pas im-
possible dans quelques-uns de ces cas, quoique nous ne nous n'ex-
pliquions pas le mode dont elle s'opère. Les grandes exacerbations
suivies de rémissions profondes et presque apyrétiques n'ont pas
de caractère particulièrement fâcheux pendant le fastigium. —
Elles se présentent le plus souvent dans la fièvre initiale de la rou-
geole, dans la grippe intense et dans l'érysipèle ambulant ainsi
que dans la syphilis.
Si, au contraire, la température se rapproche de la norme pen-
dant les rémissions, tandis que dans l'exacerbation elle ne fran-
chit pas ou ne dépasse qu'à peine la limite des degrés modérément
fébriles, on peut, en général, considérer le cas comme léger, à la
condition toutefois que la nature même de la maladie n'implique
pas de dangers sérieux et inévitables. Ainsi des exacerbations mo-
diques avec une apyrexie matutinale presque complète n'autorisent
nullement à porter un pronostic favorable dans les cas suivants :
stéatose aiguë, inflammation aiguë des petites bronches (bronchio-
lite, bronchite capillaire), méningite basilaire ou cérébro-spinale,
tuberculose aiguë , diphthérie , dysenterie intense , péritonite,
néphrite parenchymateuse aiguë.
Dans aucune des formes morbides dont il est ici question, sauf
dans le typhus abdominal, il ne faut pas s'attendre à une alternance
régulière entre les exacerbations et les rémissions. — En d'autres
termes, une irrégularité quelconque de temps, d'élévation ou d'al-
260 MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
ternance n'est en elle-même un' signe fâcheux, clans le cas de fiè-
vre typhoïde (typhus abdominal).
Les maladies qui s'en rapprochent le plus, au point de vue de la
régularité du type thermique sont : la grippe, la pneumonie catar-
rhale (ces deux maladies présentent à la période du fastigium une
grande ressemblance avec la fièvre typhoïde), le rhumatisme mul-
tiarticulaire (les températures d'exacerbation ne sont pas ordinai-
rement aussi élevées que dans la fièvre typhoïde), la pleurésie, la
méningite cérébro-spinale, la trichinose, les suppurations, la sy-
philis, la phthisie et la fièvre chronique. La tuberculose subaiguë
présente souvent une grande régularité pendant un certain temps
mais parfois aussi des irrégularités considérables.
Vu la grande tendance aux irrégularités qui distingue la mar-
che de la fièvre discontinue, des causes insignifiantes suffisent pour
rendre sa marche irrégulière. Cela arrive cependant surtout à la
suite de complications ou d'accidents intercurrents ou bien enfin
après des influences tant favorables que nuisibles.
Dans la marche discontinue de la fièvre, les complications agis-
sent surtout aussi de manière à rendre cette marche continue pour
un temps ou d'une façon durable, ou du moins elles la font se rap-
procher de la continuité ; parfois enfin, elles ont pour effet de
changer la marche rémittente en exacerbante.
Les accidents intercurrents se révèlent surtout par des écarts
thermiques inattendus : tantôt par des ascensions, tantôt et très-
fréquemment aussi par des abaissements et même de véritables
collapsus ; ces derniers sont amenés d'habitude notamment par
des hémorrhagies, des vomissements, de fortes diarrhées, des
sueurs profuses ou par des perforations des cavités séreuses.
Les influences favorables ou nocives peuvent avoir des effets pas-
sagers ou durables. Avec plusieurs agents thérapeutiques expéri-
mentalement éprouvés, il est possible, du moins dans certaines
formes morbides, de déterminer d'avance le type que la marche
fébrile adoptera ; il existe ainsi certaines modifications pour ainsi
dire typiques du cycle fébrile qui résultent de l'emploi de l'hydro-
thérapie, de la digitale et du calomel dans la fièvre typhoïde, et
des émissions sanguines dans la pneumonie.
La direction que suit la marche discontinue du fastigium peut
aussi être très-variable : le fastigium conserve un caractère uni-
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES.
261
forme, ou sa direction est ascendante ou bien elle est descendante ;
modalités qui, dans la plupart des cas, correspondent assez exacte-
ment à l'intensité et à la
gravité de la maladie.
Voici les deux formes que
peut présenter le fastigium
à trajet ascendant :
1° La moyenne quoti-
dienne de la température
augmente (fig. 19) ;
2° Le type rémittent se
rapproche du type continu
ou exacerbant (fig. 20).
La direction descendante
se caractérise par des con-
ditions opposées.
Le changement de direction du fastigium est tantôt lent et gra-
duel, tantôt soudain et brusque et souvent précédé de courtes ir-
régularités.
Dans l'interversion brusque, le fastigium se décompose en deux
Fig. 19.
40,5
40
39,5
59
38.5
'À
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1
V
\i
.1
V
1
1
Fig. 20.
ou plusieurs phases ou étapes plus ou moins distinctes qui durent
quelques jours et rarement plus d'une semaine. — Quand le fasti-
gium se prolonge, on peut aisément reconnaître chacune de ses
phases caractéristiques sur le tracé thermique, et si après un tra-
262 MARCHE DE LA TEMPERATURE
et ascendant du cycle régulier, celui-ci prend une direction des-
cendante, il est permis de porter un pronostic favorable. Si, au
contraire, la marche uniforme du fastigium est troublée par une
direction ascendante, le cas est fâcheux, mais non pas cependant
encore désespéré.
La durée du fastigium dans le type discontinu est en moyenne
plus longue que dans le type continu et dépend en majeure par-
tie de la forme morbide et de l'intensité de la maladie.
Une courte durée du fastigium correspond dans la plupart des
cas (c'est-à-dire dans ceux qui n'amènent pas promptement la
mort) à une faible intensité de la maladie. — Un fastigium très-
prolongé est plus sérieux.
Dans les cas favorables, de tous le plus court, est d'ordinaire le
fastigium du stade prodromique de la rougeole.
La grippe, la bronchite, l'angine tonsillaire, la parotidite, la
pneumonie catarrhale, l'érysipèle ambulant, la fièvre de suppura-
tion de la variole, la péritonite, le stade fébrile post-cholérique
ont aussi un court fastigium qui ne dure pas plus de cinq à six
jours, dans les cas de moyenne intensité.
Dans la fièvre typhoïde, la durée du fastigium est de deux se-
maines et demie.
Le fastigium est d'ordinaire relativement assez long dans les cas
légers de rhumatisme polyarticulaire, de pleurésie, de trichinose,
de suppurations, de méningite cérébro-spinale et de syphilis.
Dans la méningite basilaire, l'issue léthale est toujours à crain-
dre, que le fastigium soit de courte ou de longue durée.
Dans la septicémie et dans la pyémie, un fastigium prolongé
doit inspirer plutôt de l'espoir ; il en est de même dans la tuber-
culose aiguë.
Dans la phthisieet dans les autres états chroniques fébriles, la
fièvre peut persister avec son type rémittent pendant des mois et
des années et lorsqu'elle a présenté pendant quelques semaines
des interruptions dans son cours, soit spontanément, soit sous l'in-
fluence du traitement, il n'est pas rare de voir les fluctuations
thermiques antérieures reparaître au même degré d'élévation quo-
tidienne qu'auparavant et avec la même régularité.
F, Dans la plupart des formes morbides le fastigium est sim-
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 265
pie ; mais il y a des affections où il peut être double ou même mul-
tiple, ce sont :
La fièvre typhoïde avec dépôts successifs, la fièvre récurrente,
la variole vraie, les exanthèmes irréguliers, quelques pneumonies
à forme récurrente, la pyémie et la septicémie (avec une appa-
rence d'amélioration intercurrente), l'érysipèle de la face (par
suite d'une récidive apparente), le rhumatisme polyarticulaire
(dans le cas de complications ultérieures), la méningite basilaire,
la méningite cérébro-spinale, la pleurésie, la phthisie.
Quand le fastigium est multiple, le premier présente souvent un
autre caractère que le deuxième et les suivants. Des types inter-
mittents, des types continus et des types rémittents y peuvent al-
terner. En général, le fastigium est d'autant plus défavorable que
ses manifestations ultérieures présentent une hauteur continue et
des élévations durables.
G. I/A. fin du fastigium est, tantôt distinctement délimitée, tan-
tôt elle est vague et se rattache à d'autres stades.
Parfois, il se présente encore à la fin du fastigium une élévation
de courte durée. Cette par-
ticularité a été notée avec
beaucoup de justesse par d'an-
ciens médecins et désignée par
eux sous le nom de pertur-
batio critica (fig. 21). Dans
d'autres cas, il se manifeste
une tendance sensible vers la
décroissance : Décroissance
préparatoire.
Le fastigium se termine :
Dans le stade prodromique
de la variole, au moment où
apparaissent les premières pa-
pules cutanées annonçant le début de l'éruption.
Dans la rougeole : quand l'éruption a atteint son maximum.
Dans la scarlatine : quand l'exanthème commence à pâlir.
Dans la pneumonie : quand l'hépatisation est complète, rare-
ment avant le troisième ou après le neuvième jour.
40,3
h
41)
A 1
1"
/
V
1
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59 s
r»9
\
58 s
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1 1
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Fig. 21.
264 MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
Dans le typhus exanthématique, vers la fin de la deuxième se-
maine, parfois au milieu de la troisième.
Dans les cas légers de fièvre typhoïde, au milieu ou à la fin du
second septénaire ; dans les cas graves au milieu ou à la fin du
troisième, parfois seulement dans le cours du quatrième.
Dans la grippe, d'ordinaire, au bout de peu de jours.
Dans l'angine tonsillaire parenchymateuse, après une durée de
trois à sept jours.
Dans les autres formes morbides, la terminaison du fastigium
est plus ou moins indéterminée.
6. Avec le fastigium, la période d'augment et la période d'état
de la maladie peuvent arriver à leur terme, c'est-à-dire qu'elle
tourne immédiatement à l'agonie ou bien que les processus de
guérison lui font directement suite. Souvent cependant le fasti-
gium est encore suivi par un stade d'indécision.
Cette période indécise (stade amphibole) devient d'autant plus
apparente que le cours du fastigium a été plus régulier.
Quand la marche thermique du fastigium est irrégulière, la
limite entre celui-ci et le stade amphibole n'est souvent pas facile
à tracer.
Le stade amphibole manque rarement dans les cas qui, sans
avoir une terminaison rapidement fatale, présentent cependant un
caractère fâcheux. C'est surtout dans les fièvres typhoïdes graves
que ce stade est le plus saillant, le plus intense et de la plus
longue durée.
Il se présente, en outre, dans les pneumonies graves et pro-
longées, dans les exanthèmes compliqués, dans les typhus exan-
thématiques de même nature, dans le rhumatisme polyarticu-
laire aigu et dans la méningite cérébro-spinale.
La période amphibole est plus ou moins irrégulière. En voici
les manifestations thermiques : Des écarts isolés ou autres dévia-
tions de la durée de plusieurs jours ; des exacerbations et des ré-
missions de grandeur variable ; d'ordinaire, les rémissions se pré-
sentent bien dans la matinée, mais souvent aussi à d'autres mo-
ments et les exacerbations se rencontrent indifféremment à
toutes les heures de la journée. Les collapsus intercurrents ne sont
pas rares. Des recrudescences ou des améliorations se montrent
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 265
avec ou sans motifs. Les unes comme les autres n'ont souvent que
la durée de quelques heures et souvent persistent pendant plu-
sieurs jours ; parfois elles présentent une intermittence à type
tierce, mais le plus souvent une grande irrégularité. Quand le
stade amphibole est de longue durée, on remarque que les alté-
rations coïncident avec certains jours et de préférence avec la fin
ou le milieu d'un septénaire ; mais ces altérations ne durent pas
assez pour changer le caractère du cours morbide.
Mais, malgré tout cela, la température du stade amphibole se
maintient dans de telles limites qu'une compensation est pos-
sible et bien rarement les températures isolées atteignent l'élé-
vation maxima du fastigium.
La durée du stade amphibole peut n'être que de plusieurs jours,
mais aussi s'étendre à plusieurs semaines. Elle persiste' surtout
dans quelques fièvres typhoïdes graves.
7. Quand la maladie est à son apogée et se trouve dans le stade
amphibole, la fièvre peut être plus ou moins influencée par des
processus se passant dans l'organisme lui-même ou par des effets
agissant du dehors sur lui, et cela tantôt à l'avantage tantôt au
détriment du malade. En général, les influences qui produisent un
accroissement dans la température déjà élevée sont préjudiciables ;
au contraire, celles qui amènent une dépression thermique sont
souvent, sinon toujours avantageuses. La thérapeutique doit donc
songer à profiter de ces dernières, et à les multiplier ; mais, d'a-
bord à en fixer le plus exactement possible l'efficacité.
Une élévation de température chez les fébricitants peut être
amenée par une excitation intellectuelle, par des mouvements phy-
siques, par trop de chaleur, par des vices de régime, par une con-
stipation opiniâtre et par des complications.
La diminution de la température peut être produite dans le fas-
tigium et dans le stade amphibole :
Par des hémorrhagies spontanées, des selles abondantes, des
vomissements, des sueurs profuses.
Ensuite par une respiration insuffisante, par une compression
du cerveau, par l'inanition.
Parfois par un sommeil tranquille, en outre, par l'emploi ap-
proprié du froid sur le corps du malade, par des émissions san-
266 MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
guines artificielles ; enfin par l'administration d'un certain nombre
de médicaments. Voici ceux qui sont reconnus jusqu'à présent
antipyrétiques :
Le mercure (calomel), l'antimoine (tartre stibié), le plomb, la
digitale, la vératrine, le quinquina, les acides et les sels dits ra-
fraîchissants, les laxatifs et les vomitifs.
Mais la sûreté et le degré de l'effet ne sont nullement les mê-
mes dans tous les cas dont les conditions thermiques sont égales.
Les uns sont très-accessibles aux influences, même pendant la fiè-
vre, d'où une rapide efficacité des médicaments et des autres
moyens thérapeutiques mis en usage. Dans les autres, la fièvre
se montre réfractaire à ces agents et toutes les influences restent
absolument sans résultat ou du moins impuissantes pendant un
certain temps.
A l'acmé de la fièvre et dans le stade amphibole, les tempéra-
tures accessibles aux influences extérieures se rencontrent de
préférence chez les enfants, chez les individus faibles et dans les
maladies de moyenne intensité , après un amendement spontané,
dans la marche thermique discontinue et pendant la rémission
quotidienne naturelle.
Une résistance plus ou moins grande se rencontre, en général,
chez les adultes vigoureux, dans des maladies intenses pendant leur
période d'accroissement ou dans les maladies compliquées, dans
le type fébrile continu, enfin pendant les heures de l'exacerbation
quotidienne régulière.
8. La marche thermique pendant la période de déclin (processus
de guérison) peut offrir plus ou moins de particularités :
Les formes morbides se distinguent très-nettement les unes des
autres par la façon dont elles guérissent habituellement ; et la
différence est d'autant plus caractéristique que la marche en a été
moins troublée et pour ainsi dire plus normale.
Dans les uns, le processus morbide paraît presque tout à coup
éteint et terminé. L'amélioration s'opère sans difficultés et sans se-
cousses, et le retour à la santé s'effectue sans obstacles et avec
promptitude. C'est ce que l'on peut observer dans le typhus exan-
thématique, les varioloïdes, la varicelle, la rougeole, (a pneumo-
nie fibrineuse primitive, la pneumonie lobulaire et la pneumonie
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES. 267
simple ; dans la fébricule, la fièvre récurrente, l'érysipèle de la
face, l'angine tonsillaireparenchymateuse, la fièvre de réaction qui
se montre dans le choléra sans dégénérescence parenchymateuse des
reins.
Dans les autres formes de maladie, le processus morbide lui-
même provoque dételles altérations dans les organes, y fait naître
tant de produits nouveaux, amène des lésions si étendues que le
processus réparateur est nécessairement lent et pénible et facile-
ment exposé à de nouveaux désordres avant que l'équilibre ne
soit définitivement rétabli.
Dans cette catégorie se rangent la fièvre typhoïde, le plus
souvent aussi la scarlatine, la variole confluente, le rhumatisme
aigu polyarticulaire, toutes les méningites, la trichinose, la pleu-
résie, la péricardite, la péritonite et la dysenterie.
Ce qui se produit clans ces dernières formes morbides, par suite
de la nature même du processus essentiel peut aussi s'opérer dans
les premières, sous l'influence de complications préexistantes ou
intercurrentes, ou d'autres circonstances fâcheuses.
Naturellement, il y a aussi un certain nombre de cas intermé-
diaires entre ces deux extrêmes, c'est-à-dire entre la décroissance
prompte et facile et la réparation lente et semée d'écueils.
La marche thermique correspond aussi à ces diverses modalités ;
ce qui permet de conclure à la forme que prendra le processus
curateur.
Dans les cas de guérison difficile, des élévations thermiques
très-considérables peuvent surgir pendant la période de déclin,
c'est précisément dans ce stade; car, dans certaines maladies, le
sujet est exposé aux dangers les plus grands et les plus nombreux.
Dans les cas, au contraire, où la guérison n'a pas de grands
obstacles à vaincre, la fièvre se termine au moment où la maladie
passe à ce processus transitoire.
La marche thermique pendant les stades de déclin, se décom-
pose comme il suit :
1° Période de décroissance positive, mais insuffisante ; stodium
decrementi;
2° Période de diminution de la fièvre que j'ai désigné sous le
nom de défervesçence généralement adopté aujourd'hui ;
268
MARCHE DE LA TEMPERATURE
3° Période qui succède à la défervescence : Période épicritique
et convalescence.
9. Le premier stade du processus deguérison, la période de dé-
croissance positive, mais insuffisante (stadium decremenii) est loin
d'être observée dans tous les cas. Quand elle existe, elle se ratta-
che, soit à l'évolution du fastigium, soit immédiatement à la
période amphibole, ou bien une augmentation préalable est d'a-
bord suivie pendant deux jours d'une petite décroissance, après
quoi se présente la défervescence [fig. 22).
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Fig. 22.
La diminution thermique qui précède de plusieurs heures ou de
quelques jours la défervescence peut ainsi se transformer peu à
peu en une descente tellement brusque qu'il devient impossible de
préciser le début de la défervescence proprement dite.
Cette diminution prémonitoire peut varier d'un demi-degré à
un degré ; dans les fièvres très-intenses et clans les fausses crises,
elle peut être bien plus considérable encore et aller même dans ces
dernières jusqu'à trois degrés et au-dessus.
Souvent elle ne consiste que dans une courte durée où une
absence totale de Texacerbation vespérale ordinaire , de façon
que le jour de la décroissance, la fluctuation quotidienne fasse dé-
faut et que la température persiste au degré thermique du matin ;
ou bien elle consiste dans une rémission matinale plus considéra-
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES. 269
ble, landis que, dans la soirée, la température remonte à son éléva-
tion ordinaire.
D'autres fois, elle consiste en une fausse crise avec petite élé-
vation consécutive.
Il n'est pas rare de voir, de cette façon, la moyenne quotidienne
persister durant plusieurs jours et même une semaine à un degré
beaucoup plus bas que pendant le fastigium ou pendant la période
amphibole, et la défervescence proprement dite être précédée d'un
ralentissement uniforme ou graduel de la fièvre.
Cet état se dislingue très-bien du stade amphibole ; car, dans
celui-là, il ne se présente plus d'aggravations et les élévations ves-
pérales ne sont elles-même que l'expression de la fluctuation quo-
tidienne ; leur signification n'est pas défavorable, pourvu que la
rémission se reproduise toujours dans les heures matinales.
Il n'existe pas de forme morbide où un pareil stade de déclin ne
puisse se produire (que la défervescence soit d'ailleurs rapide ou
lente). Fréquemment, les agents thérapeutiques provoquent évi-
demment l'apparition de ce stade.
En revanche, la durée varie suivant les maladies. Le stade de
déclin peut durer de plusieurs jours à une semaine et même plus
dans la fièvre typhoïde et dans la période de suppuration de la
variole. La durée est plus courte dans le typhus exanthématique,
la scarlatine, plus courte encore dans la rougeole et la pneumonie
lobulaire.
Dans les formes morbides qui ne sont qu'approximativement ty-
piques la durée de ce stade est infiniment variable, et dans ce cas,
il y a bien moins de chances qu'il soit immédiatement suivi de la
défervescence. Même sans qu'il survienne de complications acci-
dentelles, la température peut de nouveau s'élever dans cet état
et sa marche prendre une seconde fois le caractère de fastigium.
Dans ces cas, une diminution fébrile est venu s'intercaler entre
deux périodes de fastigium et a produit la décevante apparence
d'une amélioration.
Des ralentissements tout aussi trompeurs se rencontrent éga-
lement dans la pyémie et dans le stade amphibole de différentes
maladies.
10. C'est dans la période de défervescence que, suivant la na-
210
MARCHE DE LA TEMPERATURE
ture des maladies, ont trouve les différences les plus tranchées;
en même temps, les déviations du type propre à telle ou telle
forme morbide, offrent des indications très-positives relativement
aux anomalies et à l'imperfection de la guérison.
a. La défervescence a lieu tantôt rapidement et pour ainsi dire
d'un seul jet (défervescence rapide, crise), de façon à s'achever dans
4, 12, 24, ou tout au plus 56 heures ; pendant ce temps, la tem-
pérature tombe de 2°, de 5°, quelquefois même de plus, et arrive
à l'état thermique normal ou même au-dessous (fig. 25 et 24).
41
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Fis. 23.
FiS. 24.
De cette manière, la fièvre peut se terminer dans la même jour-
née ou dans une seule nuit et le malade peut ainsi présenter le
lendemain matin une température normale ; on n'est certain que
la fièvre est arrivée à son terme que si, dans les heures post-méri-
diennes et vespérales des jours suivants, il n'y a pas de nouvelles
élévations. Souvent il ne se présente qu'une seule élévation de celte
nature, mais elle n'atteint pas le degré de celle de la veille, et dans
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 271
la nuit suivante la température revient définitivement à l'état
apyrétique.
Très-souvent, la défervescence rapide dure plus de 24 heures;
dans les premières heures de la matinée, la température tombe
plus ou moins ; dans le courant de l'après-midi, elle continue à
descendre, mais avec plus de lenteur ou elle reste stationnaire ou
même elle remonte de nouveau et, la température normale n'est
atteinte que le lendemain matin. Il peut aussi se faire qu'une se-
conde petite élévation se présente à la fin de la soirée, mais celle-
ci est d'habitude peu considérable (fig. 25).
Souvent il arrive que, dans les heures matinales, il n'y a même
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Fis. 23.
Fie. 26.
pas encore de tendance à la défervescence ; tout au plus peut-on
constater une petite diminution, quelquefois même une grande
élévation ; mais la défervescence commence déjà dans les heures de
l'après-midi. Dans des cas semblables, la défervescence pendant
ces heures est rarement considérable.
Souvent on ne reconnaît le commencement de la défervescence
qu'à l'absence d'exacerbation vespérale ou qu'à un abaissement
de yq à ~ de degré qui, parfois, la remplace; puis la déferves-
cence peut avoir lieu dans la nuit suivante ou traîner encore pen-
dant 24 heures de la façon déjà décrite (fig. 26).
,272 MARCHE DE LÀ TEMPERATURE
Pendant la dëfervescence rapide, il arrive très-fréquemment, sur-
tout quand on a eu recours à une médication thermo-dépressive, que
la température descende au-dessous de l'état normal, jusques envi-
ron à 56° ou même au-dessous. Cette diminution excessive ne met
cependant pas encore à l'abri du retour d'une élévation, et la dë-
fervescence n'est assurée que si le lendemain soir la température
ne s'élève pas au-dessus de l'état normal.
Dans les cas où la descente d'une température très-élevée s'opère
d'une façon rapide, cette chute se complique très-fréquemment de
phénomènes de collapsus accompagnés d'un trouble souvent si
grave de l'état général que le malade et son entourage jugent le
cas bien plus grave qu'il n'a été à l'époque de la fièvre intense et
du danger réel. Le thermomètre permet de reconnaître le commen-
cement de la guérison en dépit de cette aggravation apparente. Un
tel état de perturbations sérieuses, accompagné parfois de délire, ne
dure le plus souvent que quelques heures, mais il peut aussi traî-
ner pendant plusieurs jours et pourvu que la température se main-
tienne à l'état normal ou au-dessous, il n'y a rien à craindre, à
moins que l'abaissement thermique ne soit motivé, non par la ter-
minaison de la maladie, mais par l'apparition d'un accident grave
et facilement reconnaissable, tel qu'une forte hémorrhagie, une
perforation des intestins ou des poumons.
En général, on trouve une défervescence rapide dans toutes les
formes morbides et dans tous les cas de maladie qui ont montré
pendant leur période initiale une ascension thermique rapide et
dont la marche est restée simple.
La défervescence rapide est le plus accusée, le plus constante et
présente la plus grande amplitude (5° à 6° et plus dans l'espace de
quelques heures), dans la fièvre récurrente, aussi bien au premier
accès qu'au second. Cette défervescence est de règle dans la pneu-
monie iibrineuse primitive simple, qui ne dure pas plus d'une
semaine, dans les varioloïdes et dans la rougeole régulière. Elle
se rencontre constamment aussi dans l'angine tonsillaire pa-
renchymateuse et dans l'érysipèle de la face, mais, dans cette
dernière maladie, elle ne met nullement à l'abri de la réappa-
rition de la fièvre à chaque poussée nouvelle de l'inflammation
cutanée.
Elle se présente, en outre, fréquemment dans le typhus exan-
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES.
275
thématique, plus rarement dans la scarlatine et dans les fièvres ca-
tarrhales.
b. Par contre, la défervescence peut être lente et graduelle
(lysis) et voici les formes qu'elle affecte :
Tantôt la descente est continue, mais lente, et la température
s'abaisse plus souvent, moins dans la journée que dans la nuit ;
elle peut parfois subir un temps d'arrêt ou même une très-légère
élévation. Elle décline ainsi pendant deux ou quatre jours et quel-
quefois même durant une semaine (fig. 27).
Fi$r. 27.
C'est ce qui a lieu notamment dans la scarlatine, le typhus
exanthématique et parfois dans la pneumonie, quand sa marche
n'est pas tout à fait normale ou lorsque la maladie a duré plus d'une
semaine. Cette forme de défervescence ne se présente qu'excep-
tionnellement dans la fièvre typhoïde et parfois dans les formes
morbides catarrhales.
Ou bien la hjsis suit une marche rém ttente, les rémissions ma-
tinales alternant avec des exacerbations vespérales considérables,
mais le maximum ou la moyenne diurne diminuent de jour en
jour.
18
274
MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
Alors il peut arriver que les exacerbations vespérales conservent
encore pendant un certain temps leur élévation antérieure, tandis
que les rémissions matinales deviennent de plus en plus profondes
jusqu'à ce que, plus tard, les exacerbations diminuent à leur tour
(fig. 28).
Fis. 28.
D'autres fois encore, les températures, tant matinales que ves-
pérales diminuent, la différence quotidienne restant la même
(ft.29).
Ou bien enfin les exacerbations vespérales s'affaiblissent et se
rapprochent peu à peu de la rémission matinale (fig. 50).
Ces différentes modalités peuvent se rattacher l'une à l'autre et
leur transition s'effectue par saccades et comme par poussées suc-
cessives.
La défervescence rémittente dure, en général, trois jours, une
semaine et quelquefois plus. Elle présente d'ailleurs dans sa
marche de fréquentes irrégularités.
Elle est caractéristique du typhus abdominal ; elle est habituelle
dans la fièvre de suppuration variolique et fréquente dans les for-
mes catarrhales graves. On la trouve aussi d'ordinaire dans le rbu-
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES.
275
raatisme p'oly articulaire aigu, dans la trichinose, la péricardite et
la péritonite.
Dans la défervescence rémittente, les collapsus ne sont pas rares
et ils se présentent de la façon suivante : les températures mati-
nales descendent jusque au-dessous du degré normal et les autres
signes du collapsus viennent bientôt s'y ajouter.
Cet état peut durer plusieurs jours.
Fis. 29.
11. Dans la période épicritique et surtout durant la convales
cence quand celle-ci n'est pas troublée, la température est normale,
aussi bien le matin que le soir, et les fluctuations sont aussi nor-
males que dans l'état physiologique. Ce caractère de la tempéra-
ture est la garantie la plus sûre de la guéi ison complète du pro-
cessus morbide.
Tant que les températures vespérales présentent encore des de-
grés sous-fébriles, la convalescence n'est pas nette. Elle l'est bien
moins encore, quand la température du matin est plus élevée qu'à
l'état normal.
Cependant, dans certaines maladies et dans quelques cas isolés,
270
MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
le niveau moyen des fluctuations est supérieur à la norme,
et cette particularité
persiste encore bien
avant dans la convales-
cence, sans que pour
cela la guérison soit
compromise. Tel est
ordinairement le cas
du rhumatisme arti-
culaire aigu.
Mais, presque tou-
jours, la température
de la convalescence
est mobile , incons-
tante et fragile.
Les fluctuations quo-
tidiennes présentent
le plus souvent une
amplitude plus grande
que chez les individus bien portants. — Les causes les plus légè-
res qui seraient insignifiantes dans
l'état de santé peuvent produire
dans la convalescence des élévations
thermiques assez étendues : tels sont
les plus légers écarts de régime, les
fatigues intellectuelles et physiques
même les plus modérées.
Ces recrudescences peuvent appa-
raître chez un malade après qu'il
s'est levé pour la première fois et
souvent même sans cause appré-
ciable.
Il est très-commun de les obser-
ver chez les convalescents après la
première ingestion d'une nourriture
animale , surtout si celle-ci est abon-
dante ou prématurée (fig. 51).
Ces élévations, à moins qu'elles n'aient une portée spéciale
40
59
38
37
\_ I H .
—4-
_ L
Fig. 51.
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 277
sont, en général, éphémères ; si la convalescence est régulière,
elles disparaissent au bout de peu de jours.
Lorsque le malade se tient levé, il présente des élévations mo-
mentanées d'un demi-degré et plus, qui disparaissent aussitôt qu'il
s'est remis au lit.
Toutes les fois qu'une élévation continue, bien que peu considé-
rable, se maintient avec persistance ou lorsque des élévations plus
fortes se présentent fréquemment, on peut positivement admettre
que la guérison n'est qu'incomplète ou qu'il va se développer une
maladie nouvelle, une maladie consécutive ou bien une récidive.
Et alors le rétablissement imparfait se manifestera, soit par des
exacerbations vespérales continues ou par une température qui
n'est pas même normale dans la matinée ou dans des retours
fébriles temporaires plus forts et s'étendant sur plusieurs jours,
retours qui, souvent, ne se révèlent que par l'élévation thermi-
que ; le début d'une maladie aiguë (soit d'un récidive, soit de tout
autre état morbide) pendant la convalescence, se manifeste le plus
souvent par une élévation thermique brusque, suivant le type de
la nouvelle affection.
42. Quand une maladie, au lieu de guérir ou de prendre une
tournure léthale, entraîne quelques maladies consécutives, la inar-
che thermique qui appartient au processus décroissant et que nous
venons de décrire peut s'étendre jusqu'au moment de la convales-
cence et ce n'est qu'après une durée plus ou moins longue de cette
dernière que se présente la maladie consécutive avec ou sans nou-
velle élévation fébrile.
Mais, dans ces cas, la marche de la décroissance est le plus sou-
vent incomplète, retardée, interrompue et irrégulière.
Dans les formes morbides à défervescence ordinairement rapide,
c'est la forme lytique qui se manifestera.
Dans les formes qui, en elles-mêmes, sont déjà lytiques, le pro-
cessus de la défervescence est plus lent ; de nouvelles élévations
viennent s'intercaler, la marche décroissante subit des temps
d'arrêt.
Dans la convalescence apparente, la température s'approche de
la norme et, après l'avoir atteinte, se re]ève bientôt sans motifs ap-
préciables.
278 MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
En outre, les maladies consécutives peuvent apparaître dans le
stade amphibole, dans le stade de déclin et à toutes les périodes de
la défervescence.
Voici ce qui a lieu le plus souvent :
D'abord se produisent des ralentissements trompeurs plus ou
moins considérables, mais qui, en tous cas, ne sont pas en rap-
port avec la marche normale de la maladie et ne peuvent s'expli-
quer non plus par des influences particulières ; ces ralentissements
ne simulent cependant un état favorable que pendant peu de
temps, car l'apparition d'une affection lente se trahit bientôt, soit
par de nouvelles élévations, soit par un temps d'arrêt dans les
progrès de l'amélioration.
La marche ultérieure de cette nouvelle maladie est déterminée
par sa propre nature ; l'affection antérieure n'exerce presque au-
cune influence sur le cours éventuel de la fièvre dans la maladie
consécutive.
15. La terminaison nouvelle est assez souvent annoncée par des
phénomènes qui, dans la plupart des cas sont absolument défavo-
rables et de plus ou moins longue durée, mais qui, dans d'autres,
pourraient aisément être pris pour des améliorations apparentes.
On ne parvient que très-rarement, ces phénomènes une fois appa-
rus, à empêcher l'issue fatale, même en ayant recours à un trai-
tement énergique.
Ce stade proagonique, d'une durée variable, présente un ensem-
ble de particularités, une sorte d'habitus qui permet de le distin-
guer plus ou moins nettement, non-seulement des autres phases
de la maladie, mais aussi de l'agonie proprement dite.
Pour bien juger ce stade, c'est encore le thermomètre qui four-
nit les meilleures indications, surtout si l'on a soin de ne pas con-
sidérer isolément la marche thermique, mais bien de la rattacher
aux autres phénomènes que présente le cas.
La marche de la température et des autres phénomènes de la pé-
riode proagonique dépend, en partie, de la maladie essentielle et de
son développement ; mais, en partie aussi, des nombreuses complica-
tions et des lésions ultimes qui se développent d'ordinaire dans les
maladies graves ou mortelles, quoique ces troubles secondaires et va-
riés n'affectent que des rapports souvent éloignés avec ces dernières.
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES.
279
En se fondant sur l'évolution thermique, voici quelles sont les
diverses formes de la période proagonique :
a. La température monte toujours, bien qu'interrompue par des
rémissions matinales, jusqu'à l'apparition de l'agonie, et même jus-
qu'à la mort : c'est la forme ascendante du stade proagonique ;
dans ces cas, les débuts de la période proagonique pourront être
plus ou moins obscurs si la période précédente a présenté elle-
même uu caractère progressif ou si la phase proagonique a été pré-
cédée d'un stade amphibole. Mais, en revanche, les limites de ce
stade seront très-nettes quand la maladie aura déjà commencé à
décliner ou se sera plus ou moins avancée vers la guérison, ou
bien, enfin, quand des agents thérapeutiques auront produit des
ralentissements thermiques artificiels. Ces limites sont encore net-
tes, quand la marche thermique qui les a précédées a été constam-
ment continue. Mais les débuts du stade proagonique sont surtout
tranchés quand il se présente avec une élévation extrêmement ra-
pide de la température dans une marche morbide qui, jusque-là,
avait été apyrétique ou peu fébrile.
Dans la forme ascendante du stade proagonique, on observe fré-
quemment une augmentation continue de la température mais qui
se fait rarement sans interruption ; dans ce cas, le tracé thermique
décrit ordinairement une ligne brisée et comme en zigzag :
Dans les heures de la matinée, il v a une petite diminu-
tion, mais dans l'exa'cerbation ves-
pérale la plus proche elle est sui-
vie d'une élévation d'autant plus
considérable ; de sorte qu'il y a en
même temps augmentation de la
moyenne quotidienne et des maxima
quotidiens (fig. 52).
11 peut se faire alors que l'éléva-
tion actuelle et continue de la fièvre
se poursuive d'une façon plus ou moins analogue dans la période
proagonique; le fait est, d'ailleurs, relativement rare.
Ou bien que la hausse thermique ne commence qu'avec l'ap-
parition de la période proagonique. Ces cas ne sont pas non plus
très-fréquents.
Fig. 52.
280
MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
Ou qu'une certaine poussée proagonique soit précédée par des
irrégularités dans la marche thermique et par les variations du
stade amphibole.
D'autres fois, les élévations proagoniques se présentent après
une période apyrétique ou modérément fébrile et après les irré-
gularités du stade amphibole.
En dernier lieu, la phase proagonique apparaît seulement après
une courte période d'une température voisine du degré normal et
pouvant même le dépasser, ou bien après une rémission illusoire
ou un collapsus.
En opposition avec l'ascension uniforme de la période proago-
nique on y rencontre, dans des cas assez nombreux, des élévations
rapides et extrêmement considérables, soit que la température ait
déjà auparavant été très -haute ou qu'elle ait baissé, ou qu'en gé-
néral, elle ait été peu élevée ou même apyrétique.
Dans le premier de ces trois cas, qui n'est pas rare, la tempé-
rature atteint, avant le début de la période proagonique, des élé-
vations de 40° à 41° et au-dessus, et tout à coup se présente une
élévation consécutive de 1° à 2°. La période proagonique est courte
et se confond insensiblement avec l'agonie (fig. 55).
Dans le deuxième cas, on ne sait si l'on doit compter l'abaisse-
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ment thermique qui précède l'élévation ultime comme faisant par-
tie de la période proagonique. La dernière montée, il est vrai, est
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 281
souvent considérable, relativement à l'abaissement qui la précède,
mais l'élévation absolue n'est pas toujours très-considérable ; dans
ces cas aussi, la période proagonique se confond insensiblement
avec l'agonie (fîg. 34).
Dans la troisième catégorie enfin à laquelle appartiennent les fiè-
vres terminales et les élévations hyperpyrétiques de la tempéra-
ture dans les névroses mor-
telles et les maladies céré-
brales apyrétiques, tout le
cycle ascendant peut être
considéré comme faisant par-
tie de la période proagoni-
que. Le plus souvent la
montée est modérée d'abord ,
mais devient bientôt rapide
et, dans l'agonie, arrive aux
hauteurs les plus énormes 49
{fig. 55).
■Ï2
b. Le type descendant du
stade proagonique ( forme
descendante) est beaucoup
plus fréquent que sa forme
ascendante, et il importe
d'autant plus de prendre en
considération ce type, qu'à
un examen superficiel de la
température, on pourrait in-
terpréter l'abaissement ther-
mique dans le sens d'une
amélioration de la maladie.
Ce qui peut mettre à l'abri
d'une aussi grave erreur,
c'est l'état du pouls dont la fréquence s'accroît parallèlement à
cet abaissement de la température.
Parfois, dans ces cas, la période proagonique est très-courte .
l'abaissement thermique ne dure que de 1 2 à 48 heures et est d'or-
dinaire d'environ 1° ; mais parfois la baisse thermique peut at-
Fig. 5=.
282
MARCHE DE LA TEMPÉRATURE
teindre le degré normal. Souvent il arrive alors que, précisément
après un tel abaissement proagonique, la température, clans l'agonie
même, monte très-notablement et arrive bien vite aux tempéra-
tures agoniques les plus élevées.
A ces faits, se rattachent les cas dans lesquels, par suite d'un
accident qui ne fait pas partie intégrante de la maladie, tel qu'une
hémorrhagie pulmonaire ou intestinale intense, une perforation
péritonéalc, il se présente un abaissement
thermique, pendant lequel le malade peut
succomber ou qui, dans des cas moins fu-
nestes, est encore suivi d'une élévation ago-
nique rapide (fig. 56).
Dans d'autres cas , les abaissements arri-
vent plus tôt et à plusieurs reprises, et dans
les intervalles apparaissent encore de nou-
velles élévations. Mais une certaine irrégu-
larité se fait remarquer dans ce processus.
Ce n'est pas cette descente douce et tran-
quille, bien qu'en zigzag, qui caractérise la
défervescence lytique : on observe des écarts
en liaut et en bas ; tantôt la descente fait
complètement défaut, tantôt elle est plus
considérable qu'à l'ordinaire. Ce type se
présente dans toute espèce de maladie,
notamment toutes les fois qu'il existe des
complications précoces où une prédomi-
nance marquée des phénomènes nerveux; en outre, quand les
soins ne sont pas appropriés ou lorsque on a eu recours à une
modification violente.
Souvent la succession des montées et des descentes thermiques,
dans la période proagonique, offre une certaine régularité. — Le
stade commence avec une descente bien accusée qui peut durer de
"6 à 60 heures ; puis la température remonte jusqu'à l'élévation
antérieure et peut même la dépasser.
La transition à l'agonie peut être indiquée, dans ces cas, par une
élévation encore plus considérable ou par un nouvel abaisse-
ment.
Mais parfois, et ce sont là précisément les cas les plus embar-
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DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 285
rassants, la température poursuit pendant plusieurs jours sa mar-
che descendante, tandis qu'aucun des autres symptômes graves ne
semble s'amender. Le malade meurt au milieu de cet abaissement
progressif: ou bien la température descend subitement à des pro-
fondeurs plus grandes encore ; ou
elle remonte tout à coup à un tel
degré que l'agonie ne saurait être
méconnue dans ces cas (fig. 57).
Une pareille évolution thermique
ne se rencontre presque que dans
les maladies à marche tramante;
dans la méningite basilaire, les ty- 59
phus abdominal et exanthématique,
les exanthèmes aigus avec compli-
cations, surtout dans la scarlatine,
rarement dans les pneumonies, et alors ce sont des cas qui, dès
leur début, se caractérisent par leur violence ou par leur absolue
gravité. D'autres fois la mort survient au moment même où
l'action d'un médicament thermo-dépresseur commençait à se faire
sentir.
c. Il y a des cas assez fréquents où la période proagonique n'ap-
porte aucune modification dans la marche de la température et où
l'on ne peut reconnaître la tendance fatale que d'après d'autres ca-
ractères fournis par l'augmentation successive des pulsations dis-
proportionnée à la température. Ce sont principalement les cas
dans lesquels, par suite de l'insuffisance de la respiration, la cya-
nose apparaît à la fin de la maladie, bien que, dans l'espèce, le
type descendant de la phase proagonique soit presque encore plus
fréquent.
d. Enfin, la période proagonique se caractérise quelquefois par
des variations thermiques tout à fait extraordinaires se répétant
plusieurs fois dans le courant de 24 heures, on voit de profondes
descentes alterner rapidement avec d'énormes élévations et l'ago-
nie commencer, tantôt au milieu de l'abaissement, tantôt pendant
l'ascension. C'est ce qui a lieu surtout dans les affections pyémi-
ques, et toutes les fois que l'extrême intensité de l'affection et l'état
m
MARCHE DE LA TEMPERATURE
presque désespéré du malade ont nécessité un traitement très-
énergique (fig. 58).
Voyez des détails sur la marche de la température pendant
la période proagoni que dans mon
mémoire sur le stade proagonique
dans les maladies fébriles (1868,
Arch. der Heilkunde, t. IX, p. 1).
14. Dans I'agonie, la température
présente un tout autre caractère :
Dans des cas assez fréquents, la
marche thermique n'offre rien de
particulier pendant l'agonie et per-
met même de reconnaître très-dis-
tinctement l'influence de la fluctua-
tion quotidienne.
Les malades meurent alors, d'or-
dinaire, avec une température légè-
rement élevée si l'agonie coïncide
avec le temps de l'exacerbation quo-
tidienne et, au contraire, avec une
température plutôt modérée quand
l'agonie se présente au moment de la rémission quotidienne.
Chez la plupart des malades déjà antérieurement fébricitants, on
constate pendant l'agonie une élévation thermique de |° à 1° et
plus. Si l'élévation agonique est modérée, on observe très-souvent
un recul de quelques dixièmes à la dernière heure.
Mais il faut ici noter deux exceptions remarquables et qui ne
sont nullement rares :
1° Que la température ait été auparavant fébrile, normale ou
sous-normale, il se présente à l'agonie un abaissement thermique
qui peut être rapide et très-considérable; si la température précé-
dente a été sus-normale, le malade meurt en état de collapsus.
C'est ce qui arrive dans beaucoup de cas de maladies consomp-
tives, dans la mort par inanition, après de fortes hémorrhagies, de
très-abondantes évacuations intestinales (accès de choléra) ; en
outre, quand la mort survient rapidement après une perforation
intestinale, mais souvent aussi dans d'autres circonstances.
DANS LES AFFECTIONS FÉBRILES. 285
2° Dans d'autres cas, il se présente pendant l'agonie une éléva-
tion rapide de la température montant jusqu'à des degrés extra-
ordinaires non-seulement chez des malades dont la température
était auparavant hyperpyrétique, mais aussi chez les sujets qui
n'avaient pas présenté dans les périodes antérieures de leur maladie
des températures excessives ni même simplement élevées.
Ce sont, d'un côté, des malades atteints d'affections fébriles ma-
lignes et de nature manifestement infectieuse, telles que : les
typhus abdominal et exanthématique, la scarlatine, la variole,
la pyémie, la septicémie ; en outre, l'insolation ; puis, mais un
peu plus rarement, la rougeole, la pneumonie, l'endocardite, la
stéatose aiguë généralisée, la péritonite maligne, l'érysipèle de la
face, le rhumatisme aigu de mauvais caractère (même sans compli-
cations), l'ostéomyélite, la tuberculose miliaire aiguë. Bien que,
dans tous ces cas, il existe souvent de graves troubles cérébraux,
ceux-ci ne sont pas absolument nécessaires pour déterminer
un excès thermique pendant l'agonie. Ce paroxysme ultime sem-
ble plutôt résulter de processus chimiques très-étendus (proces-
sus zymotiques).
. Ce sont, d'autre part, des maladies dans lesquelles l'altération
la plus essentielle ou, du moins, l'une des plus essentielles est re-
présentée par l'affection des centres nerveux.
Dans le nombre figurent surtout de simples états anatomiques,
tels que : la méningite de la voûte du crâne, le ramollissement du
cerveau ; ou bien des maladies sans caractères anatomo-pathologi-
ques déterminés, comme le tétanos, l'épilepsie, l'hystérie et d'au-
tres névroses dites centrales ; ce sont enfin des maladies dans les-
quelles la température, en général, ne commence à s'élever que
vers les derniers jours de la vie et peut atteindre en peu de temps
des élévations énormes.
On peut se demander si cette élévation thermique est le signe
et l'effet de l'agonie (et des processus qui s'y rattachent) ou si elle
est (avec le processus dont elle résulte) la cause de l'agonie, c'est-
à-dire de l'issue fatale? Senator (Virchow's Archiv, t. XLV, page
412) penche vers cette dernière hypothèse et dit : « Il est plausi-
ble d'admettre que l'agonie et la mort se produisent, parce que,
sous l'influence d'une cause quelconque, la température s'élève à
une hauteur incompatible avec la vie. »
286 MARCHE DE LA TEMPERATURE
Les choses ne paraissent cependant pas être si simples. Les tem-
pératures agoniques élevées pourraient être différemment inter-
prétées suivant qu'elles se rattachent immédiatement à un proces-
sus déjà très-fébrile ou que des élévations énormes et presque
subites succèdent à des températures modérées. Dans ce dernier
cas, on peut supposer qu'il y a comme élément accessoire une
sorte de processus ultime dont l'unique et suprême manifestation
serait précisément l'élévation de la température.
15. L'instant de la mort n'est révélé par aucune manifestation
spéciale de la température.
Dans les températures agoniques modérées ou basses, le thermo-
mètre accuse presque toujours un abaissement dans les dernières
minutes de la vie.
Dans les températures agoniques intenses, la chaleur propre at-
teint, au moment de la mort, une élévation à laquelle elle n'était
jamais arrivée auparavant ; mais, dans ces cas aussi, la tempéra-
ture est un peu plus basse au dernier soupir que peu de temps
auparavant.
Après la mort, la température commence à baisser dans la
plupart des cas, et cette descente s'opère d'abord lentement,
ensuite dans une progression plus ou moins accélérée ; en général,
la marche descendante est beaucoup plus rapide si le malade-
est mort sous le coup d'une température basse que si les degrés
thermiques de la dernière heure ont été élevées ; et l'accélération
grandit en vitesse à mesure que le refroidissement fait des pro-
grès.
Dans des cas assez fréquents, on observe cependant une petite
élévation post mortem, cette élévation est de un ou de quelques
dixièmes (rarement elle monte plus haut), — elle se continue du-
rant environ une heure. Après avoir fait une courte halte, le ther-
momètre commence à baisser lentement d'abord et puis avec une
rapidité de plus en plus considérable.
Cette élévation post mortem se présente parfois dans le choléra,
mais surtout dans les cas morbides qui se terminent par des tem-
pératures hyperpy rétiques, en particulier, dans ceux dont le cycle
progressif se continue jusqu'au moment de la mort, mais aussi
dans des cas où un faible et court abaissement a modéré la tempe-
DANS LES AFFECTIONS FEBRILES. 287
rature hyperpyrétique de l'agonie (Voy. Thomas, 1868. Arch. der
Heilkunde, t. IX, p. 51).
Le phénomène particulier de l'élévation post mortem résulte de
deux causes :
En premier lieu, aussitôt après la mort, le refroidissement par
l'air extérieur et la transpiration cutanée cesse, tandis que les pro-
cessus calorigènes ne sont pas encore éteints. Ensuite, il se dé-
gage après la mort, par suite des altérations de la substance mus-
culaire et des décompositions cadavériques de nouvelles sources de
chaleur qui n'existaient pas dans le corps vivant et qui suffisent
momentanément à équilibrer dans le cadavre la perte de calorique
et même à la surpasser.
Comparez au sujet de la température post mortem :
Seume (de Colore corporis humant in morte observât o, — Dis-
sertât. — Leipzig, 1856).
Wunderlich (Remarques à propos d'un cas de tétanos spontané :
Bemerkungen bei elnem F ail von spontanem Tetanus. 1861. —
Archiv der Heilkunde, t. II, p. 547).
Huppert (Sur les causes de l'élévation thermique après la mort :
Ueber die Ur sache der post mortalem Temperatursteigerung. 1867.
— Ibid, t. VIII, p. 521).
Thomas (Remarques cliniques sur la thermométrie : Klinische
Bemerkungen zùr Thermometrologie, 1868. — lbid, t. IX, page
17).
Pick etDybkowski [Cenlralblatt. 1868, p. 197).
Schiffer (Reicherf s Archiv, 1868, p. 442).
Ad. Valentin (Deutsches Archiv, t. VI, p. 200).
[Ce dernier auteur prouve que la formation de calorique après
la mort est un processus commun chez tous les cadavres et qui se
manifeste sous forme d'élévation thermique post mortem quand
elle est plus considérable que la perte concomittante de calorique.]
XI
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES
THERMOMÊTRIE CLINIQUE SPÉCIALE
\ . On ne peut acquérir une connaissance parfaite de l'état ther-
mique chez les malades, que par l'examen comparé de milliers de
courbes isolées. — C'est par ce seul moyen que l'on peut décou-
vrir les analogies et les concordances, et acquérir l'aptitude né-
cessaire pour distinguer les innombrables modalités pathologiques
de la température dans les maladies.
L'étude des règles générales qui se déduisent de la confronta-
tion des cas observés peut, jusqu'à un certain point, suppléer au
défaut d'expérience personnelle en pareille matière, mais elle ne
la remplace jamais complètement.
Quelles que soient les précautions que l'on apporte dans la dé-
duction de ces principes généraux, ils ne constituent cependant
jamais l'expression parfaite, exacte et entière des faits observés. Ils
sont tous entachés des défauts inhérenls à toute abstraction empi-
rique ; le cachet de la nécessité leur "manque, et d'autres expé-
riences d'une nature différente peuvent modifier ces règles fonda-
mentales et même les renverser.
Ce fait qui consiste précisément à tirer ces déductions abstraites
de données précises et numériques, loin de présenter des avan-
tages, offre une difficulté tout à fait particulière. On serait tenté
de croire que le moyen d'arriver à la plus grande exactitude serait
de calculer par voie statistique les moyennes arithmétiques des
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 2S9
chiffres qui se correspondent dans le cours d'une forme morbide
et de les poser comme l'expression de l'état moyen. Eh bien,
ce procédé est tout à fait impraticable et, mis à exécution, il ne
fournirait que des résultats fautifs et décevants. L'élément essen-
tiel de la thermométrie ne consiste pas dans l'élévation absolue
de la température à tel ou tel jour, mais bien dans l'ordre de
succession des températures, dans la marche thermique générale
pendant toute l'évolution de la maladie ou durant une de ses
périodes, dans l'élévation accidentelle de la température à une
certaine hauteur et dans son abaissement fortuit à une certaine
profondeur.
L'application des résultats statistiques des courbes thermiques
prises en bloc, effacerait toutes les particularités de la marche
d'une maladie et l'emploi numérique des chiffres fournis par l'en-
semble des cas isolés n'est admissible que dans certaines questions
bien définies et bien tranchées.
Pour déduire les faits généraux des observations particulières,
il faut bien moins s'en tenir aux chiffres qu'aux formes, c'est-à-
dire aux différentes configurations de ce système ondulatoire re-
présenté par chaque courbe thermique isolée. De cette façon seu-
lement on arrivera à une espèce de courbes modèles qui exprime-
ront approximativement les particularités des cas isolés. Mais
jamais on n'arrivera à remplacer la réalité concrète par ces cour-
bes et par les règles générales dont elles sont l'image.
Tout en essayant de poser de semblables règles, j'ai parfaite-
ment conscience de leur imperfection et de leur insuffisance, et il
fallait les riches matériaux que j'ai à ma disposition et l'exactitude
éprouvée de mes observations personnelles pour m'autoriser à
croire que ces principes généraux ne sont pas fondés sur des faits
contraires à la vérité.
Je n'ai pas la prétention de poser ces règles générales comme
l'expression fidèle des lois qui régissent les processus pathologi-
ques ; mais je crois qu'elles peuvent servir de fil conducteur utile
pour tous ceux qui s'occupent de thermométrie clinique.
Cependant, afin de donner au lecteur quelques points de re-
père pour l'appréciation des faits, j'ai fail figurer dans les planches
qui terminent cet ouvrage un grand nombre de tracés thermiques ;
mais ces spécimens choisis parmi des milliers d'observations, ne
19
290 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
pourront jamais donner qu'un aperçu sommaire et circonscrit des
faits dans toute leur réalité.
La multiplicité des points que présente dans la maladie l'état
thermométrique s'accroît d'autant plus qu'on étudie ce phénomène
dans ses moindres détails. On ne saurait en douter : l'étude rai-
sonnée de chaque cas individuel est d'une utilité majeure, mais
, c'est là précisément la tâche qui incombe à la clinique.
Il est impossible, dans un traité théorique, de s'occuper des cas
isolés, surtout quand il y en a des milliers et que chacun d'eux
présente quelque particularité.
Le dernier terme auquel on puisse arriver dans l'exposition d'un
sujet aussi complexe, ce sont les formes morbides particulières et
leurs principales variétés. Je ne méconnais nullement les incon-
vénients d'un pareil aperçu.
Les formes morbides dites spéciales ne sont, en effet, elles-mê-
mes, en grande partie, que des abstractions faiblement justifiées
qui englobent trop souvent sous le même nom des choses dis-
semblables et qui dissocient et séparent sans doute des faits
connexes.
Mais ces formes morbides spéciales présentent, du moins, des
catégories connues auxquelles on peut les rattacher sans crainte
de malentendus.
2. Parmi les formes morbides, il en est dans lesquelles les cas
isolés présentent une plus ou moins grande harmonie dans leur
marche, dans la nature des lésions et des troubles qui les accom-
pagnent et dans leurs manifestations symptomatiques.
Tout esprit impartial ne peut nier ce fait ; il nous semble
donc rationnel et logique de qualifier ces formes de typiques, bien
que la raison de la concordance qui existe entre les différents cas
nous échappe et quoique cet accord ne soit pas toujours parfait. Ces
formes morbides sont, pour la plupart, des entités causales, c'est-
à-dire qu'elles sont déterminées par des causes toutes spéciales, qui
modifient ou dirigent les processus vitaux et les soumettent à des
conditions définies et uniformes ; on peut du moins supposer l'exis-
tence probable de telles causes et de pareilles conditions.
Dans ces formes morbides, l'état de la température présente
aussi une semblable conformité entre les cas, cette harmonie de type
DE LA. TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 291
est tantôt moindre que celle des autres phénomènes et tantôt plus
parfaite. Il doit donc être permis de comprendre aussi l'état de la
température parmi les notions typiques. Il est vrai que nous igno-
rons la cause première de la marche et de l'état thermiques, mais
nous ne connaissons pas davantage celles qui déterminent l'appa-
rition de pustules dans la variole, de l'exanthème cutané dans la
rougeole ; pourquoi dans cette dernière est-ce de préférence la mu-
queuse respiratoire qui est attaquée et la muqueuse pharyngée,
au contraire, dans la scarlatine? Pourquoi l'érysipèle spontané at-
teint-il principalement la face et pourquoi dans la lièvre typhoïde la
maladie porte-t-elle ses manifestations sur les glandes des intestins ?
Nous ne le savons pas davantage.
En admettant donc un état typique de la température dans cer
taines formes morbides, nous n'émettons pas une pure hypothèse,
nous ne faisons que confirmer des faits indéniables. Mais cette idée
devient douteuse et n'est plus qu'une simple vue de l'esprit quand,
pour lui donner plus d'extension, on veut l'appliquer à toute la
série nosologique.
Dès qu'on reconnaît l'existence d'un état typique delà tempéra-
ture dans certaines maladies, la notion des formes morbides régu-
lières ou normes pathologiques en découle nécessairement.
Il faut comprendre sous cette dénomination toute maladie dont
l'évolution est parfaitement conforme au type abstrait des cas sim-
ples et réguliers de la forme morbide en question.
Rillet et Barthez, dans leur traité classique et incomparable sur
les maladies des enfants, sont les premiers, à ma connaissance,
qui aient introduit dans la pathologie moderne une distinction en-
tre les cas normaux et anormaux d'une forme morbide typique. —
Pénétrés de l'importance clinique d'une pareille division, ces au-
teurs ont eu soin de la mettre en relief et de l'appliquer aux diffé-
rentes maladies en se fondant sur l'étude minutieuse des seuls phé-
nomènes qui, à cette époque, pouvaient être accessibles à l'obser-
vation.
Ils ont présenté avec autant de netteté que d'exactitude, le ta-
bleau morbide des formes normales ; c'est-cà-dire de celles qui sont
1 effet pur et simple d'une cause primitive spécifique portant son
action sur un individu antérieurement en parfaite santé.
La distinction entre les cas réguliers et les cas anormaux était
292 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIFS.
ainsi rendue claire et évidente, mais elle devait trouver dans la
thermométrie son appui, son complément et sa sanction. Plus
que tout autre phénomène, en effet, la température peut montrer
ce que l'évolution d'une maladie présente de caractéristique et de
normal.
Il n'est pas douteux que l'on ne trouve de nombreuses excep-
tions à la règle et que bien des cas présentent des déviations du
type générique.
Quelque restreintes et circonscrites que soient les limites as-
signées à la forme normale d'une maladie, il est certain que le
nombre des cas anormaux dépassera encore de beaucoup celui des
cas réguliers; mais doit-on pour cela rejeter une distinction aussi
capitale? Non, car les objections précédentes sont plus spécieuses
que solides, et il serait aisé d'y répondre en invoquant des analo-
gies empruntées à toutes les sciences qui ne sont pas du domaine
des mathématiques ; mais nous ne perdrons pas notre temps à les
réfuter.
Il est nécessaire toutefois de rappeler que, dans les différentes
maladies, les normes pathologiques sont tantôt nettes et précises,
tantôt vagues et confuses, et que, tout en reconnaissant la justesse
du principe, il ne faut pas cependant essayer d'y faire rentrer
toutes les formes morbides.
I. FIÈVRE TYPHOÏDE
(Typhus abdominal. — Dothiénentérie)
1 . La fièvre typhoïde présente dans sa marche une telle régula-
rité typique qu'il est vraiment impossible de la méconnaître.
Il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur un tracé de
la température dans cette maladie et de comparer entre eux un
certain nombre de ces cycles thermiques ; après les fièvres récur-
rente et intermittente, le typhus abdominal est la maladie qui peut
le mieux servir de preuve et de justification à la théorie des types.
Mais, tout en reconnaissant le caractère typique de cette affec-
tion , il faut cependant considérer qu'elle peut présenter une
marche différente suivant les cas, mais il n'est pas difficile d'aper-
cevoir à travers ces divergences mêmes, l'ordre merveilleux et la
parfaite régularité qui régissent son cours.
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 293
Eh bien, même dans cette forme morbide, si parfaite an point
de vue du type, on ne peut établir une seule règle qui n'admette
des exceptions très-rares, il est vrai. Mais ici aussi on pourra re-
marquer que, si un cas s'écarte, à certain point de vue, d'une règle
sûrement établie , ce même cas concordera sur tous les autres
ou du moins sur beaucoup d'entre eux avec l'état typique.
C'est qu'il ne faut pas voir dans le type — on ne saurait assez
insister sur ce point — un modèle unique applicable à tous les
cas et à toutes leurs infinies variétés ; au contraire, il y a des di-
vergences dans chacune des espèces ; mais, dans les cas isolés,
elles ne sont pas assez nombreuses ni assez considérables, pour
que la particularité typique ne se reflète pas encore pendant une
grande partie delà marche, pourvu que l'observation soit suffisam-
ment exacte et prolongée pendant le cours essentiel de la maladie.
Malgré l'observation la plus minutieuse, il se présente des cas où
la fièvre typhoïde reste pour ainsi dire à l'état latent et où la nature
de la maladie mortelle n'est reconnue que sur le cadavre. C'est ce
qui a lieu toutes les fois que le début a été insidieux et vague, le
plus souvent dans les cas secondaires, en outre, dans les formes
irrégulières ou graves et compliquées.
De même, il y a des cas où, tout en supposant l'existence d'une
fièvre typhoïde, le diagnostic reste douteux et ne peut être précisé
qu'après la guérison ou la mort. Ce sontnotamment les cas de tu-
berculose aiguë, certains cas de méningite basilaire et de ménin-
gite cérébro-spinale épidémique, de typhus exanthématique, par-
fois de pyémie puerpérale et autres, de pneumonie catarrhale
prolongée et de grippe intense, de trichinose, enfin des cas de
maladies positivement locales, mais qui ne sont pas démontrables
pendant la vie ou dont l'existence ne suffit pas pour expliquer tout
l'ensemble des phénomènes (par exemple, des cas de myocardite,
endocardite avec ulcération des valvules, abcès du foie, affections
rénales aiguës, etc.), ce sont ces cas qui peuvent tellement se rap-
procher de la fièvre typhoïde, surtout d'une de ses formes plus ou
moins irrégulières, qu'assez souvent on est forcé de suspendre son
jugement.
Un point plus difficile encore est de savoir si la fièvre typhoïde
n'est pas venue s'ajouter à quelque autre maladie grave préexis-
tante.
294 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
La thermométrie n'est pas capable dans tous les cas de lever les
doutes qui entourent le diagnostic, mais elle en peut du moins
éclaircir beaucoup qui, sans elle, resteraient des énigmes; elle
peut, poser des questions auxquelles on n'aurait même jamais songé
auparavant; elle peut, en premier lieu, servir à confirmer le soup-
çon que la prétendue fièvre typhoïde est une autre forme morbide,
ou qu'il existe un typhus abdominal à côté d'une autre maladie ;
elle peut, notamment, déterminer dans ces limites. On peut ré-
pondre à ces questions et indiquer clans quelle mesure il est per-
mis d'ajouter foi à ces suppositions.
2. Pour bien saisir l'importance pratique de la thermométrie
dans la fièvre typhoïde, il faut prendre en considération les points
suivants :
1° Jamais une seule observation thermométrique ne prouve à
elle seule l'existence d'un typhus abdominal.
2° Une seule observation, cependant, faite à une certaine époque,
suffit pour réfuter l'existence de cette maladie ou, du moins, pour
la rendre très-problématique. Ainsi, l'on peut supposer avec
grande probabilité qu'il ne s'agit pas d'une fièvre typhoïde :
Quand, dès le premier jour de la maladie ou au commencement
du deuxième, la température monte à 40°.
Quand, entre le quatrième et le sixième jour, la température
du soir, chez un enfant ou chez un adulte d'âge moyen, n'arrive
pas à 59°, 5, et si durant ce temps elle n'a pas déjà plusieurs fois
atteint ce chiffre.
Quand, dès la seconde moitié de la première semaine se pré-
sentent des abaissements considérables ou progressifs des tempé-
ratures vespérales.
Souvent, c'est l'observation thermique seule qui éveille ou con-
firme le soupçon de l'existence d'une lièvre typhoïde :
Ainsi dans des cas où les phénomènes subjectifs sont insigni-
fiants.
Dans des cas où la localisation morbide est assez intense pour
absorber toute l'attention ; la marche thermique peut trahir ce
fait que la fièvre ne s'accorde pas avec la maladie locale supposée.
Dans la première semaine ou même dans la première moitié de
ce septénaire.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 595
Dans les cas où une fièvre typhoïde se développe chez un indi-
vidu déjà malade ou chez un convalescent.
Il n'y a qu'une observation continuée matin et soir pendant plu-
sieurs jours qui peut décider de l'existence d'une fièvre ty-
phoïde.
Au début de la maladie, il faut appliquer le thermomètre pen-
dant trois jours de suite, quatre à six jours au moins sont néces-
saires pendant le fastigium, il en est de même pour la période de
déclin, la température ne peut le plus souvent décider de l'inten-
sité des cas qu'à partir de la deuxième semaine, et, d'ordinaire,
vers le milieu de cette semaine seulement ; ce n'est que tout à fait
exceptionnellement qu'elle peut fournira ce sujet quelques indica-
tions dans la première semaine. Une seule observation ne permet
pas de juger avec sûreté de l'intensité du cas ; mais une observa-
tion continuée pendant une journée et, à plus forte raison, pendant
plusieurs jours, fournit souvent de précieuses indications.
La thermométrie fait reconnaître avec autant de promptitude
que de précision, les irrégularités de la marche morbide.
L'existence de complications peut être démontrée par la ther-
mométrie à une époque où aucun autre moyen d'observation ne
pourrait encore les révéler.
La température peut annoncer la terminaison funeste, ainsi que
les. recrudescences de la maladie arrivée déjà à son déclin.
Elle permet aussi de contrôler l'efficacité des agents thérapeu-
tiques.
Elle indique le moment précis de la transition de la maladie à
sa période de déclin et révèle l'existence des troubles qui peuvent
survenir dans la convalescence.
Elle seule fournit des indices sûrs pour reconnaître le début de
la convalescence.
Les troubles de la convalescence, les rechutes et les maladies
nouvelles sont reconnues avec autant de rapidité que d'exactitude
à l'aide de ce moyen.
Il ne faut pas mépriser enfin, mais, au contraire, placer en pre-
mière ligne ce résultat pratique, à savoir, que dans la fièvre ty-
phoïde, ce n'est qu'une grande expérience en thermométrie qui
fait connaître à fond la marche de cette maladie et qui permet
d'arriver à une exactitude extrême (même en omettant parfois de
296 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIFS.
faire quelques mensurations) que, sans l'aide du thermomètre,
personne n'était capable d'atteindre avec les moyens d'investi-
gations dont nous disposons aujourd'hui ,
3. La fièvre typhoïde est caractérisée par une fièvre qui, à part
les cas exceptionnels, dure au moins trois semaines quand il y
a issue heureuse et rarement moins d'une semaine dans les ter-
minaisons mortelles les plus promptes.
La température maxima d'un cas isolé n'est pas au-dessous de
59°, 6, sauf de rares exceptions, oscillant d'ordinaire entre 40° et
41°, elle peut cependant s'élever à des degrés hyperpyrétiques,
mais difficilement au-dessus de 45°, 5 ; dans les cas non mortels,
rarement au-dessus de 41°, 5.
La marche quotidienne varie beaucoup suivant l'intensité et la
période de la maladie. Cette marche est :
Dans les cas très-graves :
Continue, mais avec des élévations quotidiennes extrêmement
fébriles.
Dans les cas graves :
Sous-continue et continue, mais sans élévations intercurrentes
considérables à la période d'état ou pendant une partie de l'acmé
de la maladie.
Enfin pendant le déclin et dans toute sorte de cas :
Modérément rémittente au commencement de la maladie dans
tous les cas ; à l'acmé de la maladie, dans les cas légers et d'une
gravité moyenne, par moment aussi à l'acmé des cas graves.
Fortement rémittente (avec des cimes abruptes) dans la période
de déclin des cas graves, aussi bien que des cas légers.
Les rémissions sont parfois très-irrégulières dans beaucoup de
cas graves, ensuite au moment des crises, enfin sous l'influence
de certains accidents plus ou moins fâcheux.
Voici quelles sont les diverses moyennes quotidiennes entre les-
quelles se meut la fluctuation :
40°, 5 et au-dessus dans la marche continue exacerbante ;
40° environ et quelques dixièmes en plus ou en moins dans la
marche continue et sous-continue ;
Rarement au-dessus de 59°, 5 dans la marche rémittente mo-
dérée.
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 297
Descendant jusqu'à 59°, 2 dans les cas légers et encore plus bas
au début de la maladie et à son déclin.
Entre 58° et 38°, 5 dans les cas où le tracé thermique est à pic.
Les fluctuations thermiques irrégulières ne fournissent que des
données incertaines et le plus souvent nulles.
Les maxima quotidiens tombent dans la grande majorité des cas
entre midi et onze heures du soir, le plus fréquemment entre qua-
tre et sept heures du soir, ensuite vers deux ou neuf heures du
soir.
La latitude d'exacerbation est très-étendue dans les cas graves
et à l'acmé de la maladie, et l'ascension commence dès huit ou
neuf heures du matin. À l'acmé de la maladie, l'exacerbation ne
présente le plus fréquemment qu'une seule cime, à large sommet,
mais souvent aussi deux, et même trois et quatre. A partir du
troisième septénaire, les cimes à deux ou plusieurs sommets pré-
dominent dans les cas graves ; à une période avancée du déclin, au
contraire, ce sont les cimes à un sommet, mais à angle très-aigu,
la latitude exacerbatrice diminue simultanément et d'une façon
très-notable.
Quand il y a plusieurs sommets, le premier se présente entre
neuf heures du matin et quatre heures de l'après-midi ; le deuxième
entre deux et huit heures, le plus souvent à six heures de l'après-
midi, et le sommet de la nuit entre une et cinq heures du matin.
Parfois, il y a deux sommets nocturnes : l'un à onze heures du
soir, l'autre entre une heure et cinq heures du matin. Quand l'exa-
cerbation est à deux sommets, c'est tantôt le premier, tantôt le
deuxième qui est le plus élevé (ce dernier cas a plutôt lieu dans la
période d'angment) ; dans l'exacerbation à plusieurs sommets, le
premier et le troisième sont, d'ordinaire, les plus élevés.
Le point le plus bas (nadir) de la rémission tombe entre minuit
et dix heures du matin, le plus fréquemment entre six et huit heu-
res, assez souvent à trois ou six heures et huit ou neuf heures du
matin.
L'extrémité inférieure de la ligne de rémission forme un angle
très-aigu avec la ligne d'ascension.
La rémission ne reste à ce point extrême que quelques minutes
dans les cas graves et récents, mais cet angle s'élargit à mesure
qu'on avance vers l'amélioration.
298 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
L'ascension est tantôt graduelle, tantôt brusque ; souvent elle
est successivement lente dans une partie de son trajet et rapide
dans l'autre.
La descente quotidienne est, d'ordinaire, lente, et suit une ligne
déclive et dentelée ; elle ne devient rapide que dans les cas de tra-
cés acutangles ou très-irréguliers.
Consultez au sujet des conditions de la fluctuation quotidienne
dans la fièvre typhoïde : Thomas (Archiv der Heilkunde, t. V,
p. 456 et t. VIII, p. 49) ; Jùrgensen (1866. Études cliniques, —
Klinische Studien, p. 56) ; Ziemssen et Immermann(1870. l'raite-
ment hydrothérapiqae delà fièvre typhoïde — Kaltivasser behand-
lung des Typhus abdomïnalis , p. 55) ; Immermann (Deutsches
Archiv fur Min. Med., t. VI, p. 561).
4. La fièvre typhoïde présente deux types principaux, sembla-
bles au début et à la fin, mais offrant les différences suivantes :
Dans le premier de ces types, la marche est brève et continue,
et se termine d'ordinaire après trois semaines révolues ; dans l'au-
tre, il s'interpose, entre l'ascension et la descente, une période
assez longue de grande intensité fébrile et d'oscillations thermi-
ques. Dans ce dernier type, la maladie persiste pendant quatre se-
maines ou quatre semaines et demi, assez souvent, cinq, six et
parfois, huit ou dix semaines.
Ces deux modes d'évolution correspondent toujours assez exac-
tement aux lésions anatomiques ; la forme brève se présente dans
les cas où il n'y a dans les intestins que des plaques molles ; l'au-
tre, au contraire, se montre toutes les fois que les plaques de
Peyer sont confluentes et souvent aussi infiltrés de dépôts suc-
cessifs.
Dans la forme brève, la régression est simple et facile.
Dans la seconde forme, les processus d'élimination des exsudats
sont nécessairement complexes ; cette expulsion est suivie d'ulcé-
rations dont la guérison peut être plus ou moins lente. Non-seule-
ment, dans ces derniers cas, l'évolution de la maladie est déjà en
elle-même plus intense, mais le processus de déclin est sujet à de
fréquents écarts, à de nombreuses péripéties, enfin à une série de
troubles, d'accidents et de dangers.
Ces deux types principaux présentent dans les cas caractéristi-
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 299
ques une différence assez notable (voy. planche II) ; mais il n'est
pas rare de trouver des cas qui tiennent le milieu entre ces deux
formes et se rapprochant plus ou moins de l'une ou de l'autre ; de
même, les lésions intestinales peuvent présenter des caractères dif-
férents sur divers points; et, à côté de lésions légères et aisément
curables, on rencontre des ulcérations profondes et étendues dont
la cicatrisation nécessite un processus réparateur long et labo-
rieux.
Dans les cas où les dépôts intestinaux sont successifs, la marche
de la maladie peut revêtir une forme intermédiaire aux deux types
fondamentaux.
Les deux formes principales de la fièvre typhoïde présentent
parfois quelques différences dès le début de la maladie. Mais ces
différences s'accusent surtout à la période d'état, aussi bien qu'au
moment de la régression et de la guérison des lésions intesti-
nales.
Tandis que ce dernier processus peut se terminer avec la forme
légère et brève, dans l'espace d'une semaine, il est très-retardé
dans la forme grave et longue et exposé à beaucoup d'éventualités
fâcheuses ; c'est précisément dans cette période que la vie des ma-
lades est menacée.
Le rapport de fréquence des deux types principaux peut être
très-différent suivant le lieu, mais il varie certainement aussi au
même endroit suivant les périodes. La mortalité dépend surtout
de la prédominance de l'une des deux formes sur l'autre, et les
conclusions qu'on tire des résultats d'une modication ont gran-
dement besoin d'être soumis à ce contrôle numérique.
5. Abstraction faite de ces deux différences capitales, les com-
plications et les diverses conditions individuelles peuvent impri-
mer à la marche morbide un certain nombre de troubles et d'ir-
régularités qui se présentent, il est vrai, bien plus rarement dans
la forme brève de la fièvre typhoïde que dans celle de longue
durée.
Il est à noter que la marche typique la plus parfaite de la fièvre
typhoïde rapide se rencontre dans les cas de rechutes ou de réver-
sion de la maladie.
La récidive dont le début coïncide avec la période déjà apyréti-
500 DE LA. TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
que delà maladie première présente tous les caractères d'une fiè-
vre typhoïde normale.
La marche d'une fièvre typhoïde bénigne de moyenne intensité est
le plus souvent régulière chez des individus âgés de dix-huit à vingt-
huit ans, de bonne constitution et d'une bonne santé habituelle.
En revanche, chez les enfants (et cela d'autant plus qu'ils sont
plus jeunes), chez les individus d'un âge avancé (qui, pour la fièvre
typhoïde, commence de trente-cinq à quarante ans), chez les su-
jets qui sont déjà affectés d'une autre maladie, notamment, chez
les phthisiques, les hystériques, les accouchées, les scarlatineux,
les individus atteints en même temps de maladies locales sérieu-
ses, notamment d'endocardite et de péricardite, de pleurésie, de
péritonite, de néphrite parenchymateuse ; dans tous les cas que
nous venons d'énumérer, les caractères typiques de la marche
fébrile sont plus ou moins effacés.
Daus certaines épidémies et à certaines époques aussi, des irré-
gularités dans la marche fébrile se présentent plus fréquemment
que d'ordinaire ; et c'est ce qu'on observe aussi dans les autres
symptômes de la fièvre typhoïde.
En outre, les cas légers aussi bien que les cas extrêmement gra-
ves et rapides sont le plus souvent irréguliers.
Le caractère de la marche fébrile peut encore être plus ou
moins modifié par des influences nocives exercées sur le malade
avant son affection ou à son début, par un manque de soins dans
le cours delà maladie, par de graves imprudences commises, des
fatigues continues, des accidents sérieux (de très-fortes hémor-
rhagies, des perforations intestinales) ou par des complications de-
venues prédominantes.
Certains agents thérapeutiques sont aussi capables de modifier
d'une façon avantageuse le type de la maladie.
A l'approche de l'agonie aussi, tout caractère typique disparaît
assez souvent.
Les déviations ne sont pas non plus d'une irrégularité extrême ;
on y retrouve toujours le caractère primitif plus ou moins pro-
noncé et partant une certaine tendance à revenir à la marche typi-
que ; à moins que-la terminaison funeste ne se prépare. — Toutes
ces modalités correspondent, du reste, aux conditions particulières
du cas.
DK LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 501
6. Dans les cas réguliers aussi bien que dans ceux qui ne le sont
pas; on remarque aussi, surtout dans les premiers, que la marche
de la maladie se décompose en plusieurs périodes plus ou moins
distinctes.
— Dans la marche de la fièvre typhoïde, on distingue surtout deux
périodes tranchées et qui se reconnaissent avec une grande préci-
sion par l'observation thermométrique. La première correspond
à l'infiltration et au dépôt desexsudats; la seconde, à leur ré-
gression et à leur élimination ; enfin, à la cicatrisation et à la
guérison des parties affectées.
Mais chacune de ces deux périodes principales présente en-
core différents stades dans lesquels se montrent des modifications
de la marche générale qui ne correspondent pas à des lésions ana-
tomiques appréciables.
De toutes les méthodes d'observation, la thermométrie est celle
qui nous révèle le mieux ces diverses modalités.
Il faut aussi remarquer que, dans un grand nombre de
cas, notamment dans ceux dont la marche est parfaitement
régulière, la durée des différents stades et des diverses périodes
du cycle morbide correspond assez exactement aux limites des
septénaires ou de demi septénaires, que les modifications dans
le cours de la maladie, les transitions d'un stade à Tau Ire, tom-
bent très-fréquemment à la fin et au commencement d'un septé-
naire pathologique ; mais quelquefois aussi au milieu de ce septé-
naire.
Ce type hebdomadaire se montre de la façon la plus tranchée,
dans la forme légère et brève de la fièvre typhoïde ; dans la -forme
grave, il est souvent effacé ou ne se maintient que durant les trois
ou quatre premières semaines. De même, les complications et
d'autres irrégularités effacent complètement le type hebdomadaire
ou, du moins, l'interrompent pour un certain temps.
7. La période qui se présente comme stade initial de la fièvre
typhoïde ne forme pas toujours le début des manifestations m or
bides. Cette période est précédée dans un certain nombre de cas
et pendant un temps plus ou moins long (qui correspond sans
doute à la période d'exacerbation) par des symptômes légers et le
plus souvent interrompus qui se rapportent à des désordres intesti-
502 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
naux, à des manifestations du côté de la tête, de la muqueuse res-
piratoire et à des troubles de tout l'organisme.
Un léger mouvement fébrile, un frisson de temps en temps,
peut aussi parfois venir s'ajouter à ces prodromes. Mais tous ces
phénomènes sont trop insignifiants et trop éphémères pour qu'ils
méritent d'attirer l'attention ; il ne faut donc faire partir l'obser-
vation qu'au moment où commence une série non interrompue de
phénomènes pathologiques,
Ce stade initial de la fièvre typhoïde qui, comme nous venons
de le voir, ne mérite pas toujours son titre, suit une marche d'une
grande régularité. Cejte marche est toujours la même, quelle
que soit la forme qui prévaille dans le cours ultérieur de la
maladie.
Pendant la période initiale, la température monte en zigzag, de
façon à s'élever dans les trois ou quatre jours que comprend cette
période, de 1° à 1° § du malin au soir et de tomber de | à |° du
soir au matin, jusqu'à ce que, vers le troisième ou le quatrième
soir, elle ait atteint ou dépassé 40°.
La formule de cette ascension peut être représentée comme il
suit :
1er jour : le matin, 57° ; le soir, 58°,5.
2e jour » 57°,9 » 59°, 2.
5e jour » 58°, 7 » 59°, 8.
4e jour » 59°, 2 » 40°, 5.
Il est très-rare qu'une fièvre typhoïde, se développant chez un
individu sain ou du moins nonfébricitant, ne présente pas pendant
son stade initial, une évolution thermique analogue à celle que
nous venons de représenter.
Il est encore plus rare qu'une autre maladie présente une sembla-
ble période pyrogénétique.
Cette marche poursuivie dans la première moitié du premier
septénaire peut donc déjà à elle seule décider du diagnostic,
En d'autres termes :
La température vespérale des deuxième, troisième ou quatrième
jours reste-t-elle approximativement normale, il ne s'agit pas d'une
fièvre typhoïde.
La température reste-t-elle la même dans les deux ou trois
DE LA. TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 303
premières soirées, il ne doit pas être question de fièvre typhoïde.
La température reste-t-elle au même niveau dans les deux ou
trois premières matinées, la maladie n'est presque certainement
pas un typhus abdominal.
La température monte-t-elle dans les deux premiers jours à 40°
ou au-dessus, on n'a probablement pas affaire à cette maladie.
Si la température présente un seul moment d'arrêt ou de recul
durant les matinées ou les soirées du premier demi-septénaire, on
peut exclure d'emblée l'hypothèse d'une fièvre typhoïde.
Le diagnostic positif est d'autant plus assuré que la marche ther-
mique des quatre premiers jours est plus conforme à la formule
indiquée ci-dessus.
11 ne faut cependant pas oublier qu'il peut y avoir parfois des
exceptions à ce type initial.
C'est ainsi que le mouvement ascensionnel peut s'achever dans
les deux premiers jours ou mettre cinq jours pour atteindre son
entier développement; dans ces deux cas, il faut s'attendre à une
forme grave de la maladie ; dans le dernier, le déclin ne coin- .
mencera pas avant le milieu de la troisième semaine.
Dans la deuxième matinée, la température peut revenir à l'état
normal, mais alors le mouvement ascensionnel vespéral de la se-
conde soirée sera plus fort que celui de la première.
L'ascension est souvent plus faible (qu'elle ne devrait l'être) le
premier et le deuxième jour, mais alors elle est d'autant plus con-
sidérable le troisième et le quatrième.
L'élévation thermique du troisième et du quatrième jour n'at-
teint pas toujours 40°, il peut être de quelques dixièmes en
moins ; mais, le plus souvent, ce chiffre est dépassé de plusieurs
dixièmes et même d'un degré entier.
Dans les cas de fièvre typhoïde secondaire, c'est-à-dire affectant
des individus déjà malades et plus ou moius fébricitantsja période
initiale est souvent effacée et méconnaissable.
La marche thermique de la période initiale ne peut fournir au-
cune indication relativement à l'évolution ultérieure de la maladie,
à sa bénignité ou à sa violence, car Cette marche est la même dans
les Cas légers et dans les cas graves.
Mais ce n'est que dans l'infime minorité des cas que cette pé^
riode tombe sous le coup de l'observation ; le plus souvent la ma-
304 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
ladie existe déjà depuis quelques jours, avant que le médecin ne
soit appelé à la traiter.
Dans la plupart des cas, on est, par conséquent, privé d'un puis-
sant auxiliaire, et il faut alors attendre que la maladie ait fait des
progrès pour pouvoir arriver, à l'aide du thermomètre, au même
degré de précision dans le diagnostic.
Il faut bien se garder de se laisser induire en erreur par les
malades eux-mêmes qui, trop souvent, oublient le jour précis du
début de leur affection.
8. Dans la deuxième moitié du premier septénaire et dans la pre-
mière moitié de la deuxième semaine, la marche thermique est
encore assez uniforme ; dans la plupart des cas, on ne peut, no-
tamment, rien préjuger au sujet de l'intensité de son cours ulté-
rieur, de sa marche et du degré qu'elle doit atteindre.
Très-souvent, ces cas atteignent dans cet espace de temps et dès
la deuxième moitié de la première semaine, l'élévation maxima
qui, le plus souvent, tombe sur le quatrième ouïe cinquième jour,
et si la maladie a été abandonnée à elle-même, sur le sixième jour
et plus rarement encore sur le septième ou le huitième jour ; cette
élévation oscille d'ordinaire entre 40° et 41°, 5, mais le plus sou-
vent entre 40°, 2 et 40°, 8. Ce chiffre n'est atteint que pendant un
seul jour (d'ordinaire, dans l'après-midi), parfois aussi pendant
deux jours et rarement pendant cinq jours; dans ce dernier cas,
le deuxième ou le troisième maximum correspond d'ordinaire au
septième jour ou plus tard encore. Mais habituellement les maxima
quotidiens d'exacerbation restent à peu près au niveau du maximum
général, pendant toute la deuxième moitié delà première semaine.
Les températures matinales sont, pendant cette époque, plus
basses d'un |° à 1° f, rarement de moins, mais rarement aussi de
plus ; avec cette exception que, parfois, pendant un seul jour se
présente une rémission profonde, mais transitoire.
Pendant la première moitié du second septénaire, bien qu'au to-
tal la marche s'accorde encore avec celle de la demi-semaine révo-
lue, la hauteur d'exacerbation quotidienne est cependant d'ordi-
naire un peu moindre que dans la demi-semaine précédente, au
moins dans les cas favorables, et les rémissions aussi sont moins
profondes; de sorte que, dans ces cas, le fastigium se décompose en
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 505
deux parties : une première à exacerbations considérables et à ré-
missions, en moyenne, peu profondes; et une seconde à exacerba-
tions modérées et à rémissions un peu plus basses. La fin de la
première période du fastigium tombe le plus fréquemment entre
le septième et le huitième jour, rarement vers le sixième ou le
neuvième et dixième.
Pendant cette marche du fastigium, des diminutions thermiques
temporaires ont souvent lieu ; dans la plupart des cas, elles se pré-
sentent dans la matinée, et parfois aussi dans la soirée. Elles peu-
vent se produire dès la première semaine, mais, le plus souvent, le
dixième jour seulement ; elles sont plus fréquentes dans les cas
bénins, mais sans toutefois en garantir l'existence. En général, le
cycle thermique de cette période ne décide pas encore de la nature
de la marche que suivra la maladie ; elle peut être grave au mi-
lieu de la première de la deuxième semaine et cependant être sui-
vie par un prompt déclin ou bien légère et pourtant conduire à
une marche grave et torpide.
Cependant, l'on trouve quelquefois dans cette période des cas
graves et légers, offrant un type tout différent, et on peut déjà
prévoir avec quelque probabilité le cours que suivra la maladie.
9. En premier lieu, on rencontre parfois des cas dont la mar-
che thermique est extrêmement douce entre le quatrième et le
onzième jour.
Les élévations vespérales restent, en général, insignifiantes
(59°, 6 — 59°, 8), ou il se présente même incidemment quelques
atténuations vespérales assez notables ;
Ou bien les rémissions matinales sont plus considérables (1° *
à 2°);
Ou bien encore le cours semble abrégé et il se forme de bonne
heure un type rétrograde qui, au commencement de la deuxième
semaine, peut même aller jusqu'à l'apyrexie.
Dans des cas assez fréquents, il arrive, au début de la maladie,
qu'après une action thérapeutique, la température suit cette voie
(surtout après l'emploi d'un laxatif). Si auparavant la maladie
était déjà bien caractérisée, cette circonstance ne doit pas modifier
le diagnostic.
Ces formes légères et brèves de l'évolution thermique peuvent
20
506 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
survenir spontanément, mais le plus souvent elles sont consécu-
tives à la médication mise en usage.
Quelquefois, dans ces cas bénins, on observe un amendement
dans les phénomènes, tandis que la durée de la maladie ne dépasse
pas le minimum de celle des cas normaux (trois semaines) ou ne
s'en écarte que faiblement.
Dans d'autres cas, vient s'ajouter ultérieurement une recrudes-
cence fébrile, et alors il est permis de supposer que les altérations
typhiques se sont faites par poussées successives ; dans ces cas, les
premiers dépôts morbides sont très-insignifiants, tandis que les
lésions suivantes sont intenses et étendues.
Lorsque la guérison est précoce et très-rapide, la question de
l'existence d'une fièvre typhoïde peut rester douteuse. Si le dia-
gnostic ne peut pas être confirmé par l'autopsie, et les autres
symptômes n'étant pas assez décisifs, ou faisant même fréquem-
ment défaut dans des formes aussi légères, faut-il, dans ces cas,
admettre un typhus abdominal abortif ou exceptionnellement lé-
ger, ou bien faut-il conclure à un autre trouble tel qu'un catarrhe
intestinal fébrile ou toute autre maladie semblable ?
Cette question est assez difficile à résoudre, non-seulement dans
l'espèce, mais aussi en principe.
Personne ne peut garantir que la fièvre typhoïde doive avoir tou-
jours une durée déterminée et qu'elle ne puisse pas évoluer sans
être accompagnée d'un certain nombre de phénomènes réputés ca-
ractéristiques. Tout ce qu'il est permis de dire, c'est que, dans nos
climats et à notre époque, cette maladie est comparativement
rare ; que, dans un. cas bien caractérisé de fièvre typhoïde aban-
donnée pour ainsi dire à elle-même, la marche fébrile est constam-
ment d'au moins deux semaines et demie ; qu'au contraire, dans
l'immense majorité des cas, une marche même bénigne, n'arrive
jamais à l'apyrexie complète avant le vingt et unième jour.
Il est cependant possible de confondre sous la dénomination de
typhus abdominal (fièvre typhoïde) deux maladies qui se ressem-
blent par beaucoup de symptômes, qui présentent même des ca-
ractères anatomiques très-analogues , mais qui cependant dif-
fèrent essentiellement l'une de l'autre. C'est, d'une part, une
maladie générale (totius substantice) et infectieuse, mais dont la
principale localisation est l'appareil glandulaire de l'intestin; et,
DE LA. TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 507
d'autre part, une maladie locale, sorte d'entérite folliculaire dans
laquelle les follicules de l'intestin, par suite de conditions pure-
ment individuelles, présentent les mêmes lésions que celles de la
fièvre typhoïde et sont, partant, accompagnées des symptômes pro-
pres à cette dernière affection.
Dans la scarlatine, on rencontre parfois non-seulement des lé-
sions folliculaires semblables à celles delà fièvre typhoïde, mais il
peut se présenter aussi dans la période de déclin un ensemble de
phénomènes et une marche thermique qui ressemblent plus ou
moins à la fièvre typhoïde, bien que cette dernière fasse absolu-
ment défaut. — Pareille conclusion doit être aussi tirée de son ana-
logie avec beaucoup d'autres maladies : le choléra, par exemple,
où des formes morbides d'origine purement topique peuvent, dans
certaines circonstances, être tout à fait semblables à la maladie
épidémique d'origine infectieuse.
Il n'est pas impossible que, dans cette dernière maladie, les lé-
sions anatomiques et les phénomènes pathologiques propres à la
lièvre typhoïde ne puissent être enrayées ou même arrêtées com-
plètement et qu'il y ait ainsi des affections de nature dothiénenté-
rique au début, mais d'une évolution très-rapide. — Ces cas se
confondent presque complètement avec le catarrhe intestinal, car
il est impossible d'assigner des limites tranchées entre ces deux
maladies.
Dans la fièvre typhoïde d'origine infectieuse, il n'y a pas de rai-
son qui s'oppose à admettre que les formes de la maladie restent
rudimentaires, soit que la cause morbifique n'ait qu'incompléte-
tement agi ou que la prédisposition ait été faible, comme cela
s'observe assez habituellement dans d'autres maladies infectieuses.
Mais tout cela ne contribue pas peu à compliquer le diagnostic;
si la thermométrie ne suffit pas pour lever tous les doutes, elle
peut du moins éclairer les points obscurs. — Mais il faudra s'ap-
puyer encore sur l'étiologie, sur les conditions individuelles et sur
l'examen des autres symptômes.
Voici ce que la thermométrie pourra nous révéler dans les cas
extrêmement légers :
Si la température présente à plusieurs reprises, et sans autres
causes, l'élévation vespérale de la fièvre typhoïde, on aura d'autant
plus le droit de supposer son existence que ce signe thermique se
508 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
rencontre chez un sujet bien soigné. Si même les températures
restent au-dessous du niveau caractéristique, on peut encore ad-
mettre qu'on a affaire à une fièvre typhoïde, si la marche thermi-
que reste conforme à celle de cette maladie, et surtout si les in-
dividus affectés sont des adultes (âgés de plus de trente ans),
des enfants ou des anémiques.
Lorsqu'un pareil type thermique dure une semaine entière,
sans qu'aucune autre cause puisse le justifier, c'est un indice pres-
que certain de la fièvre typhoïde.
10. Mais, si caractéristique que soit la période dufastigium, les
erreurs de diagnostic sont toujours possibles dans les cas où la
période initiale n'est pas tombée sous le coup de l'observation, et
encore plus, si le médecin n'a aucun renseignement sur le début
de la maladie, et si, par conséquent, sa durée lui est inconnue.
Ces sortes d'erreurs seront d'autant plus nombreuses, que le
laps de temps pendant lequel on observe le fastigium sera plus
court.
Voici les erreurs le plus souvent commises, notamment dans
cette période ; on peut confondre la fièvre typhoïde :
a. Avec des pneumonies, en particulier avec des cas où l'hépatisa-
tion est tardive, et souvent il est impossible pendant deux ou trois
jours, du moins, par la température seule de distinguer ces cas
d'avec le typhus abdominal. Même dans ces cas de pneumonie où
l'on a constaté la lésion des poumons par l'examen stéthosco-
pique, on peut encore se demander si une fièvre typhoïde ne
se trouve pas à côté de la maladie pulmonaire.
En pareils cas, on ne peut arriver à résoudre le problème que
par une observation prolongée pendant plusieurs jours.
6. Avec les exanthèmes aigus, mais dans lesquels la température
fébrile élevée persiste rarement au delà du cinquième jour, sans
qu'il se manifeste, soit l'éruption cutanée (exanthème), soit une
localisation dans les organes internes (exanthème).
y. Avec le typhus exanthématique, qui, parfois, et dans la pé-
riode du lastigium, ne peut pas être distingué par la température
du typhus abdominal (lièvre typhoïde) ; mais, en général, le ty-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 509
phus exanthématique présente une élévation thermique plus
considérable et, en particulier, des rémissions matinales moins
fortes que la fièvre typhoïde.
0. Avec la méningite cérébro-spinale où une observation de quel-
ques jours n'est quelquefois pas suffisante.
s. Avec V ostéomyélite aiguë, dont la marche fébrile peut être
très-analogue; mais cette maladie se distingue par les phénomènes
locaux intenses qui se produisent dans les muscles.
rr Avec la tuberculose aiguë, qui, elle aussi, peut provoquer
pendant quelques jours les mêmes modifications thermiques que
la fièvre typhoïde.
G. Avec la trichinose, dont la température peut être tout à fait
analogue.
1. Avec les abcès du foie et hpyémie que, pendant un court es-
pace de temps, on ne peut souvent pas distinguer du fastigium de
la fièvre typhoïde.
[x. Avec le catarrhe intestinal, mais les élévations y sont bien-
tôt moins considérables (lorsqu'il est convenablement traité) que
celles du typhus abdominal.
v. Avec la grippe, à moins qu'une pneumonie catarrhale ne
vienne s'y ajouter, et quand celle-ci est bien traitée, la tempéra-
ture ne s'y maintient pas non plus longtemps au degré que com-
porte la fièvre typhoïde.
Dans ces cas, déjà la thermométrie peut vaincre, non pas tou-
jours, mais assez souvent, on le voit, la difficulté du diagnostic,
mais il en est d'autres dans lesquels elle peut, à elle seule, résou-
dre le problème et exclure la fièvre typhoïde :
Chez les jeunes adultes, quand la température vespérale reste
au-dessous de 59°, 6 pendant le fastigium, surtout quand il coexiste
avec d'autres symptômes intenses.
Dans tous les cas où la température redescend à l'état normal,
sans de bien fortes causes (telles que les grandes hémorrhagies, les
perforations), dans une heure de jour quelconque, dans le temps
où s'accusent les symptômes graves.
510 DE M TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
C'est là un fait qui a sûrement lieu, dans les fièvres intermit-
tentes graves ou même pernicieuses, assez analogues au typhus
abdominal, souvent, au moins, dans la pyémie, et parfois dans la
pneumonie et la tuberculose aiguë.
Voici le cas où l'on peut le plus sûrement admettre l'existence
positive d'un typhus abdominal, pendant le fastigium et quand la
maladie est d'une intensité moyenne.
Quand, après la durée approximative de cinq à onze jours d'une
maladie chez un individu jeune ou d'un âge moijen et qui n'a jamais
été malade, il se présente des températures vespérales de 39°, 7 à
40°, 5 ou peu au-dessus, qui alternent avec des températures mati-
nales de f ° à 1° | plus bas, sans qu'on puisse constater d'autre trou-
ble pour expliquer cette élévation fébrile et sans qu'elle ait été
causée par quelque imprudence grave.
Chez les enfants, chez les individus mal soignés ou chez les
vieillards, quand il y a des troubles locaux considérables et démon-
trables, il faut, même quand la marche thermique s'accorde (avec
celle du typhus abdominal) , attendre le cours de la deuxième se-
maine, quand le diagnostic ne peut être assuré autrement que par
voie thermométrique.
11. Si, dans la période du fastigium, il se présente des tempé-
ratures disproportionnées, soit des degrés thermiques très-élevés
(41° et au-dessus), soit une absence des rémissions matinales, cela
peut dépendre de l'intensité du cas en lui-même ou du manque
de soins, de différentes imprudences, rarement de la survenue de
complications.
Dans ces cas, les mêmes confusions et les mêmes doutes sont
possibles ainsi que dans ceux d'une intensité moyenne. Plus
le cas est grave, plus difficile est le diagnostic. Cependant une
incohérence thermique très-considérable milite plutôt contre la
présence du typhus abdominal. Dans ces circonstances, on ne
peut positivement risquer l'hypothèse d'une fièvre typhoïde
d'après les indications thermiques, qu'en étudiant la marche ul-
térieure de la maladie.
12. Au milieu du deuxième septénaire, entre le neuvième et le
douzième jour, les cas graves se distinguent plus facilement des
cas légers.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 511
Dans les cas légers, le fastigîum, à ce moment, touche à sa fin.
Parfois, le revirement est précédé par une courte perturbation, une
élévation extraordinaire de la température vespérale, une absence
de la rémission matinale ; mais, plus souvent, le déclin se rattache
immédiatement au fastigîum. L'amélioration se fait sentir, le plus
souvent, vers le dixième ou le douzième jour de la maladie, quel-
quefois cependant plus tôt, surtout après un traitement approprié.
Dans les cas favorables, c'est vers cette époque (le plus souvent vers
le douzième jour) que se montre la première rémission matinale
profonde, qui présente, dans la plupart des cas, un contraste assez
frappant avec les rémissions antérieures. Le lendemain, cette ré-
mission peut paraître de nouveau uu peu moins considérable;
mais bientôt, les rémissions gagnent en profondeur d'une façon
continue, les latitudes d'exacerbation deviennent moindres ; en
même temps, l'ascension quotidienne commence plus tard, la
descente plus tôt, l'intensité d'exacerbation diminue habituel-
lement un peu, une tendance au déclin se fait nettement sentir, et
dès la fin de la deuxième semaine ou au commencement de la
troisième, la diminution de l'exacerbation vespérale prouve que la
maladie est en pleine voie de déclin.
La transformation des courbes quotidiennes brèves du fastigium
en courbes à pic de la période du déclin peut être considérée,
quand elle arrive dans le courant de la deuxième semaine, comme
le signe rarement trompeur de la bénignité du cas. Il est vrai
qu'elle ne fournit pas des garanties absolues pour une issue favo-
rable ; car, même dans sa marche la plus légère, cette maladie
comporte des dangers qu'il est impossible de prévoir (des perfora-
tions, des hémorrhagies, des irritations cérébrales de provenance
individuelle), etc. Mais une fois que le processus essentiel prend
une tournure favorable — et il n'y a que le thermomètre qui en
soit le sûr garant — la probabilité de ces accidents ou de ces trou-
bles accessoires devient incomparablement moindre et l'on peut,
en général, en préserver le malade par des soins intelligents.
Ce qui est moins favorable et moins sûr que son passage aux
courbes à pic est un abaissement temporaire considérable de la
température, un grand abaissement prématuré des exacerba-
tions vespérales, au point qu'elles s'approchent des tempéra-
tures matinales restées stationnaires; dans tous ces cas, la marche
512 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
devient souvent irrégulière et.de nouvelles élévations sont immi-
nentes.
La marche thermique du déclin et de l'amélioration est ordinai-
rement caractérisée par des rémissions croissantes dans les heures
matinales, auxquelles succèdent de petites exacerbations, de façon
que, dans l'espace de six à dix jours, la température se rap-
proche en zigzag de l'état normal.
La différence entre les températures matinales et vespérales peut
avec cela rester parfois la même pendant plusieurs jours et même
toute une semaine, ou bien elle s'agrandit par la progression plus
rapide de la rémission.
Des températures matinales normales se présentent déjà d'ordi-
naire avant le milieu de la troisième semaine. Par l'amoindrisse-
ment continu des exacerbations vespérales, les différences quoti-
diennes deviennent plus faibles et d'habitude à la fin de la troisième
semaine, la température est normale dans les heures vespérales et
la convalescence a lieu.
Si cette marche se poursuit de la façon précédemment décrite,
il serait à peine possible de concevoir encore des doutes sur le dia-
gnostic. Il est vrai que la pneumonie catarrhale, la grippe intense,
peuvent suivre la même voie de décroissance ; mais elles procèdent
beaucoup plus rapidement, et la fièvre ne se prolonge pas jusqu'à
la fin de la troisième semaine. D'un autre côté, le déclin est bien
encore de nature rémittente, dans la méningite cérébro-spinale,
dans la trichinose, dans le cas où des températures élevées s'y
sont montrées, mais la marche y est plus lente, et l'on y constate
de plus fréquentes interruptions. D'autres affections à type rémittent
pendant leur déclin se distinguent du typhus abdominal en ce
qu'elles n'atteignent pas, pendant le fastigium, l'élévation ther-
mique qui caractérise cette maladie dans cette période.
Il est encore vrai qu'il se présente quelquefois des modifications
de cette forme de défervcscence propres à rendre douteux le dia-
gnostic, et, dans le nombre, notamment, le retour accéléré à
l'apyrexie, se produisant parfois tellement vite que des tempéra-
tures vespérales normales sont atteintes dès le milieu ou même au
commencement de la troisième semaine. Cet état de choses se pré-
sente de préférence après l'action convenable d'agents thérapeuti-
ques, rarement sans qu'il y eût eu auparavant intervention médi-
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 513
cale. Pour que, dans ces cas, on ait le droit de maintenir le
diagnostic, il faut qu'il ait été complètement établi-, aussi bien par
les conditions thermiques que par les phénomènes essentiels de la
maladie.
Plus rarement encore se présentent d'autres déviations de la
défervescence quand le déclin s'établit dans le courant de la troi-
sième semaine. Souvent aussi, elles ne sont qu'apparentes. On est
induit en erreur par les fausses indications du malade sur la durée
de sa maladie. Toutes les autres conditions étant régulières, on
peut souvent établir en s'appuyant sur la marche thermique que
le malade s'est trompé sur le début de sa maladie et, souvent, on
trouvera encore, après coup, cette indication thermométrique con-
firmée par une anamnèse plus approfondie.
Avec une pareille marche de la période de déclin, il sur-
vient rarement des complications, à moins que les individus
atteints ne se soient trouvés , avant l'invasion de cette mala-
die, dans un état de santé incomplet, ou que des influences
particulières aient agi sur eux, ou bien que les conditions épidé-
miques ne produisent temporairement des complications. Une de
ces complications se présente-t-elle, il s'ensuit, ta un moment quel-
conque de la défervescence, un arrêt dans l'abaissement ou une
élévation. Parfois, ce revirement est précédé par un abaissement
de température subit et profond, ce qui doit toujours paraître sus-
pect.
En revanche, il y a assez souvent, dans ces cas et particuliè-
rement dans les cas très-légers, des recrudescences et des réci-
dives. Il existe une différence essentielle comme marche et comme
danger, selon que le renouvellement du processus a eu lieu à des
endroits restés jusque-là intacts, et dans un temps où les dépôts
antérieurs ne se préparent même pas encore au déclin, ou n'y ont
fait que peu de progrès (recrudescence, nouvelles pousses typhoï-
des), ou selon que le déclin a déjà fait de notables progrès, que
l'apyrexie est déjà atteinte.
Dans le premier cas, le commencement de la recrudescence se ca-
ractérise, soit par une ascension thermique au-dessus des élévations
modérées actuelles, soit par une modification du type qui s'effec-
tue soudainement après que la marche était déjà devenue descen-
dante : les rémissions quotidiennes sont plus incomplètes, les
m DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
exacerbations commencent de meilleure heure, s'élèvent un peu
plus, durent un peu plus longtemps, et il s'y ajoute une mar-
che, le plus souvent grave, habituellement régulière qui expose
le malade à de grands dangers.
Il en est tout autrement des récidives, proprement dites, qui ne
commencent qu'uneibis l'apyrexie atteinte, ou même seulement
pendant la convalescence. Comme nous l'avons déjà dit, ces réci-
dives ont, en général, et notamment quand elles succèdent à une
affection primitive légère, une marche très-normale et le plus sou-
vent favorable qui, la plupart du temps, se termine le vingt et
unième jour (à partir du début de la récidive).
15, Il faut toujours s'attendre, avec une grande probabilité à
une marche grave, aussitôt que, dans la deuxième semaine, la tem-
pérature du matin reste constamment au-dessus de 59°, 5, que les
températures du soir atteignent ou dépassent 40°, 5, que les exa-
cerbations quotidiennes se présentent de très-bonne heure ou se
prolongent au delà de minuit, que les différences quotidiennes
sont insignifiantes et que, par conséquent, la marche est sous-
continue, ou que les différences sont plus grandes, mais le mini-
mum quotidien dépasse la limite exacerbatrice la plus basse du
typhus (59°,6), enfin dès que le ralentissement n'apparaît pas vers
le milieu de la deuxième semaine et au plus tard jusqu'au douzième
jour.
On peut considérer comme suspectes toutes les irrégularités qui
se produisent dans le courant du second septénaire, toutes les élé-
vations inégales, ainsi que les ralentissements passagers et sans
causes ; alors, le cours ultérieur affecte aussi une marche irrégu-
lière dans la plupart des cas. Et bien qu'une guérison assez rapide
soit possible, dans ces conditions, les rechutes ou nouvelles éléva-
tions thermiques, les complications et les hypostrophes sont cepen-
dant très-ordinaires.
L'irrégularité est surtout fâcheuse dans le cas où il ne se mani-
feste aucune rémission profonde dans la deuxième semaine, bien
que la température du soir reste proportionnellement basse ; il
en est encore de même lorsque les températures du matin dépas-
sent celles du soir.
Il est un signe presque certain d'une très-grande gravité de la
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 515
maladie ; c'est quand les températures du matin atteignent 40° et
que celles du soir dépassent 41°, en particulier, quand à la fin de
la deuxième semaine il se manifeste des élévations croissantes.
Les fluctuations sans motif constituent le signe le plus défavo-
rable, quand bien même elles ne consisteraient qu'en un ralen-
tissement subit, mais insolite dans la fièvre typhoïde.
14. Dans les cas graves, la marche est, en général, plus com-
plexe.
La forme la moins dangereuse est la suivante :
Au commencement de la deuxième moitié du second septénaire,
après un ralentissement très-insignifiant, ou même nul, lesexacer-
bations vespérales se tiennent à une hauteur considérable (au-
dessus de 40°) et s'élèvent parfois le soir, jusque au-dessus de 41°;
mais les rémissions matutinales montent aussi d'un degré et demi
et même plus, et ces phénomènes persistent presque avec la même
intensité, jusqu'au milieu de la troisième semaine et jusqu'à la fin
de ce septénaire. — D'ordinaire, cependant, les exacerbations di-
minuent un peu dans ces cas (à moins qu'il ne survienne quelque
complication, à partir du milieu de la troisième semaine), et par
moment il se présente une rémission profonde qui prépare l'amé-
lioration définitive.
Il est vrai que, parfois, il peut y avoir un amendement des phé-
nomènes qui se caractérise comme il suit : l'élévation thermique
de la deuxième semaine n'est plus atteinte, la température est
d'environ |° plus basse que celle de la semaine précédente, mais
la fièvre reste cependant très -intense avec des rémissions insigni-
fiantes. Dans les cas relativement favorables, il arrive assez sou-
vent que les grandes rémissions se présentent dans la quatrième
semaine.
Ou bien la température reste aussi élevée que dans la deuxième
semaine, la dépasse même, et persiste ainsi jusqu'au moins au mi-
lieu du troisième septénaire (c'est le cas le plus fréquent), et
souvent jusqu'à la fin du quatrième. Dans ces cas, les tempéra-
tures du soir sont aussi élevées ou presque aussi hautes que dans
la période précédente, les rémissions sont moindres et la dif-
férence quotidienne ne s'élève souvent pas au-dessus d'un demi-
degré, sauf dans les cas où l'exacerbation a présenté une élévation
510 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
excessive. Quant aux températures du matin, elles se main-
tiennent le plus souvent entre 59°, 5 et 40°, môme entre 40° et
40°, 5. Rarement la température s'élève au-tlessus de ce chiffre,
tandis que, pendant la période d'exacerbation, elle monte parfois
au-dessus de 44° et peut même atteindre et dépasser 42°. En môme
temps, les exacerbations sont plus étendues et l'élévation quo-
tidienne commence dès neuf heures ou même dès huit heures du
matin; et cette température élevée se maintient jusqu'à près
de minuit ou plus longtemps encore, fréquemment avec une ou
plusieurs cimes ; la rémission matutinale est d'une durée relati-
vement courte et dépasse à peine quelques heures.
Ou bien, il se produit dans la marche des irrégularités qui or-
dinairement en engendrent d'autres. Souvent ces irrégularités
sont la conséquence de la gravité seule du cas ou des conditions
défavorables dans lesquelles se trouve le malade, des prédisposi-
tions individuelles ou du caractère particulier de l'épidémie. Mais,
très-fréquemment, les complications sont la cause de l'irrégu-
larité.
Si ces complications consistent en inflammations locales, en
bronchites intenses, en pneumonies ou parotidites, tantôt la tem-
pérature monte, tantôt les rémissions matinales précédentes de-
viennent moindres. Le choléra asiatique venant s'ajouter à une fiè-
vre typhoïde présente un caractère tout particulier. Friedlander a
publié à ce sujet (1867. Archiv cler Heilkunde, p. 459) des obser-
vations prises dans mon service. 11 a montré que le choléra, non-
seulement, exerce sur la température une influence dépressive,
mais que le premier ralentissement thermique appréciable se pré-
sente chez les individus affectés de fièvre typhoïde trente à
trente-six heures avant le collapsus cholérique et même douze à
vingt-quatre heures avant l'apparition de la diarrhée profuse et
que, par conséquent, il peut servir de premier symptôme à l'in-
fection cholérique.
Si, dans le cours de la fièvre typhoïde, il se présente de fortes
hémorrhagies, notamment des entérorrhagies, il peut y avoir un
abaissement thermique considérable allant même jusque au-des-
sous de l'état normal ; mais, d'ordinaire, la température recouvre
bientôt son élévation antérieure et peut même la dépasser.
L'élévation ou l'abaissement momentanés sont loin d'être -les
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 517
seuls effets des complications intercurrentes. Au contraire, celles-
ci enlèvent plus ou moins à la marche thermique son caractère de
régularité, et les plus grandes variations peuvent se présenter
encore après coup, même quand la complication est déjà depuis
longtemps dissipée.
Dans certains cas, très-graves à plus d'un titre, des rémissions
se présentent au moment du plus grand danger sans qu'il y ait
collapsus proprement dit et sans cause appréciable ; mais il ne
faut nullement les considérer comme favorables; elles se rattachent,
au contraire, à une augmentation des autres phénomènes fâcheux :
la faiblesse des contractions et des bruits du cœur, la fréquence
énorme du pouls, le délire et les contractions automatiques des
muscles, la carphologie, les soubresauts des tendons, le coma et
la prostration la plus profonde; ces rémissions présentent la plus
grande ressemblance avec les rémissions proagoniques dont il sera
question plus loin. Assurément, elles ne constituent pas une crise
favorable dans la maladie ; mais, parfois, il arrive que la mort
imminente peut être encore évitée par une médication énergique ;
la température revient alors à son niveau primitif, c'est-à-dire
qu'elle s'élève avec les progrès de l'amélioration. On peut dési-
gner ces modifications de température sous le nom d'abaissements
thermiques proagoniformes.
Mais, même dans les cas graves devenusirréguliers, le type de la
marche thermique se rétablit aussitôt que la maladie prend une
tournure plus favorable. Il est vrai que, souvent, ce revirement ne
se présente plus à l'acmé de la maladie, pendant le fastigium, mais
seulement au moment de son déclin.
Tous les cas graves, à moins qu'ils ne se terminent par la mort,
ont cela de commun, que la marche du fastigium et de la ma-
ladie toute entière est traînante et prolongée. Avec cela, il se
présente dans beaucoup de cas à des époques assez précises de la
maladie, un ralentissement transitoire et à d'autres moments plu-
tôt une ascension de la température. Les ralentissements se mon-
trent de préférence au milieu ou à la fin de chaque septénaire,
tandis que les élévations correspondent aux premiers jours ou au
commencement de chaque semaine ; mais, le plus ordinairement,
on aperçoit lorsque la maladie est de longue durée, une élévation
notable le vingt-cinquième jour, souvent aussi un jour plutôt ou
51S DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
plus tard. L'élévation est encore très-fréquemment manifeste,
même quand, à cette époque, la marche se trouve sensiblement
ralentie ou bien en voie de déclin, et cette décroissance est très-
fréquemment interrompue à la date précitée par des élévations
thermiques qui dépassent d'un demi-degré et plus celles des jours
précédents.
A cette période, le diagnostic est rarement douteux; ce n'est
qu'exceptionnellement qu'on pourra encore songer à une tubercu-
lose aiguë ou à une méningite cérébro-spinale, et, en particulier,
si cette dernière maladie règne épidémiquement ou si des symp-
tômes cérébro-spinaux très-accusés viennent s'ajouter à la fièvre
typhoïde et, en augmentant les points de ressemblance, prêter
ainsi à la confusion.
En revanche, c'est surtout le pronostic qui, dans cette période,
offre un plus grand intérêt pratique. La thermométrie ne peut pas
toujours lui donner de solides points d'appui, mais elle peut
fournir de précieuses indications.
En général, le cas est toujours grave toutes les fois que cette
forme de la maladie est arrivée à son plein développement.
Le danger s'accroît aussitôt que la température atteint 41°, 2 ;
même dans les cas les plus favorables, il faut s'attendre à une con-
valescence très-lente. A 41°, 4, les chances de mort sont déjà deux-
fois plus grandes que celles de guérison ; à 41°, 5 et au-dessus, le
rétablissement est un fait exceptionnel. Fiedler (Deutsche Archiv
filrklin. MecL, p. 554) indique comme température maxirna pour
les cas heureux, 41° J 5 ; à cette élévation, on ne compte que deux
cas de guérison, toutes les autres fièvres typhoïdes avec tempéra-
ture pareille ou plus élevée, se sont terminées par la mort. Cepen-
dant, dans Tune de mes observations, la guérison est survenue
avec une température de 42° | = 55°, 1 R. Cette élévation thermi-
que se montra pendant un accès de frisson.
Une élévation thermique très-considérable (41°) se répétant plu-
sieurs fois par jour est l'indice d'un danger croissant. Cependant,
le malade supporte même ces degrés extrêmes de température avec
plus de facilité quand, dans les intervalles et en particulier le
matin, la température est beaucoup plus basse. Des températures
très-élevées, avec des rémissions intercurrentes, sont moins dan-
gereuses que des conditions thermiques plus modérées, mais qui
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 319
persistent presque sans interruption le matin comme le soir. Si,
dans les heures matutinales, l'élévation de 40° est dépassée, la mort
est presque certaine.
Si la température de la troisième semaine est plus élevée que
celle de la deuxième, ou si celle de la troisième semaine suit une
marche ascendante, c'est un symptôme très-grave.
Toutes les fortes irrégularités conduisent à un pronostic fatal ;
du moins, faut-il, en pareil cas, s'attendre à des complications ul-
térieures.
Il est très-exceptionnel de voir un cas grave changer brusque-
ment de direction et se terminer par une prompte et heureuse
issue.
15. Au contraire, avant d'y arriver, la maladie traverse ordi-
nairement une série de péripéties, d'incidents et de fluctuations,
une période d'indécision et d'incertitude : le stade amphibole,
en un mot.
Souvent ce stade vient s'intercaler aussi dans des cas qui, au
début, ne présentent qu'une faible intensité, mais doivent cepen-
dant éveiller les soupçons d'un médecin expérimenté : ainsi, dans
les cas de fièvre typhoïde, chez des personnes âgées, chez des indi-
vidus atteints déjà d'affections antérieures, dans les rechutes qui
se manifestent avant que la période de déclin de la première ma-
ladie ait fait de grands progrès, dans les cas où se présentent de
bonne heure de grandes irrégularités (à moins que celles-ci ne
soient liées à des cas très-bénins) chez les malades qui, con-
tinuellement, s'exposent à des influences nocives ou qui se li-
vrent à de trop violents efforts musculaires pendant la première
période de leur maladie, etc., etc.
Le stade amphibole commence le plus souvent au milieu, rare-
ment dès le début de la troisième ou même de la quatrième se-
maine ; dans quelques cas, il est précédé d'une rémission extrê-
mement profonde ou même d'un collapsus et manifeste sa
présence par des irrégularités plus ou moins considérables, des
améliorations ou des aggravations non motivées.
Les températures vespérales sont, en général, encore très-éle-
vées dans cette période ; mais, en moyenne, cependant, pas aussi
hautes que durant le fastigium. Bien que, à certains jours, le
520 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
maximum fastigial puisse être atteint ou même dépassé, la tempé-
rature reste cependant presque toujours plus basse le soir. Par
temps, il se présente des rémissions qui peuvent s'étendre jusque
dans la soirée, mais elles sont très-passagères ; tandis que, pendant
quelques jours, les phénomènes peuvent présenter une tournure
des plus favorables, tout à coup des aggravations surgissent. Il
est assez -rare que les abaissements thermiques intercurrents des-
cendent dans ce stade jusqu'à des températures de collapsus sans
qu'il y ait à cela de causes sérieuses et inquiétantes, et quand ces
températures apparaissent, elles sont presque toujours dange-
reuses ou, du moins, suivies d'une élévation nouvelle et considé-
rable.
Parfois, et durant un espace de temps plus ou moins prolongé,
on voit des exacerbations uniformes alterner avec des rémissions
profondes allant jusqu'à l'état normal et même au-dessous; dans
le cours de ces dernières, il se présente alors assez souvent des
phénomènes de collapsus. Bien que, dans ces cas, la défervescence
puisse se produire, sans autres troubles et après une durée de trois
semaines de cette alternance, il arrive fréquemment qu'après quel-
que temps, les rémissions deviennent moins profondes et qu'elles
s'approchent même des exacerbations.
Dans quelques cas, des abaissements thermiques profonds et
même des températures de collapsus se montrent dans la période
d'exacerbation.
On ne rencontre pas trop rarement d'hétérochronisme des épo-
ques d'exacerbation et de rémission, celle-là se montrant aux heu-
res de la matinée et celle-ci aux heures vespérales. Cet hétéro-
chronisme paraît de médiocre importance, au point de vue du
pronostic.
On observe habituellement dans ce stade des complications
multiples qui, non-seulement font monter la température d'une
façon générale, mais qui, encore, effacent les rémissions. '
On ne constate (pendant cette période) d'abaissements rapides
et considérables que dans les cas de fortes hémorrhagiesou de per-
foration intestinale.
Assez souvent, la marche présente des recrudescences avec repro-
duction du fastigium, probablement déterminées par des poussées
nouvelles d'altérations anatomiques. Dans ces cas, il faut surtout
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 321
craindre les hémorrhagies graves ou mortelles et les perforations
intestinales.
Parfois, on observe aussi des frissons avec fortes élévations ther-
miques : ces frissons proviennent, d'ordinaire, de nouveaux trou-
bles intercurrents (tels que les processus pyémiques, septicémiques).
La période amphibole ne dure quelquefois que la moitié d'une
semaine, le plus souvent, une semaine ou une semaine et demie,
parfois plus longtemps.
16. Si la maladie touche à une terminaison fatale, la période
proagonique est le plus souvent annoncée par des abaissements
thermiques trompeurs qui, cependant, contrastent avec les autres
phénomènes, mais, d'ordinaire, se présentent aussi avec une cer-
taine irrégularité.
Dans d'autres cas, au contraire, on remarque une élévation ex-
trême de la température, dépassant 41° et se maintenant aussi à ce
niveau dans la matinée.
Ou bien c'est une augmentation subite allant jusqu'à |42°,5 et
au-dessus (rarement à 45° et au-dessus).
D'autres fois, on observe un abaissement thermique profond et
brusque accompagné des phénomènes d'un collapsus intense.
L'agonie n'est pas toujours précédée d'un stade proagonique
manifeste. Parfois, au contraire, elle apparaît dans ce stade d'une
façon soudaine et inopinée.
Dans l'agonie elle-même et au moment de la mort, il peut se
présenter, suivant les cas, des températures basses, très-fébriles ou
hyperpyrétiques ; ce qui dépend probablement de la nature des con-
ditions qui occasionnent immédiatement la terminaison funeste.
Si la température s'élève dans l'agonie, elle parcourt sa marche
ascendante avec d'autant plus de rapidité que la mort est plus
proche, elle s'élève quelquefois d'un degré et plus dans l'espace
d'une heure. Le plus souvent alors, la mort survient entre 42° et
45°.
Des élévations post mortem se produisent ; mais, d'ordinaire,
elles sont peu considérables et durent à peine quelques minutes.
17. Si, dans des cas graves, la maladie tourne à l'amélioration,
cette heureuse terminaison se produit très-fréquemment après une
21
52-2 DE LA TEMPÉRATURE DAISS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
perturbation critique; tantôt fugace, elle disparait au bout de quel-
ques heures ; tantôt plus longue, elle peut s'étendre même à plu-
sieurs jours.
Souvent, pourtant, cette amélioration est précédée par un ra-
lentissement prémonitoire ; dans ce cas, le commencement de la
décroissance ne se dessine pas nettement.
Le ralentissement préparatoire se manifeste soit par une rémis-
sion isolée un peu plus basse (qu'à l'ordinaire), ou par uneexacer-
bation moindre, ou dans une direction descendante s'étendant sur
plusieurs jours; avec cela le type thermique peut, dans les cas
graves, rester toujours sous-continu et la moyenne quotidienne se
maintenir à 40°. Ces abaissements si lents continuent pendant la
moitié d'une semaine souvent pendant une semaine entière, avant
que la maladie n'arrive à une amélioration décisive.
Celle-ci s'annonce très-souvent, d'abord par une forte baisse
thermique qui, d'ordinaire, tombe dans le temps de la rémission,
et, le plus souvent, est un peu plus profonde que les rémissions
des jours suivants.
Le commencement de l'amélioration décisive correspond, dans
les cas légers, souvent au milieu de la troisième semaine; dans les
cas très-graves, rarement à la fin de la troisième semaine, le plus
souvent au milieu de la quatrième semaine (immédiatement après
l'élévation du vingt-cinquième jour), quelquefois plus tard encore.
La défervescence procède par rémittence, comme dans les cas à
évolution rapide.
Mais sa durée est, en général sinon toujours, plus longue.
La défervescence a souvent des temps d'arrêt, ou même de pe-
tits mouvements de recul.
Bientôt, sa marche est interrompue par des variations isolées,
faibles ou énormes, tantôt par une seule élévation vespérale con-
sidérable, tantôt par plusieurs, entre lesquelles la température re-
vient chaque fois à l'état normal dans la matinée, tantôt enfin par
une élévation sous-contiune s'étendant à plusieurs jours.
Mais on observe assez souvent aussi, pendant ce temps, des re-
chutes réelles.
18. Parfois, au lieu d'être immédiatement terminé par la mort
ou par la guérison, le stade amphibole est suivi d'une phase lan-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 523
guissante qui provient le plus souvent d'ulcérations intestinales
persistantes, quelquefois d'une bronchite suppurée et d'autres
affections locales lentes à disparaître, parfois aussi il peut être
produit uniquement par le marasme.
La marche de la fièvre, dans ces cas, est chronique, avec des
exaspérations quotidiennes vespérales plus ou moins élevées et avec
des rémissions matinales allant jusqu'à l'état normal ; la durée
de ce stade est illimitée.
19. La pleine et entière convalescence, dans la fièvre typhoïde,
n'est admissible que quand la température présente le soir une
apyrexie complète. Le début delà convalescence ne peut donc être
constatée qu'au moyen de la thermométrie, et l'on ne peut la
considérer comme définitive que si les températures basses se sont
maintenues pendant au moins deux jours de suite.
Souvent la température y est même un peu plus basse qu'à
l'état normal ; on constatera le matin de 56° à 56°, 5, le soir moins
de 57°. Mais cela indique plutôt une convalescence confirmée
qu'un état défavorable quelconque. La période de convalescence
est fréquemment troublée.
La perturbation la plus légère consiste en une élévation thermi-
que de courte durée, bien que souvent très-considérable, se ma-
nifestant après la première ingestion de viande ou d'autres ali-
ments nourrissants, et chez des convalescents d'une fièvre ty-
phoïde, très-souvent après une visite d'amis.
Dans beaucoup de fièvres typhoïdes, plus souvent dans les cas
graves que légers, il se présente pendant la convalescence, sans
motifs appréciables et durant un à trois jours, de nouveaux accès
fébriles. En elles-mêmes, ces rechutes n'offrent pas de dangers
sérieux, mais elles retardent la convalescence, et, si l'on ne mo-
difie pas les conditions du malade, elles peuvent probablement
avoir ultérieurement de graves conséquences. La température est
habituellement le seul signe qui les fasse reconnaître et inclique
aussi avec exactitude leur disparition. A certains moments,
pendant la durée d'une épidémie, par exemple, il peut arriver
que toute convalescence soit interrompue par des rechutes fébriles
semblables; rechutes qui peuvent se répéter jusqu'à trois fois
chez le même individu.
324 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
Le plus souvent, à certaines époques, plus rarement à d'autres
. moments indéterminés, il se présente, pendant la convalescence,
de vraies récidives du processus morbide ; dans les premiers jours,
elles ne sont, d'ordinaire, rendues manifestes que par la tempéra-
ture, aucun autre phénomène ne pouvant les révéler.
Il faut en redouter l'apparition plutôt dans les cas où il existe
encore des élévations anormales de la température du soir, et ces
rechutes peuvent se développer huit jours et même plus tard encore
après l'apparition de la convalescence. Elles sont ordinairement
sans danger quand des soins appropriés sont donnés en temps
opportun et elles offrent l'exemple le plus net d'un processus typhi-
que simple, favorable et rapide.
Dans la convalescence du typhus abdominal, il peut y avoir aussi
plusieurs réversions (hyposlrophes), et elles se reconnaissent, le
plus souvent aussi, d'abord à une nouvelle élévation de la tempé-
rature. La nature de cette dernière perturbation ne peut habituel-
lement se préciser qu'au bout de quelques jours.
A en juger par là, l'exploration thermique continuée chez les
convalescents de fièvre typhoïde, au moins une fois par soirée, est
de la plus haute importance pratique, et si cet examen quotidien
ne peut pas être poursuivi avec persévérance, on ne saurait, du
moins, méconnaître l'utilité d'une méthode d'examen aussi sim-
ple que facile, indiquant, avec la plus grande sûreté, le moment
dans lequel il faut de nouveau procéder à une investigation plus
attentive de la température du convalescent.
20. Dans le jeune âge, la marche thermique de la fièvre
typhoïde est d'autant plus irrégulière que l'enfant est plus
jeune.
Souvent on trouve des cycles morbides très-bénins. Mais, dans
les premiers jours, la température monte plus rapidement, et elle
atteint, en moyenne, des degrés très-considérables dès la première
semaine.
La période de réparation est plus précoce, et la défervescence,
en général, plus rapide.
Mais les complications y sont communes, et quand elles appa-
raissent, l'élévation de la ^température peut alors devenir, après
coup, très-considérable.
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 3'25
Le diagnostic du typhus abdominal peut être obscurci par Tir-
régularité de la marche thermique.
21. Chez les hommes âgés de plus de quarante ans, qui sont at-
teints de fièvre typhoïde, la température est souvent plus basse
que chez les adultes plus jeunes. Pendant le fastigium, elle n'at-
teint le plus souvent que des élévations de 59°, 59°, 5 et 40° et au-
dessus de ce chiffre, elle est exceptionnelle ; dans les heures mati-
nales, elle retombe au-dessous de 59°.
Sa marche se caractérise par plus d'irrégularités que celle des
individus plus jeunes.
Le fastigium s'étend rarement au delà de la deuxième semaine ,
mais un stade amphibole lui succède souvent ; du moins, la pé-
riode de déclin est traînante et sujette à des perturbations. Les
collapsus sont fréquents ; pendant le déclin et la convalescence, la
température descend plus souvent au-dessous de l'état normal que
chez des individus plus jeunes.
Dans les cas mortels, on voit paraître assez souvent, au début,
une fièvre d'une trompeuse bénignité, tandis que, plus tard, la
température peut atteindre des élévations considérables. La
mort est parfois annoncée par une température élevée, mais, le
plus souvent, par des degrés thermiques bas ou modérés.
Tandis que ce mode thermique est très-habituel chez des indi-
vidus âgés de quarante ans et plus (c'est-à-dire qu'il se présente
environ dans la moitié des cas de cette maladie affectant des indi-
vidus de l'âge précité, et ne manque, le plus souvent, que chez
des personnes bien conservées pour leur âge), il est déjà beaucoup
plus rare (un septième des cas environ) chez des hommes de
trente-six à quarante ans, et encore plus rare chez des indivi-
dus de trente et un à trente-cinq ans (à peu près un dixième des
cas).
Consultez Uhle (1859. Archiv fur physiolog. Ee'iïk., t. XVIII,
p. 95).
22. Chez les sujets anémiques et particulièrement quand l'ané-
mie n'est pas trop considérable, le typhus abdominal présente, en
général, une évolution thermique modérée, et le déclin est relati-
vement assez précoce. Ce qui n'empêche pas que l'existence de ces
326 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
malades anémiques ne puisse être compromise par des complica-
tions et que, dans ces cas aussi, la marche thermique de leur alfec-
tion ne puisse prendre un caractère très-sérieux. Les complica-
tions qui, principalement chez les anémiques, ont une plus grande
importance, et exercent une influence plus fâcheuse que chez d'au-
tres individus, sont les suivantes : les hémorrhagies, même modé-
rées, les affections pulmonaires, les troubles cérébraux graves,
les parotidites et le décubitus.
25. Les maladies antérieures et qui se continuent pendant le
cours du typhus abdominal, rendent presque sans exception cette
dernière affection très-irrégulière ; et cette irrégularité peut pren-
dre des proportions telles, que le diagnostic reste assez longtemps
obscur et parfois même douteux jusqu'au décès. Les températures
élevées du soir font rarement défaut. On peut aussi observer des
rémissions très-profondes , mais la succession des phénomènes
thermiques est irrégulière et peu tranchée, et, dès le début, la
marche présente les oscillations du stade amphibole.
Les principales maladies qui exercent une pareille influence,
sont :
La phthisie pulmonaire, l'emphysème étendu, les maladies
du cœur, le catarrhe gastrique, les ulcérations intestinales, les né-
phrites chroniques intenses, la diathèse hémorrhagique, l'alcoo-
lisme chronique, l'intoxication saturnine chronique, l'hystérie, et
parmi les maladies aiguës, dans le cours desquelles débute la fiè-
vre typhoïde, il faut citer : la péritonite, la scarlatine, le choléra.
La grossesse et l'état puerpéral ont aussi une action semblable,
mais elle est moins constante.
24. Le froid employé énergiquement sous forme de bainsfroids
plus ou moins répétés, d'affusions très-froides, de compresses trem-
pées dans l'eau glacée et appliquées sur le tronc, ou d'enveloppe-
ments fréquents dans un drap mouillé (traitement hydrothéra-
pique) ; le froid, sous toutes ces formes, nous le répétons, est
incontestablement le procédé le plus puissant que nous connais-
sions jusqu'ici, pour modifier la température des fièvres ty-
phoïdes.
Abstraction faite de son action sur beaucoup d'autres phénomè-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 527
nés de la maladie, l'emploi de l'eau froide sous toutes ces formes
produit encore, lorsqu'on y a recours avec l'énergie et la persévé-
rance nécessaires, les résultats suivants :
a. Une diminution thermique plus ou moins considérable, plus ou
moins durable après- chaque application. L'abaissement thermique
est parfois précédé, au premier moment, par une petite élévation.
Et même on n'est pas toujours sûr que l'abaissement thermique
existe réellement, car souvent la température prise dans le rectum
ne tombe que très-faiblement (de quelques dixièmes) ou reste sta-
tionnaire ou s'élève même après une forte application du froid, par
exemple, après un bain froid continué pendant plus d'un quart
d'heure, après l'application de compresses glacées pendant plu-
sieurs heures, etc. ; le plus souvent cependant, on la trouve quinze
ou trente minutes après l'application du froid, tombée de l°ou3°,
et quelquefois plus ; alors seulement, elle recommence à monter
et n'atteint les élévations fébriles intenses que deux heures ou six
heures après ou même plus tard encore. Quelquefois, quand les
circonstances sont extrêmement propices, elle ne regagne même
plus son élévation primitive. Ces différences résultent, en partie,
de la nature et de l'intensité de l'application, mais, d'un autre
côté, des circonstances particulières du cas, de la forme et du stade
de la maladie.
L'action est, en général, plus efficace et plus durable avec des
bains froids entiers et des enveloppements rapidement répétés dans
le drap mouillé, puis chez les enfants, dans les formes rémittentes
à marche bénigne, dans les cas où il n'y a pas de complications,
dans une période très-avancée de la maladie, et quand on l'appli-
que à l'époque de la rémission naturelle. L'action est moindre, et
même souvent nulle quand on fait usage d'applications moins éner-
giques ; 'en outre, chez les adultes, vers le début de la maladie et
quand le degré de la maladie est assez intense, quand la marche
est sous-continue, quand il y a des complications et pendant l'as-
cension quotidienne ou à l'acmé de l'exacerbation quotidienne.
b. Sous l'influence de l'application énergique et suffisamment
répétée du froid, le type thermique est plus ou moins considéra-
blement altéré. D'abord, les rémissions quotidiennes naturelles
sont souvent effacées, les exacerbations souvent déplacées.
528 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
Par exception seulement, l'action du froid paraît abréger réelle-
ment la durée de la maladie ; le plus souvent, elle semble plutôt
la prolonger.
En revanche, elle produit d'ordinaire une atténuation générale
des phénomènes pathologiques. Surtout dans les cas d'exacerba-
tions extrêmement fébriles : celles-ci sont coupées et l'ascension
ultérieure de la température est empêchée; toutefois, quand on
suspend trop tôt l'application, l'ascension reprend son cours. Il
paraît aussi que l'emploi soutenu et répété des applications froi-
des, transforme la marche sous-continue en un type rémittent,
bien que d'abord sous une forme anormale ; les rémissions une
fois survenues, leur persistance peut être assurée par cette appli-
cation.
D'où il résulte déjà que l'hydrothérapie empêche ou modère les
accidents sérieux et les conséquences de la fièvre typhoïde ; grâce
à cette médication, on peut parer à de graves dangers et sauver la
vie de beaucoup de malades.
Les autres effets de cette méthode de traitement ne peuvent
trouver place ici ; qu'on nous permette seulement d'ajouter que
par son emploi, d'après les témoignages concordants de tous les
observateurs et d'après ma propre expérience, la mortalité dans
cette maladie en est très-considérablement diminuée et que, dans
certains cas désespérés, on obtient par l'application de cette mé-
thode, des revirements favorables et des cures presque inespérées.
Consultez :
.. Hallmann (loco citeito).
Brand (Die Hydrothérapie des Typhus, 1861 et Die Heiluny des
Typhus, 1868).
Liebermeister et Hagenbach (Beobachtungen urid Versuche ûber
die Anwenduny des kalten Wassers bel fieberhaften Krankheiten,
1868).
Jùrgensein (Klinische Studien ûber die Behandlung des Abdomi-
nal-Typhus mit kalterWasser, 1866).
Ziemssenetlmmermann (Die Kaltwasser Behandlung des Typhus
abdominalis, 1870).
25. L'usage interne du calomel à doses modérées (50 centi-
grammes) administré de très-bonne henre, c'est-à-dire au milieu
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 529
de la première semaine exerce plus que les autres laxatifs une in-
fluence sur la marche de la maladie et amène une rémission plus
forte que celle qui se produit spontanément à cette période. Cepen-
dant, après cet abaissement, la température remonte, mais, d'or-
dinaire, n'atteint pas son élévation primitive, et il arrive, dans un
certain nombre de cas, qu'après peu de jours d'une marche modé-
rée, la défervescence se présente avec son caractère rémittent ha-
bituel. Parfois même avec une allure accélérée, la convalescence
est plus précoce que dans la moyenne des cas bénins abandonnés à
eux-mêmes.
Si on ne donne pas le calomel de bonne heure, c'est-à-dire au
milieu du premier septénaire, la forte rémission a toujours lieu,
mais l'ascension qui lui succède est parfois plus considérable (bien
que cela n'ait pas lieu dans la majorité des cas) et peut dépasser
les degrés thermiques qu'elle avait primitivement atteints avant
l'emploi du calomel.
Il paraît qu'en administrant le calomel au début de la maladie,
on peut retarder parfois l'élévation maxima de la température ;
du moins, les maxima se présentent, dans ces cas, le septième et
le huitième jour encore, et même plus tard, et l'action de ce mé-
dicament reste, en général, assez douteuse, si son emploi est suivi
par des températures de plus de 40°, 5.
Si l'on n'administre le calomel que dans la deuxième semaine,
ou plus tard, son emploi est encore suivi de fortes rémissions ;
mais son action sur la marche générale n'est plus qu'exception-
nelle ; cette action est d'autant plus rare et plus faible que la
marche de la maladie était plus avancée au moment de son admi-
nistration.
Comparez mon travail intitulé : Examen de l'action du calomel
dans la fièvre typhoïde (1857, Arch. far physiol. Heilk., t. XVI,
p. 567).
26. La digitale employée à la dose de 2 à 4 grammes et au-
dessus (dans l'espace de trois à cinq jours) dans une fièvre ty-
phoïde fortement accentuée, pendant la deuxième et la troisième
semaine, produit, dans la plupart des cas, d'abord un léger ralen-
tissement de la température, puis un fort abaissement qui, au
moment de l'exacerbation, peut monter à 2° et plus. Mais cet abais-
530 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
sèment ne persiste pas au delà d'un jour, après l'administration
de ce médicament. Alors la température remonte, mais n'atteint
pas son ancienne élévation dans des cas où des influences favora-
bles se sont produites et reste à des degrés modérés en même
temps que le pouls est fortement ralenti; la défervescence se pro-
duit ici aussi comme à l'ordinaire, tandis que le pouls ne se
rélève de son ralentissement artificiel qu'environ quinze jours
après l'emploi de la digitale et au moment où la décroissance est
déjà bien avancée.
Comparez mon traité Sur l'utilité de l'emploi de la digitale
dans la fièvre typhoïde (1862. Archiv der Heilkunde, t. III, page
97).
Ferber (1864. Virchow's Archiv, t. XXX, p. 290).
Thomas (1865. Archiv der Heilkunde, t. VI, p. 529).
27. Le sulfate de quinine, pris en quantités considérables
(1S1',20 à lsr,80, en trois fois, à quelques heures d'intervalle)
exerce une forte action dépressive sur la température dans
la fièvre typhoïde. Les premières observations relatives à ce
sujet ont été faites par Wachsmuth, qui employait 60 centi-
grammes ( à trois reprises différentes séparées chacune par
un intervalle de trois heures), et notait un abaissement rapide
de la température tombant de 40°, 25 à 56°, 75. Après deux jours
de cette diminution, la température remonta le soir à 40°, 2»
mais, avec cela, il se produisit des rémissions allant jusqu'à l'état
normal, et la défervescence fut complète et rapide. Dans l'un des
cas observés par moi, un rapide abaissement thermique se montra
dans la nuit, accompagné de symptômes d'ivresse, après l'ad-
ministration de 1 à 2 grammes de sulfate de quinine entre cinq
heures du soir et minuit ; la chaleur propre étant dans la soirée
de 41°, le lendemain matin elle n'était plus que de 57°, 1, et à
midi, elle tombait même à 56°, 25. Le soir, elle remonta à 40°, 1.
L'administration d'un gramme de quinine , en quarante-huit
heures, fit de nouveau descendre la température jusqu'à 56°, 9;
elle remonta ensuite ; mais, malgré cela, la maladie suivit dès
lors une marche plus douce. L'usage du sulfate de quinine à
hautes doses ne garantit cependant pas toujours un résultat fa-
vorable. Il est bon aussi de remarquer que, d'après une commu-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 531
nication de Quincke (Berliner klinische Wochenschrift, 1869,
n° 29, etc.), une fille traitée par le sulfate de quinine, pendant
plusieurs jours de suite à la dose de lgr,02, dans un cas de
fièvre typhoïde de moyenne intensité, mourut subitement dans
la troisième semaine de la maladie avec une température exces-
sive (45°, 4). Des doses plus faibles (60 centigrammes à 80 cen-
tigrammes en vingt-quatre heures) peuvent produire un abais-
sement thermique dans la fièvre typhoïde , mais on ne sau-
rait le garantir.
Comparez Wachsmuth (1863. Archiv der Heilkunde, t. IV, p. 74).
Thomas (1864. Ibid., t. V, p. 556).
Liebermeister(1867. Deutsches Archiv, t. III, p. 26).
28. Sur aucune forme morbide, nous ne possédons des faits
aussi riches et des recherches aussi nombreuses, touchant les con-
ditions thermiques, que sur la fièvre typhoïde.
Rappelons ici, d'abord, les travaux plus ou moins détaillés sur
cette matière, des auteurs cités dans cet ouvrage, tels que : Gierse,
Hallmann, Roger, Zimmermann, mais surtout les travaux de Bâ-
rensprunget de Traube. Les conditions thermiques ont, en dehors
de ces auteurs, encore été traitées dans quelques récentes mono-
graphies sur la fièvre typhoïde, ainsi que dans les divers ouvrages
parus récemment, sans parler de mon traité de Pathologie et de
Thérapeutie, 2e éd. 1856, principalement dans le Traité des ma-
ladies infectieuses de Griesinger, 2 éd. 1864, qui repose sur
de nombreuses observations personnelles de thermométrie.
Il faut encore citer ici le travail de Thiert'elder, dont les obser-
vations ont été recueillies dans mon service (Archiv fur physiol.
Heilkunde, t. XIV, p. 175. 1855).
Wunderlich (1857. Ibid., t. XVI, p. 567 ; et 1858, t. XVII,
p. 19).
Unie (1859. Ibid., t. XVIII, p. 76).
Wunderlich (1861. Archiv der Heilkunde, t. II, p. 455 et 1862,
t. III, p. 97).
Fiedler (1862. Ibid., p. 265).
Waschsmuth (1865. Ibid., t. IV, p. 55).
Thomas (1864. Ibid., t. V, pages 451 et 527, et 1867, Ibid.,
t. VIII, p. 49).
552 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
Ladé (De ta température du corps dans les maladies, et en par-
ticulier dans la fièvre typhoïde, 1866).
Bàumler (1867. Deutsches Archiv fur klinisch. Medic, t. III,
p. 365).
Seidel (1868. Jena'sche Zeitschrift, t. IV, p. 480).
On trouve dispersé dans les divers traités classiques, outre ces
indications bibliographiques, de nombreuses notes sur certains
points de thermométrie ou la confirmation des faits observés par
les auteurs précédents.
Voyez également les tableaux I, II et III.
II. TYPHUS EXANTHÉMATIQUE
(Typhus vrai. — Fièvre pétéchiale.)
1 . Dans le typhus exanthématique, la fièvre présente un carac-
tère typique très-prononcé et qui se fait aisément reconnaître dans
les cas légers et de moyenne intensité. C'est ce qui résulte d'ob-
servations peu nombreuses, il est vrai, mais, en revanche, très-
précises.
La fièvre dans le typhus exanthématique se distingue des états
fébriles qui se produisent dans toutes les autres maladies, notam-
ment dans la fièvre typhoïde. Elle montre cependant certains points
d'analogie avec cette dernière.
La fièvre du typhus exanthématique est plus brève que les for-
mes fébriles les plus courtes et encore normales de la fièvre ty-
phoïde. En revanche, elle est de plus longue durée que la fièvre
de toutes autres maladies à marche aiguë et typique.
Les périodes caractéristiques de la fièvre pétéchiale, sont :
1° La période initiale ;
2° Le fastigium, auquel on distingue souvent deux parties ;
5° La période de défervescence.
En observant la température pendant une seule de ces périodes,
on peut parfois avec un grand degré de vraisemblance soupçonner
l'existence d'un typhus exanthématique. Si on continue la mensu-
ration durant deux de ces périodes, on arrive presque toujours à
un diagnostic parfaitement sûr.
DE LA. TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 335
D'après la marche thermique, on peut distinguer avec une
assez grande précision les cas légers, ceux de moyenne intensité,
enfin les cas tout à fait graves et dangereux.
Mais quand le typhus exanthématique est très-grave, le type
s'efface fréquemment et le diagnostic devient beaucoup plus diffi-
cile et même parfois impossible.
Des irrégularités dans la marche, avec ou sans complications,
se présentent aussi dans le typhus exanthématique, mais, vu le
petit nombre d'observations exactes que nous possédons, il n'a
pas encore été possible jusqu'ici d'en préciser le caractère.
2. Au début de la maladie, la température monte d'habitude
plus rapidement que dans le typhus abdominal, surtout lorsque
l'invasion est annoncée par un frisson.
Dès le premier soir, la température atteint d'ordinaire 40° ou
40°, 5. Le lendemain matin, elle retombe un peu, quelquefois elle
se rapproche même sensiblement de la température normale;
mais le plus souvent elle s'arrête entre 59°, 5 et 40°. Le deuxième
soir, elle remonte et peut déjà franchir 40°, 5; le troisième soir,
elle se relève encore plus et va même jusqu'à 41°, 5.
L'accroissement dure au moins jusqu'à la quatrième soirée, la
température est rarement alors au-dessous de 40°, 5, et elle se
trouve le plus souvent à 41° et au delà, aussi bien dans les cas mor-
tels que dans ceux dont l'issue est heureuse.
A cette période de la maladie, ni l'observation thermométrique,
ni l'appréciation d'autres symptômes quels qu'ils soient, ne sau-
raient assurer le diagnostic; il est notamment impossible à cette
période de distinguer le typhus exanthématique d'avec les fièvres
éruptives et la fièvre récurrente. Mais il se différencie très-positive-
ment de la fièvre typhoïde par l'ascension thermique beaucoup
plus rapide.
Le diagnostic positif du typhus exanthématique ne peut se faire
à cette époque avec un certain degré d'exactitude qu'en s'ap-
puyant sur l'étiologie (preuves de la contagion).
3. Dans les cas modérés et à tendance favorable, la température
peut atteindre son acmé dès le quatrième jour et dans le courant
de la deuxième moitié du premier septénaire ; vers le quatrième,
334 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
cinquième ou sixième jour, il se présente déjà un changement qui
ne se manifeste, il est vrai, que par une diminution très-faible de
la chaleur propre. Dans les cas favorables, une rémission un peu
plus forte survient au septième ou huitième jour, la température
remonte bien un peu dans la deuxième semaine, mais cette éléva-
tion n'est que momentanée, et elle n'atteint plus régulièrement
l'élévation du maximum de la première semaine.
Cette ascension commence assez uniformément le huitième et
neuvième jour, rarement plus tard, et ne se meut que dans un
intervalle compris entre quelques dixièmes et deux degrés.
Dans les cas favorables, elle n'est que de très-courte durée quel-
quefois même d'un, de deux ou trois jours seulement, après quoi
la température redescend lentement.
Une rémission plus forte, pour ainsi dire préparatoire, arrive
dans les cas favorables vers le dixième jour. Cette rémission se
maintient, tantôt pendant une journée, tantôt pendant une demi-
journée seulement, et d'autres fois, pendant deux matinées.
Puis se montre une troisième ascension, le plus souvent de
très-courte durée qui présente tous les caractères d'une perturba-
tion critique et se termine bientôt par une défervescence défi-
nitive.
Ou bien la décroissance se rattache immédiatement et sans
avoir été précédée par une élévation, à la diminution thermique,
d'abord insignifiante, qui se produit au milieu de la deuxième se-
maine.
Dans ces cas légers, le diagnostic reste le plus souvent douteux
pendant le fastigium, à moins d'être confirmé par l'étiologie. La
thermométrie ne saurait fournir qu'une certaine probabilité en fa-
veur du typhus exanthématique , et cette probabilité est basée
sur l'existence de températures extrêmement hautes pendant la
deuxième moitié de la première semaine, et de températures à peu
près aussi élevées dans les premiers jours de la deuxième semaine.
Cette probabilité devient encore bien plus grande, quand, à côté
de ces températures excessives, les symptômes cérébraux sont très-
accusés et les autres phénomènes morbides relativement moindres;
ces derniers à eux seuls fournissent, il est vrai, une série de pré^
somptions, mais aucun indice certain.
Si l'on a observé le cas, à partir du début jusque dans la pre-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 555
mière moitié de la deuxième semaine, on peut, le plus souvent,
faire le diagnostic avec la plus grande précision en se guidant sur
l'évolution thermométrique. Il y a, en dehors du typhus exanthé-
matique, une autre forme morbide, qui commence de la même
façon et présente la même marche pendant le fastigium (qui, no-
tamment, peut arriver après une forte fièvre continue au second
septénaire sans qu'il se soit développé de sérieuses localisations.)
Cette maladie, comme on le voit, facile à confondre avec le typhus
exanthématique, est la fièvre récurrente, mais ne présente ce
type que dans des cas rares et particuliers ; le plus souvent l'état
fébrile n'atteint pas la deuxième semaine dans la fièvre récurrente.
4. Dans les cas graves, peut-être aussi dans les cas où la maladie
est abandonnée à elle-même, l'augmentation des élévations exa-
cerbatrices se continue dans le typhus exanthématique pendant
toute la première semaine et arrive à des degrés très-considérables
(41°, 2 à 41°, 6 et au-dessus). La rémission du septième jour ne se
montre pas, et la chaleur fébrile se maintient à un degré très-con-
sidérable et dans les types exacerbants pendant toute la deuxième
semaine ou au moins durant la plus grande partie de ce septé-
naire, de sorte que, le matin, on trouve des températures de 40°
ou à peu près et que, dans la soirée, la chaleur peut encore mon-
ter d'un degré et même davantage.
Dans les cas de ce genre, le ralentissement du douzième jour
fait également défaut ou n'est que très-légèrement indiqué ; et bien
que, dans les cas graves à issue heureuse, la température s'a-
baisse légèrement vers la fin de la deuxième semaine, il reste tou-
jours des élévations très-considérables dans la matinée et dans la
soirée jusque au commencement de la troisième semaine.
Le diagnostic, dans le fastigium, est presque encore plus diffi-
cile dans les cas graves que dans les cas légers, en particulier,
quand il s'agit de différencier cette maladie d'avec la fièvre ty-
phoïde; car les cas graves du typhus exanthématique et de la fiè-
vre typhoïde se ressemblent, pendant le fastigium, beaucoup plus
sous tous les rapports, que les cas légers ; les maxima thermiques
quotidiens sont, il est vrai, plus élevés d'ordinaire dans le typhus
exanthématique que même dans les cas graves du typhus abdo-
minal ; la tendance aux grandes rémissions se rencontre beaucoup
350 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
moins dans le typhus exanthématique ; mais ce ne sont là que des
différences de quantités qui ne fournissent en général que des
données insuffisantes. En réfléchissant, en outre, que, précisément
dans des formes graves des deux maladies, les autres symptômes
peuvent aussi s'accorder beaucoup , que les taches rosées , par
exemple, peuvent aussi être très-confluentes dans la fièvre typhoïde,
et discrètes, au contraire, dans la forme exanthématique ; que les
symptômes cérébraux peuvent être aussi graves dans la forme ab-
dominale que dans la forme exanthématique, et que, dans cette
dernière, la diarrhée, le ballonnement du ventre, ne manquent
pas toujours, on comprendra la nécessité de procéder avec pru-
dence au diagnostic dans ce stade.
5. Le stade de défervescence est, le plus souvent, très-caracté-
ristique dans le typhus exanthématique.
Dans la grande majorité des cas, la défervescence est précédée
d'une perturbation critique, le plus souvent, de courte durée
(une ou deux soirées), qui consiste dans une augmentation de
température allant de quelques dixièmes jusqu'à 2° et plus au-
dessus de l'élévation de la soirée précédente, et contrastant davan-
tage encore avec la température de la matinée précédente~souvent
déjà très-abaissée.
Cette perturbation est promptement remplacée par la déferves-
cence ; ou bien (mais le fait est plus rare), immédiatement après
l'augmentation thermique perturbatrice, se produit une diminu-
tion légère et momentanée qui fait ensuite place à un abaissement
rapide.
Dans les cas où la perturbation critique n'apparaît pas, la tem-
pérature est, le plus souvent déjà descendue à une intensité moyenne
dans la deuxième moitié du fastigium.
La défervescence survient le plus souvent entre le treizième et
le dix-septième jour, beaucoup plus rarement entre le douzième et
le treizième, et beaucoup moins souvent encore à une époque an-
térieure. Les défervescencesplus tardives se montrant après le dix-
septième jour sont aussi rares et douteuses, à moins que le ralen-
tissement de la fièvre ait été retardé par une complication.
La marche de la défervescence est rapide dans la plupart des
cas. Dans des cas assez fréquents, la température descend même
DE LÀ TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 337
dans le courant d'une seule nuit, d'une élévation approchant 40°
ou même supérieure jusqu'à l'état normal, c'est-à-dire de 2° à 5°,
et à partir de ce point elle ne remonte plus à une élévation fébrile.
Un peu plus fréquemment encore, et surtout dans les cas graves,
il arrive que, le matin, après le premier abaissement nocturne, la
température ne tombe pas tout à fait jusqu'à l'état normal (jusqu'à
58° à 58°, 5), qu'elle remonte la soirée suivante de 58°, 8 à 59°, 2,
et que, le lendemain matin seulement, l'état normal est atteint.
Dans les cas plus rares, la défervescence est lenle dans la soirée,
où elle suit une pente entrecoupée d'oscillations et arrive à l'état
normal après quarante-huit heures, ou bien un abaissement plus
ralenti mais presque continu et graduel s'étend sur plusieurs jours,
de sorte que l'état normal n'est atteint qu'en trois ou cinq jours.
Il est d'ailleurs exceptionnel que la défervescence du typhus
exanthématique se rapproche de celle de la fièvre typhoïde, en ce
qu'elle présente des rémissions. Mais, même en pareils cas, la
température parvient plus vite à son degré normal que dans cette
dernière maladie.
Ce sont ces caractères de la défervescence qui différencient de la
façon la plus nette le typhus exanthématique de la fièvre typhoïde,
et bien que d'autres maladies aussi, telles que les pneumonies, la
variole, la rougeole, la scarlatine, etc., présentent un stade de
défervescence, il diffère cependant de celui du typhus exanthéma-
tique par la marche du fastigium et par sa durée. Pour ce qui est
du typhus récurrent, le typhus exanthématique s'en distingue dans
la défervescence par ce seul fait, que l'abaissement n'y est jamais
aussi énorme que clans cette autre affection.
6. Les cas mortels de typhus se reconnaissent, d'ordinaire, dès
le début, par l'énorme élévation de la température (41°, 2 et au
delà). A la fin de la première semaine, la rémission transitoire
cesse de se produire.
La mort peut se présenter dans la deuxième semaine, avec des
températures toujours très-élevées.
La maladie est-elle parvenue à son troisième septénaire, un ra-
lentissement thermique peut se produire le quatorzième jour; mais
celle-ci n'implique pas encore un pronostic favorable et, le plus
souvent, cette rémission est bientôt compensée.
22
358 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
Mais, dans les cas mortels, les températures de la troisième se-
maine ne sont plus aussi élevées qu'auparavant, au moins jusqu'à
la période de l'agonie. Les maxima quotidiens ne montent pas au-
dessus de 40°, 8 et, le plus souvent même, n'atteignent pas ce
chiffre. L'indice du danger pendant cette semaine n'est pas dans
l'intensité de la fièvre, mais bien dans sa durée.
Avant la mort et dans l'agonie, la température monte constam-
ment dans le typhus.
Dans tous les cas observés par moi et dans lesquels la mensura-
tion a pu être faite, j'ai noté une augmentation thermique au mo-
ment de l'agonie, d'au moins î°,25, dans un cas même de 5°, 6
en moyenne de 1°,8. Il était rare que la température ne s'élevât
qu'à 40°, d'ordinaire, elle montait de 41° à 4*2°, une fois à 45°.
7. Le cycle thermique du typhus a été, pour la première fois,
décrit par moi dans un mémoire intitulé : Observations sur le ty-
phus exanthématique (1857. Arch. fùrPhysiolog. der Heilkunde,
N. F. Bd. I, p. 177). Mes résultats ont été pleinement confirmés
dans tous leurs points essentiels par les observations de Griesinger
(1861. Archiv der Heilkunde, t. II, p. 557), de Moers (1866.
Deutschen Archiv fur klinische Medicin, t. II, p. 56), de Murchi-
son (1866. Lancet, 8 décembre). — Même les mensurations ther-
mométriques de Grimshaw (1867. Dublin Journal), quelque in-
suffisantes qu'elles soient (cet observateur n'a, en effet, pratiqué
qu'une seule mensuration par jour et il a noie un certain nombre
de degrés qui nous semblent douteux), bien qu'il s'appuie sur eux
pour réfuter mes résultats publiés par Aitkin, ces mensurations
permetlent cependant de reconnaître à première vue, en jetant un
coup d'oeil sur les tracés thermométriques, que, malgré leurs
imperfections, elles ne font que confirmer mes propres données
(voyez le tableau IV).
III. TYPSIUS RÉCURRENT
(Fièvre à rechutes, fièvre récurrente.)
1 . La fièvre récurrente se présente sous deux formes principales :
comme fièvre récurrente simple (le relapsing fever des Anglais) ou
comme fièvre typhoïde bilieuse, introduite d'abord dans la patho-
logie par Griesinger.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 359
La marche fébrile dans la fièvre récurrente simple est essentiel-
lement typique et se distingue par cette particularité toute spéciale
que deux, parfois trois, rarement quatre accès fébriles polyhé-
mères caractérisés par une élévation thermique excessive sont
interrompus par une apyrexie qui dure aussi plusieurs jours, de
sorte que cette maladie apparaît plus que toutes les autres comme
le modèle du type fébrile récurrent.
On peut également trouver dans la forme bilieuse typhoïde qui,
il est vrai, est beaucoup plus rare et moins exactement étudiée,
dans son évolution fébrile, une marche typique qui ressemblée la
précédente. Mais aussi bien dans les cas mortels que dans ceux
dont l'issue est heureuse, le deuxième paroxysme fébrile manque
souvent ; en outre, l'interruption apyrétique propre à la première
variété cesse d'exister ici, et le caractère particulier du type se
trouve effacé.
2. D'ordinaire, la maladie débute par des frissons avec élévation
rapide de la température. Cette dernière dépasse généralement au
deuxième jour le chiffre de 40° et même de 41°. La marche ulté-
rieure de la première période fébrile est d'abord essentiellement
continue, cependant avec quelques exacerbations qui oscillent entre
41° et 42° et peuvent se présenter à toute heure de la journée. Il
n'est pas rare de trouver même deux paroxysmes thermiques dans
un seul jour. Des rémissions réelles, c'est-à-dire des abaissements
de la température allant jusqu'à 59°, 8 ne se présentent pas pendant
la partie principale de cet accès fébrile qui dure, en général, cinq
ou sept jours, plus rarement trois ou quatre, et même de huit à
treize jours. Ce n'est que le dernier ou les deux derniers jours,
quand la durée de la marche fébrile est plus longue aussi dans les
trois et quatre derniers jours de la crise que se produit une cer-
taine tendance vers la décroissance ; cette tendance se manifeste,
tantôt par un abaissement continu et assez notable de la tempéra-
ture, tantôt par de fortes rémissions, suivies d' exacerbations moin-
dres. C'est surtout le jour avant la crise que l'on voit une rémis-
sion très- forte allant jusqu'à environ 58°; mais, ensuite, la tempé-
rature remonte plus ou moins ; le plus souvent, elle n'atteint pas
le sommet de l'exacerbation de la journée précédente, mais parfois
aussi elle la dépasse.
340 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
L'élévation thermique qui précède immédiatement la crise flotte
d'ordinaire entre 59°, 8 et 40°, 5; elle est, par conséquent, essen-
tiellement plus basse que les maxima. Ce n'est qu'exceptionnelle-
ment que la température monte immédiatement avant la déferves-
cence, et sous forme d'une perturbation critique jusqu'à la hauteur
du maximum précédent.
La chute thermique se fait très-vite avec ou sans le concours de
la transpiration, de sorte qu'en moins de douze heures et d'un seul
trait, la chaleur propre baisse de 4° à 6° (rarement de moins de
5°) et atteint d'ordinaire des degrés sous-normaux.
D'après Zorn, la fièvre n'est pas aussi élevée, quoiqu'elle soit
beaucoup plus intense dans la forme bilieuse que dans la forme sim-
ple. La colonne mercurielle monte rarement au-dessus de 41° et
oscille, le plus souvent, entre 59° et 40°, 5 ; souvent même les
parties périphériques sont fraîches au toucher, ce qui, précisé-
ment, est l'indice d'un danger imminent. Dans la forme bilieuse,
on rencontre aussi, dès le premier accès, beaucoup de cas mortels.
Dans la typhoïde bilieuse aussi, un tel abaissement rapide paraît
pouvoir terminer la fièvre; parfois, elle disparaît après un nouveau
frisson suivi de sueurs profuses. Mais ce n'est pas le cas habituel.
La marche fébrile peut prendre aussitôt une tournure fatale, ou
bien passer lentement à la défervescence. Hermann fait observer
que, dans les cas où la sueur n'est pas sécrétée et où la crise est
remplacée par une lysis interrompue par de nouvelles exacerba-
tions, il faut redouter des lésions profondes ou des complications
accidentelles.
5. A la défervescence succède la période apvrétique, qui dure le
plus souvent une demi-semaine ou une semaine et demie, rarement
un ou trois jours seulement, et parfois deux semaines, deux se-
maines et demie. Mais cette période ne présente qu'exceptionnel-
lement une phase dans laquelle la température reste normale et
uniforme avec les fluctuations quotidiennes physiologiques ou de
la convalescence. Le cycle thermique est, au contraire, ordinaire-
ment interrompu par des élévations plus ou moins considé-
rables.
Dès que la température a atteint, à la fin de la défervescence, le
point le plus bas, elle remonte, dans beaucoup de cas, plus ou
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 541
moins rapidement et passe non-seulement des degrés sous-nor-
maux aux degrés normaux, mais très-habituellement jusqu'au
niveau thermique sous-fébrile ou même fébrile (58°, 5). Cette nou-
velle ascension est généralement éphémère : déjà, après quelques
heures, une demi-journée, un jour entier, la température revient
à l'état normal. Parfois, dans la journée suivante, se montre une
deuxième ascension, à la vérité plus faible, et ces fluctuations
peuvent durer de trois à cinq jours, tandis que, dans d'autres cas,
ces ascensions font complètement défaut, ou se meuvent seule-
ment dans les limites physiologiques, ou bien la température
reste encore pendant plusieurs jours au-dessous de l'état normal.
Quel que soit l'état de la température dans les premiers jours
de la période intercalaire, dite apyrétique, il se présente presque
toujours au milieu de cette période une ascension thermique
acméenne de courte durée, qui n'arrive parfois qu'à un degré, mais
qui peut atteindre 2° et 5°. Puis l'apyrexie revient très-vite et
souvent elle n'est complète qu'après cette ascension épisodique ;
d'autres fois, cependant, la température est plus normale avant
qu'après cette ascension. En général, cette courte ascension divise
l'apyrexie en deux moitiés à peu près égales, mais dont chacune
présente un caractère un peu différent.
On dit cependant que la période apyrétique n'est pas tout à fait
sans danger, et que la mort peut survenir accidentellement dans
la simple fièvre récurrente, et qu'elle n'est pas rare dans la typhoïde
bilieuse.
4. Le deuxième accès de la maladie se rencontre plus souvent
dans la forme simple que dans la forme bilieuse : dans la première,
presque toujours dans les cas favorables ; dans la seconde, d'après
Zorn, environ seulement dans la moitié des cas.
Le début du deuxième accès arrive plus ou moins promptement,
précédé parfois par une légère ascension. Puis, l'élévation se con-
tinue avec rapidité, et la température parvient à une première
cime d'exacerbation, tantôt en quelques heures déjà, tantôt seule-
ment après vingt-quatre heures. Cette cime est d'ordinaire de
40° à 41°; elle reste, cependant, presque toujours au-dessous du
maximum de la seconde période fébrile.
La durée de cette seconde période est d'ordinaire de trois à
342 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
quatre jours. La marche thermique dans cette période suit, le plus
souvent, un trajet ascendant avec des rémissions plus ou moins
profondes ; parfois, c'est une température continue ascendante,
plus rarement une vraie intermittente avec type tertiaire ou au-
tre, avec deux ou quatre accès ; rarement aussi, la marche ther-
mique présente une seule élévation acméenne de courte durée.
Les cimes deviennent d'ordinaire progressivement plus hautes;
le plus souvent, il n'y en a qu'une par jour, quelquefois deux ;
la dernière de ces cimes représente habituellement les maxima de
la seconde période fébrile, qui est habituellement un peu plus
considérable que celle de la première. Elle est rarement au-des-
sous de 41° ; le plus souvent, elle varie entre 41%4 et 41°; sou-
vent même elle s'élève plus haut (dans deux de mes observations,
elle montait jusqu'à 42°, 2) ; elle peut donc atteindre, en général,
la température la plus élevée que l'on rencontre dans toute mala-
die dont la terminaison n'est pas mortelle.
Les abaissements intercurrents sont parfois insignifiants ; dans
la plupart des cas cependant, une ou plusieurs (le plus souvent, la
première ou la dernière) sont considérables, de sorte que, pour
quelques heures, la température peut tomber de 2°, 5° et plus.
Mais, aussitôt après elle remonte et dépasse promptement le point
d'élévation d'où elle était antérieurement retombée. Ce n'est que
dans la forme intermittente que les basses températures incidentes
se maintiennent pendant plus longtemps, tandis que les paroxys-
mes montent plus haut que dans la fièvre intermittente paludéenne
ordinaire. La dernière cime qui, en même temps, est la plus éle-
vée est assez souvent atteinte dans les premières heures de la ma-
tinée. Aussitôt après commence la défervescence avec ou sans tran-
spiration caractérisée par une chute subite et ininterrompue de la
température, c'est-à-dire de 4° à 7°, dans le cours d'une demi-
journée, rarement de moins de 5° |, et souvent, allant à des de-
grés sous-normaux qui sont atteints sans qu'il y ait de collapsus.
Vers la fin de cet abaissement se présentent encore de petites fluc-
tuations isolées.
Avec cette seconde défervescence qui présente une chute ther-
mique, comme il ne s'en produit dans aucune autre affection, cette
maladie est habituellement achevée. Çà et là se présentent encore
quelques fluctuations insignifiantes allant jusqu'au-dessous de
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 543
l'état normal ; mais, le plus souvent, la convalescence est défini-
tive. Parfois, une terminaison funeste peut encore se produire après
la défervescence.
Après une seconde et courte apyrexie, se manifeste parfois un
troisième accès qui peut même être suivi d'un quatrième. Mais ces
accès ultérieurs font le plus souvent défaut ; ils sont déjà très-
rares dans la fièvre récurrente simple et plus rares encore dans la
forme bilieuse. S'ils se présentent, ils revêtent les mêmes carac-
tères que les deux premiers. Ils sont cependant, le plus souvent,
moins violents que ceux-ci, la température y est moins élevée;
néanmoins, ils peuvent avoir une terminaison funeste. Dans les
cas heureux, le troisième accès dure deux ou quatre jours, rare-
ment plus longtemps ; la défervescence est rapide. Mais la chute
est moins profonde à cause de la moindre élévation fébrile : elle
n'est que de 1°,6 à 5° environ.
5. La mort peut survenir dans des conditions diverses : tantôt
dans un accès fébrile des plus intenses, tantôt dans le collapsus le
plus complet ou bien avec un cortège de phénomènes variés. Nous
manquons encore à cet égard de données thermométriques. Dans
le seul cas mortel que j'ai observé, j'ai remarqué une période am-
phibole de la durée d'une semaine avec une élévation ultime allant
jusqu'à 41°, 4.
Consultez : Hermann, De la fièvre dans le typhus récurrent
(Petersburger Zeitschrift, t. VIII, p. 14).
Zorn(J&id.,t. IX, p. 16).
Wunderlich (Arch. fur Hellkunde, 1869, t. X, p. 514).
Wyss et Bock (Studien ùber febris recurrens, 1869), etc. —
Voyez les tracés de la fièvre récurrente, tableau IV.
IV VARIOLE
1 . Dans la variole, la fièvre présente deux types différents qui
cependant se ressemblent au début de la maladie.
Les deux types correspondent aux deux modalités principales
de la variole : une forme continue de courte durée qui appartient
à la forme légère de la maladie : la varioloïde, telle qu'elle se
montre de préférence chez les individus vaccinés ; et un type ré-
544 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
mittent qui est caractéristique de la forme complète avec lièvre de
suppuration : la variole vraie. Celle-ci se présente surtout chez les
individus non vaccinés, mais elle peut exceptionnellement affec-
ter des personnes vaccinées.
La marche de la fièvre ne distingue pas, il est vrai, la variole
des autres maladies ; notamment dans la période initiale et dans
la fièvre de la varioloïde, la température peut suivre une marche
qui se retrouve aussi dans d'autres affections, notamment dans la
pneumonie.
En revanche, au moment de l'éruption, la fièvre présente des
particularités telles, que, jointes à l'exanthème, même pendant
que celui-ci ne présente pas encore de type caractéristique, elles
peuvent rendre le diagnostic complètement sûr.
Dans le stade initial, la marche de la fièvre ne permet pas de
distinguer la varioloïde de la variole. Mais, dès que l'exanthème
se développe, l'état thermique n'est pas seulement le critère le
plus certain, mais aussi le seul positif pour différencier la vario-
loïde d'avec la variole. Non-seulement l'apparition d'une deuxième
lièvre plus ou moins développée (fièvre secondaire ou de suppura-
tion) est le moyen le plus sur de distinguer les deux formes, mais îe
mode de défervescence de la fièvre d'éruption fournit un indice
presque infaillible de la marche ultérieure à laquelle on doit
s'attendre.
Quant à l'intensité de la maladie, la température dans la pé-
riode initiale n'a aucune signification à cet égard. Ce n'est
qu'après l'éruption que l'état thermique peut fournir des indica-
tions précises.
Les complications survenant après le commencement de l'érup-
tion sont reconnues, le plus souvent, par la marche de la tempé-
rature.
2. La période initiale est commune aux deux variétés.
La température atteint, dès le premier ou le deuxième jour de
la maladie, une élévation considérable (40° ou à peu près, parfois
même au delà), soit qu'elle y arrive d'un trait avec une extrême
rapidité (dans ce dernier cas, le plus souvent accompagnée de
frisson), soit qu'elle monte plus lentement avec une rémission
matinale après l'ascension de la seconde soirée.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 545
Chez des individus déjà malades (par exemple, chez les phthi-
siques), l'ascension peut être plus lente et plus faible.
La température peut avoir atteint, dès le deuxième jour, son
maximum ou bien monter encore un peu le troisième et même le
quatrième jour, avec des rémissions très-insignifiantes dans la
matinée.
Le maximum de la période initiale (fièvre prodromique) n'est
qu'exceptionnellement au-dessous de 40°. Le plus souvent, il est
un peu supérieur parfois il va même jusqu'à 41° et quelques
dixièmes en sus.
Dès que la hauteur maxima est atteinte, il se produit d'abord
un léger abaissement qui, en général, ne dure qu'un seul jour.
A ce moment, on aperçoit d'ordinaire les premières traces de
l'éruption sous forme de taches rouges.
Cette période dure de deux à cinq jours ; le diagnostic différen-
tiel, d'après la marche thermique avec un typhus exanthématiquc,
une fièvre récurrente ou une fièvre pneumonique qui ne présente
pas encore des symptômes locaux n'est pas possible pendant cette
période ; les autres symptômes ne permettent pas non plus de se
prononcer avec sûreté. Mais, d'un côté, l'hypothèse d'une pneu-
monie devient d'autant plus invraisemblable que la fièvre violente
persiste plus longtemps sans que des symptômes locaux se soient
produits ; d'un autre côté, l'existence de la variole devient très-
douteuse quand le cinquième jour de la maladie est franchi sans
qu'il y ait eu d'éruption.
5. Bientôt après que les boutons varioliques se sont développés,
la température tombe plus ou moins rapidement. Cette déferves-
cence commence, dans des cas rares, dès le deuxième ou le troi-
sième jour de la maladie, le plus souvent, le quatrième ou sixième.
La décroissance peut ne durer que vingt-quatre heures ou même
moins et, dans ces cas, elle est continue ; ou bien dure deux ou
même trois jours et alors, elle est fréquemment discontinue, c'est-
à-dire interrompue par une élévation vespérale légère.
Dans les cas de varioloïde sans complications, la température,
dans cette période de défervescence , atteint rapidement l'état
normal ou le dépasse même un peu; à partir de ce point, elle
reste normale ou au moins approximativement normale, à moins
546 DE LÀ TEMPERATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
qu'une complication intercurrente ne détermine une nouvelle élé-
vation, ce qui, d'ailleurs, est assez rare.
11 n'y a que dans !e cas où les pustules de la varioloïde sont
très-abondantes qu'il se produit parfois à l'époque de la dessicca-
tion, une élévation thermique modérée à peine fébrile, et, en tout
cas, de très-courte durée ; il est rare que cette élévation soit posi-
tivement fébrile.
Cette espèce de décroissance caractérise essentiellement la va-
rioloïde, surtout si l'on considère que la défervescence n'attend
pas le plein développement de l'éruption, mais qu'elle a lieu peu
de temps après son début, au moment où les taches commencent
à se montrer sur la peau. Si les choses se passent de la sorte et si
la température commence à baisser à mesure que se développe
l'éruption, on peut en toute assurance opter pour la varioloïde, à
supposer que le diagnostic fût encore resté douteux et qu'on ait
hésité entre une variole, une rougeole, un typhus exanthéma-
tique.
De même, on peut être complètement sûr que, si dans cette dé-
fervescence, la température normale est très-rapidement atteinte, il
s'agit bien d'une variole modérée : d'une varioloïde et non d'une
variole complète, dite variole vraie.
4. Dans la variole vraie, la température tend à l'abaissement
après la période prodromique ou bien ne revient pas du tout à
l'état normal, se maintient parfois d'abord à un degré sous-fé-
brile, souvent à un degré hyperpyrétique, y persiste avec ou
sans fluctuations quotidiennes pendant plusieurs jours et ne re-
vient à l'état normal que très-lentement et après une déferves
cence lytique.
Avec la poussée nouvelle de congestion cutanée qui est le pré-
lude de la suppuration, la température commence à remonter.
Cette deuxième fièvre, la fièvre secondaire ou de suppuration
est de durée indéterminée, variable suivant l'intensité delà mala-
die ; en même temps, son élévation et sa marche sont en rapport
avec l'intensité de la maladie.
Dans les varioles modérées, la température ne monte souvent
qu'à 59°, rarement à 40° et au-dessus ; elle offre des rémissions
matinales, et sa durée est le plus souvent de peu de jours.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 547
Dans la variole grave, la température est, en général, plus éle-
vée ; sa marche, tantôt rémittente avec des exacerbations très-con-
sidérables, tantôt continue avec des ascensions isolées et acciden-
telles. C'est l'indice d'un grand danger quand, dans la fièvre
secondaire, la température monte à plusieurs reprises au-dessus
de 40°. Dans les cas graves non mortels, la durée de la fièvre de
suppuration est rarement au-dessous d'une semaine.
Dans les cas favorables, la fièvre passe graduellement à l'apy-
rexie. Parfois, il se présente, à l'époque de la dessiccation, une
nouvelle et courte ascension, ou bien la fièvre persiste jusqu'à la
dessiccation et même au delà.
Dans les cas mortels, les températures peuvent passer assez rapi-
dement d'un degré modéré aune élévation très-considérable et la
mort arriver à 42° et au-dessus, bien qu'elle puisse aussi survenir
pendant la suppuration sans augmentation thermique appréciable.
Simon (Charité Annalen, t. XIII, Bd. 5) a publié des cas où la
température s'était élevée à 45°, 75 et 44°, 5. (11 est vrai qu'elle
n'avait été mesurée qu'après la mort.)
5. Des complications sérieuses peuvent déterminer des incidents
et des irrégularités qui n'ont cependant rien de caractéristique en
ce qui touche la variole elle-même.
Comparez mon travail (1858. Archiv fur Phijsioloy. der Heil-
famde,N. F.,t. II, p. 18).
En outre, le mémoire de Léo sur une épidémie de variole obser-
vée dans mon service (1864. Archiv der Heilkunde, t. V, p. 481).
Frôlich (1867. Ibid., t. VIII, p. 420).
Kôrber (Petersb. Zeitschrift, t. XIII, p. 505).
Pour les tracés thermiques de la variole, voyez le tableau IV.
V. ROUGEOLE
1. La rougeole présente une fièvre assez rigoureusement typi-
que, précédant l'exanthème, et l'accompagnant jusque dans son
plus complet développement.
Mais, comme cette maladie est sujette à des irrégularités extrê-
mement nombreuses, qui sont surtout marquées dans certaines
548 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
épidémies, on doit s'attendre à ce que la marche thermique pré-
sente elle-même beaucoup d'écarts.
Comme, en outre, la rougeole constitue de préférence une ma-
ladie de l'enfance, et qu'à cet âge, la température est plus facile-
ment accessible aux influences accidentelles qu'à toute autre pé-
riode de la vie, on conçoit aisément que, souvent, ,on rencontre
des cas présentant une aberration plus ou moins accusée du type
thermique qui se montre après l'action régulière du contage mor-
billeux sur des individus auparavant bien portants et dispos, ni
trop irritables, ni trop sensibles.
Le début de la fièvre morbilleuse offre déjà bien des côtés ca-
ractéristiques, de même que l'élévation maxima qui s'y produit.
Mais c'est surtout le mode et le temps de la décroissance fébrile
qui offrent des caractères particuliers dans cette maladie et qui
la distinguent très-nettement des autres formes morbides aiguës
exantbématiques.
Même dans les formes irrégulières, on peut encore le plus sou-
vent reconnaître ce type de défcrvescence avec des traits plus ou
moins marqués, et, d'un autre côté, l'accord incomplet de la dé-
croissance thermique avec le type, l'irrégularité de la défcrves-
cence, dans les cas isolés, constituent un point important pour
le pronostic, et dénotent la présence d'une anomalie.
2. Avant la période fébrile propre, pendant le stade d'incuba-
tion, c'est-à-dire dans un temps où les manifestations morbides
ne sont pas ordinairement accessibles à nos moyens d'investiga-
tion, quoique l'infection se soit déjà produite, dans ce stade se
présente, selon Thomas, une courte fièvre analogue à la fièvre
éphémère ou synoque, dans laquelle le maximum thermique os-
cille entre 58°, 8 et 59°, 8, suivie d'une apyrexie complète de plu-
sieurs jours.
Des élévations moindres (allant tout au plus jusqu'à 58°, 3) se
rencontrent encore plus fréquemment à un moment quelconque du
stade d'incubation, et elles peuvent même se répéter pendant plu-
sieurs jours consécutifs. Dans l'intervalle de ces élévations éphé-
mères, la température est normale ou même sous-normale.
5. Les phénomènes les plus importants et les plus connexes dé-
DE LA. TEMPERATURE DA^S LES DIFFERENTES MALADIES. 549
butent par une augmentation thermique rapide plus ou moins con-
sidérable (fièvre initiale), qui s'achève en douze ou vingt-quatre
heures et qui atteint le soir, dans la grande majorité des cas, une
élévation de 59°, 1 à 40°; beaucoup plus rarement, on observe, en
pareils cas, une température de 58°, 1 à 59° (Thomas). Mais, dans
cette première élévation, la température n'atteint que très-exeep-
tionnellement le maximum de toute la fièvre morbilleuse. Par con-
tre, la hauteur de cette élévation initiale permet de prévoir, avec
grande probabilité, celle du maxima thermique qui se présente
plus tard, puisque celle-ci dépasse d'habitude en moyenne de 0°,8
à 1° l'élévation de l'accroissement initial, et il ne se présente de
grand excédant que quand la hauteur de cette dernière est très-
considérable.
L'élévation thermique initiale est presque toujours suivie d'une
rémission dès le lendemain soir, de sorte que, dans la matinée, on
ne trouve plus qu'une température normale accrue de quelques
dixièmes, allant rarement au-dessus de 58°, et cela presque
seulement dans les cas très-graves ou anormaux. Tantôt cet abais-
sement thermique ne se maintient que pendant quelques heures,
tantôt pendant une journée entière (pendant la soirée et le lende-
main matin).
La fièvre initiale présente une augmentation et une diminution
si rapides qu'on pourrait la prendre pour un accès de fièvre inter-
mittente, si la température ne restait pas un peu trop basse pour
un cas semblable. En revanche, la confusion avec une fièvre éphé-
mère est très-possible, et si la température normale suivante ne
se maintient pas un peu plus longtemps, on sera tenté d'admet-
tre que la maladie est déjà terminée. Mais, la persistance des au-
tres symptômes (notamment des phénomènes du côté des yeux et
des organes respiratoires) fera reconnaître, dans la plupart des
cas, que la maladie est encore en voie d'évolution.
4. La fièvre d'éruption commence par une nouvelle ascension
qui, jusqu'au complet développement de l'exanthème, ne présente
aucun retour vers la température normale, ou bien offre des rémis-
sions de très-courte durée.
Dans la plupart des cas, cette fièvre morbilleuse se décompose
en deux parties : un stade modérément fébrile et le fastigium.
5ô0 DR LA. TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
1° Le stade modérément fébrile dure, d'ordinaire, de trente-six
à quarante-huit heures, rarement moins, et se compose d'une ou
deux exacerbations légères (58° à 59°) qui n'atteignent habi-
tuellement pas l'élévation de la fièvre initiale. Dans le cas où il y
a deux exacerbations, la deuxième est plus importante que la pre-
mière, et la rémission matinale qui les sépare descend ordinaire-
ment moins qu'après la fièvre initiale ; mais ici la température nor-
male est encore une fois atteinte.
2° La période de fastigium est caractérisée par une élévation
thermique considérable et persistante; et, déplus, la température
normale ou modérée des jours précédents est définitivement fran-
chie (Thomas). Cette période commence tantôt le matin, tantôt le
soir. Dans le premier de ces deux cas, la température monte
encore davantage dans la soirée, puis apparaît le lendemain une
petite rémission, ou même il n'y a pas de changement; l'élévation
maxima est atteinte dans la deuxième soirée. Si l'élévation du
fasligium commence le soir, la rémission du lendemain matin est
toujours très-peu considérable, ou n'existe même pas.
On peut cependant rencontrer des rémissions considérables
dans le fastigium, mais cela arrive très-rarement.
La température maxima du fastigium, et par conséquent de
toute la maladie, correspond dans les cas normaux au moment
où l'exanthème arrive à l'apogée de son développement et de son
extension. Mais ce fait est soumis à bien des exceptions; en ce sens
que déjà peu après la première éruption de l'exanthème, c'est-à-
dire entre son début et son développement extrême, la tempéra-
ture atteint son maximum et qu'au moment de la complète exten-
sion de l'exanthème, elle est déjà un peu retombée. Mais, presque
toujours, le maximum thermique est plus près de l'apogée de
l'exanthème que du commencement de l'éruption. Si le maximum
thermique est franchi pendant que l'exanthème va encore en aug-
mentant, la décroissance de la température est toujours, jusqu'au
moment du plus complet développement de l'éruption, très-peu
considérable. En outre, il n'est pas improbable que des complica-
tions puissent contribuer à hâter l'arrivée de l'acmé thermique.
Le maximum de la température tombe d'ordinaire dans les heu-
res vespérales ; s'il se montre au contraire dans la matinée,
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 551
l'abaissement du soir est très-faible, et il semble arbitraire de le
mettre déjà sur le compte de la défervescence.
La durée entière du fastigium est de un jour et demi à deux
jours et demi, et la fièvre d'éruption, au total, par conséquent, de
trois à quatre jours et demi. Des complications peuvent cependant
en prolonger le cours .
5. La défervescence positive commence d'ordinaire dans la nuit
et suit, le plus souvent, une marche rapide dans les cas réguliers ;
tantôt la température atteint, dès le lendemain matin, l'état nor-
mal et le dépasse même ; tantôt l'abaissement est moins complet
dans la nuit, se continue faiblement dans le courant de la journée,
remonte encore le soir et n'arrive à la norme que le lendemain
matin. Dans les cas réguliers et simples, le taux physiologique
est atteint au moins le surlendemain et se maintient à partir de
cette date. Tout au plus si, une ou deux fois encore, il se produit
une petite élévation vespérale à des degrés sous-fébriles.
La marche de la défervescence peut être retardée par une bron-
chite intense ou par des complications. De même, la marche de la
défervescence peut être anormale dans les cas où la rougeole a,
dès le début, suivi un cours irrégulier. Il ne faut pas négliger non
plus celte circonstance que, chez les petits enfants, des dérange-
ments insignifiants peuvent déterminer une ascension thermique.
Parfois, la recrudescence de la fièvre est produite par une pous-
sée exanthématique nouvelle. Dans ces conditions, la température
peut s'approcher du maximum primitif; cependant, cette ascen-
sion n'est que de très-courte durée, s'il ne s'y ajoute aucune com-
plication nouvelle.
6. Les complications qui surviennent dans la rougeole' peuvent
amener des modifications dans le cycle thermique, mais, dans ces
cas, celui-ci n'est plus déterminé par la rougeole elle-même, mais
bien par la nature de l'affection intercurrente. Ce n'est guère
que si la complication précède, l'exanthème qu'il se développe,
habituellement pendant l'éruption et immédiatement après, une
seconde ascension thermique, sans doute amenée par l'exan-
thème.
La terminaison fatale dans la rougeole dépendant sans doute tou-
352 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
jours de complications, la température, elle aussi, dépend, en
pareils cas, de la nature de la complication.
Consultez, au sujet du type fébrile dans la rougeole, mon tra-
vail : Sur le cours normal de la température dans quelques formes
morbides typiques :
Wunderlich (1858. Archiv fur Physiologie der Heilkunde,
Bd. Il, p 14).
Siegel, Observations sur la rougeole (Archiv der Heilkunde,
t. II, p. 521).
Ziemssen etl(rabler(1863. Greisfwalder Beitràge, 1. 1).
Wunderlich, Réflexions personnelles (1865. Archiv der Heil-
kunde, t. IV, p. 551).
Pfeilsticker (Beitr.zur Pathologie der Maseru, 1863).
Monti (Jahrb. fur Kinderheilk., t. VII, p. c21).
Thomas (1867. Archiv der Heilkunde, t. VIII, p. 585).
Pour les courbes thermiques de la rougeole, voyez le tableau V.
VI. SCARLATINE
1 . La scarlatine est une maladie d'un type incomparablement
moins régulier que celui des affections traitées précédemment. Ce-
pendant, ce sont précisément les caractères thermiques qui, même
dans des cas différents sous d'autres rapports, présentent les plus
grandes analogies, et les exceptions à cette règle semblent, à cet
égard, être les cas les moins nombreux.
Les formes les plus bénignes sont assez fréquentes; elles sont
parfois, notamment au début, tellement insignifiantes en appa-
rence, qu'elles ne semblent même pas mériter l'attention. Mais
une pareille négligence de la part du médecin peut souvent en-
traîner les plus graves conséquences.
Parmi ces cas d'une trompeuse bénignité s'en trouve-t-il dans
lesquels la température n'est pas du tout ou seulement très-peu
altérée ? Je ne saurais le dire, d'après ma propre expérience, n'ayant
jamais pu observer le début de la maladie dans les cas tout à fait
légers. Cependant Thomas, dit récemment (1870. Archiv der
Heilkunde, Heft II) avoir observé des cas où il n'y avait pas de
température fébrile dans la première période, c'est-à-dire avant
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 353
l'éruption ou à son début. Moi aussi, d'ailleurs, je connais des cas
où les parents m'ont positivement assuré que la rougeur très-mo-
dérée, suivie plus tard de desquamation et même d'une grave ma-
ladie rénale, était apparue d'abord sans aucune irrégularité dans
l'état général. Souvent l'état fébrile est caractéristique même quand
l'infection scarlatineuse n'est suivie que d'une manifestation rudi-
mentaire ou même d'une angine sans exanthème.
'5'
2. Dans tous les cas un peu intenses de scarlatine, nous trou-
vons, soit comme phénomène unique ou bien accompagné de quel-
ques autres symptômes, ou même parfois n'apparaissant que quel-
ques heures après tous les autres, une élévation thermique rapide
et continue faisant monter la température à une hauteur con-
sidérable (59°, 5 à 40°, 5) dans l'espace de quelques heures, sou-
vent avec des frissons plus ou moins intenses.
Parfois, aussitôt après cette première ascension, ou, ce qui ar-
rive encore plus fréquemment, le lendemain, l'exanthème com-
mence à apparaître. Dans le cas où celui-ci est tardif, la tempéra-
ture continue de monter lentement après la première et forte
ascension, sans rémissions propres, tout au plus avec quelques re-
culs matinaux tout à fait insignifiants. La température se main-
tient d'ailleurs habituellement à de hauts degrés, ou continue de
s'élever jusqu'à ce que l'exanthème ait atteint son maximum et
se soit répandu sur tout le corps, même lorsqu'il commence déjà
à pâlir sur les parties primitivement attaquées.
La durée de cette ascension varie beaucoup : elle peut n'être que
de douze heures ou se continuer pendant quatre jours.
L'élévation à laquelle la température arrive en dernier lieu,
est presque toujours au-dessus de 40°, fréquemment au-dessus
de 40°, 5, mais rarement au delàde41° dans les cas dont la termi-
naison est favorable.
En général, l'élévation thermique offre un certain parallélisme
avec l'intensité de l'exanthème ; cependant il y a aussi des cas où
l'exanthème est à peine prononcé et même nul, tandis que la tem-
pérature est très-élevée ; par contre, il est rare de trouver des
scarlatines très-confluentes accompagnées d'une lièvre modérée.
Lorsque l'ascension thermique est continue ou quand la durée
du stade d'éruption est prolongée, le maintien de la température
23
S54 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES,
à une hauteur à peu près uniforme n'est qu'exceptionnellement in-
terrompu par un abaissement isolé, abstraction faite toujours des
rémissions matinales insignifiantes et assez souvent nulles ; c'est
ce qui arrive le plus souvent quand l'éruption se fait par poussées
successives.
Avant que l'éruption ait atteint au moins la majeure partie de
son développement, il n'y a généralement pas de ralentissement
définitif de la température.
L'ascension thermique, au commencement de la maladie, d'un
côté, et son maintien continu à des degrés élevés sans rémission
proprement dite, d'autre part, est commune, il est vrai, à la scar-
latine et à bien d'autres maladies, et les seuls signes tirés de la
température ne permettent donc pas de poser le diagnostic. Mais
c'est cependant par le côté thermique que la scarlatine se distin-
gue très-bien des affections avec lesquelles elle pourrait, pour
d'autres raisons, être le plus facilement confondue. Ce sont sur-
tout la rougeole et la rubéole, et, dans les cas où l'exanthème
n'est pas visible : la fièvre typhoïde, la diphthérite, l'angine simple
et la néphrite parenchymateuse aiguë.
o. Après que le maximum de l'éruption a été franchi commence
la défervescence.
Sa marche n'est pas uniforme.
Dans lescas où l'élévation de la température est modérée, il
peut se faire, bien que ce soit seulement par exception, que la tem-
pérature tombe rapidement et revienne à l'état normal dans l'es-
pace d'une demi-journée.
Dans la grande majorité des cas, la défervescence se fait d'une
façon traînante et n'est complète qu'en trois ou huit jours. Voici
la marche qu'elle suit d'ordinaire : de jour en jour, la température
devient plus basse et descend par saccades, par degrés ou bien
entrecoupée de faibles rémissions. L'abaissement se produit sur-
tout la nuit, tandis que du matin au soir l'état thermique reste le
môme à moins que la température ne continue de descendre jus-
qu'à ce que l'état normal soit atteint. Parfois, la décroissance est
interrompue dans la soirée par de petites élévations ne dépassant
pas quelques dixièmes; dans ces cas-là, l'abaissement nocturne est
un peu plus considérable. Mais il est très rare de voir une défer-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENT l'S MALADIES. 355
vescence rémittente offrir la moindre ressemblance avec celle qui
est particulière au typhus abdominal.
Quand la défervescence est considérablement retardée, la dé-
croissance est assez faible le premier jour, et souvent le deuxième
et le troisième ; c'est alors seulement que l'abaissement se fait
avec un peu plus de rapidité.
Des complications intercurrentes peuvent arrêter encore davan-
tage la défervescence ou même amener de nouvelles ascensions
thermiques.
La température descend fréquemment au-dessous de l'état nor-
mal; avant d'avoir définitivement repris son équilibre, elle se com-
plique aussi parfois ultérieurement de phénomènes de collapsus.
La température sous-normale descend cependant rarement au-des-
sous de 56° ; mais elle se maintient souvent à cette limite pendant
plusieurs jours.
Cette forme de la défervescence caractérise la scarlatine avec
beaucoup de précision, quoiqu'elle ne se présente pas dans tous
les cas. Il est certain qu'elle n'est dans aucun autre genre de
maladie aussi habituelle que dans celle-là. On la rencontre acci-
dentellement dans le typhus exanthématique et dans les pneu-
monies catarrhales.
4. Il n'est pas rare d'observer dans la scarlatine des anomalies
dans la marche thermique.
Parfois, la température reste dès le début à un niveau assez bas,
ce qui n'exclut pas le danger et ne garantit nullement une termi-
naison favorable ; celle-ci, au contraire, est souvent entravée par
des accidents ayant peu d'influence sur la température (et que,
partant, l'état thermique ne peut pas faire prévoir), tels que la
diphthérite, le croup, la néphrite, l'irritation cérébrale, la paroti-
dite, etc.
La marche régressive de la température peut être interrompue
çà et là par de nouvelles ascensions variables d'amplitude et de du-
rée. Souvent, on peut attribuer à bon droit ces recrudescences
thermiques à des complications; mais, parfois aussi elles survien-
nent spontanément. En tout cas, elles retardent la guérison.
Le cycle thermique présente aussi des particularités quand la
maladie revêt un caractère typhoïde, quand il se présente des trou-
556 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
blés cérébraux persistants, de la diarrhée, du météorisme, un
gonflement de la rate plus considérable qu'à l'ordinaire ; en pareils
cas, la maladie peut se prolonger jusqu'à deux ou plusieurs se-
maines après que l'exanthème a déjà pâli ; la fièvre est plus ou
moins intense, sous-continue ou rémittente; mais, en général, elle
suit une marche descendante.
5. Dans la période de convalescence, la température reste nor-
male, tant que la convalescence elle-même n'est pas troublée par
des complications ou par quelques maladies nouvelles, ou bien
aussi par une seconde éruption. La persistance de l'état normal
offre donc une assez forte garantie en faveur de l'absence d'autres
troubles; au contraire, le retour à de nouvelles élévations peut
être regardée comme un signe avant-coureur et doit engager à
faire une exploration minutieuse et à exercer une surveillance ac-
tive. Si un trouble accidentel quelconque cause une élévation ther-
mique dans le cours de la convalescence, la scarlatine, que le ma-
lade vient de traverser, n'exerce plus d'influence sur l'évolution
ultérieure de la marche thermique.
6. Dans les cas mortels, l'état thermique varie suivant la
période dans laquelle survient l'issue funeste et suivant la condi-
tion pathologique qui l'a causée.
Si le malade vient à succomber pendant la période d'éruption,
la température peut atteindre des degrés très-considérables, mais,
dans ce cas aussi, elle peut s'abaisser notablement pendant
l'agonie.
Si la mort survient après que l'éruption est arrivée à son com-
plet développement et que la température a commencé à dimi-
nuer, l'issue léthale est le plus souvent déjà annoncée par des irré-
gularités antérieures. Sous beaucoup de rapports, c'est de la
nature du processus qui produit le résultat fatal que dépendent,
soif les élévations, soit les abaissements thermiques ultimes, ainsi
que les degrés qu'ils peuvent atteindre.
Il se présente aussi des cas dans lesquels la température monte
immédiatement avant la mort à des hauteurs énormes, subitement
et sans motifs appréciables. (Dans une de mes observations, elle
s'était élevée jusqu'à 45°, 5.)
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 357
Comparez, à propos de l'état de la température dans la scarla-
tine, mon travail déjà plusieurs fois cité : Sur la marche normale
de quelques formes morbides typiques (Ueber den normal Verlauf
einiger typischeh Krankheitsformen) ; ensuite, Hùbler : Obser-
vations sur la scarlatine (Beobachlungen ûber Scharlach; thèse,
Leipzig, 1861).
Yoyez aussi les tracés thermiques de la scarlatine, planche V.
VII. ROSEOLE
1. La roséole, dont on ne peut bien connaître les particularités
qu'après l'avoir observée dans le cours d'une grande épidémie,
est tantôt complètement apyrétique, ou ne présente que des élé-
vations thermiques faibles, le plus souvent sous-fébriles, tout
au plus modérément fébriles et toujours de plus courte durée
qu'avant et après l'éruption. Si, dans quelques cas isolés, l'ascen-
sion thermique est plus considérable, cela peut être le fait de
complications intercurrentes, ou de la mobilité particulière de la
température ches les enfants.
Consultez, à ce sujet, Thomas (Jahrb. der Kinderheilkunde,
N.F.,t. II, p. 240).
2. Dans la varicelle, Thomas (Archiv der Heilhinde, t. VIII,
p. 376, et Archiv fur Dermatologie und Syphilis, t. I, p. 509) a
trouvé parfois des élévations peu considérables de la tempéra-
ture dès la période d'incubation, et, dans d'autres cas, il a con-
staté des ascensions thermiques très-insignifiantes, même dans la
période d'éruption.
Dans la plupart des cas, cependant, il a observé une élévation
comparativement, rapide et considérable dès le début de la période
éruptive aussitôt après qu'une éruption abondante avait eu lieu ;
mais cette élévation n'allait pas parfois au delà de 58° et quel-
ques dixièmes; dans des cas plus intenses, cependant, elle allait
à 58°, 5 — 40°, rarement au-dessus. Ce stade d'élévation durait de
deux à cinq jours, la fièvre était rémittente et se trouvait en cor-
rélation assez étroite avec la confluence de l'exanthème. Le maxi-
mum thermique tombe quelquefois dans la première moitié du
358 DE LÀ TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
fastigium, mais plus souvent dans sa seconde ; les rémissions
survenant après le maximum sont parfois un peu plus considé-
rables que celles qui le précèdent. La défervescence peut être
rapide et souvent complète en une seule journée.
VIII. ÉRYS1PELE
\ . L'érysipèle de la face est une forme morbide, de préférence
polytypique ; dans beaucoup de cas, cependant, elle est atypique.
Cela tient peut-être à ce que les mêmes modifications anatomi-
ques peuvent être produites par des causes très-différentes et pré-
senter diverses significations.
Les érysipèles provenant d'une cause purement locale, soit de
l'irritation de parties blessées, l'érysipèle ayant son origine dans
une disposition locale, l'érysipèle qui accompagne les troubles gas-
triques et abdominaux, l'érysipèle ambulant et à marche lente,
celui qui ressemble aux exanthèmes aigus et qui est le plus sou-
vent primitif, l'érysipèle déterminé par une infection pyémique,
l'érysipèle morveux, l'érysipèle terminal ultime qui se développe
chez les individus gravement malades ou plongés dans le marasme
et qui ne précède la mort que d'un ou de plusieurs jours. —
Toutes ces variétés appartiennent en grande partie indubitable-
ment à des maladies essentiellement différentes et qui n'ont pres-
que rien de commun en dehors de la dermatite circonscrite et
du nom même de la maladie. On conçoit, d'après cela, que la par-
ticipation de l'organisme, et, par conséquent, la marche ther-
mique, doivent être extrêmement variables.
Mais, jusqu'ici, il n'a pas été possible de rattacher avec précision
et sûreté les formes de la marche fébrile, à des espèces et à des
conditions causales déterminées.
Les érysipèles qui se produisent sur d'autres parties du corps
présentent des divergences semblables ; mais, dans ces dernières
formes, la marche entièrement atypique est plutôt la règle que
l'exception.
2. Dans la grande majorité des cas, la maladie commence,
abstraction faite des cas apyrétiques et de ceux à marche atypique,
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 359
par une élévation thermique intense et à développement rapide,
souvent compliquée de frissons intenses.
Autant qu'on en peut juger d'après le nombre relativement
peu considérable des cas où l'observation peut être prise dès le
début, la température monte en quelques heures à 40° et même
au-dessus.
Le plus souvent, on aperçoit l'inflammation cutanée de la face
dès le lendemain, bien qu'elle ne soit pas encore très-développée
à ce moment et qu'elle puisse parfois être confondue avec une sim-
ple rougeur fébrile.
11 est beaucoup plus rare que la température suive une progres-
sion plus lente, et que les degrés fébriles très-considérables ne
soient atteints que le deuxième ou le troisième jour.
5. C'est dans le fastigium que se présentent le plus de divergences.
Dans des cas assez rares, ce fastigium ne consiste qu'en une
seule acmé de très-courte durée.
Le plus souvent, l'élévation de la température se maintient
d'une façon continue ou discontinue et même croissante avec des
abaissements matinaux insignifiants, jusqu'au moment où l'in-
flammation se développe et s'étend uniformément. D'ordinaire, la
température présente alors, dans les heures vespérales, plus de
40°, mais elle peut aussi atteindre 41° à 41°, 5 et même (mais le
fait est plus rare) 42°, tandis que les rémissions matinales descen-
dent peu au-dessous de 40° et vont rarement jusqu'à 59°.
Cependant, on rencontre çà et là des cas où le fastigium affecte
une marche plutôt rémittente et même intermittente, le plus sou-
vent avec des exacerbations très-intenses.
Le maximum n'est ordinairement pas atteint à la terminaison de
cette période fébrile; mais déjà un ou deux jours avant; alors il
se produit un petit ralentissement correspondant à la moindre
intensité de l'inflammation, mais qui, cependant, est remplacé
parfois avant que la défervescence se produise, par une seconde
perturbation critique. Parfois, on rencontre tout près de la termi-
naison (du fastigium) une fausse crise dans laquelle la tempé-
rature descend jusqu'à l'état normal ou à peu près ; puis il sur-
vient une dernière élévation de courte durée, montant jusqu'à 40°
et même au-dessus.
500 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
4. Le fastigium est suivi de la défervescence qui, souvent, fait
de si rapides progrès que, dans le cours de douze heures ou dans
l'espace d'une nuit, la température descend jusqu'à l'état normal
ou à peu près. D'autres fois, notamment quand la température
précédente a été très-élevée, l'état thermique normal n'est pas
atteint dans les premières douze heures de la défervescence ; la
température remonte encore une fois dans la soirée et n'arrive à
son élévation normale que dans la nuit suivante.
Dans certains cas, la défervescence ne suit pas une marche
aussi rapide, et se présente sous une forme plutôt rémittente ;
cependant, son évolution est plus prompte que celle du typhus
abdominal. C'est ce qui arrive dans les cas où les fluctuations
quotidiennes ont déjà été plus considérables pendant le fastigium
et où l'inflammation cutanée fait encore quelques progrès dans la
période de défervescence. L'abaissement rémittent se termine par-
fois, dans ce cas, par une dernière chute plus rapide que les autres;
après quoi la défervescence arrive à son terme.
Lorsque l'éruption cutanée s'éteint en même temps que la fiè-
vre, l'état apyrétique se maintient et la convalescence vient s'y
joindre sans trouble ultérieur.
5. Les cas où le premier et fort abaissement de la tempéra-
ture conduit à la défervescence définitive ou dans lesquels l'état
apyrétique se maintient, sont, il est vrai, très-fréquents en géné-
ral. Cependant, il n'est pas rare de voir se produire, après une
courte interruption (un à six jours), une ascension nouvelle et
considérable que la température normale ait été atteinte aupara-
vant ou non. Cette ascension est accompagnée d'une nouvelle
extension de l'inflammation cutanée ou lui sert de prélude. Il peut
se faire que de pareilles rechutes de la fièvre arrivent à plusieurs
reprises; cependant, le plus souvent, elles n'atteignent pas la du-
rée du premier fastigium et disparaissent au bout d'un à deux
jours. Plus l'érysipèle contracte la forme ambulante, plus ces repri-
ses peuvent se multiplier. La fièvre ne disparaît qu'au moment
où l'érysipèle s'arrête, et celui-ci ne cesse que quand il ne se
produit plus de nouvelle ascension thermique. Cependant, on re-
marque que, quand l'affection et ses périgrinations durent plus
que le temps ordinaire, les élévations thermiques baissent gra-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 361
duellement et que, souvent, elles se transforment en ascension ves-
pérales quotidiennes et modiques.
6. En cas d'issue léthale, la mort semble se produire, le plus
souvent, à une température très-élevée ; du moins, il en était
ainsi dans les cas observés par moi (ainsi que dans ceux observés
par Eulenburg).
Consultez mes publications antérieures sur la marche régulière
des maladies typiques (Ueber der normal Verlauf typischer Kran-
keiten, p. 15).
Blass, Observations d'érysipèle (Beobachtungen der Erysipelas.
Leipzig, thèse, 1863).
Eulenburg, Sur les modifications ante et post mortem de la
température dans Uérysipèle (Ueber prœmortale und postmortale
der Eigenivànne bei Erysipelas. Mémoire original dans le Cen-
tralblatt, 1866, p. 65).
Ponfick [Deutsche Klinik, 1867, p. 20-26).
Voyez les tracés thermiques de l'érysipèle, planche V.
IX. FIÈVRE RÉMITTENTE AVEC ÉRUPTION PME1 CTÉNULAIRE
1. J'ai décrit sous ce nom (Archiv der Heilkunde, 1864, t. V,
p. 57 et ibid., 1867, t. VIII, p. 174) un état morbide qui m'a
semblé particulier, quoi qu'il ait jusqu'ici passé inaperçu. J'en
ai relaté moi-même sept cas, un autre m'a été communiqué
par M. Ladé (de Genève). Cette maladie est caractérisée par
un exanthème particulier, tant comme forme que comme siège
et comme évolution, par un certain nombre de phénomènes ty-
phiques (surtout les symptômes nerveux, spléniques et intesti-
naux; mais ces derniers, il est vrai, sont moins marqués), par
des troubles considérables dans les organes respiratoires, et, enfin,
par la marche que suit la fièvre.
2. La fièvre, dont la marche n'avait dans aucun des cas pu être
observée avant la fin de la première semaine, était d'une grande
intensité, mais ne ressemblait à aucun des types fébriles des au-
tres exanthèmes.
562 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
Elle ne baissait pas au moment de l'éruption comme dans les
varioloïdes ; elle ne présentait pas non plus une seconde ascension
intense arrivant après coup comme dans la variole ; ni une défer-
vescence rapide accompagnant le maximum de l'exanthème comme
dans la rougeole ; ni la défervescence ralentie de la scarlatine; ni
les irrégularités que l'on constate dans les fièvres miliaires; ni
encore l'abaissement très-rapide ou accéléré indépendant de
l'exanthème, tel qu'il se présente dans la fièvre pétéchiale ; ni
enfin les descentes brusques avec tendance à des recrudescences
comme dans l'érysipèle.
Dans les premiers (deux à onze) jours qui suivaient leur entrée
à l'hôpital, j'observais chez les malades présentant le type fébrile
sus-mentionné, une fièvre rémittente très-marquée avec des exa-
cerbations vespérales de plus de 40°, et même de plus de 41°, et
avec des rémissions matinales de l°à 2° ; il y eut, dans l'un de
ces cas, le huitième jour, dans les autres, vers la fin de la deuxième
ou dans le cours de la troisième semaine, une décroissance dans
les grandes fluctuations quotidiennes, présentant une analogie avec
la période correspondante de déclin de la fièvre typhoïde; pendant
huit ou quinze jours on observait les particularités suivantes : de
jour en jour les rémissions matutinales devenaient un peu moins
basses, et, le plus souvent, les exacerbations vespérales aussi bais-
saient graduellement, jusqu'à ce que, d'abord dans la matinée,
ensuite le soir, la température redevint normale ou à peu près.
Dans quatre cas, la convalescence fut interrompue par des re-
chutes fébriles peu considérables et de courte durée. Dans ces
cas la marcbedela maladie traînait considérablement en longueur
et dans tous l'exanthème persistait pendant la plus grande partie
du temps que durait la fièvre.
Voyez, pour plus de détails, loco citato; pour la courbe thermi-
que, planche Y.
X. FÉBRICULE
4. Deux catégories morbides peuvent être rangées dans la fébri-
cule :
En premier lieu, les mouvements fébriles qui durent plus ou
moins longtemps, mais dans lesquels la température ne s'élève pas
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 565
sensiblement au-dessus des degrés sous-fébriles, même dans les
exacerbations vespérales, ou ne présente qu'isolément des ascen-
sions considérables.
En second lieu, il faut y ranger les éphémères, c'est-à-dire des
accès de fièvre qui durent seulement deux ou quelques jours et se
terminent par la guérison. Dans cette forme de la maladie, il se
présente dès le premier malaise une ascension rapide de la tempé-
rature qui, dans l'espace de quelques heures peut s'élever de 2° à
5° et plus, avec ou sans frissons.
Parfois, le maximum n'est pas atteint d'un trait et en quelques
heures, mais seulement dans le cours de vingt-quatre à trente-six
heures, interrompue par un abaissement modéré dans la matinée
qui suit le début de la maladie (éphémère prolongée). Le fas-
tigium dure quelques heures seulement, tout au plus une journée ;
pendant cet espace de temps, la chaleur propre est plus ou moins
considérable; parfois elle s'élève même à 40° et au-dessus. Aussi-
tôt après, elle est suivie d'une rapide décroissance de la tempéra-
ture qui, déjà en douze, vingt-quatre ou trente-six heures est re-
venue à l'état normal.
Quand la défervescence suit cette marche, il n'est pas extraor-
dinaire de la voir interrompue dans les heures vespérales par une
petite élévation. Il peut aussi se faire que le complet retour à
l'apyrexie soit un peu retardé et que deux ou trois jours se passent
avant que la température ne revienne définitivement à l'état normal .
2. Ces deux catégories se présentent dans des circonstances dif-
férentes à plusieurs points de vue.
L'état pathologique qui succède à un traumatisme (opérations
chirurgicales, etc.) détermine fréquemment une fébricule, dont
les conditions ont été recherchées avec soin par Billroth [Arch. fur
klinische Chirurgie, t. II).
Il est vrai qu'après un grand nombre de blessures et même des
traumatismes considérables, il peut n'y avoir aucun mouvement
fébrile.
Mais, très-souvent aussi, notamment dans la plupart des bles-
sures graves, on observe une élévation thermique dans les jour-
nées qui suivent immédiatement l'accident (fièvre traumatique,
Wundfieber) .
304 DE LÀ TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
La fièvre qui, d'ordinaire, se produit dès les premières vingt-
quatre heures après la blessure, présente une rapide ascension de
la température, de sorte que le maximum thermique est atteint
dans la plupart des cas, dès le premier ou le deuxième jour, le
plus souvent, entre le troisième et le sixième jour.
L'ascension se fait, d'ordinaire, d'une façon continue; seule-
ment, dans le cas où le maximum thermique est tardif, l'ascension
est interrompue par des rémissions matinales.
L'acmé se montre généralement dans la soirée, par exception
seulement le matin, et l'heure du jour dans laquelle la blessure a
été reçue n'exerce aucune influence à cet égard.
Dans la grande majorité des cas, le maximum reste au-dessous
de 40°, assez fréquemment au-dessous de 59° ; c'est par exception
seulement que la température monte à 40°, 5 et au-dessus.
Il est de plus favorable augure qu'un maximum considérable
soit atteint dès les deux premiers jours, que si la température n'a-
vait été, au début, que modérément fébrile, pour monter tout d'un
coup plus tard ; dans ce dernier cas, on doit soupçonner l'exis-
tence d'une inflammation accidentelle ou de la pyémie.
La hauteur à laquelle s'élève la tempérai ure n'a aucun rapport
avec la durée de l'élévation complète.
La température ne reste dans la grande majorité des cas que
quelques heures par jour dans le voisinage des points culminants
du maximum.
Parfois, il se forme pendant deux soirées des cimes exacerbatri-
ces d'une élévation à peu près égale, et entre les deux se place
une rémission matinale.
Toute durée prolongée d'une élévation thermique considérable
ou bien le fréquent retour de fortes exacerbations permettent de
supposer une inflammation interne, une complication ou le début
de la pyémie.
La défervescence commence souvent dès le premier jour de la
fièvre, plus souvent, le deuxième, assez fréquemment encore le
troisième et le quatrième, rarement le cinquième ou seulement le
septième jour.
Elle est tantôt rapide, tantôt traînante; dans ce dernier cas,
elle est accompagnée d'élévations vespérales. Ces deux conditions
paraissent se présenter avec une égale fréquence. Jamais la
DE LA. TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 565
température ne descend pendant la défervescence au-dessous de
l'état normal.
L'âge, la constitution, etc., ne semblent pas exercer d'influence
sur le moment où se produit l'ascension thermique ni sur la
marche de la fièvre traumatique.
Si la blessure a entraîné une abondante hémorrhagie, il se pré
sente souvent d'abord un abaissement thermique, tantôt insigni
fiant, tantôt considérable. Cet abaissement n'est que passager; la
fièvre traumatique n'est pas pour cela empêchée. Au contraire, elle
suit l'abaissement après quelques heures déjà et peut devenir
aussi intense que dans les cas où il n'y a pas de perte considérable
de sang.
Quand la blessure a été précédée par une fièvre chronique, la
fièvre traumatique devient le plus souvent très-violente, dépasse
l'élévation ordinaire, dure plus longtemps, et est très-exposée à de
nouvelles complications.
Il en est de même quand le traumatisme a frappé des individus
atteints de maladies chroniques sans fièvre, de phthisie apyréti-
que, de maladie de Bright ou de dégénérescence amyloïde.
Toutes les élévations thermiques excessives déterminent assez
souvent, chez les blessés, d'autres complications, augmentent
les dangers de la plaie et déjouent fréquemment le succès des
opérations.
3. Assez souvent, mais non dans la majorité des cas, les blessés
sont repris de fièvre après le quatrième jour, c'est la fièvre secon-
daire (Nachfieber).
L'intensité et la durée de la fièvre traumatique n'ont aucune in-
fluence sur le développement de la fièvre secondaire. Cette dernière
peut même se produire dans les cas où il n'y a pas eu de fièvre
traumatique (primitive). D'un autre côté, la fièvre traumatique
prolongée ne se distingue pas toujours de la fièvre secondaire.
Parfois, on ne saurait trouver de cause spéciale à la fièvre se-
condaire ; dans ce cas, elle est habituellement légère et de courte
durée.
Mais la fièvre secondaire provient presque toujours de causes
déterminées et peut, de son côté, servir à éveiller l'attention et
à engager à rechercher des troubles qui enrayent la guérison. Ces
566 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
causes peuvent être : la rétention des produits sécrétés par la
plaie, la propagation de la phlegraasie au tissu cellulaire sous-
cutané ou intermusculaire, la constipation et la rétention d'urine,
ou le développement de nouveaux processus morbides, l'inflam-
mation des organes internes : telles sont les principales conditions
pathogéniques de la fièvre secondaire.
Cette fièvre peut se produire chaque jour à partir de la deuxième
moitié de la première semaine, jusque dans les semaines sui-
vantes, et même à la fin de la sixième inclusivement.
Les accès légers de cette fièvre se produisent d'une façon
presque insensible ; ils ne sont pas précédés de frissons et leur
durée est courte; un ou deux jours, tout au plus une semaine.
Les fièvres secondaires intenses débutent souvent par un frisson.
L'état thermique, dans les fièvres secondaires est très-variable,
par suite des conditions multiples qui les déterminent ; notons,
en outre, que ces fièvres n'ont, en somme, rien de commun entre
elles, si ce n'est qu'elles se produisent à un certain moment après
les traumatismes. Elles sont l'expression générale des troubles
multiples, légers ou graves, auxquels un blessé est exposé dans les
six premières semaines qui suivent l'accident primitif. Il est, par
conséquent, impossible qu'elles revêtent un type déterminé ; leur
seule signification pratique est la suivante : elles constituent un
des premiers symptômes indiquant que, par suite d'une prédis-
position morbide créée par le traumatisme, une influence nocive-
quelconque est venue troubler l'évolution régulière du processus
curateur.
4. Quand le travail de l'accouchement est anormal, la thermo-
métrie est capable, comme l'a démontré "Winckel, d'établir la dis-
tinction importante entre les faibles contractions de l'utérus (pre^
mières douleurs) et les douleurs dites cxpultrices.
S'il s'agit des premières douleurs utérines, l'élévation thermi-
que particulière à l'accouchement normal, ne se produit pas ; la
température est, d'ordinaire, plus basse dans ce cas, et suit la
fluctuation quotidienne physiologique.
Si ce sont, au contraire, des douleurs expultrices, quelle qu'en
soit la cause, la température s'élève d'une façon correspondante
à leur durée. Cette élévation n'est pas considérable, il est vrai, elle
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 567
ne dépasse pas facilement 1° ; cependant, elle persiste sans être
influencée par les fluctuations quotidiennes normales.
Immédiatement après l'accouchement, à la suite des tranchées
utérines, la température reste également élevée; mais si, dans
cet intervalle, aucune inflammation n'est survenue, elle retombe
dans les douze heures suivantes.
5. Pendant les couches, une température au-dessus de 58° n'est
pas encore, il est vrai, l'indice certain d'un processus pathologi-
que, mais elle, est au moins suspecte ; une température normale
chez une accouchée n'est cependant pas une garantie absolue de
la marche régulière des couches.
Chez bien des accouchées, on trouve une élévation modérée dans
les premières vingt-quatre heures après l'accouchement, une es-
pèce de fièvre traumatique légère sans lésion locale démontrable.
La température dans ce faible mouvement fébrile ne dépasse pas
58°, 5. Elle ne dure d'ordinaire qu'une seule journée.
Chez certaines accouchées, il se montre une fièvre assez forte,
parfois précédée d'un frisson. Le plus souvent, cette forme fébrile
intense se produit le deuxième ou troisième, quelquefois, le
quatrième, cinquième ou sixième jour, et coïncide, par consé-
quent, avec la turgescence croissante des seins (fièvre de lait).
Cette fièvre peut atteindre son apogée après quelques heures ou
seulement après quelques jours (de deux à cinq jours) ; arrivée à
son point culminant, la température peut, assez souvent, attein-
dre 40° ; alors elle redescend rapidement vers la défervescence, à
moins qu'il ne survienne quelque complication locale, de sorte
que, très-peu de temps après avoir commencé à décliner, la tem-
pérature a regagné son niveau normal.
A partir de ce moment, tantôt la température reste normale,
tantôt il se présente, après une apyrexie complète d'une certaine
durée, une fièvre secondaire avec des élévations allant quelquefois
jusqu'à 42° ; mais cette fièvre s'apaise dans l'espace de un à vingt-
cinq jours et disparaît sans laisser de traces.
Toutes les élévations thermiques différant des précédentes par
leur amplitude, par leur durée, dénotent une maladie grave : soit
une inflammation locale, soit une affection essentiellement constia
tutionnelle.
368 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
6. Une foule d'autres circonstances peuvent déterminer des ac-
cès fébriles éphémères.
Ainsi, ils se produisent chez des individus faibles, maladifs, chez
des enfants, des femmes, sans la moindre cause appréciable.
Souvent, ils se montrent pendant la période de forte croissance,
durant le travail de la dentition, dans l'inanition et aux époques
cataméniales.
Ils peuvent annoncer le début ou l'accroissement d'un proces-
sus morbide plus ou moins latent et torpide.
Ils servent de prélude à des lésions éphémères ; ainsi l'éruption
d'un herpès labialis isolé est souvent précédée par un violent mou-
vement fébrile.
Assez souvent aussi, ces accès éphémères se présentent isolément
dans la période d'exacerbation des maladies infectieuses.
Parfois, ils se produisent au moment où se fait l'extension d'un
virus, au sein de l'organisme (par l'intermédiaire des vaisseaux
lymphatiques), mais qui reste sans conséquences ultérieures, ou
quand il se produit une obstruction embolique.
Quand l'infection de l'organisme a été incomplète, ou bien dans
les cas où les sujets ne présentaient qu'une faible prédisposition
morbide, ces accès fébriles éphémères constituent l'unique expres-
sion et le seul effet de l'influence d'une cause morbide spécifique.
Ils peuvent aussi se présenter après des conditions étiologiques
puissantes (les grands refroidissements, l'impression de l'humidité,
les émotions morales), sans être nécessairement suivis de consé-
quences ultérieures.
XI. PViiMïii
La fièvre purulente (c'est-à-dire la fièvre dont se compliquent
les inflammations aiguës multiples) est rarement primitive et
spontanée, mais presque toujours consécutive à d'autres processus,
notamment au traumatisme, ou se produit dans la puerpéralité,
et a, sans doute, une origine infectieuse; cette fièvre se développe,
soit dans un état complètement apyrétique, ou bien elle est précé-
dée par un état fébrile plus ou moins considérable, déterminé par
les processus préparatoires.
Dans les deux cas, le début de la pyémie est nettement circon-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 569
scrit ; dans le dernier cas cependant, on observe parfois, immédia-
tement avant le début des phénomènes pyémiques, un abaissement
thermique tantôt léger et tantôt considérable ; dans d'autres
cas, une légère élévation préalable ; il est possible et même pro-
bable que ces modifications thermiques proviennent déjà de la ma-
ladie pyémique et constituent le premier effet de l'infection.
Le première élévation par laquelle débutent d'ordinaire les pre-
mières manifestations delà maladie et qui est accompagnée généra-
lement d'un grand frisson , a, le plus souvent, une marche ra-
pide, s'accomplit parfois dans l'espace de quelques heures ou
d'une demi-journée , le plus souvent dans le cours d'une seule
journée, s'étend rarement à plus d'un jour et demi, et monte
jusqu'à 2°^ à 3°|, et plus ; on peut exceptionnellement la trouver
moins marquée. Dans cette élévation, la température dépasse
presque toujours 40°, va le plus souvent au-dessus de 41° et
s'approche parfois de 42°.
Pour mieux dire, cette ascension se produit de la façon sui-
vante : Dans les premières douze ou quinze heures, du matin, par
exemple, jusque vers minuit, la température monte de 1° à 1° |, ce
qui pourrait ressembler, dans le cas où une autre fièvre l'aurait
précédée, à la fluctuation quotidienne déterminée par celle-
là, mais s'en écarte cependant dans un sens ou dans l'autre. Puis
survient, après minuit, une ascension plus rapide, et le matin on
constate une température beaucoup plus élevée ; quand elle a été
précédée par une fièvre d'une autre nature, cette élévation dépasse
de 1°| à 2°|-les maxima quotidiens des journées précédentes. Par-
fois cependant, une ascension un peu plus modérée se montre
aussi pendant la journée qui suit la nuit du premier accès fébrile.
Dans la minorité des cas, l'élévation est essentiellement plus rapide
pendant le premier accès, surtout si la fièvre existait auparavant,
de sorte que la première acmé est atteinte au bout de quelques
heures.
2. Le premier accès est acméiforme. Après que la température
a atteint son maximum, elle commence aussitôt à tomber d'une
façon tout aussi rapide et même plus brusque; elle redescend
dans l'espace de quelques heures de 2° ou 4°, de sorte qu'en gé-
néral la température est moins élevée qu'elle ne l'avait été avant
370 DE LÀ TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
le début de la pyémie. Cependant, après le premier accès, la tem-
pérature n'atteint d'ordinaire pas l'état normal, mais elle s'en
rapproche parfois, baissant jusqu'à 58° à 58°, 5.
La température basse qui suit le premier accès ne se maintient
d'ordinaire pas longtemps, à peine durant une demi -journée, dans
la plupart des cas, remonte aussitôt après avoir atteint le mini-
num, et cette ascension, qu'elle soit compliquée de frisson ou non,
est presque aussi rapide que la première ; elle ne parvient cepen-
dant pas à la même hauteur.
Le premier accès pyémique ressemble beaucoup au début des
autres maladies aiguës ; il s'en distingue cependant par une courte
période pyrogénétique. Mais, d'un côté, l'élévation thermique, qui
est habituellement atteinte en peu de temps dans la pyémie, est
de beaucoup plus considérable que dans ces autres maladies, et,
de l'autre côté, le premier accès pyémique se distingue, du
moins des formes fébriles continues, par un prompt retour à la
chute rapide de la température.
Il est plus difficile de le distinguer d'un accès de lièvre inter-
mittente. Cependant, dès le premier accès pyémique, il se présente
une ascension sensiblement plus lente que dans un accès de fièvre
intermittente. Aussitôt après l'accès pyémique, la température
ne revient que rarement à l'état normal ; au contraire, elle pré-
sente beaucoup plus souvent une nouvelle ascension, avant d'avoir
franchi 57,5°.
5. Dans le cours ultérieur de la maladie, on observe les modalités
suivantes :
1° Ascension brusque de la température à des élévations plus ou
moins considérables, s'approchant plus ou moins de l'acmé du pre-
mier accès; elles ne manquent presque jamais, et se répètent
dans la grande majorité des cas, sans régularité et avec plus ou
moins de fréquence, deux ou trois fois dans une même journée ;
revirement brusque de la température vers l'abaissement après
son arrivée au maximum. Ce n'est qu'exceptionnellement que la
chaleur propre reste pendant plus d'une demi-journée dans le voi-
sinage du maximum ; le plus souvent elle descend rapidement
aussitôt après avoir atteint son apogée ;
w2° Abaissement thermique rapide à la façon d'une défervescence
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 371
brusque, se produisant souvent encore plus vite, et descendant,
dans les accès suivants, jusqu'à l'état normal et au-dessous, mais
souvent aussi s'arrêtant à 59° et même au-dessus ;
5° Périodes intercalaires d'apyrexie de la durée d'une demi-
journée ou d'une journée entière ;
4° D'ordinaire il se trouve, dans l'intervalle des accès fébriles ou
bien aussi au moment de l'issue léthale de la maladie, des pério-
des d'une ou de plusieurs journées où il y a une marche continue
ou rémittente avec une direction ascendante, ou bien aussi avec
un cours irrégulier ;
5° Les frissons bien connus, qui se répètent plus ou moins fré-
quemment, coïncident le plus souvent avec l'ascension rapide de la
température, mais souvent aussi en sont indépendants, et peuvent
même faire défaut. Par ces conditions, la marche de la fièvre pyé-
mique est très-complètement caractérisée et se distingue de toute
autre maladie. Les formes principales de la maladie telles qu'elles
sont établies parHeubner aident beaucoup à s'orienter à travers le
dédale des différences individuelles. Les voici :
a) Des cas avec succession rapide d'ascensions et d'abaissements
brusques ;
b) Des cas avec accès fébriles séparés les uns des autres par des
intervalles apyrétiques ou à peine fébriles ;
c) Des cas avec fièvre continue et fortes élévations intercur-
rentes.
La durée de la fièvre pyémique est d'ordinaire environ d'une
semaine, rarement moins d'une demi-semaine, rarement aussi
plus d'une semaine et demie.
4. La mort n'est ordinairement pas précédée par un stade
proagonique indiqué par la thermométrie et succède tantôt à une
température relativement basse et même normale, tantôt à une
température modérément fébrile, tantôt à une température très-
fébrile , et parfois même à une température hyperpyrétique,
comme c'est le cas notamment dans la fièvre puerpérale prompte-
ment mortelle.
Mais il ne faut pas perdre de vue qu'il se produit aussi de
temps en temps des infractions à cette règle.
572 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
Chez des individus gravement malades, la morl peut être préma-
turée et survenir dès le début de la pyémie ; la marche thermique
perdra ainsi ce qu'elle offre de caraclérislique. Dans des cas rares,
la pyémie se présente sous forme de fièvre continue sans frissons,
ou seulement avec un frisson initial. Cette marche se rencontre
parfois dans la pyémie traumatique, mais beaucoup plus fréquem-
ment dans la fièvre puerpérale, notamment dans celle de ses formes
qui tue rapidement et n'arrive pas jusqu'à la formation d'abcès.
Dans des cas rares aussi se présente, dès le début de la pyémie,
une ascension en zigzag échelonnée qui s'étend sur plusieurs
journées, ou une diminution des rémissions, quand la pyémie a
été précédée par une forte fièvre rémittente ; puis apparaît, mais
seulement plus tard, une forte élévation presque subite.
Maints cas présentent, au moins pendant quelque temps, un cer-
tain rhythme dans le retour des accès.
Parfois la maladie traîne en longueur ; les accès deviennent
même pendant un certain temps plus rares et plus faibles ; finale-
ment une terminaison fatale peut cependant encore se produire.
Enfin, il y a des cas à marche très-lente dans lesquels un cours
apyrétique ou faiblement fébrile n'est interrompu pendant assez
longtemps que par des accès éventuels de fièvre intense, qui sont
parfois séparés par une intervalle d'une ou de deux semaines et
déterminent ainsi une durée plus longue, correspondant à ces in-
tervalles. Les accès fébriles finiront alors par cesser, et la guérison
s'établira, ou bien la mort surviendra à la suite de la répétition
des accès, ou sera précédée par une fièvre continue de courte durée.
Consultez, au sujet de la marche rapide de la pyémie, le tra-
vail de Heubner (1868. Archiv der Heilkimde, IX, p. 289), qui
repose sur des observations prises dans mon service et à la clini-
que chirurgicale de Leipzig.
Pour les courbes thermiques de la pyémie, voyez planche Vf.
XII. AFFECTIONS CATARRHALES
DES MEMBRANES MUQUEUSES
1 . La température dans les catarrhes muqueux ne présente pas
en général de caractère typique.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 575
Dans beaucoup de cas, tout écart thermique fait défaut, ou du
moins les fluctuations quotidiennes ne sont qu'un peu plus fortes
qu'à l'état physiologique, de sorte que, dans la soirée, les tempé-
ratures ne s'élèvent qu'à des hauteurs plus que normales, sous-
fébriles ou modérément fébriles.
Parfois on observe, dès le début de la maladie, ou accidentel-
lement dans son cours, une ascension éphémère, mais qui n'en-
traîne pas de conséquences ultérieures.
Par temps, il se présente aussi des élévations irrégulières, liées
le plus souvent à de nouvelles influences nocives, ou à des recru-
descences accidentelles de l'affection catarrhale.
On rencontre de semblables élévations, notamment chez des indi-
vidus très-sensibles et chez des personnes qui, avant d'être affec-
tées de catarrhe, étaient déjà atteintes de maladies chroniques.
Chez les enfants aussi, les affections catarrhales peuvent provo-
quer des températures assez élevées.
Quand la marche du catarrhe est chronique, il se présente par-
fois une fièvre de forme hectique, surtout si le catarrhe chronique
a été exaspéré pendant quelque temps.
Dans un grand nombre d'affections catarrhales, l'apparition d'é-
lévations thermiques est un symptôme assez sûr de complications
naissantes : ainsi notamment dans la coqueluche. Dans cette ma-
ladie, une mensuration quotidienne continue de la température
offre par conséquent une grande valeur pratique.
La température suit la même marche dans les catarrhes du pha-
rynx, du larynx, des organes respiratoires, du tube intestinal, des
voies urinaires et des organes génitaux. Dans tous les cas, la fièvre
est l'indice d'une irritation intense de la muqueuse ; elle apparaît
et disparaît avec celle-ci ; ou bien dépend de circonstances acci-
dentelles, de prédispositions individuelles, d'influences nuisibles
ou de complications.
L'élévation thermique peut aussi présenter une marche plus
connexe et à peu près typique.
Dans les catarrhes intenses de la muqueuse respiratoire, no-
tamment quand ils sont épidémiques, et qu'alors ils se compli-
quent fréquemment de catarrhe intestinal et de symptômes ner-
veux plus ou moins accusés (la grippe).
Dans les catarrhes intenses de la muqueuse de l'estomac et des
374 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
intestins, surtout quand ils sont d'origine épidémique, ou dans
des cas où ils avaient été extrêmement négligés.
2. Dans la grippe, on n'observe d'élévation thermique considé-
rable que dans les cas graves.
Le début de l'élévation est rarement rapide. La température
monte comme dans la période initiale du typhus abdominal,
mais sans la même régularité, ni la même constance, tan-
tôt avec plus de rapidité, tantôt avec plus de lenteur, et le
plus souvent elle n'atteint pas la même hauteur que dans la fièvre
typhoïde.
Les caractères du fastigium sont semblables à celles du fasti-
gium dans le typhus abdominal ; il présente, du moins dans les
deux caSj les mêmes rémissions et exacerbations quotidiennes.
Ces dernières peuvent monter aussi haut que dans l'iléotyphus et
la température tend à s'abaisser (au moins quand le malade est
bien traité, et quand d'autres affections ne viennent pas s'y mêler),
dans l'espace de peu de jours.
La défervescence présente aussi en général le même type lytique
et rémittent que dans le typhus abdominal ; cependant la dimi-
nution thermique s'opère plus rapidement et sa terminaison arrive
plus tôt. En revanche, il n'est pas rare de remarquer dans la
grippe que la température, après s'être approchée de l'état normal,
s'arrête pendant un certain temps à un niveau un peu supérieur à
la norme, ou du moins présente de plus grandes élévations vespé-
rales que dans la convalescence complète.
La question la plus importante pour le diagnostic relativement
à cet état thermique est la suivante : Faut-il supposer, dans un cas
donné, l'existence d'une grippe grave ou d'une fièvre typhoïde? Cette
question est d'autant plus difficile à résoudre que les deux mala-
dies offrent, dans les cas graves, un certain nombre de phénomènes
communs, tels que: la prostration, les symptômes nerveux et cé-
rébraux, les troubles intestinaux ; et que, quand il y a augmenta-
tion de volume de la rate, on ignore souvent si cette mégalosplénie
n'a pas déjà existé avant la maladie ; qu'enfin l'absence de taches
rosées n'est pas un signe suffisant pour exclure la fièvre typhoïde.
Si la température reste positivement au-dessous de la limite
typhique, la réponse à cette question est facile, surtout chez de
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 575
jeunes adultes, et l'hypothèse de la fièvre typhoïde n'est plus alors
admissible.
Mais si la limite typhique de la température est atteinte ou
franchie, — ce qui n'est pas trop rare, surtout dans les fortes épi-
démies de grippe — il n'est assez souvent pas possible de faire le
diagnostic différentiel pendant plusieurs jours. Mais quand le traite-
ment a été bien institué et qu'une pneumonie catarrhale n'est pas
survenue, on peut être sûr que l'élévation thermique commence à
descendre beaucoup plus tôt dans une grippe, quelque intense
qu'elle soit, que dans le typhus abdominal. Dans des cas défavora-
bles, ainsi quand viennent s'y joindre des bronchites très-intenses,
une bronchite capillaire (bronchiolite) ou des péribronchites, et
quand la terminaison est mortelle, la température revient d'habi-
tude à un degré incompatible avec le typhus, tandis qu'en même
temps d'autres symptômes graves continuent à se montrer et con-
trastent avec l'abaissement de la température. Relativement à la
marche que suit la température, quand à la grippe vient se joindre
une infiltration pulmonaire, voyez Pneunomie.
3. Il en est à peu près de même de la température dans les ca-
tarrhes gastro-intestinaux fébriles qui, surtout quand on les né-
glige ou que l'individu atteint est impressionnable, présentent
une température élevée. On observe le même type dans la période
d'augment, le même fastigium rémittent et la même défervescence
en zigzag ; et il se pose la même question dans la pratique ; n'a-
vons-nous pas peut-être affaire à une fièvre typhoïde? Les mêmes
éléments diagnostiques de la grippe sont décisifs aussi dans ce cas,
et même l'abaissement thermique se présente d'habitude presque
plus rapidement encore dans le catarrhe intestinal fébrile que dans
la grippe, nécessairement quand le malade a été soumis aupara-
vant à un traitement approprié.
XIII. INFLAMMATIONS CROUPEUSES ET DIPHTHÉR1TIQLES
DES MUQUEUSES
La température, dans aucune des autres affections graves aiguës,
n'est aussi peu importante que dans les affections croupeuses et
diphthéritiques, à savoir : la diphthérite pharyngée , le croup du
370 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
larynx, le croup des intestins, la dysenterie et l'endométrite diph-
théritique et croupeuse puerpérale.
Il est vrai que, dans ces affections aussi, on peut considérer une
température très-élevée, comme un surcroît de danger. Mais, des
températures modérées même normales ne fournissent pas encore
la moindre garantie en faveur d'une issue favorable.
La température élevée peut redescendre, tandis que la maladie
progresse avec une fièvre excessive, jusqu'à ce que l'individu suc-
combe.
Comparez au sujet de la température dans la diphthérite :
Richardson (The Médical Record, 1867, t. II, p. 219).
XIV. PMEUNOUHE
1 . Les formes morbides que l'on désigne sous le nom de pneu-
monie présentent des conditions thermométriques très- diverses.
Dans quelques cas, la température n'est nullement modifiée, même
quand la maladie est aiguë ; dans d'autres, il n'y a que des mou-
vements fébriles insignifiants ; le plus souvent on observe, il est
vrai, un cycle thermique plus ou moins nettement défini; mais-
cette marche fébrile offre à première vue les différences les plus
tranchées ; il se présente des formes Continues, rémittentes, à
rechutes et intermittentes.
Et cependant, on peut réunir des séries de cas dans lesquels la
marche thermique présente le plus parfait accord et auxquels on
doit, par conséquent, assigner un caractère typique aussi bien qu'à
tout autre maladie.
Evidemment, les différences de types ne sont pas fondées sur le
même élément que dans la fièvre typhoïde et dans la variole, où
l'on distingue une forme simple et une forme compliquée.
Les variétés du cycle thermique qu'il ne faut nullement con-
sidérer, d'après ce qui précède, comme des accidents irréguliers,
pourraient plutôt indiquer qu'on réunit sous le terme de pneu-
monie des affections présentant entre elles des différences très-
notables. Les recherches anatomiques ont, depuis longtemps,
démontré l'exactitude de ce fait. Les pneumonies fîbrineuses hé-
morrhagiques, séreuses, emboliques, purulentes, putrides (ou
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 577
septiques), la pneumonie tabulaire, etc., présentent entre elles des
différences tellement importantes, qu'elles doivent être nécessai-
rement considérées comme des processus morbides dissembla-
bles.
Mais on ne saurait contester que, même les formes identiques
au point de vue anatomo-pathologique, peuvent cependant essen-
tiellement différer, sous d'autres rapports, et que, de plus, à côté
des variétés anatomiques, les conditions étiologiques peuvent aussi
déterminer des différences qui séparent essentiellement les unes
des autres des maladies comprises sous la même dénomination.
Il nous semble presque aussi irrationnel de réunir toutes les
phlegmasies pulmonaires sous le nom de pneumonie que de com-
prendre toutes les maladies de la peau à processus inflammatoire
sous la dénomination générique de dermatite. Mais cette base de
classification est nécessaire, parce que, dans beaucoup de cas, on
ne parvient pas à faire un diagnostic plus précis, chez les malades
encore vivants ni à séparer les uns des autres les différents proces-
sus; et que, même après la mort, on ne peut souvent pas déter-
miner leurs caractères différentiels.
La symptomatologie a déjà découvert, il est vrai, un certain
nombre de phénomènes correspondant aux processus divers dont
les poumons peuvent être le siège dans les maladies désignées sous
le nom de pneumonies ; mais il faut reconnaître que les signes
distinctifs tirés de la séméiologie ne sont encore que d'un faible
secours pour le diagnostic différentiel.
La thermométrie est capable d'élargir considérablement le cer-
cle des moyens diagnostiques; mais il faut avouer qu'elle aussi, a
encore laissé bien des lacunes à combler, et il ne faut pas se dis-
simuler que, même en goûtant les services rendus par la ther-
mométrie, nos connaissances et notre appréciation des pneumoni-
ques ne soient encore très -limitées et incomplètes dans bien des
cas.
2. La thermométrie à elle seule ne fournit jamais de signes suf-
fisants pour faire admettre ou rejeter la présence d'une pneumo-
nie, en général.
En revanche, l'observation thermométrique est capable de ré-
véler des différences dans les affections pneumoniques déjà dia-
378 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
gnostiquées qu'on ne saurait reconnaître par aucune autre voie,
et de contribuer puissamment au diagnostic de ces formes parti-
culières. Elle peut aussi indiquer l'intensité et la gravité de l'af-
fection, les améliorations et les aggravations qu'elle présente, et
déterminer ainsi les effets des agents thérapeutiques mis en usage.
Elle fait reconnaître aussi l'apparition et l'existence de complica-
tions, ainsi que la fin du processus pathologique.
Grâce à elle, il est permis d'affirmer que la convalescence tou-
che à son terme et que le rétablissement est complet ou bien que
les phénomènes morbides n'ont pas été complètement dissipés ou
qu'ils ont fait place à des maladies consécutives.
Dans d'autres formes morbides où l'invasion d'une pneumonie
est surtout à craindre (dans la rougeole, le catarrhe des bronches,
la coqueluche, la phthisie pulmonaire, la pleurésie), c'est encore
la thermométrie qui fournit les signes avant-coureurs les plus cer-
tains du développement réel de cette complication.
Mais on ne doit pas perdre de vue que la thermométrie ne con-
stitue, dans les phlegmasies pulmonaires, qu'un élément accessoire,
qu'un auxiliaire du diagnostic (tandis qu'elle joue un rôle capital
dans la fièvre typhoïde, etc.). 11 faut que, d'abord, les moyens
d'explorations plus décisifs, ou si l'on veut, plus concluants aient
donné tous les résultats qu'on est en droit d'en attendre et que le
diagnostic soit établi pour ainsi dire grosso modo ; ce fait étant
alors acquis, on s'apercevra que les questions les plus importantes,
en pratique, ne peuvent être résolues que par la thermométrie.
5. Abstraction faite des cas toujours assez rares, où la marche
de la pneumonie est tout à fait apyrétique, on en rencontre quel-
ques autres dans lesquels, avec des élévations thermiques très-
modérées et ne durant que quelques heures, la limite inférieure
de la fièvre modérée (58°, 5) est atteinte, le plus souvent, dès le
premier ou le deuxième jour de la maladie, après quoi, la pneu-
monie reste apyrétique dans son cours.
La fièvre éphémère pneumonique peut être un peu plus intense
et, dans ce cas, elle affecte les deux types suivants :
Dans l'une de ces formes, il se présente brusquement une éléva-
tion thermique plus ou moins considérable (allant même jusqu'au-
dessus de 41°), puis survient aussitôt une défervescence rapide, de
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 579
sorte que, dès le deuxième ou troisième jour, la température est
redevenue normale (fièvre éphémère acméiforme) .
Dans une seconde série de cas, l'élévation est lente et graduelle
et faiblement rémittente. La température n'atteint son point cul-
minant (qui est plus bas que dans la première forme : à peine
40°) que le troisième jour de la maladie. Aussitôt après, la tempé-
rature tend à l'abaissement et descend à peu près de la même fa-
çon qu'elle était montée (fièvre éphémère prolongée).
Tous ces cas de fébricules tiennent à des processus locaux insigni-
fiants et ne deviennent dangereux parfois qu'à la suite de circon-
stances accessoires. Ils correspondent aux infiltrations modérées
plutôt œdémateuses ou aux infiltralions très-circonscrites. La forme
de l'éphémère acméenne se présente, en outre, dans la pneumonie
embolique, celle de l'éphémère prolongée, dans des maladies où
de petits foyers pneumoniques se forment à la suite d'un catarrhe
bronchique.
La fébricule pneumonique se présente encore assez fréquem-
ment dans les pneumonies secondaires ; ensuite dans les inflam-
mations pneumoniques modérées des petits enfants et des vieil-
lards, des phthisiques, des sujets cachectiques ou très-affaiblis :
dans ces cas, elle peut, en effet, avoir des suites très-fàcheuses.
Ces deux formes de la fébricule intense présentent en même
temps les types rudimentaires des deux états morbides principaux
de la fièvre des pneumoniques. Qu'on se figure l'acmé de l'éphé-
mère plus étendue et l'on a le type continu avec son brusque dé-
but et sa fin rapide; qu'on s'imagine plus grande encore la durée
de l'éphémère prolongée, on obtient le type rémittent avec son
début progressif et sa terminaison lytique.
Mais la fièvre des pneumoniques présente encore, aussitôt
qu'elle parvient à un plus haut degré de développement, une par-
ticularité qui, il est vrai, se présente aussi dans d'autres formes
morbides, mais beaucoup plus fréquemment dans la pneumonie
que dans toute autre maladie. Cette particularité consiste dans
les élévations brusques isolées et dans les abaissements thermiques
intercurrents.
Les élévations brusques, qui ne sont pour ainsi dire qu'une sorte
d'éphémère acméenne interrompue, telle qu'elle se montre par
moments à la période avancée de la convalescence du typhus abdo-
5S0 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
minai, se présentent très-fréquemment dans la pneumonie, et cela
non-seulement après l'établissement définitif de la convalescence,
mais encore plus souvent immédiatement après la défervescence,
ou même au milieu de sa marche, qu'elles enrayent momentané-
ment, enfin aussi dans le cours de la fièvre ; dans ce dernier cas,
l élévation thermique présente une exacerbation extrêmement con-
sidérable, mais de courte durée montant à des hauteurs de 41°, 5
et au-dessus.
Les élévations éphémères qui se présentent pendant et après la
défervescence s'élèvent très-habituellement au-dessus de .r)9°, sou-
vent au-dessus de 40", mais rarement jusque près de 41° et en-
core moins souvent au delà.
4. Les abaissements thermiques intercurrents, sont précisément
l'inverse de ces élévations brusques. Presque dans toutes les for-
mes de la pneumonie considérées dans leur cours, il peut arriver
que le cycle thermique régulier soit brusquement interrompu par
un abaissement profond contrastant nettement avec l'allure précé-
dente et ultérieure de la température.
Cet abaissement intercurrent se présente dans la plupart des cas
de pneumonie, aussi bien légers que graves et même mortels.
La chute se produit d'ailleurs avec une extrême rapidité et va-
rie de 1° | jusqu'à 4° et même 5°, la température s'approche plus
ou moins de l'état normal, l'atteint fréquemment et le dépasse
même quelquefois, si l'abaissement est relativement faible (1°| à
2°), il ne frappe l'attention que s'il vient s'intercaler dans une
marche essentiellement continue ; en général, c'est l'abaissement
intercurrent qui frappe le plus dans cette évolution morbide. Les
bas degrés thermiques atteints, ne se maintiennent d'ordinaire que
pendant un temps très-court, aussitôt après, la température re-
monte souvent à son élévation antérieure ou à un degré un peu
moins élevé, mais souvent aussi à une hauteur plus considérable.
Toute l'interruption ne dure d'ordinaire qu'une demi-journée et
encore moins. Cependant, la chute thermique s'étend quelquefois
aussi à une apyrexie intercalaire plus longue.
L'abaissement thermique intercurrent peut se présenter à tout
instant de la marche, à partir du deuxième jour de la maladie
jusqu'au dernier jour de la défervescence ou jusqu'à l'agonie. Le
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 381
plus souvent, il ne se présente qu'une fois dans le cours de la ma-
ladie, mais parfois aussi deux ou trois fois.
D'après ces différences, les abaissements intercurrents peuvent
avoir aussi une signification variable, mais ils peuvent notamment
modifier le caractère de la marche et donner ainsi lieu à de fausses
interprétations.
On conçoit que l'abaissement intercurrent fasse naître l'espoir
de voir commencer la défervcscence ; si cet abaissement se produit
très-tôt, il peut faire croire que la pneumonie va se terminer à
sa première phase d'évolution. Mais la température remonte
bientôt à son ancienne élévation, et on reconnaît alors que l'abais-
sement n'est qu'une pseudocrise trompeuse n'ayant interrompue
que momentanément le cours de la maladie qui, après cela, re-
prend sa marche ordinaire ; mais il peut aussi se faire que la tem-
pérature, en remontant, ne revienne pas à son ancienne élévation
et qu'elle ne reprenne passagèrement une direction descendante.
Dans ce cas, l'abaissement intercurrent sépare le fastigium en
deux parties distinctes et peut même paraître être le début d'un
amendement dans la marche.
Dans les pneumonies de longue durée, c'est-à-dire dans celles
qui dépassent une semaine, la pseudocrise correspond assez sou-
vent au septième jour, puis la marche peut continuer avec une
grande violence et aboutir à la mort ou bien à l'abaissement in-
tercurrent suivi de conditions plus favorables.
Cet abaissement peut encore avec plus de sûreté être considéré
comme un premier signe d'amélioration, quand il se présente (ce
qui arrive fréquemment, mais ne saurait être prévu) un jour avant
la défervescence définitive. Dans ce cas, il est difficile de savoir si
l'on doit déjà ranger le premier abaissement dans le processus de
la défervescence et considérer la réascension suivante comme une
simple interruption de la défervescence, ou bien si la maladie est
encore dans sa période de fastigium.
Si ces abaissements se répètent plusieurs fois, c'est une transi-
tion au type rémittent.
Si un abaissement brusque revient plusieurs fois avec une
grande régularité, la pneumonie revêt un véritable caractère inter-
mittent.
Si la répétition des abaissements successifs se fait d'une manière
382 DE l,A TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
moins régulière, le cours de la maladie se rattache aux brusques
variations de la fièvre pyémique.
Si la température basse se maintient pendant longtemps et que
la réascension ne se produise qu'après deux ou trois jours, on a la
forme à rechutes et, si, à cette occasion, la température normale
n'avait pas été tout à fait atteinte, c'est la forme pneumonique à
fastigium recrudescent.
L'abaissement qui se montre avant l'agonie a la signification
d'un stade proagonique.
Les raisons de ces abaissements thermiques intercurrents ne
sont pas toujours très-nettes et claires. Dans bien des cas, l'abais-
sement semble évidemment être déterminé par une médication
énergique, mais qui n'avait cependant pas été assez puissante pour
juguler la maladie. Dans d'autres cas, certainement nombreux
aussi, cet abaissement peut provenir de ce que le processus local
ayant déjà disparu à l'endroit primitivement atteint continue sa
marche se reconstitue à un autre endroit voisin ou éloigné; à cette
occasion, il peut bien se faire que le second accès pneumonique
atteigne un degré de développement moins complet que le pre-
mier.
Mais tous les cas ne s'expliquent pas de l'une ou de l'autre de
ces manières , et ce cycle thermique étant extrêmement fré-
quent, dans la pneumonie, on doit présumer qu'il est en géné-
ral propre à cette maladie, et, d'après cela, on conçoit que même
des actions thérapeutiques peu actives dans d'autres maladies pro-
duisent précisément dans la pneumonie, déjà prédisposée par elle-
même à ces interruptions, l'abaissement intercurrent.
Il est de la plus grande importance pratique de distinguer l'a-
baissement pseudocritique de la défervescence définitive et de
l'amendement préparatoire. On ne réussit pas toujours à faire
cette distinction.
Plus l'abaissement critique se présente de bonne heure, plus il
faut s'attendre à une nouvelle ascension thermique, bien qu'il y
ait assez de cas où, dès le troisième et même dès le deuxième jour,
la résolution est complète et définitive. En outre, plus l'abaisse-
ment est survenu d'une façon inopinée, moins il est en rapport
avec les autres phénomènes accusés par le malade ; plus il se rat-
tache immédiatement à une action thérapeutique, plus il se fait
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 585
d'une façon rapide, plus on doit supposer une pseudocrise. D'ail-
leurs, l'abaissement préparatoire rapide, qui ne précède la défer-
vescence que d'une journée, ne peut être distingué, dans beaucoup
de cas, de la défervescence réelle, pas même avec une sûreté ap-
proximative, et il faut donc s'attendre, dans tout abaissement
rapide, à une réascension pour le lendemain.
5. Le type continu ou sous-continu de la marche thermique ap-
partient de préférence à la pneumonie primitive fîbrineuse et lo-
baire ; il se présente cependant souvent aussi dans les affections
secondaires. Le début de la marche est marqué par une élévation
thermique brusque (le plus souvent accompagné de frisson). La
température s'élève en peu d'heures au-dessus de 59° et continue
à monter plus tard aussi, jusqu'à ce qu'elle arrive à une élévation
voisine de 40°, dans des cas graves même à 41° et au-dessus.
Pendant les premiers phénomènes fébriles, il n'existe souvent pas
encore de symptômes indiquant directement une maladie des pou-
mons. Parfois seulement se présentent la toux, le point décote et la
dyspnée. Les signes stéthoscopiques sont très-rarement perçus à
cette première période. Les phénomènes que l'on constate le
plus souvent sont de la céphalalgie, du délire, de l'anorexie
et du malaise. Parfois les symptômes thoraciques et souvent
les signes stéthoscopiques ne se présentent pas encore dans la
deuxième journée, ni même dans la troisième; ils peuvent man-
quer même au quatrième jour, tandis que la fièvre persiste, avec
une grande intensité. Ces cas se rapprochent ainsi de la période
initiale des fièvres éruptives, et si 1 on peut admettre une diffé-
rence entre la fièvre pneumonique et la pneumonie fébrile, les cas
dans lesquels la marche thermique est continue appartiennent en
majeure partie à la première de ces deux catégories.
Dans les premiers jours, la température se maintient à une hau-
teur considérable, c'est-à-dire le plus souvent à 2° à 5°| au-dessus
de la norme (dans les cas légers à 59°, 2-59°, 6, dans les cas
graves au-dessus de 40°), elle présente bien quelques petites fluc-
tuations de \° à 1° qui tantôt se présentent sous forme de courtes
rémissions matinales avec un prompt retour des exacerbations, par-
fois même avec une seconde ascension vers minuit, tantôt sous
forme d'exacerbations quotidiennes multiples ou de variations tout
384 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
à fait irrégulières composées de petites augmentations et diminu-
tions thermiques. Cette marche persiste intégralement tant que le
processus fait des progrès dans les poumons, rarement moins de
trois jours, rarement au delà d'une semaine. Des abaissements in-
tercurrents peuvent chaque jour interrompre la marche ; au reste,
les maxima et mininia quotidiens se maintiennent parfois au même
niveau pendant toute cette période, cela n'arrive cependant que
dans des cas assez rares. Plus souvent, on observe une augmenta-
tion quotidienne de la température moyenne, un affaiblissement
des rémissions, des exacerbations toujours plus élevés, et enfin
la température maxima de la maladie ne se montre que très-
tard.
Mais dans la grande majorité des cas c'est le contraire qui a
lieu. Le maximum correspond au deuxième ou troisième jour (le
plus souvent vers une heure de l'après-midi), ou au jour où l'on
commence à observer le maiade ; à partir de ce moment, la tempé-
rature commence à baisser de quelques dixièmes seulement par
jour. Même dans les cas mortels, on observe ces abaissements pen-
dant plusieurs jours. Il est d'ailleurs probable que cet abaissement
habituel, lent, mais continu, doit être le résultat du traitement
mis en usage, ou du moins des soins mieux entendus dont le ma-
lade est entouré.
Même dans les cas mortels, la tendance à l'abaissement ther-
mique s'observe assez souvent dans le fastigium. Cependant,
il s'y présente des irrégularités plus ou moins notables. Tan-
tôt c'est une rémission matinale qui fait défaut, tantôt cette
remission se montre à des heures inaccoutumées, les exacerba-
tions sont très-élevées, au moins dans les premiers jours, et ne se
modèrent plus tard aussi que d'une faron insuffisante. Avant la
terminaison funeste, il se présente encore parfois un abaissement
particulièrement profond. Une température basse peut être notée
au moment de la mort, mais le plus souvent elle commence à se
relever vers la fin, d'abord lentement, ensuite avec plus de rapi-
dité. Si la mort a lieu par suffocation, l'élévation ultime est rela-
tivement peu cousidérable ; mais, le plus souvent, inférieure à 40°.
Mais si la mort a été précédée par des phénomènes nerveux graves,
il se produit une ascension terminale rapide, allant jusqu'à 41° et
au-dessus, même jusqu'à 43°.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 585
Dans les cas favorables, l'amélioration s'effectue souvent à vue
d'œil. La direction descendante se poursuit distinctement après
que le maximum a été atteint, ou après un abaissement intercur-
rent, tantôt les rémissions augmentent, tantôt les exacerbations
s'affaiblissent. Très-souvent, un jour avant la défervescence défini-
tive, il se produit une pseudo-crise dans laquelle la température
normale est atteinte ; après quoi il survient une dernière élévation
de courte durée, bien que très-considérable. ïl n'est pas rare non
plus devoir au dernier jour, parfois déjà à l' avant-dernier jour du
fastigium, un accroissement vespéral comparativement plus long,
ou bien» en opposition avec la hauteur continue du fastigium,
(dans le cas où cet accroissement ne se serait pas présenté du tout)
un abaissement manifeste (de f à f et, quand la température a
été très-élevée, d'un degré et même de plus). Toutes ces modalités
peuvent être considérées comme un amendement préparatoire
précédant la défervescence.
D'un autre côté, fréquemment aussi avant le processus de défer-
vescence, il se fait une ascension thermique considérable (perturba-
tion critique). Elle se maintient d'ordinaire seulement pendant
une soirée, ou aussi (ce qui arrive un peu plus rarement) pendant
une matinée, parfois elle dure v'ngt-quatre heures entières. La
température n'atteint ou ne franchit cependant qu'exceptionnel-
lement la hauteur du maximum antérieur,
La défervescence commence dans la plupart des cas dans les
heures avancées de la soirée, parfois déjà dans l'après-midi, ou
bien dans la nuit ; il est relativement rare de la voir se produire,
dans la matinée ou dans l'après-midi, et cela le plus souvent
entre le cinquième et le septième jour, assez fréquemment le
troisième et le quatrième, ainsi que le huitième, plus rarement le
neuvième et le dixième, ou encore plus tard ; et si Traube et
après lui quelques auteurs prétendent que les jours impairs préva-
lent en ce qui concerne la crise, ils sont certainement dans l'er-
reur. Consultez Thomas (1865. De la théorie des jours critiques
dans la pneumonie croup euse — Ueber die Lehre von den hitischen
Tagen, in Arch. der Heilk., VI, 118).
La défervescence se produit en général d'une façon rapide, de
sorte que, dans le cas où la température n'a pas été trop élevée,
l'état uormal est atteint dans une seule nuit ; dans la plupart des
25
580 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
cas cependant , la défervescence est achevée dans l'espace de
vingt-quatre à trente-six heures. Dans la soirée intermédiaire l'a-
baissement se produit d'une façon plus lente, ou bien il est inter-
rompu par une réascension le plus souvent modérée, mais parfois
assez considérable.
Il n'est pas rare que la défervescence demande quarante-huit
heures pour s'accomplir, surtout quand la fièvre précédente a été
très-forte.
Assez souvent il arrive que, dans l'abaissement, le niveau normal
soit dépassé et que des températures de collapsus soient atteintes ;
de même, pendant la période de défervescence, il peut se pro-
duire des symptômes graves qui d'ordinaire n'appartiennent qu'à
l'état de collapsus. Ces symptômes paraissent extrêmement dange-
reux à quelques médecins inexpérimentés, mais, en réalité, ils
sont très-positivement les signes avant-coureurs de la convales-
cence.
Dans la plupart des cas, le temps d'arrêt dans l'extension des
symptômes locaux de la pneumonie et leur diminution ne com-
mencent que pendant la défervescence ou après son achèvement. En
revanche, les phénomènes nerveux persistent souvent encore dans
toute leur intensité pendant la période de défervescence , ou
même ne se manifestent assez souvent qu'à cette période dans
les cas où ils n'avaient pas encore fait leur apparition.
La marche de la défervescence peut être troublée par la coexis-
tence d'une bronchite intense ou d'une forte pleurésie avec la
pneumonie, ainsi que dans les cas où la pneumonie atteint un
individu déjà malade auparavant.
D'ordinaire, les écarts thermiques disparaissent dès que com-
mence la guérison, et la convalescence suit régulièrement son
cours. Mais parfois des élévations consécutives peu considérables se
présentent encore dans la soirée du jour où l'amélioration s'est
fait sentir, ou même dans les soirées suivantes, et par leur répé-
tition même justifient le soupçon d'une complication intercurrente
ou de la guérison imparfaite de la lésion pulmonaire. Dans
les premiers jours de la convalescence, il se présente assez sou-
vent aussi des élévations considérables, mais éphémères; cepen-
dant, ces cas-là ne peuvent pas être distingués de la pneumonie à
rechutes.
DE LA. TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 387
Si, dans la défervescence, une température sous-normale avait
été atteinte et avait été accompagnée d'un état de collapsus plus
ou moins profond, ces phénomènes peuvent persister pendant plu-
sieurs jours avec des fluctuations, jusqu'à ce qu'enfin ils cèdent
la place à l'état normal.
7. Le type continu de la fièvre pneumonique est moins par-
fait, la marche thermique restant essentiellement uniforme; mais
tantôt au commencement, tantôt vers la fin, tantôt môme au
milieu de son cours elle présente des écarts plus ou moins consi-
dérables. Ainsi, le début est parfois moins rapide et moins brus-
que ; et cela dure ainsi pendant deux jours et plus, jusqu'au mo-
ment où la température a atteint un niveau plus élevé.
Tantôt la température se maintient à des degrés plus bas que
cela n'a lieu dans les pneumonies bien développées, tantôt elle se
rapproche du type rémittent par des fluctuations considérables, ou
bien du type intermittent ou récurrent par de profondes descentes
thermiques.
D'autres fois, c'est le contraire qui a lieu : c'est-à-dire que la
marche du fastigium n'est pas seulement extraordinairement grave,
mais aussi extrêmement prolongée, comme dans les pneumonies
doubles, et dans les pneumonies aiguës du lobe supérieur, ou bien
dans l'inflammation d'un poumon tout entier. Dans ce cas, le fas-
tigium s'étend souvent jusque dans la deuxième semaine, et va
même jusqu'au bout de la quinzaine ; cependant, en pareille oc-
currence, le fastigium n'est guère uniforme : une phase de varia-
tion, un stade amphibole, avec des alternatives d'améliorations et
d'aggravations, se présentent d'habitude vers la fin de la première
semaine, parfois même avant. Dans ce cas-là, il ne faut pas s'at-
tendre à une défervescence rapide.
En général, la défervescence sera traînante et compliquée, elle
se fera moins rapidement et il s'y présentera dans la suite quel-
ques élévations légères.
De telles déviations de la marche continue se rencontrent dans
des conditions très-multiples :
1° D'un côté, chez les enfants, de l'autre, chez les vieillards,
ou en général chez les malades qui sont individuellement prédis-
posés à des irrégularités dans la marche de la fièvre ;
588 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
2° Dans la pneumonie secondaire fibrineuse qui, parfois, il est
vrai, se conforme à toutes les règles de la pneumonie primitive ;
mais, dans d'autres cas, en diffère par des écarts plus ou moins
considérables ;
5° De pareils écarts peuvent éventuellement se présenter dans
toutes lc> phlegmasies pulmonaires, de même que dans d'autres
affections ordinairement typiques, les cas irréguliers peuvent pré-
dominer à l'occasion de certaines épidémies ;
4° Des complications accidentelles de la maladie (tantôt formant
en réalité des affections à part, tantôt uniquement constituées par
la prédominance de troubles fonctionnels d'autres organes, tels
que : un délire violent, une constipation opiniâtre, une rétention
d'urine, etc.), peuvent très-bien provoquer des écarts plus ou
moins considérables dans la marche thermique ; c'est ce qui arrive
surtout quand la pneumonie se complique d'emphysème, de fortes
pleurésies, de phénomènes bilieux, d'albuminurie, dj diarrhée
abondante ou de vomissements ;
5° Même dans les cas où la fièvre vient seulement s'ajouter à
une inflammation pulmonaire déjà en voie de développement
(comme cela se voit de la façon la plus nette dans les pneumonies
traumatiques), on observe toujours des déviations du type pure-
ment continu ;
6° Souvent, des écarts de la marche régulière de la pneumonie
sont produits par l'action d'un traitement énergique ou encore à
la suite de quelque éventualité favorable, et peuvent ainsi tourner
à l'avantage du malade ; une des causes qui exercent le plus d'in-
fluence sur le cycle fébrile, c'est une émission sanguine spontanée
ou artificielle (phlébotomie, épistaxis, flux cataménial). La consé-
quence immédiate d'une abondante perte de sang est presque tou-
jours un fort abaissement thermique ; mais, suivant les cas, cet
abaissement tournera en défervescence définitive, ou sera suivi
d'une nouvelle ascension ; dans cette dernière modalité, la marche
thermique se rapproche plus ou moins complètement du type récur-
rent (type à rechutes). Le tartre slibié agit à l'égal de la perte de
sang, l'action de la digitaline et de la vératrine est un peu plus
lente, tandis que l'influence d'autres médicaments sur le type de la
marche thermique (tel que l'aconit, le nitrate de potasse) est moins
accusée dans la pneumonie et peut être aussi moins bien connue.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 389
D'un autre côté, un mauvais traitement aussi bien que d'autres
influences nuisibles accidentelles peuvent avoir de fâcheux effets
sur la marche thermique.
7° Enfin, dafis des cas assez fréquents de pneumonie, où le
cours de la température s'écarte un peu de la règle, on ne saurait
qu'en soupçonner la cause (on peut être porté, par exemple, à
penser que l'infiltration se rapproche de la forme hémorrhagique
ou de l'œdème) ; dans d'autres cas, cette cause nous échappe
même complètement.
8. La marche rémittente de la fièvre appartient aux pneumonies
qui se développent à la suite d'un catarrhe bronchique plus ou
moins invétéré, à celles qui surviennent clans la grippe ainsi qu'aux
pneumonies catarrhales.
Mais, dans ces cas aussi, le type rémittent ne se produit, le
plus souvent, que quand la pneumonie a été compliquée d'une
bronchite intense.
A côté des formes précédentes doiver.4, se ranger également les
pneumonies qui surviennent chez les sujets atteints de rougeole ou
de coqueluche et dans lesquelles il n'est par rare de retrouver la
forme fébrile rémittente.
Parfois il se présente aussi des cas de type rémittent où l'on ne
saurait démontrer, ni avant ni pendant la pneumonie, la plus lé-
gère affection bronchique.
Chez les enfants et les vieillards, les formes rémittentes de la
fièvre sont particulièrement fréquentes dans la pneumonie.
A certaines époques, les pneumonies ont de la tendance à suivre
une marche rémittente.
Le commencement de l'ascension thermique se fait moins rapi-
dement dans le type rémittent, que dans le type continu, même
quand la pneumonie a été précédée par un état apyrétique ; ce
début se produit parfois même en forme de zigzag, semblable en
cela au début de la fièvre typhoïde et de la grippe, mais, le plus
souvent, un peu plus rapidement et d'une façon plus irrégulière
que dans ces deux maladies, surtout que dans la première d'entre
elles.
Si la maladie des poumons se développe dans le cours d'une
affection déjà fék_ile, mais légère, par exemple, dans le cours d'un
500 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
catarrhe bronchique modérément fébrile , le commencement de
l'ascension thermique appartenant à la pneumonie n'est, le plus
souvent, pas encore bien nettement marqué.
Pendant le fastigium, la marche thermique présente des fluc-
tuations plus ou moins fortes, semblables aux rémissions mati-
nales et aux exacerbations vespérales de la fièvre typhoïde. Dans les
cas modérés, les exacerbations n'atteignent souvent pas la hauteur
des maxima quotidiens de la fièvre typhoïde ni celle des maxima
de la marche continue de la pneumonie. Mais, dans les cas plus in-
tenses, elles les atteignent et les dépassent.
Ce ne sont môme pas encore des cas bien intenses quand, dans
les heures de l'après-midi, l'élévation arrive un peu au delà de
40°.
La marche thermique présente rarement une régularité aussi
grande que dans la fièvre typhoïde ; on voit, au contraire, alter-
ner des exacerbations plus ou moins considérables et des abaisse-
ments quotidiens plus ou moins profonds.
La durée de la pneumonie rémittente dépasse, en moyenne,
celle de la pneumonie continue, sans cependant être aussi longue
que celle de la fièvre typhoïde.
La terminaison de la fièvre ne se fait qu'exceptionnellement par
une défervescence rapide ; le plus souvent, elle se fait lentement
par l'accroissement progressif des rémissions matinales et l'amoin-
drissement graduel des exacerbations vespérales ; elle se produit
cependant plus rapidement que dans la fièvre typhoïde. Il est aussi
assez ordinaire de voir après que les oscillations diurnes sont déjà
devenues très-considérables, la fin de la fièvre marquée par une
dernière et rapide descente et par une exacerbation vespérale en-
core très-considérable.
Les convalescences imparfaites se rattachent plus fréquemment
à la forme rémittente qu'à la forme continue.
Les formes de transition entre la marche continue et la marche
rémittente ne sont nullement rares ; de même, les pneumonies ca-
tarrhales et lîbrineuses peuvent aussi s'associer entre elles ou se
succéder l'une à l'autre.
La forme pneumonique rémittente et catarrhale tout à fait ca-
ractéristique se présente exceptionnellement à l'état sporadique,
mais elle est très-commune pendant les épidémies de grippe.
DE LA. TEMPÉRATURE DAKS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 591
La question de savoir si, dans la marche rémittente, il n'existe
qu'une bronchite ou bien une pneumonie, ne peut pas être tran-
chée par la thermométrie seule, mais elle l'est, le plus souvent,
par ce procédé d'investigation joint aux signes stéthoscopiques.
Cependant, l'existence d'une pneumonie devient extrêmement pro-
bable quand les hauteurs d'exacerbation dépassent 40°.
Le diagnostic différentiel de la pneumonie et de la fièvre ty-
phoïde présente des difficultés d'autant plus grandes que, dans
cette dernière affection, il peut y avoir aussi des infiltrations pneu-
moniques, et que, d'un autre côté, dans la pneumonie catarrhale,
les symptômes cérébraux et intestinaux ressemblent souvent beau-
coup ta ceux du typhus et qu'il peut même s'y joindre une cer-
taine augmentation de volume de la rate. Si l'on n'a à sa disposi-
tion qu'une courte partie de la marche, le diagnostic ne peut
parfois même pas être établi avec sûreté. Au contraire, si l'obser-
vation a été poursuivie pendant plus de quatre jours, le diagnostic
peut être établi, du moins dans les pneumonies à marche favorable.
Si ce sont les quatre premiers jours de la maladie, l'ascension ther-
mique ne présente pas dans la pneumonie la même régularité que
dans le typhus abdominal. Si ce sont des jours d'une période plus
avancée de la maladie, on observe d'ordinaire, déjà clans le cas
de pneumonie bénigne, une diminution des hauteurs vespé-
rales, et si la maladie est déjà à son déclin au moment de l'obser-
vation, on s'aperçoit que ce déclin fait des progrès plus rapides
dans la pneumonie que dans la fièvre typhoïde.
9. Comme modification, soit du type continu, soit du type ré-
mittent, il se présente assez souvent un cycle à fastigium recru-
descent, et on l'observe dans les cas où, après l'hépatisation d'une
partie des poumons, un second lobe, ou bien l'autre poumon sont
atteints (pneumonies progressant par saccades ou extensive sac-
cadée).
Quand la marche a été d'abord elle-même modérée, ou si elle
est déjà en voie d'amendement, on observe tout à coup une ascen-
sion, à laquelle se rattache ultérieurement un cycle thermique
continu ou discontinu.
Si la mort ne survient pas, la guérison se fait en général de
la même façon que dans tous les autres cas ; elle présente cepen-
502 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
dant de fréquentes irrégularités, du moins elle est souvent plus
traînante que dans une marche simplement continue.
10. La fièvre des pneumoniques affecte parfois une marche ré-
currente. Cet état peut se produire après l'emploi de saignées
générales ou d'émissions sanguines locales abondantes, mais sou-
vent cette fièvre peut suivre la même marche, indépendamment de
toute influence extérieure.
Il se produit généralement de très-bonne heure, dès le deuxième
ou troisième jour, cependant parfois aussi plus tard, une défer-
vescence rapide, semblable à celle que l'on observe dans le déclin
de la pneumonie croupale (exsudative ou fibrineuse).
La température reste tout a fait normale, ou du moins sous-fé-
brile, pendant 18, 24 ou 56 heures, et parfois même pendant
plusieurs jours, au point de faire croire à la guérison ; cependant,
le plus souvent cette basse température n'est pas accompagnée de
modifications correspondantes dans les phénomènes locaux.
Tout à coup la température remonte rapidement, mais n'arrive
d'ordinaire pas tout à fait à l'élévation antérieure. Elle ne se main-
tient que pendant quelques jours au fastigium et redescend alors
vers la défervescence définitive, ou bien la fièvre se renouvelle une
seconde ou même une troisième fois.
Ces sortes de pneumonies à rechutes se rattachent cependant
par des gradations insensibles aux cas susmentionnés, dans les-
quels se produisent de profondes rémissions ou des pseudo-crises
avec apyrexie prolongée.
Quand la fièvre se répète, les signes locaux restent les mêmes, ou
bien deviennent plus accusés (la matité est plus complète, le souffle
bronchique plus intense), ils peuvent même s'étendre davantage.
Les pneumonies erratiques, c'est-à-dire ces formes morbides
particulières, semblables à l'érysipèle ambulant ou à quelques cas
de rhumatisme polyarticulaire, les pneumonies erratiques, di-
sons-nous, présentent aussi parfois l'allure de la fièvre à rechute ;
la maladie des poumons se déplace brusquement, les parties d'a-
bord attaquées guérissent, tandis que d'autres sont affectées à leur
tour; avec cela l'infiltration aussi bien que la guérison s'opèrent
avec une extrême rapidité, comme il est facile de le constater par
l'auscultation.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 593
11. La marche intermittente se rattache à la forme à rechute
et n'est uniquement caractérisée que par ce fait :
L'apyrexie et l'accès alternent dans un rhythme assez régulier et
sont encore plus nettement séparés l'un de l'autre que dans la
forme à rechutes. Les paroxysmes fébriles eux-mêmes ressem-
blent à l'éphémère pneumoniquc acméemu. Les phénomènes
locaux peuvent aussi diminuer pendant la période intercalaire ou
d'apyrexie. Cette forme-là ne s'observe dans son complet déve-
loppement qu'aux époques où régnent des épidémies de fièvres
intermittentes. Les pneumonies emboliques à répétition peuvent
aussi affecter le type intermittent.
Le diagnostic de la pneumonie intermittente est exposé à deux
genres d'erreurs. En premier lieu, on peut être trompé par le dé-
but de la défervescence qui fait supposer que la maladie est à sa
fin, ou bien qu'elle a été jugulée par le traitement. En second
lieu, cette répétition d'accès fébriles suivis d'apyrexie peut en
imposer pour une fièvre intermittente. Cependant, dans la pneu-
monie intermittente (du moins autant que j'ai pu l'observer), les
accès s'affaiblissent spontanément après deux ou trois paroxysmes,
ce qui a rarement lieu dans la fièvre intermittente, si l'on n'a pas
recours à un traitement approprié.
La pneumonie intermittente se termine de l'une des deux façons
suivantes :
1° Ou bien la défervescence n'est pr.s suivie d'une nouvelle as-
cension et la convalescence s'établit ;
2° Ou bien le caractère d'intermittence s'efface et la p..e . no-
nie tourne à la guérison d'une façon lytique avec des températures
modérément élevées, comme dans la forme rémittente. Je n'y ai
jamais observé d'issue mortelle.
12. Quand la pneumonie présente une marche caractérisée par
des abaissements brusques , mais imparfaits et des réascensions
irrégulières, elle offre la plus grande ressemblance avec la pyémie,
et elle n'est sans doute pas autre chose qu'une pyémie avec affec-
tion pulmonaire prédominante. Les cas qui présentent une pareille
évolution sont, en partie, des processus emboliques répétés dans
les poumons avec des foyers multiples, en partie des processus
septicémiques ; ces cas se terminent d'ordinaire par la mort. Si
594 DE LA. TEMPERATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
les individus affectés sont dans le marasme, les ascensions peu-
vent alterner avec des collapsus plus ou moins profonds.
15. Les pneumonies à marche traînante ne présentent d'ordi-
naire rien de particulier au début. Dans les premiers jours, elles
suivent lantôt une marche continue, tantôt une marche discontinue.
Des rémissions se produisent alors, du moins dans le cours ulté-
rieur de la maladie. Mais, au lieu de tendre à la guérison, les
fluctuations se maintiennent à la même hauteur.
De fortes températures vespérales alternent avec de grands col-
lapsus. Fréquemment le maximum quotidien tombe vers midi ; le
soir survient alors une rémission qui tend à dégénérer en collap-
sus, puis une seconde exacerbation plus faible vers minuit. 11 peut
arriver dans ces cas que les rémissions deviennent de plus en plus
profondes et les exacerbations sans cesse plus élevées, et qu'ainsi
la différence quotidienne soit accrue. Cependant, la marche ne
reste en général régulière que durant peu de jours; alors vien-
nent s'intercaler d'autres modalités qui, à leur tour, peuvent faire
place aux grands oscillations quotidiennes. Si, dans l'intervalle, le
malade ne succombe pas, il n'est pas rare de voir, au moment
même où la fièvre est près de toucher à sa fin, le cycle thermique,
interrompu encore une fois par une série de fortes réascensions,
durant un ou plusieurs jours.
Dans les cas où des exacerbations vespérales modérées se con-
tinuent pendant assez longtemps (ce qui peut dépendre en partie
de la guérison imparfaite de la pneumonie, en partie de compli-
cations sérieuses, telles que la pleurésie, les bronchiectasies pu-
rulentes, etc.), la transition à l'état apyrétique se fait (quand elle
a lieu) toujours par gradations presque insensibles.
14. Dans les pneumonies ultimes (pneumonies des agonisants)
il n'y a pas toujours d'élévation thermique, lors même que la
température aurait été auparavant élevée, elle n'est point du tout
nécessairement modifiée par l'invasion d'une pneumonie.
Mais, d'un autre côté, on constate aussi assez souvent que, dans les
cas où une pneumonie ayant atteint un individu déjà très -malade,
entraîne sa mort, cette terminaison fatale est annoncée par une éléva-
tion thermique (que la maladie primitive ait été aiguë ou chronique) .
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 595
La température ne monte d'abord que modérément, mais le der-
nier jour avant la mort, et quelquefois plus tôt, elle peut s'élever
à des degrés plus considérables. Il n'est cependant pas douteux
qu'une température extrêmement fébrile ne soit produite que très-
exceptionnellement par une pareille pneumonie terminale, et quand
cette température extrême se présente, elle est certainement déter-
minée par des conditions morbides autres que la pneumonie.
15. Traube, dans son travail sur l'action de la digitaline (1850,
Charité Annalen, p. 622) et dans son mémoire sur les crises et les
jours critiques (Deutsche Klinik, 1851-1852) a publié des faits
intéressants sur la marche particulière de la température dans la
pneumonie. En outre, il faut comparer mes publications relatives
à la pneumonie (Archiv ■ fur physiol. Heilkunde, 1856, p. 17 et
1858, p. 27 et Archiv der Heilkunde, 1862, p. 13).
Ziemssen (Pleurésie et pneumonie de l'enfance. — Pleurilis
und pneumonie im Kindesalter, 1862) .
Thomas (Archiv der Heilkunde, 1864, p. 50 et 1865, p. 118).
Kocher (Traitement de la pneumonie franche par le veratrum
viride. — Behandhmcj d. croupôsen Pneumonie mit Veratrum,
1866).
Schrôtter (Sitz.Ber. d. Kais. Acad. d.Wissenschaft. — Juillet,
1868).
Kieman (PragerVierteljahrsschrift, 1868, p. 72).
Grimshaw (Dublin Quarterly Journal. — Mai, 1869).
Maclaga (Edinburgh Médical Journal. — Février, 1869, page
684).
Warnatz (Leipz. Dissertât. — 1869).
Pour les tracés thermiques de la pneumonie, voy. planche VI.
XV. AMYGDALITE
1. L'angine tonsillaire présente, sous plusieurs rapports, des
analogies avec la pneumonie et ses diverses variétés ; mais, abstrac-
tion faite des affections diphthéritiques du pharynx, elle n'offre ja-
mais les mêmes dangers, et, par conséquent, sa marche est tou-
jours plus bénigne.
596 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
Tout comme dans la pneumonie, on constate aussi dans l'amyg-
dalite deux formes différentes, au point de vue du rapport chrono-
logique de la fièvre avec bs lésions locales. Tandis que, dans un cer-
tain nombre de cas, la fièvre se développe en même temps que les
phénomènes locaux ou leur est consécutive, il s'en présente d'autres
dans lesquels une fièvre intense, du genre de la fièvre prodromi-
que des exanthèmes, précède de vingt-quatre, trente-six heures
et môme de deux ou trois jours le développement de l'angine ton-
sillaire (comme cela arrive souvent dans la pneumonie lobaire).
Cette dernière forme se rencontre dans l'amygdalite catarrhale
aussi bien que dans la parenchymateuse, elle est relativement plus
fréquente dans la première; mais, prise dans un sens absolu, elle
y est plus rare, car les angines catarrhales fébriles sont beaucoup
plus rares que les angines parenchymateuses.
Il est d'ailleurs impossible d'établir une différence tranchée en-
tre le type fébrile de l'amygdalite catarrhale et celui de l'amygda-
lite parenchymateuse, il est seulement permis de dire que cer-
taines conditions se rencontrent plus fréquemment dans l'une de
ces deux formes que dans l'autre.
2. Si la fièvre fait son apparition dans la période initiale de la
maladie les symptômes iébriles se développent presque toujours ra-
pidement, souvent accompagnés de frisson, plus souvent encore
d'une grande impression de froid, mais pouvant aussi débuter par
la chaleur, qu'il y ait ou non des lésions locales sur les amygdales.
Sous ce rapport, il n'y a pas de différence essentielle entre les
formes parenchymateuse et catarrhale. Les caractères de l'ascen-
sion thermique initiale ne sauraient encore être précisés, car on a
trop rarement l'occasion d'observer la maladie à son début.
D'ordinaire, la température atteint, dès les premiers jours, le
maximum de l'élévation, le plus fréquemment cela a lieu le troi-
sième jour de la maladie, très-souvent aussi, le deuxième et le qua-
trième.
Les élévations maxima dans la forme catarrhale sont, en moyenne,
plus basses que dans la forme parenchymateuse; dans la pre-
mière, elles n'atteignent que rarement 40°, tandis que dans la se-
conde, elles dépassent parfois 40° et 40°,75 (mais ce n'est pas le
cas le plus fréquent). Dans la grande majorité des cas, la tempe-
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 597
rature maxima reste entre 59° et 40° dans l'amygdalite parenchy-
mateuse, et dans la forme calarrhale au-dessous de 59°.
Après avoir atteint leur maximum, les deux formes prennent
d'ordinaire une direction descendante, à moins que la crise se
soit aussitôt produite.
La marche de la température pendant le fastigium est, en géné-
ral, discontinue dans les deux formes; cependant, dans la forme
catarrhale, quand des maxima quotidiens ont été atteints, les fluc-
tuations sont plus grandes et les rémissions descendent quelque-
fois jusqu'à l'état normal, tandis que, dans la forme parenchyma-
teuse, l'évolution thermique se rapproche plutôt du type continu,
au moins dans les premiers jours, ou bien arrive à un sommet
unique, précisément dans les cas où la température est très-
élevée.
La crise est précédée, dans quelques cas, à la vérité, peu fré-
quents, d'une perturbation critique (perturbatio critica).
5. La défervescence se produit dans les deux formes d'une façon
le plus souvent rapide : dans les deux tiers des cas seulement, pour
la forme catarrhale; dans les cinq sixièmes environ, dans la forme
parenchymateuse.
En général, la crise commence entre le troisième et le cin-
quième jcur, rarement le deuxième, le sixième ou le septième et
beaucoup plus rarement encore plus tard.
Il est plus fréquent devoir la crise retardée jusqu'au sixième ou
septième jour dans l'amygdalite catarrhale, que dans la forme ca-
tarrhale.
En revanche, la défervescence dans la forme catarrhale, quand
elle se fait avec rapidité, se termine plus rapidement que dans la
forme parenchymateuse (sans doute à cause de l'élévation moins
considérable), d'ordinaire, clans une seule nuit, tandis que dans la
forme parenchymateuse, elle met souvent vingt-quatre à trente-
six heures à s'achever, bien qu'elle se termine souvent aussi éga-
lement dans une seule nuit.
Après la défervescence, il ne se produit jamais dans la forme ca-
tarrhale des températures sous-normales, dans la forme paren-
chymateuse, il s'en produit parfois.
Si le défervescence présente une marche lytique, ce qui a prin-
598 DK LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
cipalcment lieu dans les cas à élévation modérée, de petites éléva-
tions thermiques se maintiennent encore pendant quelques jours
et le rétablissement est retardé d'autant.
Consultez Thomas (1864. Archiv der Heilkundé, t. V, p. 170)
etïreibmann (Ueber Angina Tonsill. — Dissert, inaug. 1865) ; tous
les deux ont utilisé les observations recueillies dans mon ser-
vice.
XVI. PAROTIDITE
La parotidite présente les conditions thermiques les plus va-
riées ; on ne saurait s'attendre à autre chose quand on songe dans
combien de circonstances différentes se rencontrent les affections
inflammatoires des glandes salivaires et des parties circonvoisi-
nes. Elle se montre comme affection épidémique primitive (le plus
souvent avec très-peu de fièvre), comme forme catarrhale, comme
inflammation de voisinage, comme complication dans les mala-
dies constitutionnelles infectieuses de toute sorte, comme forme
métastatique clans la pyémie, comme trouble terminal dans les fiè-
vres graves, ainsi que dans les cachexies, etc., etc.
Un grand nombre de ces formes, et précisément celles qui sont
accompagnées de fièvre ne se produisent pas assez fréquemment
pour qu'il soit possible d'établir des règles générales relativement
à la marche thermique dans chacune d'entre elles ; d'autre part,
ces cas sont presque toujours complexes, et il faudrait s'appuyer
sur un grand nombre d'expériences, pour pouvoir distinguer la
part d'influence sur la marche thermique qui revient à la paroti-
dite elle-même de celle qu'exerce la maladie primitive.
On ne peut donc, en attendant, qu'énumérer en général les con-
ditions thermiques qui peuvent se présenter dans les diverses for-
mes de parotidites. Les voici :
1° Aucune modification de la température qui, précédemment,
avait été normale ou fébrile (cas assez fréquent) ;
2° Elévations thermiques modérées ;
5° Ascension éphéméréennes (semblables à celles de la fièvre
éphémère) avec chute rapide ou ralentie ;
4° Fièvre continuependant plusieurs jours (polyhémère) ;
5° Fièvre rémittente ;
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 599
6° Cycle thermique analogue à celui de la pyémie ;
7° Ascensions terminales très-élevées ;
8° Collapsus.
XVII. MÉNINGITE
1. Il y a beaucoup de cas de méningite qui évoluent sans aucune
espèce de fièvre ou bien ne présentent que des élévations thermi-
ques irrégulières et sans caractères particuliers ; ce sont les inflam-
mations chroniques et partielles des méninges. — Les inflam-
mations aiguës étendues des méninges n'affectent pas non plus
d'allure thermique constante ; cependant, on peut y établir cer-
taines règles qui ne sont nullement précises et applicables sans
exceptions, mais qui s'adaptent pourtant à la grande majorité des
cas.
Au point de vue du cycle thermique, on distingue principale-
ment trois espèces de méningite :
a. L'inflammation aiguë sporadique de la pie-mère qui revêt la
face convexe des hémisphères.
b. La forme granuleuse (tuberculeuse) qui a son siège principa-
lement à la base dans les scissures de Sylvius et sur le cervelet.
c. La forme épidémique qui attaque pour la plupart simultané-
ment la convexité et la base, et s'étend aussi à la moelle épinière
(méningite cérébro-spinale épidémique).
Ces formes différentes, au point de vue étiologique etséméiolo-
gique, présentent aussi des divergences dans leurs caractères ther-
miques.
2. Dans la méningite aiguë de la convexité, la fièvre débute, tan-
tôt d'une façon rapide, tantôt plus ou moins lentement suivant la
cause déterminante de la maladie.
Autant que je puis en juger d'après le petit nombre de cas que
j'ai à ma disposition, l'ascension thermique devient bientôt très-
considérable, se maintient à une grande hauteur (au-dessus de
40°) d'une façon continue et monte encore davantage pendant
l'agonie, de sorte que la mort survient habituellement à une tem-
400 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
pérature hyperpyrétique. La durée totale de la maladie ne dépasse
pas quelques jours.
5. Dans la méningite basilaire granuleuse, le commencement de
l'ascension thermique se dérobe d'ordinaire à l'observation, soit
qu'on n'ait pas pratiqué de mensuration dans les premiers jours
du début insidieux de la maladie, soit que les lésions antérieures
(tuberculose des glandes, des poumons, etc.) aient déterminé déjà
une élévation thermique.
Dans le cours de la maladie, la température se maintient tantôt
seulement un peu au-dessus de l'état normal, tantôt à une éléva-
tion fébrile modérée avec un type d'ordinaire rémittent. Mais elle
atteint aussi assez souvent les degrés fébriles d'une fièvre typhoïde,
d'autres fois, elle présente quelques forts abaissements et d'autres
irrégularités, parfois aussi des intervalles apyrétiques de quelques
jours.
Quand l'issue léthalo approche, après une durée plus ou moins
longue de la maladie, la température ne monte qu'exceptionnel-
lement si elle a été auparavant fébrile ; le plus souvent, au con-
traire, elle tombe ; bien qu'elle ne descende pas à l'état normal, elle
diminue cependant de plusieurs degrés, tandis que le pouls s'ac-
célère en même temps.
Dans l'agonie, cet abaissement continue ou bien il se présente
encore avant la mort une dernière ascension plus ou moins consi-
dérable; le pouls, au contraire, augmente rapidement de fré-
quence jusque presqu'au moment où les contractions du cœur
cessent.
4. La MÉNINGITE ÉPIDÉMIQUE CÉRÉBRO-SPINALE est, Oïl le Sait, Ulie
forme morbide qui, malgré son essentialité, peut présenter un en-
semble très-différent de symptômes.
Les conditions thermiques sont aussi très-diverses. Mais, comme
c'est seulement à l'occasion des dernières épidémies qui ont régné
en Allemagne que l'on a commencé en quelques endroits d'élendre
l'observation clinique à la température , les expériences sont
encore trop peu nombreuses, pour qu'elles puissent présenter
dune façon complète tous les côtés de la question.
D'après les trente et quelques cas de cette maladie que j'ai ob-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 401
serves moi-même, il me semble qu'il y aurait lieu de distinguer
trois variétés principales dans le cycle fébrile :
a. Dans quelques cas très-graves et rapidement mortels, la tem-
pérature présente une allure semblable à celle de la méningite de
la convexité.
Bien qu'elle ne soit pas toujours très-élevée au début de la ma-
ladie, elle atteint cependant la très-peu de temps des degrés ex-
trêmement considérables, auxquels elle se maintient durant plu-
sieurs jours ; à l'approche du moment suprême, elle peut atteindre
des élévations extraordinaires (42° et au-dessus ; dans un cas elle
était de 45°, 75) et, après la mort même, elle peut s'élever encore
de quelques dixièmes ; dans le cas susmentionné, elle était mon-
tée trois quarts d'heure après la mort jusqu'à 44°, 16. — Parmi
les cas mortels, on en trouve aussi dans lesquels la température
très-peu élevée pendant un certain temps montait soudain à des
hauteurs considérables à la fin de la maladie.
b. D'un autre côté, des cas relativement légers ne présentent
qu'une fièvre de courte durée, bien que parfois avec de considé-
rables élévations (en opposition apparente avec la lenteur du
pouls) et avec une marche le plus souvent discontinue. La guéri-
son ne s'effectue pas nettement sous forme de crise, mais avec une
défervescence plutôt rémittente, le pouls commence précisément
à s'accélérer quand la température est devenue à peu près ou com-
plètement normale. Il arrive qu'après la défervescence, au mo-
ment où la guérison semble prochaine, une récidive se produit
tout d'un coup avec une élévation rapide et une marche semblable
à celle décrite dans le paragraphe précédent.
E_: opposition avec ces marches iébriles de courte durée, pré-
sentant un caractère léger ou extrêmement grave, on trouve des
cas dans lesquels le décours de la température est plus ou moins
traînant et dans lesquels la fièvre suit une marche correspondante.
L'élévation thermique peut être très-différente et varier d'une
façon multiple dans un seul et même cas ; cela doit dépendre prin-
cipalement des diverses complications qui peuvent affecter les
bronches, les poumons, les intestins, les séreuses, etc.
Parfois, la durée et les exacerbations thermiques de la fièvre
sont semblables à celles de la fièvre typhoïde, et, jusqu'à un certain
26
402 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
point, le tracé thermique peut présenter une très-grande ressem-
blance avec celui de la maladie susmentionnée ; mais il n'offre
pas la régularité qui caractérise la fièvre typhoïde, et l'on n'y re-
trouve tout au plus que les traits de la période amphibole du ty-
phus abdominal; on pourrait cependant le comparer encore à la
forme irrégulière de cette maladie. On peut y constater des fluc-
tuations d'une grande étendue, des améliorations apparentes, des
réascensions subites. Parfois l'état thermique ressemble à celui
d'un phthisique fébricitant.
La défervescence peut se faire avec rapidité, mais, d'ordinaire,
elle suit une marche lente. Quand l'issue est mortelle, il se pro-
duit des élévations ou des diminutions thermiques suivant la
variété du cas et selon la cause qui a directement produit la
mort.
J'ai relaté en détails (Archiv der Heilkunde, t. VI, p. 271) un
cas très-intéressant dans lequel le diagnostic restait indécis entre
une fièvre typhoïde et une méningite cérébro-spinale, tant au
point de vue de l'état thermique qu'eu égard aux autres phéno-
mènes morbides.
Consultez mes deux mémoires (1864, Archiv der Heilkunde,
t. V, p. 417 et 1865 ibid., t. VI, p. 268).
Ziemssen et Hess (1865, Deutsches Archiv fur klinische Médi-
an, t. I, p. 72 et 546).
Mannkopf (Ueber Meningitiis cerebrospin. epid. 1866).
Voyez planche VI.
XVIII. PLEURESIE, ENDOCARDITE, PERICAROITE
ET PÉRITONITE
La température dans les inflammations des membranes séreuses
de la poitrine et de l'abdomen, présente le plus souvent une ab-
sence complète de caractère typique.
Ces affections peuvent suivre leur cours sans présenter la moiiv
dre élévation thermique ou bien être complètement apyrétiques à
certains moments et offrir de temps en temps quelques élévations
de température.
Si elles viennent s'ajouter à d'autres maladies fébriles, elles ne
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 403
modifient presque en rien la marche thermique de ces dernières,
ou la rendent seulement irrégulière sans lui imprimer de ca-
ractère particulier. D'ordinaire, elles retardent la défervescence de
la maladie qu'elles compliquent, la rendent plus lente, plus incom-
plète et produisent des réascensions tardives.
Mais elles peuvent aussi par elles-mêmes provoquer des éléva-
tions, tantôt modérées, tantôt considérables.
Elles peuvent encore amener des abaissements thermiques sous-
normaux et des températures de collapsus.
Malgré le grand nombre de tracés thermiques que je possède
sur ces affections, il ne m'a encore été possible jusqu'ici que de
poser quelques conclusions générales relativement à la valeur
seméiologique de la température dans ces maladies.
Elles peuvent être formulées de la façon suivante :
1. Dans ces maladies, aucune modalité thermique n'offre de si-
gnification sûrement favorable ; quelle que soit la marche de la
température, la mort peut toujours survenir. En se guidant sur la
température, on ne peut donc en aucune façon garantir que la ma-
ladie se terminera par une guérison complète.
2. Les conditions thermiques qui semblent les plus favorables,
c'est-à-dire celles qui rendent la plus probable une terminaison
heureuse, sont les suivantes :
a. Quand la température n'a nullement été altérée par la ma-
ladie.
(3. Quand elle est restée dans les limites d'une température hy-
popyrétique, ou d'un léger mouvement fébrile ; et ne la dépasse
même pas passagèrement, ou n'est pas notamment descendue à
des degrés sous-normaux.
Y« Quand il y a une fièvre modérée à type rémittent, ne dépassant
pas la durée de deux semaines et s'éteignant ensuite après des
abaissements progressifs, sans que d'autres symptômes suspects
soient venus s'y ajouter.
3. Les températures sous-normales se présentent surtout fré-
quemment dans la péritonite et sont toujours excessivement sus-
pectes. La mort survient assez souvent dans ces conditions ther-^
04 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
miques, soit que cette basse température ne se produis 3 que peu
avant la mort, soit qu'elle ait existé longtemps auparavant, ou
qu'elle ait alterné avec des degrés normaux et élevés.
4. Les températures hyperpyrétiques, comme toutes les tempé-
ratures ascendantes en général , ne sont pas encore par elles-
mêmes, il est vrai, l'indice d'une terminaison fâcheuse, mais,
du moins, elles ajoutent un nouvel élément de gravité aux autres
circonstances défavorables qui existent déjà.
Quand des températures auparavant très-hautes descendent
à des degrés modérés, le danger n'est nullement conjuré pour cela,
mais il est, à la vérité, moins grand que si les températures res-
taient à leur élévation primitive.
5. Outre l'ascension fébrile, ce qui augmente le danger, c'est la
persistance de la température à un niveau fixe et l'absence de ré-
missions, ce sont surtout des températures restant très-hautes pen-
dant un espace de temps assez long et même de grandes exacerba-
tions vespérales alternant avec des rémissions matinales considéra-
bles. Dans le piemier cas, la maladie est absolument grave; dans
le second, le rétablissement complet est au moins douteux. Le
retard que subit dans ces affections le retour complota l'état nor-
mal des températures élevées (que ces maladies aient été primitives
ou consécutives à d'autres affections fébriles) ralentit, à la vérité, la
guérison complète et détermine des troubles dans la convalescence,
mais n'empêche pas, en fin de compte, le rétablissement définitif
de l'équilibre.
6. Des fluctuations très-considérables et des alternatives irrégu-
lières de températures très-élevées et d'abaissements profonds, du
genre de celles de 'a pyémie, se produisent surtout dans les endo-
cardites, parfois aussi dans les inflammations du péricarde, de la
plèvre et du péritoine ; elles sont toujours extrêmement dange-
reuses et rendent très-probables une issue mortelle.
7. Les températures hyperpyrétiques se rencontrent principale-
mont dans quelques cas de péritonite, notamment dans la forme
puerpérale, et permettent de supposer qu'à côté de l'inflammation
DE LÀ TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 405
de la membrane séreuse, il y a encore une autre processus (déter-
miné par l'infection), tandis que les péritonites des couches, qui
ne sont pas accompagnées d'élévations considérables, ne doivent
probablement être considérées que comme des affections locales.
Toutes les fois que dans des affections de ce genre on notera des
élévations thermiques plus ou moins considérables, l'issue mor-
telle sera à craindre et pourra même être regardée comme immi-
nente.
Il convient ici de faire mention d'une observation très-intéres-
sante de Kussmaul (1868. Deutsches Archiv fur klin. Med.,t.W,
p. 1). Il a vu, dans des pleurésies fébriles purulentes et fétides, un
rapide retour de la température à l'état normal après la thoracen-
tèse. J'ai observé moi-même un fait analogue aux précédents, tan-
dis que dans le eas d'un épanchement de matière séro-fibrineuse,
la fièvre modérée n'était pas sensiblement modifiée après la ponc-
tion.
XIX. RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU
1 . La fièvre dans le rhumatisme polyarticulaire aigu semble pré-
senter des divergences très-considérables quand on ne compare
que superficiellement quelques observations isolées. On y trouve,
en effet, une apyrexie complète à côté d'états fébriles intenses,
ici une longue durée, là une durée très-courte ; dans un cas, une
marche continue, dans l'autre, rémittente; tantôt des élévations
subites, tantôt des abaissements accidentels, et tout cela avec le
même diagnostic nominal.
Cependant, si l'on compare une grande quantité de cas de cette
maladie, il devient évident que certaines modalités du cycle ther-
mique se répètent plus fréquemment, de sorte qu'on peut les di-
viser en types bien caractérisés et en types moins bien définis
du rhumatisme polyarticulaire, quoiqu'il ne soit pas toujours fa-
cile de déterminer pourquoi certains cas appartiennent plutôt à l'un
des types qu'à l'autre, et qu'on ne puisse fixer les conditions
qui régissent la marche de la maladie et en font varier le cours.
On peut en outre remarquer qu'en ne tenant compte que de
quelques centaines de cas, les modalités thermiques présentent
une multiplicité vraiment inextricable, tandis que si le nombre
400 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
des cas examinés est encore plus considérable, on s'aperçoit bien-
tôt que les différents cycles thermiques ne se subdivisent pas à
l'infini et qu'il est, au contraire, possible dans ces conditions, de
démêler les diverses variétés et de les ramener toutes à un petit
nombre de formes caractéristiques.
2. Un nombre très-considérable, environ la moitié des cas de
rhumatisme aigu, notamment les cas légers ou de moyenne inten-
sité, mais en partie aussi des cas graves présentent au total une
fièvre modérée dans laquelle la température monte graduellement
au début et atteint le maximum à la fin de la première semaine,
se maintient à cette hauteur ou dans son voisinage avec des os-
cillations insignifiantes ou nulles, durant peu de jours seulement
(parfois même pendant une seule nuit), et descend alors (quand
le malade est bien soigné) par étapes successives, le plus souvent,
avec des ré- missions matinales modérées ; à ce moment, ces cas
paraissent encore très-accessibles aux agents extérieurs, mais fort
peu influencés par les inflammations intercurrentes des organes
internes (tant que celles-ci ne sont pas très-intenses), avec cela on
trouve fréquemment une disproportion entre l'élévation de la
température et la fréquence du pouls, même en l'absence de lé-
sions cardiaques. Avec un bon traitement, appliqué en temps
opportun, toutes les autres conditions étant du reste favorables, la
lièvre tombe complètement ou à peu près dans le cours de la
deuxième semaine ou au moins vers sa fin ; dans les cas graves,
l'apyrexie n'apparaît que vers la troisième semaine.
Mais cette esquisse générale de la marche thermique demande
à être expliquée en détails.
L'évolution entière se décompose en trois périodes. Ce sont :
1° L'ascension de la température (période pyrogénétique) ;
2° L' apogée de la fièvre qui, tantôt, ne consiste que dans une
seule acmé, et, d'autres fois, présente un fastigium de plusieurs
jours ;
5° La période de déclin qui se confond insensiblement avec la
défervescence.
a. On peut rarement observer le début de la fièvre dans le rhu-
matisme polyarticulaire, les malades ne se présentant presque ja-
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 407
mais à l'observation dans les premiers jours de l'invasion. Mais
les renseignements qu'ils fournissent permettent avec raison
de supposer que la fièvre ne débute pas ici d'une façon brusque,
comme dans la pneumonie fibrineuse ou dans la plupart des affec-
tions exanthématiques aiguës, mais qu'elle se développe plutôt
d'une façon graduelle qui, parfois, semble même plus lente que
dans la fièvre typhoïde.
A la vérité, il se trouve des cas où les malades présentent déjà,
dès le deuxième ou le quatrième jour, une élévation thermique de
presque 40° ; mais ce ne sont là que des exceptions. — Il n'est
pas rare, d'autre part, de trouver une température très-modérée
vers le milieu ou à la fin du premier septénaire ; au delà de ce
terme, elle s'élève ensuite et peut rester au même degré si le ma-
lade est bien traité.
b. La période à'aagment ne doit pas non plus être complètement
perdue de vue dans les observations. Chez les individus affectés de
rhumatisme articulaire aigu qui se trouvent à l'hôpital, la tempé-
rature maxima correspond, dans la grande majorité des cas, au
moment de l'entrée du malade à l'hôpital, souvent même à la
première soirée qu'il passe dans la salle ; puis on observe un
abaissement progressif et continu, et après un fastigium uni-
forme de deux à quatre jours, la tendance à la diminution
se fait positivement sentir. Cette allure thermique très-habi-
tuelle paraît démontrer l'un des deux faits suivants; ou que le
transport exerce une influence très-nuisible sur les rhumatisants
et qu'il est capable d'élever sensiblement leur température, ou
bien qu'un traitement habilement dirigé peut promptement
abattre la fièvre.
Il est impossible d'admettre que ce soit par un simple effet du
hasard que les malades entrent en traitement précisément à l'épo-
que du fastigium naturel et spontané de leur fièvre. Car cette élé-
vation maxima qui se montre le jour même de l'entrée du malade
à l'hôpital, et le prompt abaissement qui lui succède, se produisent
avec la même fréquence, soit que le malade ait été amené à l'hô-
pital dès le début de sa maladie, ou à une période plus avancée.
Il me semble même que la diminution thermique succède à l'é-
lévation maxima d'autant plus vite que le malade a été admis
408 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
plus tôt à l'hôpital, c'est-à-dire que cette succession est d'autant
plus prompte que la maladie dans sa période d'augment est sou-
mise à un traitement mieux approprié.
Quand ce n'est pas l'élévation thermique maxima qu'on trouve
à la première mensuration, et que l'on constate chez le malade, au
moment de son entrée, une température plus basse, ce maximum
se présente néanmoins parfois sur le tracé sous forme d'une cime
unique qui contraste souvent beaucoup avec les températures plus
basses qui le précèdent ou le suivent. Dans des cas semblables, il
ne saurait même pas être question d'une période de fastigium,
mais d'une seule acmé momentanée. Cette ascension maxima qui
se montre en général dans la soirée, est souvent assez considérable
et peut aisément s'élever au-dessus de 40°, dépasser d'un degré et
plus l'élévation vespérale de la veille et du lendemain et même de
deux degrés la température des matinées précédente, et suivantes.
Cette cime acméenne apparaît d'habitude entre le cinquième et
le neuvième jour de la maladie, mais elle peut aussi se présenter
plus tôt (dès le troisième jour) ou plus tard. Souvent elle s'étend
même au point de devenir un vrai fastigium. Mais ce fastigium est
dans la plupart des cas très-court relativement à la durée totale de
la maladie; il l'est d'autant plus, que la température a atteint de
plus grandes élévations, quoique le cas en lui-même n'ait pas été
intense. Fréquemment, il ne dure pas plus de deux ou trois jours.
C'est un fait exceptionnel que l'élévation de 40° soit atteinte ou
dépassée pendant plus de trois jours consécutifs (c'est ce qui a lieu
notamment dans les cas très-graves). Dans un grand nombre de
cas de rhumatisme articulaire très-complètement développé, les
maxima quotidiens restent aussi cà l'apogée de la maladie entre
38°,6 et 59°,5.
Dans ces cas, le fastigium dure parfois un peu plus longtemps,
mais presque toujours, même qnand il se maintient durant une se-
maine, il est plus court que la période suivante.
La marche thermique dans le fastiguim est tantôt continue,
tantôt exacerbante, tantôt sous-rémittente, tantôt enfin elle pré-
sente de grandes et profondes rémissions.
c. La période descendante (ou de déclin) montre un type diffé-
rent, par rapport à la promptitude et à la forme de la diminution.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 409
Dans les cas les plus favorables, notamment dans ceux où l'in-
tervention a été précoce, la descente est relativement rapide; elle
se fait le plus souvent en zigzag, dans le genre de celle de la fièvre
typhoïde légère; parfois aussi sans ascensions vespérales, comme
dans quelques cas de scarlatine; l'abaissement prend alors l'aspect
d'une défervescence lytique, qui peut s'achever en cinq ou six
jours.
C'est seulement par exception que cette descente est encore plus
rapide, et peut offrir même l'apparence d'une crise.
En revanche, la diminution thermique lente ou saccadée est
plus fréquente ; après un premier abaissement, une fièvre modérée
le plus souvent rémittente, d'une moyenne quotidienne assez uni-
forme, se maintiendra pendant assez longtemps, et l'on n'obser-
vera en général qu'une faible tendance à la diminution, ou bien
les diminutions ont lieu à la vérité tous les jours, mais elles sont
insignifiantes, et il faut dix ou vingt jours avant que l'état normal
ne soit atteint, ce qui rend la descente de la température pres-
que imperceptible. Lorsque l'apyrexie est complète et que le ma-
lade entre en convalescence, la température, le plus souvent fluc-
tuante, reste encore pendant un certain temps à un niveau plus
élevé de quelques dixièmes que le taux physiologique ou que la
température d'un convalescent de maladie aiguë typique. Les
températures vespérales peuvent encore accidentellement présen-
ter une légère élévation fébrile, et l'on peut même constater par
temps des ascensions momentanées plus considérables encore.
A en juger d'après ce qui précède, la fièvre est, daus ces cas de
rhumatisme aigu, modérée, tout au plus d'une moyenne gravité.
Abstraction faite de la courte acmé, elle se maintient à un niveau qui
ne dépasse qu'exceptionnellement la limite d'une fièvre modérée.
5, Il y a cependant de nombreuses et de fréquentes exceptions
à la forme précédente, que l'on peut considérer comme la marche
la plus habituelle et la plus favorable. Le nombre des cas excep-
tionnels est toutefois bien inférieur au chiffre des cas régu'rrs.
Il faut citer en premier lieu les formes extrêmement légères
dans lesquelles la température n'éprouve que des modifications
insignifiantes ou nulles, tandis que les lésions locales sont relati-
vement plus accusées. Souvent, en effet, on ne saurait dire pour-
410 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
quoi clans des affections articulaires assez intenses la fièvre reste
aussi peu marquée ou manque même tout à fait. Les complications
cardiaques ne doivent pas être exclues pour cela. Les affections
rhumatismales avec fièvre insignifiante (ne dépassant pas 58°, 5)
ou avec des températures sous-fébriles représentent le tiers des
cas de rhumatisme articulaire aigu.
Toutes les formes plus ou moins graves qui s'écartent de ce type
ne représentent probablement pas (au moins dans nos contrées)
dans leur ensemble plus du sixième de tous les cas.
4. Une des variétés les plus fréquentes parmi ces dernières est
la forme ralentie (traînante). Dans cette forme, la durée de la
maladie est essentiellement prolongée. La fièvre persiste jus-
que dans la quatrième et la cinquième semaine. Les différences
quotidiennes sont d'ordinaire beaucoup plus considérables que
dans les autres formes, tandis que dans les heures matinales, la
température peut quelquefois tomber jusqu'à l'état normal ; le
soir, la fièvre est plus ou moins forte, et le thermomètre marque
même souvent plus de 40°. Il y a fréquemment des irrégularités et
des modifications dans le type, et la température ne revient que
très-lentement à l'état normal.
Les grandes fluctuations quotidiennes sont d'autant plus accu-
sées que les manifestations articulaires et osseuses ont plus de
tendance à se localiser; on peut observer en pareil cas des varia-
tions de trois degrés et plus dans une seule journée.
Des recrudescences de la fièvre ou des ascensions intercalaires
sans cause appréciable se produisent assez souvent ; dans le cours
d'une fièvre souvent très-modérée, ou même après le retour à
l'état sous-fébrile ou apyrétique, on observe une élévation ther-
mique plus ou moins considérable (même de 2° et plus), qui sou-
vent est tout à fait éphémère, parfois est bientôt compensée, quel-
quefois aussi se maintient pendant assez longtemps. Cette ascension
n'est pas toujours en rapport avec un nouvel accroissement de l'af-
fection articulaire ou avec le développement d'une complication.
Notamment dans les ascensions intercalaires qui ne durent qu'un
jour ou très-peu de temps, on ne découvre souvent rien qui ex-
plique l'accident, et le court paroxysme fébrile, dont le malade
lui-même n'a souvent pas conscience, reste aussi sans la moindre
DE LA. TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 411
influence sur la terminaison régulière. Les élévations thermiques
qui se développent lentement et persistent pendant assez long-
temps peuvent se compliquer d'une recrudescence de tous les
symptômes.
Les cas où la température a été artificiellement abaissée, dans
le fastigium de la maladie, par des médicaments (digitale, aconit),
et où elle remonte dès que les agents thérapeutiques ont épuisé
leur action, peuvent ressembler à des recrudescences.
5. Les complications de rhumatisme aigu, notamment les péri-
cardites et les endocardites, ne modifient, dans beaucoup de cas,
en rien la marche de la fièvre. Elles se produisent quelquefois sans
que la température monte même d'un dixième ou que la tendance
à l'abaissement en soit nullement altérée. Dans d'autres cas, au
contraire, il se produit les modifications suivantes :
a. Le cycle thermique n'est pas troublé, à la vérité, pendant le
fastigium et la période de décroissance ; mais, dans la période de
convalescence, la température se maintient à un niveau un peu
plus élevé que d'habitude, et monte même encore un peu dans le
cours ultérieur de la convalescence. Cela a lieu aussi bien dans
les péricardites que dans les endocardites valvulaires. Souvent il
s'écoule un certain temps avant que la température ne redescende.
b. Ajoutons encore une autre particularité : après que la ma-
ladie aiguë a été essentiellement guérie, il peut se présenter un
état sous-fébrile ou même fébrile, parfois avec des paroxysmes
assez intenses, de plusieurs jours de durée. Ces fièvres secon-
daires, sous la dépendance d'une péricardite, consistent en plu-
sieurs accès fébriles, chacun d'une durée de plusieurs semaines
et au-dessus, séparés par de brefs intervalles d'une apyrexie par-
fois incomplète. Au début d'une insuffisance des valvules aor-
tiques déterminée par une endocardite, il se produit aussi des
ascensions thermiques considérables, tandis que les insuffisances
de la valvule mitrale paraissent beaucoup moins influer sur la
température.
c. Parfois cependant on constate, à la suite de complications,
des ascensions thermiques plus ou moins considérables; dans les
périodes initiales de rhumatisme aigu, l'invasion d'une pneumonie
412 DE IA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
exerce une action manifeste, sinon constante, sur la température
dans le sens de l'augmentation. Les autres complications (telles
que la péricardite, l'endocardite, la bronchite, la péritonite, l'ur-
ticaire, la miliaire, etc.) ne produisent des ascensions thermiques
qu'exceptionnellement quand elles sont très-intenses, ou peut-être
selon la prédisposition du sujet, peut-être aussi suivant l'évolution
particulière de l'inflammation qui est venue compliquer la maladie
primitive.
6. Le rhumatisme peut traîner pendant très-longtemps en se
fixant sur les os ou les articulations, ou à la suite de poussées nou-
velles du processus morbide, ou enfin consécutivement à des com-
plications ultérieures.
Ces formes invétérées et persistantes se présentent assez rare-
ment dans mon service à l'hôpital, mais je ne crois pas me trom-
per en supposant qu'elles se rencontrent beaucoup plus fréquem-
ment dano la pratique privée.
Les rhumatismes opiniâtres à localisations fixes, changeantes ou
successives, présentent tantôt une grande intensité, tantôt elles ne
déterminent que des symptômes légers. Ces différences se reflètent
manifestement sur la marche de la température, bien que d'un
autre côté, çà et là, surgissent des accidents graves sans ascensions
thermiques correspondantes.
7. Parmi les maïadies mortelles qui sont accompagnées de phé-
nomènes rhumatismaux ou rhumatoïdes multiples, on observe deux
formes essentiellement différentes, et qui se produisent sans as-
cension thermique correspondante.
a. Dans le premier groupe, la mort est déterminée par une loca-
lisation fixe, le plus souvent par des affections cardiaques ou par
leurs conséquences, tantôt se rattachant directement au rhuma-
tisme articulaire, tantôt ne se produisant qu'après la guérison
complète de la maladie primitive. La marche thermique n'est pas
nécessairement modifiée pendant le cours du rhumatisme, mais
elle présente des irrégularités, et quand la mort a lieu de bonne
heure, l'abaissement caractéristique fait défaut ou bien est inter-
rompu. La mort qui, dans ce cas, n'est pas essentiellement déter-
minée par la maladie primitive, mais par le caractère fâcheux qu'a
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 413
revêtu certaine manifestation locale ou par une complication, peut
être précédée d'un fort abaissement thermique.
b. D'autres cas, qui d'ordinaire sont aussi rangés parmi les rhu-
matismes aigus, revêtent tantôt dès le début, tantôt dans le cours
de la maladie, un caractère de malignité qui prend bientôt de très-
sérieuses proportions, après avoir été tout d'abord à peine accusé.
Les signes de perniciosité qu'on observe le plus souvent sont : des
frissons, une fièvre extrêmement intense, divers symptômes ner-
veux graves, de l'ictère, des hémorrhagies, de la diarrhée et une
augmentation considérable du volume de la rate. Aucun de ces
symptômes n'est en lui-même absolument caractéristique ; la ma-
lignité ne résulte que de la combinaison multiple de tous ces
phénomènes. Les douleurs articulaires sont plus ou moins vio-
lentes et s'étendent fréquemment aussi aux muscles, à la tète, à la
poitrine et à l'abdomen. La mort survient presque toujours à une
température extrêmement élevée, parfois énorme, allant jusqu'à
45°, même 44° et au-dessus, comme dans les cas de Quincke, de
H. Weber (de Londres), et dans mes propres observations.
Il serait peut-être plus rationnel de désigner ces cas sous le nom
de maladies rhumatoides que de les appeler des rhumatismes ar-
ticulaires vrais. Ces affections ïhumatoïdes peuvent revêtir trois
formes différentes : une forme pyémique , une forme ictérique
et une forme nerveuse. Elles se rattachent l'une à la pyémie
spontanée, l'autre à l'ictère grave essentiel, et la troisième aux
accidents nerveux pernicieux à marche rapide sans lésion anato-
mique appréciable, et elles ne se distingutn* des maladies pré-
cédentes qu'en ce que les fortes douleurs articulaires peuvent,
pendant un certain temps, être pri :ss pour un rhumatisme aigu ;
ces différences ne sont cependant pas très-rigoureusement tran-
chées, et l'on est autorisé à dire que la forme nerveuse est la
moins complètement développée, que la forme ictérique l'est
davantage et la forme pyémique est la plus nette.
Dans la forme la plus parfaite (forme pyémique), on peut noter
de bonne heure des indices de la malignité du processus. La
fièvre est très-intense, et il survient cies frissons, de l'ictère, du
gonflement splénique, tandis que les amendements ne sont que
passagers, trompeurs et imparfaits. Une semblable atténuation se
il 4 DE LÀ TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
présente notamment dans la période proagonique, tandis que le
jour même du décès, la température monte d'ordinaire considéra-
blement.
L'évolution thermique est à peu près la môme quand il ne se
forme pas des foyers de pus, mais que l'ensemble des troubles
fonctionnels se rapproche du tableau morbide de l'ictère grave.
Dans les cas mortels où il n'y a ni foyers purulents multiples ni
ictère, la maladie présente d'abord la marche d'un rhumatisme
articulaire très-intense. Il se peut même que la température
prenne une direction descendante, mais simultanément apparais-
sent des symptômes suspects, qui sont du domaine du système
nerveux. Tout à coup ces phénomènes augmentent d'intensité en
même temps que la température remonte; en très-peu de temps,
ces symptômes prennent une extrême gravité, la mort survient
tout à coup avec une température hyperpyrétique, et l'on ne
trouve pas de lésions appréciables dans le cerveau, si ce n'est de
légères traces de méningite. Des ascensions thermiques peuvent
se produire après la mort.
Voyez, pour les tracés thermiques, planche VIL
XX. OSTÉOMYÉLITE
Dans l'ostéomyélite aiguë, qui offre certaines analogies avec le
typhus, et pour cette raison a été appelée typhus des os, les con-
ditions thermiques ne s'accordent que très-imparfaitement avec
celles des maladies typhiques, et encore cela n'a-t-il lieu que dans
des cas exceptionnels.
Sur les six cas que j'ai observés, il y en avait cinq à marche
brève et plutôt continue jusqu'à la terminaison ultime ; trois du-
rèrent huit jours, un quinze jours ; dans le cinquième, le début de
la maladie ne pût pas être fixé avec précision; cependant dans
celui-ci non plus la marche ne s'étendait pas au delà de deux se-
maines ; quatre de ces cas furent observés dans les quatre ou cinq
derniers jours ; le cinquième, le jour même de la mort ; le malade
succomba en présentant une température de 40°, 7', et après la
mort la température monta à 41°, 0'. Dans les autres cas, les
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADILS. 415
limites d'une fièvre considérable (40°, 5') ne furent pas franchies ;
la marche thermique présenta des fluctuations irrégulières, mais
en réalité insignifiantes et quelques abaissements ne dépassant
pas 58°,4'-580,6'. Le contraste était remarquable entre l'éléva-
tion thermique relativement modérée et la fréquence excessive
du pouls (allant dans un cas jusqu'à 188 pulsations par minute,
douze heures avant la mort) ; dans un cas cependant, ce contraste
faisait défaut.
En opposition avec ces modalités thermiques qui ne sont pas
absolument conformes à celles du typhus, nous avons vu (dans un
cas qui s'est présenté à notre observation au septième jour de la
maladie et dans lequel l'affection, limitée de très-bonne heure au
fémur gauche, s'étendit progressivement plus tard) la marche
rémittente caractéristique de la fièvre typhoïde dans toute la
deuxième semaine (jusqu'au douzième jour 59°, 8' — 40° maxi-
mun quotidien, 58°, 6' — 59°, 2' minimum quotidien; à partir du
douzième jour, diminution graduelle avec grandes rémissions),
de telle façon que, le diagnostic restant douteux pendant toute la
semaine, les symptômes cérébraux, intestinaux, spléniques, pou-
vaient aisément faire admettre l'existence d'une fièvre typhoïde.
Plus tard, à mesure la fièvre s'éteignait, elle prit peu à peu le
type hectique.
XXI. INFLAMMATION PARENCHYMATEUSE DES REINS
La maladie de Bright aiguë présente un cycle thermique très-
peu régulier ; cela tient probablement en partie à la rapidité et à
l'intensité variables de la maladie, en partie aux conditions qui
président à son développement. Assez souvent la température n'est
que fébrile ou modérément fébrile; en d'autres cas, elle atteint des
élévations de 59°, 5 — 40° et au-dessus. Dans les cas favorables, elle
descend de là lentement vers une défervescence lytique ; dans les
cas mortels, latin peut avoir lieu avec augmentation ou diminution
de la température.
Le mal de Bright chronique n'exerce en général qu'une très-
faible influence sur la température ; dans les cas mortels mêmes,
les ascensions terminales constituent l'exceptioni
410 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
XXII. MO ATSTi:
L'inflammation parenchymateuse aiguë du foie offre des diffé-
rences très-marquées sous le rapport thermique, mais les cas sont
trop rares pour que l'on puisse en déduire des conclusions posi-
tives.
Dans la forme de l'hépatite avec ictère grave (avec ou sans in-
toxication phosphorée), la température n'est tantôt pas du tout
altérée jusqu'à la mort, tantôt elle n'est que très-modérément
élevée ou monte encore vers la fin, tantôt on rencontre des tem-
pératures considérablement fébriles ou même hyperpyrétiques.
La marche de la température dans la fièvre jaune a été consignée
dans les intéressantes publications de Schmidtlein (Deatsclies
Archiv fur Min. Médecin, IV, 50). D'après cet auteur, la tempéra-
ture dans cette maladie arrive à son élévation maxima dans les
premiers jours et atteint 40°-41°, assez souvent avec de petites
exacerbations vespérales. Du quatrième au cinquième jour, elle
tombe d'une façon continue et descend jusqu'à l'état normal et
même au-dessous. Dans les cas mortels, elle remonte de 2° et plus
au moment de la terminaison fatale.
Dans l'inflammation suppurative du foie (abcès du foie), la tem-
pérature peut présenter les mêmes caractères que dans la pyémie
ou dans les suppurations chroniques. Traube dit (Berliner Wo-
chenschrift, 18G9, p. 5) que des accès de frissons violents et répétés
avec forte élévation thermique ne se rencontrent que dans deux
maladies du foie : dans le catarrhe des voies biliaires et dans l'ab-
cès du foie. Puis il ajoute (p. 13) : à l'exception des abcès du foie
produits par la pyémie, l'endocardite et la pyléphlébite, tous les
autres abcès présentent toujours (aussitôt qu'ils occasionnent
une fièvre intermittente et sont accompagnés de frissons) une
marche fébrile absolument régulière, c'est-à-dire que les accès ou
paroxysmes fébriles affectent presque toujours le mêmerhythme,
ou à peu près, que ceux de l'infection palustre; la fièvre présente
tantôt le type d'une simple fièvre quotidienne, tantôt le type
double quotidien ou tierce. Au contraire, les accès et paroxysmes
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 417
fébriles produits par la pyémie, l'endocardite et la pyléphlébite, et
précédés de frissons, présentent toujours un rhythme absolument
irrégulier et apparaissent à des intervalles beaucoup plus courts,
jusqu'à trois et quatre fois en vingt-quatre heures.
XXIII. SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE [Lues)
1 . Je désigne sous le nom de lues les affections multiples ap-
pelées autrefois syphilis secondaire et tertiaire. Ainsi se trouve
évité d'une part le terme trop vague de syphilis, devenu sus-
ceptible de plusieurs interprétations; d'un autre côté, rien n'est
préjugé du rapport douteux qui relie cette maladie au chancre
local.
Assurément les manifestations syphilitiques peuvent se produire
sans la moindre fièvre, et il n'en existe peut-être pas qui ne puis-
sent avoir une évolution complètement apyrétique.
Certains accidents vénériens sont plus souvent accompagnés de
fièvre qu'on ne le croit généralement, et cette fièvre présente des
particularités toutes spéciales ; parfois elle est même assez carac-
téristique pour qu'on puisse par la marche thermique seule soup-
çonner au moins la nature propre de la maladie.
2. Les élévations thermiques se produisent chez les syphili-
tiques le plus souvent à l'époque où se développent les premières
manifestations cutanées, érythémateuses, papuleuses ou pustu-
leuses.
La fièvre qui accompagne les syphil'ies précoces peut être très-
intense, et les températures maxima peuvent atteindre près de 41°.
Le cycle thermique est éminemment rémittent (pseudo-inter-
mittent) avec retour quotidien à l'état normal, ou du moins à un
degré voisin de îa norme. La succession de ces rémissions mati-
nales profondes avec les exaspérations vespérales est assez régu-
lière ; mais, malgré la rapidité avec laquelle survient l'ascension
du soir, elle n'est qu'exceptionnellement accompagnée de frissons.
De même il faut compter au nombre des exceptions les cas où une
journée entièrement apyrétique s'intercale entre les jours fébriles,
et où, par conséquent, la fièvre affecte le type tierce, ou bien aussi
27
418 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
ceux dans lesquels les exacerbations considérables alternent d'un
jour entre autres avec des ascensions moins élevées. La durée du
fastigium n'est pas limitée ; tantôt courte, ne se maintenant que
pendant quelques jours, tantôt pouvant persister jusqu'au delà de
deux semaines. L'abaissement se fait par une diminution succes-
sive des exacerbations vespérales, concordant assez avec la marche
thermique du typhus abdominal dans sa période de décrois-
sance.
3. Dans maintes affections syphilitiques internes et aiguës du
foie et du cerveau, ainsi que des os, on rencontre parfois un cycle
thermique analogue, quoique moins régulier, dans lequel en
général de profondes rémissions matinales alternent avec des exa-
cerbations vespérales plus ou moins considérables.
Dans les formes de syphilis maligne qui produisent la mort à la
suite d'accès rapides, il se présente également des élévations ther-
miques considérables (40° et au-dessus); mais on en rencontre
aussi de moins considérables, et les rémissions bien que réelles
sont moins régulières, moins profondes et parfois même font
entièrement défaut. La fièvre ne suit aucune règle déterminée
dans sa marche, les abaissements thermiques sont trompeurs et
ne doivent en aucune façon être considérées comme signes d'une
terminaison favorable.
Au sujet du cycle thermique de la cachexie syphilitique, voyez
Cachexie.
XXIV. MORVE
Je ne connais jusqu'ici qu'une seule observation thermomé-
trique * dans la morve chez l'homme ; elle a été faite par Gold-
1 Cette observation n'est pas la seule. Notre savant maître, M. Jaccoud, a figuré
dans son traité de pathologie interne, le tracé thermique d'un cas de morve aiguë,
emprunté à J. Sommerbrodt (Virchow's Archiv, 1864, p. 463-485). Notre collègue et
ami, R. Solmon, a eu l'obligeance de nous communiquer une observation de morve
laryngée avec tracé thermique [Bull, de la Soc. anatom. 1870). Dans ces deux cas, le
cycle de la température présentait un caractère rémittent très-nettement accusé.
On peut trouver enfin dans le : British Médical Journal (avril 18/0) un troisième
cas relaté par M. de Morgan, dans lequel la température n'était pas, il est vrai,
très-élevée et ne monta qu'à 40°, 2' au moment de la mort qui survint au vingtième
jour de la maladie. (Note du traducteur.)
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 419
schmidt (Dissers. — Giessen. , 1 866) , et présente un certain intérêt.
La fièvre, dans ce cas, était rémittente (l'observation a commencé le
quatorzième jour), et son intensité d'abord modérée au début s'ac-
crût à partir du dix-neuvième jour de la maladie. La ligne ther-
mique monta peu à peu en zigzag jusqu'à ce qu'elle atteignit des
degrés très-fébriles ; à partir du vingt-cinquième jour, elle ne des-
cendit plus au-dessous de 40°, et dans les derniers jours (cinquième
semaine de la maladie), elle suivit une marche continue uniforme
(41°, 5', 41°, 6'). Dans les dernières vingt-quatre heures, les men-
surations ne purent être faites.
XSLV. TUBERCULOSE JHIJLIAIRE AIGUË
La tuberculose miliaire aiguë produit dans la majorité des cas
une modification profonde de la température. Ces écarts thermi-
ques sont en général d'autant plus rapides que les dépôts de gra-
nulations sont plus abondants et plus étendus, que la santé de
l'individu atteint a été altérée avant la formation des granulations
miliaires.
Quand les granulations miliaires sont clair-semées et peu éten-
dues, ou lorsqu'elles se développent chez des malades atteints déjà
antérieurement d'affections graves (phthisie pulmonaire avancée,
pneumonie, maladies cérébrales, etc.), l'influence de la tubercu-
lose miliaire sur la température est parfois nulle ou du moins insi-
gnifiante.
La marche thermique revêt dans la tuberculose miliaire les types
principaux suivants :
a. Au début, semblable à une fièvre catarrhale; plus tard, à
une fièvre hectique intense ;
b. Semblable au cycle thermique de la fièvre typhoïde ;
c. Semblable à la marche de la fièvre intermittente.
Ces trois formes peuvent se succéder dans un seul et même cas.
La première se rencontre dans les cas subaigus. La maladie suit
absolument au début, au moins sous le rapport thermique, la
marche d'une grippe intense ou d'une pneumonie catarrhale. 11
420 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
n'y a que la persistance opiniâtre de la fièvre qui fasse naître des
soupçons. Peu à peu apparaissent des rémissions profondes allant
jusqu'à l'état normal et alternant avec des exaspérations vespéra-
bles considérables. Cependant, même dans ces conditions, il est
impossible d'établir le diagnostic entre la tuberculose aiguë et la
phthisie aiguë non tuberculeuse. Le doute persiste ainsi jusqu'à la
mort du malade, à moins qu'il ne se développe des tubercules dans
: 3S méninges, et que les signes caractéristiques d'une méningite
basilaire ne deviennent manifestes.
Quant à la deuxième forme, il est souvent impossible, pendant
un certain temps et même jusqu'à la fin, de la distinguer d'une
fièvre typhoïde. Cependant la marche est souvent plus irrégulière
dans la tuberculose aiguë que dans le typhus abdominal ; les ré-
missions sont le plus souvent un peu plus profondes que dans cette
dernière maladie, puisqu'elles descendent même assez souvent
jusqu'à l'état normal. Les cas de tuberculose aiguë à marche fé-
brile typhique sont d'ordinaire les plus promptement mortels. Si,
par exception, la vie se maintient un peu plus longtemps, la fièvre
change plus tard de caractère, soit qu'elle prenne le type hectique,
soit qu'elle revête le type intermittent.
Dans la tuberculose aiguë le type intermittent est assurément
le plus rare. La marche thermique de chaque accès fébrile isolé
peut parfaitement ressembler à celle d'une fièvre intermittente,
et se répéter avec la même régularité que dans le type tierce ou
double quotidien. Cependant il est permis de soupçonner l'exis-
tence d'une tuberculose aiguë si les accès se produisent de préfé-
rence dans l'après-midi, si les élévations atteintes sont plus faibles
que dans la fièvre intermittente ou s'amoindrissent dins le cours
de la maladie, et qu'en revanche dans la période d'apyrexie la
température tombe plus au-dessous de l'état normal que dans la
fièvre intermittente. Dans la marche ultérieure de la tuberculose
aiguë, le caractère intermittent s'efface le plus souvent, et le dé-
veloppement d'une fièvre de moins en moins rémittente assure le
diagnostic dans le cas où il n'aurait pas déjà été établi par d'autres
circonstances.
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 421
XXVI. PHTHISIE AIGUË
1 . La phthisie aiguë peut avoir son point de départ dans un état
apyrétique et présenter à son début un tracé en zigzag constitué
par des rémissions et des ascensions progressives et croissantes,
mais qui sont cependant moins régulières et plus lentes que dans
le typhus abdominal.
Ou bien la phthisie aiguë succède à la fièvre d'une bronchite,
d'une pneumonie ou de toute autre maladie aiguë. Dans ce cas, les
rémissions diurnes deviennent plus profondes dès que la phthisie
commence à évoluer, tandis que les exarcerbations quotidiennes
restent les mêmes ou diminuent un peu, ou bien s'accroissent
t/ès-légèrement.
Ces deux modalités du cycle thermique initial de la phthisie
aiguë autorisent à en soupçonner l'existence, mais ne peuvent
conduire à un diagnostic certain sans l'aide d'autres symptômes.
2. Dans le cours ultérieur de la maladie, le cycle thermique
présente d'ordinaire d'une façon persistante ou prédominante un
type discontinu.
Les différences quotidiennes sont d'ordinaire très-considérables
et vont souvent jusqu'à 5° et plus.
Les maxima quotidiens tombent, à la vérité, le plus souvent
dans l'après-midi ou dans la soirée, mais assez souvent aussi dans
la matinée, et s'approchent de 40°, et peuvent même dépasser ce
chiffre; il n'est pas rare en effet d'observer des élévations de 41°
et plus. Elles peuvent se présenter deux fois par jour, et plus ra-
rement une fois tous les deux jours. Tantôt elles se maintiennent
à peu près au mên:>e niveau pendant une série de jours, tantôt elles
présentent de jour en jour un accroissement ou une diminution
assez régulière, tantôt enfin des ascensions extrêmes alternent in-
cessamment avec des exacerbations modérées, et cela se voit aussi
bien dans le type quotidien simple que dans le double quotidien.
Les chutes quotidiennes sont très-brusques et les maxima peuvent
descendre jusqu'à l'état normal et au-dessous.
422 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
De profonds collapsus même ne sont pas rares. Les rémissions
présentent aussi des fluctuations quotidiennes moins fréquentes,
il est vrai, que les élévations exacerbatrices.
Dans cette marche viennent s'interposer des intervalles pendant
lesquels les rémissions s'affaiblissent notablement, et où la marche
thermique devient sous-continue ou uniformément ascendante ;
dans chaque intervalle, l'élévation peut atteindre ou non le sommet
des exacerbations antérieures. Cette modification peut se produire
sous l'influence de complications (par exemple des pneumonies
intermittentes). D'autres fois, elle est tout à fait spontanée.
Souvent aussi la fièvre est interrompue par de courts épisodes
(rarement par de longues périodes) de fièvre modérée, sous-fébrile,
ou même de température normale.
Ce qui, en revanche, est assez rare, c'est une marche sous-con-
tinue persistante avec fièvre considérable ou modérée depuis le
début jusqu'à la terminaison fatale.
3. A la période ultime, la température retombe, dans la plupart
des cas, de ses élévations antérieures, et les rémissions s'effacent.
Les différences quotidiennes deviennent moindres, tandis que la
moyenne quotidienne peut monter ou descendre ; la mort peut
très-bien survenir à une température assez basse ; ou bien la tem-
pérature abaissée remonte de nouveau dans l'agonie et va parfois
à des élévations hyperpyrétiques. Il arrive, au contraire, très-ra-
rement que la mort ait lieu à une température en voie d'augmen-
tation, et se rattache immédiatement à la fièvre précédente.
XXÏH. TRICHINOSE
La trichinose ne peut revêtir aucune forme fébrile typique, car
la participation de tout l'organisme est essentiellement déterminée
par les proportions numériques des petits foyers d'inflammation
plus ou moins nombreux occasionnés par les parasites.
Cependant l'évolution thermique présente dans cette maladie un
intérêt tout particulier, parce qu'elle fournit le seul exemple cer-
tain de troubles inflammatoires purement locaux, bien que d'une
multiplicité infinie, pouvant produire une élévation considérable
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 425
de la température, au moins pendant un certain temps, car si les
troubles durent un peu plus longtemps ou si la trichinose fait des
progrès, des complications ne tardent pas à apparaître dans le cer-
veau, les poumons, les reins, etc., c'est-à-dire dans une foule
d'organes où les trichines ne pénètrent pas. A une époque aussi
avancée, on comprend qu'il soit impossible de déterminer ce qu'il
faut mettre sur le compte des inflammations topiques des muscles,
et la part qui revient aux troubles cérébraux, à la pneumonie, à la
néphrite, etc.
Les observations chez les malades infestés de trichines font con-
stater les phénomènes suivants :
1. Malgré des douleurs musculaires assez considérables, il peut
encore exister, après une généralisation suffisamment considé-
rable des trichines, une apyrexie complète, un état sous-fébrile,
ou des mouvements fébriles insignifiants.
2. De même, au début de la maladie musculaire, la fièvre
manque ou bien est très-légère.
5. Quand, dans la marche ultérieure, les phénomènes devien-
nent de plus en plus graves, il peut se présenter des élévations
thermiques assez considérables et qui atteignent même des hau-
teurs de 40°, 41°; mais elles sont interrompues par des rémissions
plus ou moins profondes, descendant souvent jusqu'à l'état normal
et même au-dessous, de sorte qu'il se produit presque tous les jours
une compensation thermique.
4. Les grandes élévations ne se maintiennent pas longtemps ;
même dans les cas mortels, elles sont entrecoupées d'ascensions
peu considérables ou de températures tout à fait normales
durant plusieurs jours.
5. Ces caractères impriment à la marche thermique dans la tri-
chinose un cachet particulier, au moins dans les cas où la tempé-
rature atteint des degrés supérieurs. Dans ces cas, la confusion
n'est guère possible avec la fièvre typhoïde ni avec un rhumatisme
articulaire, elle le serait plutôt avec la fièvre de la tuberculose
424 DE LÀ TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
aiguë ou des suppurations internes rapides. Lorsque, au contraire,
la fièvre reste peu considérable, toute marche caractéristique s'ef-
face. (Voyez les tracés de la planche VII.)
XXVIII. AFFECTIONS PALUDÉENNES [Malaria)
Sous le rapport thermique, il i.'y a que la forme intermittente
de l'infection palustre qui soit assez exactement connue. Les formes
rémittentes ne s'observent pas dans nos contrées.
Dans cette forme morbide, il convient de séparer, au point de
vue de la marche thermique l'accès isolé de l'évolution générale
de la maladie.
1 . L'accès fébrile isolé se caractérise par une élévation rapide
(le plus souvent accompagnée de frissons), presqu'à une hauteur
hyperpyrétique, et un retour tout aussi rapide à l'état normal ou
à peu près.
La température commence déjà à monter avant qu'aucun autre
symptôme ne trahisse le début de l'accès.
L'ascension initiale est relativement lente, c'est-à-dire qu'elle
peut durer quelques heures sans dépasser 58°, 5 — 59°. Dès que se
montre le frisson, qui peut paraître à divers degrés thermiques,
l'ascension devient plus rapide et arrive dans l'espace d'une heure
environ jusqu'à 41° — 41°, 5, et par exception seulement un peu au-
dessus. Dans cet intervalle, la chaleur peut être devenue mordi-
cante, et dans cet étaL, l'ascension peut encore continuer. Cette
ascension continue le plus souvent sans interruptions jusqu'à l'apo-
gée thermique de l'accès; tout au plus si, une ou plusieurs fois,
la température reste pendant quelques minutes à une même élé-
vation, et s'il se produit dans le voisinage de la cime une fluctua-
tion insignifiante.
Le maximum thermique est atteint pendant la période de chaleur
mordicante, parfois aussi après que des sueurs partielles ont déjà
apparu; il ne se maintient que durant quelques minutes.
Dès que les sueurs deviennent générales et profuses, la tempé-
rature recommence à baisser ; dans la première heure, ou même
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 425
dans la première demi-heure, cet abaissement se fait avec lenteur
et est parfois entrecoupé de fluctuations ; puis la colonne mercu-
rielle descend plus rapidement et sans se relever. Pendant un
quart d'heure ou une demi-heure, la température se maintient au
même niveau, ensuite elle tombe de ~ ou —, s'arrête de nouveau,
retombe, et ainsi de suiLe (en échelons). Après environ quatre
heures de cette évolution, et lorsque la température est redescen-
due à peu près à 40°, l'abaissement devient un peu plus rapide; il
faut cependant le plus souvent dix ou douze heures et plus pour
que l'état normal soit définitivement atteint.
Dans l'apyrexie qui succède, la température reste parfois un peu
au-dessus de l'état normal ; mais quand l'apyrexie dure un peu
plus d'une journée, il s'y présente une très-légère exacerbation
vespérale qui dépasse à peine la fluctuation quotidienne normale.
Il n'est pas rare de voir se produire, surtout après l'emploi de
médicaments antipyrétiques (sulfate de quinine et autres), des
accès qui ne présentent pas de symptômes subjectifs, et ne se
manifestent uniquement que par l'élévation thermique ; ils
ne sont pas précédés de frissons et ne déterminent que peu ou
point de transpirations. Dans ces accès, le maximum thermique
peut égaler ou approcher celui des accès fébriles complets, mais
l'abaissement et la chute se suivent de plus près que dans les pa-
roxysmes accompagnés de frissons.
Déjà ce cycle thermique, pendant les accès isolés et pendant
l'apyrexie qui leur succède, est si caractéristique de la fièvre in-
termittente que le diagnostic est déjà suffisamment établi par
ce seul fait. Il existe très-peu de formes morbides où se pro-
duise une ascension thermique aussi rapide du niveau normal à
une élévation de 41°, 41°, 5, et aussitôt après, un retour tout aussi
rapide à la température normale. Il n'y a guère que la fièvre éphé-
mère et quelques rechutes fébriles isolées dans la convalescence
du typhus abdominal, les paroxysmes dans la tuberculose aiguë et
dans la pyémie, qui présentent une allure semblable, et il suffit
presque toujours, pour distinguer la fièvre intermittente de l'une
de ces maladies, d'attendre le second accès et de prendre en con-
sidération en même temps le moment où celui-ci survient.
En tout cas, déjà le premier accès de cette maladie permet de
la distinguer des affections qui pourraient le plus facilement être
426 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFEKENTES MALADIES.
confondues avec les symptômes graves de la fièvre intermittente,
telles que le typhus, la méningite et le choléra. Dans ces maladies,
qui souvent peuvent présenter, sous tous les autres rapports, des
symptômes très-analogues à ceux d'une fièvre intermittente extrê-
mement intense et pernicieuse, la marche de la température est si
différente que l'observation thermométrique suffit pour établir le
diagnostic.
2. Quant à la succession des paroxysmes dans la forme inter-
mittente, on sait depuis longtemps qu'elle peut se faire suivant
des rhythmes divers. L'évolution la plus normale, c'est-à-dire
celle qui n'est pas troublée par des influences individuelles (com-
plications, etc.), me paraît être, d'après de nombreuses observa-
lions, la suivante : les paroxysmes se répètent toutes les quarante-
quatre ou quarante-six heures (tertiana anteponens) .
Assez souvent la thermométrie seule est capable de découvrir
que le rhythme quotidien, tierce, quarte, en apparence pur, est
doublé, ou que de forts accès alternent avec des accès faibles (dans
le rhythme en apparence quotidien), ou bien qu'entre les divers
paroxysmes tous leurs symptômes s'interposent des accès fébriles,
qui ne se révèlent uniquement que par des élévations thermiques.
De même la guérison complète de la fièvre intermittente ne peut
être garantie que par la thermométrie; l'observation thermomé-
trique apprend que souvent la maladie ne se termine pas par un
paroxysme complet, mais qu'il peut survenir d'autres accès qui
ne consistent qu'en élévations thermiques, parfois très-considéra-
bles, et ne se trahissent par aucun autre phénomène, et cepen-
dant qui peuvent parfaitement se transformer en accès réels si le
traitement est prématurément suspendu.
Consultez, en dehors de Zimmermann et Bœrensprung, surtout
Michael (Observations spéciales de la température du corps dans la
fièvre intermittente — Specialbeobachtungen der Kôrpertemperatnr
im intermittirenden Fieber, 1856; Archiv fur physiol. Heilk.,
XV, 59.)
Pour les tracés thermiques, voyez planche VII.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 427
XXIX. CHOLÉRA
Les mensurations thermiques présentent quelques difficultés
spéciales dans le choléra ; il faut surtout apprécier différemment
les résultats obtenus, car les températures locales ne marchent
pas parallèlement entre elles sur les différents points du corps.
Les mensurations dans l'aisselle ne sont pas sûres à moins
qu'elles ne soient faites avec de grandes précautions. La colonne
mercurielle monte très-lentement et ne s'arrête qu'après une
demi-heure, surtout dans la période algide. Mais ces recherches
thermométriques pratiquées dans la période algide ne donnent pas
la mesure exacte de la température générale (température du sang) ,
même quand elles sont faites avec le soin le plus scrupuleux. En
revanche, elles sont précieuses au point de vue de la température
de la peau, sur l'état de laquelle elles fournissent des renseigne-
ments très-précis. Dans le stade de réaction, c'est au contraire la
température axillaire qui révèle de la façon la plus nette la tem-
pérature générale du corps.
Le degré de chaleur cutanée, ou plus exactement le degré de
refroidissement de la peau, est marqué principalement sur les
parties découvertes du corps, notamment aux mains et aux pieds.
Mais, dans ces régions, une mensuration rigoureuse est presque
impossible, et les résultats obtenus n'ont pas par conséquent beau-
coup de valeur.
L'exploration thermoscopique de la cavité buccale ne donne
aucun renseignement sur la température générale dans la période
algide, mais elle a plus de valeur quand il s'agit d'apprécier la
température de l'air expiré; ce dernier point du reste ne présente
qu'un médiocre intérêt.
Il n'y a que les explorations dans le rectum et dans le vagin qui
seules puissent fournir la vraie mesure de la température générale ;
mais les premières sont précisément, dans cette maladie, difficiles,
incommodes, dégoûtantes, et facilement dérangées par les évacua-
tions alvines. Les mensurations dans le vagin sont encore meil-
428 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
leures, mais on ne saurait les employer chez toutes les femmes, du
moins on ne peut pas les répéter assez souvent, et les résultats en
sont encore modifiés par la coexistence fréquente d'une vaginite
pseudo-membraneuse .
Les résultats thermométriques obtenus sur divers points du
corps offrent souvent entre eux un singulier contraste, et c'est pré-
cisément ce contraste même qui peut fournir des indications im-
portantes pour le pronostic. Ainsi une grande différence entre la
température de l'aisselle et celles du vagin ou du rectum est un
symptôme positivement défavorable, et dans le cas de guérison,
on observe souvent que la température delà cavité buccale monte,
tandis que celle du vagin descend.
Les conditions thermiques du choléra sporadique très-intense
ne diffèrent pas essentiellement de celles du choléra épidémique.
Les écarts seulement y sont en général plus insignifiants, à moins
que l'accès cholériforme ne se complique d'une autre affection, qui
détermine de son côté une modification considérable de la tempé-
rature.
2. Déjà même avant l'apparition des autres symptômes, on con-
state chez les individus antérieurement affectés de fièvre et atteints
de choléra un abaissement thermique (Friedleender l'a démontré
d'après des observations prises à ma clinique). Cet abaissement
provient donc de l'infection, d'ailleurs encore latente ; mais en
même temps il prouve que la diminution thermique à la surface
du corps n'est nullement la conséquence exclusive des déjections.
Dans la période des évacuations, les températures tant de l'ais-
selle que du vagin et du rectum sont d'ordinaire normales ou très-
peu élevées (notamment celle du vagin) dans les cas légers qui ne
vont pas jusqu'à l'asphyxie.
Mais aussitôt qu'apparaissent les premiers phénomènes d'as-
phyxie, les températures s'écartent davantage l'une de l'autre; la
température vaginale est un peu plu. élevée, la température axil-
laireen général un peu plus âasse qu'à l'état normal.
Quand c'est la forme algide qui se développe, la température
des parties internes est d'ordinaire modérée, et même peu élevée
dans les cas de guérison, parfois cependant elle peut être consi-
dérable (elle s'élevait jusqu'à 59°, 6 dans un cas observé par Gù-
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 429
terbock), et ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle est normale ou
diminuée.
Dans les cas où le malade succombe dans le stade d'asphyxie,
les températures vaginale et rectale atteignent parfois des éleva
tions encore plus considérables (40° et au-dessus — 42°, 4 même
dans un cas de Gùterbock) .
Toute ascension considérable, de même que tout abaissement
d'une certaine étendue, indique un grand danger, et dans les deux
espèces d'écarts, il peut y avoir dyspnée, cyanose, asphyxie et ré-
tention d'urine.
Des évacuations violentes et profuses sont accompagnées d'ordi-
naire et parfois précédées d'une chute de la température, mais cet
abaissement n'est que relatif.
Dès que la température s'élève, alors même que son ascension
ne serait que relative, les évacuations cessent, et quand cette élé-
vation s'accroît, le sopor se produit.
Un fort et rapide abaissement, aussi bien qu'une grande et
prompte ascension, sont l'indice d'une mort prochaine.
Moins, au contraire, les fluctuations sont considérables, moins
elles s'écartent de la température normale, et plus la guérison est
probable.
A la surface de la peau, même dans l'aisselle, la température est
d'ordinaire diminuée dans le stade algide, parfois même très-no-
tablement, mais elle ne descend pas facilement au-dessous de 35°.
La température axillaire présente en général des fluctuations
moins accusées que la chaleur des parties internes. C'est un signe
particulièrement grave quand la température extérieure du corps
persiste à un niveau bas, ou quand elle monte rapidement après
une considérable diminution, ou quand elle retombe de nouveau
après avoir monté. C'est au contraire, un signe favorable quand
la température basse tout d'abord remonte lentement, d'une façon
continue, avec d'insignifiantes oscillations, et ne franchit plus ou
dépasse à peine le niveau physiologique.
Les diminutions thermiques peuvent devenir encore bien plus
considérables sous la langue. Dans le stade asphyxique, la tempé-
rature n'arrive pas facilement au-dessus de 51°, et même dans les
cas de guérison elle peut descendre jusqu'à 26°. Si elle tombe en-
core plus bas, il ne reste plus aucune chance de salut.
450 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES.
Dans le stade jjost-cholérique, la température est, dans les cas
favorables, normale ou à peu près. Quand elle a été anomale d'a-
bord, elle revient à la norme dans ce stade.
Des élévations fébriles modérées ne sont, à la vérité, pas encore
des indices d'un grand danger, mais elles sont toujours suspectes
et trahissent quelque complication.
Les fortes élévations thermiques sont produites notamment par
la parotidite et Pérysipèle, parfois aussi par la pneumonie, mais le
fait est plus rare; cette dernière affection ne présente qu'excep-
tionnellement une marche typique. Les exanthèmes ne produisent
pas invariablement d'ascension thermique.
Mais une élévation normale ou approximativement normale de
la température dans le stade posl-cholérique n'est pas une suffi-
sante garantie en faveur de la guérison. Lorsque la période de
réaction revêt la forme typhoïde, la température est dans beaucoup
de cas normale ou peu élevée; ce sont, il est vrai, en général, des
cas favorables à évolution bénigne et sans complications locales
graves, ils ne sont cependant pas à l'abri de tout danger. La tem-
pérature peut bien aussi s'élever dans la forme typhoïde, même
à de très-grandes hauteurs, et revêtir le plus souvent un type
rémittent. C'est ce que l'on constate habituellement dans les
cas dont la marche est violente, où les désordres locaux sont in-
tenses et qui, s'ils ne tournent pas rapidement vers une issue
léthale, donnent droit à supposer une grande lenteur dans l'évo-
lution des phénomènes pathologiques. La néphrite parenchyma-
teuse se produit aussi bien dans les cas ou la température est modé-
rée que dans ceux où l'élévation thermique est plus considérable.
Une des circonstances les plus défavorables, c'est quand, dans
le stade post-cholérique, une température auparavant normale ou
élevée tombe subitement au-dessous de la normale. Un abaisse-
ment subit de la chaleur périphérique est même un des signes les
plus graves de cette période.
Après la mort, la température tombe dans beaucoup de cas plus
ou moins rapidement ; mais elle peut parfois monter après la mort
pendant quelques minutes, quelquefois même pendant une demi-
heure, et cela se voit aussi bien dans les cas où la température
avait été peu élevée auparavant que dans ceux où l'élévation avait
déjà été considérable.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 451
4. Depuis longtemps déjà, l'attention a été éveillée sur l'état de
la température dans le choléra, et dès la première apparition de
l'épidémie cholérique en Europe, des observations thermométriques
relatives à ce sujet, ont été publiées par Czermak, Gôppert
Lockstàt. Elles étaient cependant bien imparfaites. Les observations
faites dans les années 1848-52 (Ross, Mair, Reinhardt et Leu-
buscher, Roger, Doyère, Briquet et ilignot, Hùbenet, Bârensprung)
présentent déjà une plus grande importance. Les faits décisifs
n'ont pourtant été constatés que pendant l'épidémie de 18G6.
Consultez surtout Charcot (Température rectale dans le choléra.
Gaz. méd., 1866, 11), Monti (Jahrb. cl. Kinderheilkunde, 1866,
p. 109), et Gùterbock (D<? la température dans le choléra. — Die
TemperaturverhâUnisse in der Choiera, 1867; Virchow's Archiv,
XXXVIII, 30).
XXX. LÉSIONS TRASJJHATIQUES DE LA MOELLE CERVICALE
B. Brodie (1857, Medico-chirurgical transactions, XV, 146) a
été le premier à remarquer, en s'appuyant sur les expériences de
Chossat, dans plusieurs cas de blessures de la moelle cervicale, une
augmentation considérable de la chaleur propre. Il a communiqué
en même temps son cas célèbre, relatif à une déchirure de la
moelle cervicale inférieure, terminé par la mort après vingt-deux
heures. Chez ce malade, les inspirations étaient tombées à cinq ou
six par minute, et le thermomètre, appliqué entre le scrotum et
les cuisses, avait marqué 45°, 9.
Plusieurs observations ont été faites depuis, et toutes confirment
l'influence que les blessures de la moelle cervicale exercent sur l'é-
lévation extrême de la température. Nous citerons celles de Bill-
roth (Langenbeck's Archiv, 1862, augmentation thermique allant
jusqu'à 42°, 2); Quincke (Berliner MinischeWochenschrift, 1869,
n° 29, deux cas dans lesquels la température s'élevait à 45°, 4 et
43°, 6); Weber (de Londres) (Transact. of the Clinical Society,
1868, vol. I; deux cas : dans l'un, l'élévation thermique attei-
gnait 44° ; dans l'autre, le thermomètre appliqué immédiatement
après la mort marquait 43°, 3) ; Fischer (Centralblatt, 1869, p. 259 ;
la température était de 42°, 9) ; ce dernier auteur a cependant
432 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
observé deux cas de plaies de la partie cervicale, avec diminution
thermique allant dans l'un jusqu'à 54° (température rectale), dans
l'autre jusqu'à 50°, 2 (température axillaire).
XXXI. NÉVROSES
Les névroses simples, qu'elles troublent les fonctions psychi-
ques, sensitives ou motrices, évoluent en général aussi bien à leur
début qu'à une période plus ou moins avancée de leur développe-
ment, sans aucun écart thermique, ou du moins les modifications
de la température qui s'y produisent ne sont que tout à fait insi-
gnifiantes.
Il y a cependant des exceptions. Ce sont :
1° Parfois les névroses intermittentes nées sous l'influence du
miasme paludéen, dont les accès peuvent être aussi accompagnés
d'augmentations thermiques.
2° Les névroses hystériques, dans lesquelles on peut observer, à
côté des autres phénomènes, des élévations de la température, qui
peuvent atteindre des hauteurs excessives, et, sans aucun motif ap-
parent.
5° Certaines affections, dont la nature est encore loin d'être par-
faitement connue, et que l'on peut désigner sous le nom de né-
vroses vaso-motrices ; on y rencontre également parfois des troubles
de la température.
4° Dans les névroses psychiques, on n'observe pas, en général,
de modifications thermiques considérables, à moins que des mala-
dies intercurrentes ne viennent en produire à leur tour. On con-
state cependant chez certains aliénés une température permuinente
un peu sous-normale ; chez d'autres, des élévations temporaires
modérées, en apparence sans motif, qui le plus souvent s'élèvent
à peine à une hauteur fébrile. Chez les aliénés plongés dans une
inanition profonde et exposés à un violent refroidissement, la
température peut aussi tomber à des degrés extrêmement bas. —
(Voy., à la page 197, les faits remarquables cités par Lôvenhardt.)
D'un autre côté, Westphal (Griesinger Archiv fur Psychiatrie,
I, 557) a rapporté des observations dans lesquelles des élévations
DE U TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 435
thermiques très-considérables ont pu accidentellement se produire
chez des aliénés paralytiques. Il est vrai que c'était au moment des
attaques épileptiformes et apoplectiques ; mais Westphal démontre
que ces élévations n'ont aucun rapport avec les convulsions ni avec
leur degré de violence, qu'elles se produisent aussi quand les mou-
vements convulsifs sont très-légers, et même quand ils font com-
plètement défaut ; qu'en cutre, les accès épileptiques par eux-mêmes
n'élèvent pas sensiblement la température. Westphal ne croit pas
non plus que les ascensions thermiques dépendent des affections
aiguës des organes respiratoires qui coexistent le plus souvent en
pareil cas ; ces affections concomitantes n'existaient pas toutes les
fois que se sont manifestées les attaques accomppgnéej. d'élévation
thermique.
Il faut naturellement qualifier d'exception seulement apparente
les cas de modifications thermiques survenant dans les maladies où
l'on ne peut encore reconnaître que la névrose, mais dans lesquelles
il existe déjà des processus latents qui produisent ces écarts ; il en
sera de même pour les cas dans lesquels se développent, dans le
cours d'une névrose, des complications qui ne sont pas encore net-
tement appréciables, mais influent déjà sur la température.
D'un autre côté, il est un phénomène extrêmement particulier
sur lequel j'ai appelé le premier l'attention, et qui depuis a été
signalé par plusieurs observateurs (Billroth, Lcyden, Ebmeier,
Ferber, Erb, Quincke, Monti) ; voici en quoi il consiste : dans le
dernier stade des névroses mortelles, le plus souvent dans le téta-
nos, mais aussi dans beaucoup d'autres lésions des centres ner-
veux (du cerveau), la température s'élève brusquement et atteint
en très-peu d'instants des hauteurs extraordinaires. Ces élévations
sont tellement excessives qu'on ne les rencontre qu'exceptionnel-
lement; dans les pyrexies elles-mêmes, elles peuvent aller parfois
jusqu'à 43°, même jusqu'au-dessus de 44° (dans un cas de tétanos
jusqu'à 44°, 75'), et le plus souvent la température monte encore
de plusieurs dixièmes de degré après la mort.
M. Unterberger, professeur à l'École vétérinaire de Dorpat, m'a
communiqué les résultats de ses observati-rns ; il a constaté chez
les chevaux, dans les cas de tétanos mortels, des températures de
plus de 42°.
Ces faits rapprochés des températures également excessives qu'on
28
454 DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
observe dans les lésions aiguës graves du cerveau et de la moelle,
semblent indiquer qu'il existe probablement dans le cerveau,
comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire (p. 147-149), des centres
modérateurs dont la paralysie a pour conséquence un surcroît
d'activité pathologique thermogène.
Mais cette expérience a aussi un côté pratique, puisqu'elle en-
seigne que toute ascension thermique un peu considérable est d'un
pronostic très-la cheux dans les névroses, à moins qu'on ne trouve
d'autres raisons pour expliquer la fièvre.
Mes publications antérieures sur ce sujet se trouvent dans :
Archiv der Heilkunde (1861, p. 547; 1862, p. 175; 1864,
p. 205), et les travaux de Erb sont consignés dans : Deutsches
Archiv fur klïn. Médian (1866, p. 175).
XXXII. ALTERATIONS OU SANG ET DES SECRETIONS
LÉSIONS ORGANIQUES
(Maladies chroniques. — Dyscrasies. — Cachexies.)
Les divers troubles nutritifs et sécrétoires à marche essentielle-
ment chronique, ainsi que les nombreuses altérations de la crase
sanguine, peuvent aussi exercer une certaine influence sur la
température. Mais la relation qui lie les modifications thermiques
à ces différents processus pathologiques n'est pas toujours bien
nette. Tantôt la température reste normale ou même sous-normale
pendant tout le cours de la maladie, parfois il se produit des élé-
vations accidentelles plus ou moins considérables qui dépendent
probablement de maladies aiguës intercurrentes, d'autrefois il
existe une fièvre chronique variable dans ses caractères. A la
période ultime de ces maladies, la marche de la température est
également très-variable.
Jochmann a publié une série d'observations sur la température
dans les maladies fébriles chroniques (Beobachtungen ùber die
Kôrperivarme in chronisçhen fieberhaften Krankheiten, 1853), en
se fondant principalement sur des mensurations faites chez des
phthisiques, et a établi plusieurs types de fièvre chronique.
Il suffira de relever dans ce qui suit les résultats empiriques les
DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 435
plus importants relativement à l'état de la température dans les
dyscrasies et dans les troubles chroniques de la nutrition et des
sécrétions.
1. Dans I'inakition, la température est souvent très-basse. On
retrouve un pareil abaissement transitoire et souvent ultime dans
divers états chroniques compliqués de marasme, bien que le ma-
rasme n'exclue en aucune façon les élévations de la température.
L'inanition, qui est si souvent la conséquence des maladies chroni-
ques les plus diverses, quand elle ne marche pas de pair avec elles,
peut aussi modifier de plusieurs façons l'état de la température
dans ces maladies. Elle abaisse fréquemment et d'une façon
persistante la température, qu'elle fait quelquefois descendre,
même sans cause appréciable, jusqu'aux plus bas degrés du col-
lapsus. Il faut noter aussi que dans cet état d'inanition, les refroi-
dissements extérieurs, la diète, les efforts, les sueurs, les vomis-
sements et les évacuations intestinales, les pertes de sang enfin
exercent en général sur la température une influence dépressive
beaucoup plus marquée que clans l'état physiologique ; la produc-
tion île chaleur amoindrie n'étant plus capable de compenser les
pertes. Cela se montre principalement à la période ultime. L'a-
baissement de la température est aussi très-considérable peu de
temps avant la mort chez les enfants plongés dans le marasme, et
il est surtout marqué dans l'état cachectique de la syphilis infan-
tile. Dans un cas semblable que j'ai récemment observé à ma cli-
nique, la température tomba au-dessous de l'état normal six jours
avant la mort, et descendit successivement jusqu'à 25° C. (men-
suration rectale) ;dans un cas, d'atrophie infantile commune (éti-
sie) elle tomba à 28°, 6 C.
2. D'après les observations de Roger, la température présente
un abaissement extraordinaire (au moins dans l'aisselle) dans le
sclérème des nouveau-nés. 11 dit qu'elle n'avait été en moyenne
que de 51°, et était descendue même à 26° chez sept enfants. Bà-
rensprung rappelle à ce propos les expériences de diminutions
thermiques considérables, produites par la suppression artificielle
de la sécrétion cutanée.
5. On a cru que la thermométrie pouvait être un puissant auxi^
436 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALAD'ES.
liaire pour le diagnostic entre les piithisies tuberculeuse et non
tuberculeuse, ou plutôt, à vrai dire, pour déterminer pendant la
vie l'existence ou la non-existence de tubercules chez un phthi-
sique. Cette espérance est illusoire, au moins en grande partie. Vu
les diliérentes interprétations qu'on attache maintenant au terme
tubercule, il n'est pas superflu de préciser l'état des choses en
plusieurs propositions.
a. L'existence de produits caséeux ne peut être révélée par au-
cune particularité thermométrique, ni d'une façon générale, ni en
particulier chez les phthisiques.
b. La thermométrie ne peut faire présumer le développement
d'une phthisie consécutive à la pneumonie caséeuse que si les
mensurations ont été faites dès le début de la pneumonie et conti-
nuées au delà de la période de transition. On peut soupçonner à
bon droit la caséilication des exsudats pt.eumoniques d'après la
persistance d'une température élevée, d'après le type intermittent
du fastigium, enfin d'après la succession alternative d'élévations
considérables et de basses températures.
c. Tous les phénomènes de la fièvre hectique, soit qu'ils se pré-
sentent sous formes de mouvements fébriles modérés, ou d'une
fièvre rémittente sous-continue ou continue, mais seulement par
intervalles, peuvent déjà être produits uniquement par des bron-
chites chroniques suppurées avec dilatation progressive des bron-
ches, par les péribronclr^es, les pneumonies chroniques, par des
pneumonies lobuhires et vésiculaires répétées, mais sans régres-
sion caséeuse des exsudats, ni développement de granulations tu-
berculeuses. De même la mort peut survenir dans la phthisie non
tuberculeuse aussi bien avec une diminution qu'avec une ascen-
sion thermique, et cette dernière peut être continue, en zigzag,
ou bien présenter des son: mets très-aigus.
cl. La présence de granulations tuberculeuses rares ou abon-
dantes dans les poumons, la plèvre, la rate, le foie, ne modifie ab-
solument en rien la marche de la température.
e. En outre, la présence de granulations miliaires abondantes
dans le péritoine, mais surtout le développement d une méningite
granuleuse, peuvent altérer le cycle de la température chez les
phthisiques.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 437
4. Un fait singulier, c'est que chez les cancéreux les élévations
thermiques sont relativement rares, et que la température se
maintient le plus souvent chez eux à un niveau normal et même
sous-normal ; ce qui n'empêche pas que des températures élevées
peuvent être produites par des complications intercurrentes ou se
montrer à la période ultime de la maladie. Des températures fé-
briles de longue durée sont cependant rares dans les cas de cancer.
5. Dans les maladies chroniques du cœur, on ne constate d'élé-
vations considérables que dans le cas où elles sont compliquées de
graves affections intercurrentes. Dans les insuffisances (congéni-
tales) du cœur c.vec cyanose (rétrécissement de l'artère pulmo-
naire), il se produit assez souvent des températures sous-normales.
6. Dans le diabète sucré, la température ne s'élève qu'excep-
tionnellement au-dessus du taux physiologique. Elle persiste assez
souvent à un degré sous-normal, et mêm: des anthrax, des pneu-
monies ou la phthisie pulmonaire ne modifient souvent en rien
la température dans la glycosurie.
7. L'ictère suit habituellement son cours sans élévation ther-
mique, à moins qu'il ne devienne pernicieux; l'augmentation de
la température est, par conséquent, toujours un signe grave chez
les ictériques.
8. Chez les individus atteints d'HYDRonsiE, la température axil-
laire est souvent basse, mais assez souvent aussi elle est élevée.
9. Lorsque des écarts de température se produisent dans les ma-
ladies chroniques, ils présentent le plus souvent dans un seul et
même cas une allure variable. Mais il peut aussi arriver qu'un ni-
veau thermique assez uniforme se maintienne non-seulement pen-
dant des semaines, mais même pendant des mois ; j'ai observé des
fièvres chroniques avec une marche spéciale et invariable pendant
une année entière.
La température dans les maladies chroniques est le plus souveni
très-accessible aux influences extérieures, et présente d'ordinaire
une extrême mobilité, des fluctuations étendues et même irrégu-
■438 DE LA TEMPERATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIFS.
lières. Les exacerbations s'y montrent aussi assez souvent de très-
grand matin, s'approchent de la limite d'un mouvement fébrile
léger ou l'atteignent; souvent aussi, en même temps, la rémission
thermique quotidienne n'est pas absolument normale (rarement
trop basse, souvent trop haute, presque toujours variable), la tem-
pérature se meut en général à un niveau moyen un peu plus élevé
qu'àj'état physiologique, et en outre, il se présente accidentelle-
ment des élévations considérables, assez souvent de plus de 40°,
d'une durée de quelques heures à quelques jours, qui offrent de
grandes analogies avec la fièvre éphémère. Cette modalité ther-
mique peut se rencontrer dans les circonstances les plus diverses,
et n'a pas partant de grande valeur pour le diagnostic, mais elle
lémoigne toutefois que le cas n'est pas normal.
11. Tandis que dans la matinée la température est normale ou
à peu près, parfois même sous-normale, elle peut s'élever plus ou
moins dans les heures vespérales, quelquefois même de 4° ou 6° ;
dans ce dernier cas, des températures de collapsus alternent sou-
vent avec des élévations extrêmement fébriles (type intermittent).
Ce mode d'évolution thermique peut se continuer longtemps
d'une façon assez uniforme, surtout quand les fluctuations quoti-
diennes ne sont pas très-considérables et que l'étendue des exa-
cerbations n'est pas trop grande. Parfois, on trouve dans la
même journée, deux exacerbations séparées par une température
complètement ou approximativement normale ; de ces exacerba-
tions, l'une peut être plus forte, l'autre plus faible, semblable en
cela a la fièvre double quotidienne (quotidiana duplex). Quand il
n'y a qu'un seul paroxysme quotidien, des exacerbations faibles
alternent quelquefois très-régulièrement avec de fortes exacerba-
tions; il est plus rare que le paroxysme ne se montre que tous les
deux jours (type tierce) ; les intervalles peuvent être plus grands
encore (type quintane et sextane). Dans le cas où le retour des
accès est aussi retardé, le jour d'exacerbation ne revient plus tout
à fait à époque fixe, et le rhythme se perd insensiblement en une
sorte de fièvre éphémère avec élévations irrégulières et répétées.
Une pareille marche intermittente est assez fréquente dans la
fièvre chronique, mais on ne saurait indiquer les conditions qui lui
donnent naissance. Elle apparaît dans les suppurations chroniques
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFERENTES MALADIES. 459
et dans les états cachectiques, ainsi que dans les maladies mal dé-
finies dans lesquelles il n'existe d'autres phénomènes morbides
appréciables qu'une fièvre qui peut se prolonger pendant plusieurs
mois avec tuméfaction de quelques organes internes. Ces maladies
peuvent se terminer par la guérison, ou bien être compliquées d'af-
fections graves et mortelles. Dans ce dernier cas, le type fébrile est
tellement altéré qu'il est impossible d'expliquer la relation qui
existait entre la marche intermittente de la température et la ma-
ladie primitive. Il est vrai toutefois que cette évolution thermi-
que, à forme intermittente, ne se présente pas sous l'aspect du
type fébrile ordinaire.
Ce qui est encore remarquable, c'est que le sulfate de quinine et
surtout l'arsenic exercent une influence incontestable sur la
marche de cette fièvre chronique ; ils en ralentissent les accès et
peuvent même les dissiper temporairement sinon les supprimer
tout à fait.
La fièvre chronique revêt très-souvent le type rémittent. Dans
les rémissions, la température ne s'élève le plus souvent que
très-peu au-dessus de la limite d'un mouvement fébrile léger ;
dans la période d'exacerbation, au contraire, elle est de 59°, 5, 40°
et au-dessus. Les rémissions apparaissent le plus souvent de très-
grand matin, les exacerbations correspondent aux heures de l'a-
près-midi et du soir. Mais souvent aussi il arrive que la température
atteint son maximum vers midi ou présente deux exacerbations,
l'une à midi et l'autre (le plus souvent la plus faible) à minuit. Le
cycle thermique conserve pendant peu de temps une aussi parfaite
uniformité, et fait bientôt place à d'autres types plus graves ou
plus légers. Cette marche offre déjà en elle-même un certain dan-
ger. Elle se rencontre dans les suppurations chroniques, dans les
affections consomptiyes, dans les épanchements séreux considéra-
bles. On la retrouve encore toutes les fois que le processus mor-
bide essentiel fait de rapides progrès, se complique ou s'aggrave.
13. La fièvre chronique peut aussi de temps en temps affecter le
type continu. Dans ce cas, la température est en même temps
assez élevée et souvent très-haute. Une pareille fièvre, notamment
quand l'élévation thermique est considérable, exerce une action
rapidement consomptive et ne peut donc pas persister indéfiniment.
MO DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.
Tantôt elle se ralentit et passe à un autre type, ou bien elle fait
périr le malade. Cette forme fébrile appartient aux aggravations
et complications qui surviennent dans le cours ou à la fin des ma-
ladies chroniques mortelles.
14. Les collapsus intercurrents peuvent se produire dans tjutes
les formes de la fièvre chronique. Ils sont d'autant plus fréquents,
que la température a été antérieurement plus élevée ; après le
collapsus, celle-ci revient tantôt rapidement à son niveau pri-
mitif, tantôt elle n'y arrive que lentement et parfois même ne
peut l'atteindre. Dans d'autres cas, les collapsus se montrent sans
avoir été précédés d'élévations thermiques notables. Si à ce mo-
ment la température n'est pas très-élevée, il n'est pas rare de
la voir plusieurs fois tomber au-dessous du niveau normal dans
la période ultime.
15. Les abaissements thermiques, semblables à des crises qui
se produisent à la suite d'une marche rémittente ou continue de
la fièvre chronique, offrent une certaine analogie avec les collap-
sus, surtout si la crise a été précédée immédiatement par une as-
cension considérable (perturbatio critica). Mais l'abaissement n'est
ni aussi rapide ni aussi profond en pareil cas que dans les collapsus,
c'est à peine, en effet, s'il descend au-dessous du niveau normal.
Ces défervescences sont parfois réellement favorables et pourraient
bien indiquer dans ce cas la fin d'une complication quelconque.
Dans la plupart des cas cependant, ce sont des pseudo-crises
trompeuses, et la température remonte peu à peu ou rapidement
après s'être maintenue peu de jours seulement à l'état normal.
16. Dans le cours des affections chroniques, on observe très-
fréquemment de grandes irrégularités dans la marche thermique,
telles que des fluctuations étendues et sans cause apparente ; bien
qu'une élévation thermique considérable soit toujours un symp-
tôme grave, on ne peut cependant, en aucune façon, fonder des espé-
rances p,ir des abaissements éventuels. Ils sont, en effet, souvent
très-passagers, et d'autre part, la maladie peut se terminer par la
mort a^ec une élévation peu considérable de la température. Plus
les changements sont brusques et plus ils sont trompeurs.
DE LA TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES. 441
17. Dans la période ultime des maladies chroniques et au mo-
ment de l'agonie, l'état de la température peut être infiniment va-
riable. Ce fait n'a rien de bien surprenant, puisque la mort est pro-
duite dans les maladies chroniques par différentes causes, qui sou-
vent ne présentent qu'un rapport très-éloigné avec le processus
morbide initial.
En général, dans les maladies chroniques, la température tombe
avant la mort plutôt qu'elle ne s'élève ; parfois elle ne descend
que faiblement en comparaison de l'élévation antérieure ; dans
d'autres cas, l'abaissement est plus considérable et arrive aux plus
bas degrés de l'échelle thermométrique, comme par exemple dans
le marasme, surtout dans celui des enfants et des aliénés, dans la
cachexie syphilitique, ainsi que nous l'avons mentionné précé-
demment (p. 455). Cependant les mensurations axillaires ne sont
pas décisives en pareils cas ; il n'y a que l'introduction du ther-
momètre 'rès-avant dans le rectum qui puisse donner des indica-
tions positives.
18. En revanche, on peut y rencontrer aussi des élévations ul-
times. La température qui, auparavant, avait été normale ou peu
élevée, commence à monter peu avant la mort, et cet accroissement
d'abord modéré et lent peut devenir dans la suite considérable et
rapide, et atteindre en douze ou trente-six heures une température
de 40° à 41° (fièvre terminale). Parfois on peut trouver la raison
de cet accroissement thermique dans les autres conditions du
mourant, telles que un érysipèle terminal, une parotidite, une
méningite ou une pneumonie ; dans beaucoup d'autres cas, la
cause de ces ascensions reste cachée.
XII
INFLUENCE DES MODIFICATIONS DE LA CHALEUR PROPRE
SUR L'ORGANISME
1 . On ne peut se refuser à admettre qu'une élévation considé-
rable de la température du corps exerce une action plus ou moins
grande sur l'organisme et sur ses différentes parties, sur leurs
fonctions, sur les sécrétions et sur la nutrition intime des tissus.
Il est reconnu, depuis longtemps, que l'état fébrile exerce, suivant
son intensité, une certaine influence sur les phénomènes subjectifs,
sur la fréquence du pouls et de la respiration, et détermine des
modifications de l'urine et de la sueur; on sait aussi que la fièvre
produit l'amaigrissement.
Les physiologistes modernes ont démontré, par voie expérimen-
tale, que les modifications thermiques ont une action marquée sur
l'irritabilité des nerfs et des muscles.
Consultez : Eckhard (Zeitschriftfilr rat. Médian, 1850, X, 165).
Calliburcès (Comptes rendus, XLV, 1095 et XLVII, 658).
J. Rosenthal (Allg. med. Centraheituncj, 1859, 761).
Harless (Lietschr. fur ration. Medicin, 1860, c. vin, 122).
Schelske (Des modifications de l'irritabilité produites par la
chaleur. — Ueber des Verànderungen der Erregbarkeit durch die
Wàrme, 1860).
Afanasieff (Reichert's Archiv, 1865, 691 )l.
1 On peut aussi consulter les travaux suivants relatifs au même sujet :
J. Chmoslevitch, De l'influence de la chaleur sur le travail mécanique des muscles
de la grenouille [Revue médicale, 1867; p. 491).
Andual [Revue médicale, 18C9, p. 710).
MODIFICATIONS DE LA CHALEUR SUR L'ORGANISME. 445
Ce qui se rattache encore de plus près aux expériences cliniques,
c'est le travail d'E. Cyon intitulé De l'influence des modifications
thermiques sur le nombre, la durée et la force des battements du
cœur (Berichte ùber die Verhancllungen der k. sàchs. Gesellsch. d.
Wissenschaften, XVIIÏ, 1866, 258), dans lequel il a étudié, au
moyen d'un ingénieux appareil, les effets du sérum sanguin, à dif-
férentes températures, circulant dans des tubes de verre et traver-
sant un cœur de grenouille extrait du corps de l'animal . Les résultats
sont particulièrement intéressants quand la température commence
peu à peu à monter; on observe, en pareil cas, d'abord un accrois-
sement lent du nombre des contractions cardiaques ; avec l'aug-
mentation ultérieure de la température , on remarque une rapide
diminution de la fréquence des battements, accompagnée d'irrégula-
rités dans les contractions jusqu'à ce que celles-ci s'éteignent com-
plètement. Il faut noter, en outre, que l'étendue des contractions
s'agrandit également au début, mais qu'elle diminue déjà tandis
que le nombre des battements s'accroît encore longtemps. Cyon a
constaté que le cœur ne pouvait seconder la circulation du sang
qu'à un certain degré de température. En revanche, les expériences
communiquées par Cyon se rapportant aux modifications ther-
miques subites sont inapplicables aux conditions pathologiques,
parce que, dans ces dernières, il ne se présente jamais des écarts
thermiques aussi brusques.
Mais en répétant ces expériences, on a déjà pu remarquer que
tous les cœurs ne présentaient pas la même irritabilité, tandis que
J. Moutier, Mémoire sur la théorie mécanique de la chaleur [Annales de chi-
mie, tome XIV, 4e série; p. 247).
Hirn, Mémoires sur la thermodynamique (Ibid., tome X, 4e série; p. 52; —
tome XI, p. 5).
Berthelot, Nouvelles recherches de thermochimie (Ibid., tome XVIII, p. 5-196).
A. et P. Dupré, Sur la théorie mécanique de la chaleur (5 mémoires. Ibid.,
orne II, 4e série; p. 185; — tome III, p. 76; —tome IV, p. 426; — tome VI, p. 274;
— tome VIII, p. 256-406; — tome XI, p. 194 ; — tome XlV, p. 64).
Tscheschichix, Zur Lehre von der thierisc/ie Wârrne (Reichert's Archiv, 1866,
p. 151.)
J. Schiffer, ZJeber die Warmbildung erstarrender Muskeln (Ibid., 1868; p. 442).
E. Cyon, Der Einfluss der Temperatur Verânderungen auf Zahl der Herz-
schlâge (Arbeiten aus d. phys. Anstalt zu Leipzig. 1866. — Leipzig, 1867;
p. 77-127).
Cavagnès, Versuch ùber die Tastempfindlichkeit (Ann. univers., p. 268; août
1867. — Schmidt's JaJirbûcher, 1868. Bd. 137, p. 157).
AU MODIFICATIONS DE LA CHALEUR SUR L'ORGANISME.
les effets précédemment indiqués» ,e manifestaient sur les uns à un
bas degré de température, sur les autres, au contraire, ils n'étaient
perçus qu'à une température très-élevée. Ces différences indivi-
duelles ne doivent-elles pas entrer tncore bien plus en ligne de
compte dans les cas pathologiques? En général, les conditions sont,
on le conçoit, essentiellement plus complexes que dans une. expé-
rience où l'on s'efforce précisément de reproduire le phénomène
dans toute sa simplicité.
Ainsi il faut soigneusement apprécier, dans les conditions mor-
bides, les différents effets produits, suivant que les degrés ther-
miques sont plus ou moins éloignés les uns des autres, suivant que la
modification est lente ou rapide et que la température normale est
de longue ou de courte durée. Il importe aussi desavoir si l'écart
thermique est déterminé diins tel ou tel cas par un trouble dans
la production ou dans la dépense de chaleur, ou bien si ces deux
conditions n'entrent pas simultanément en jeu, et quelle est la part
qui revient à chacune d'elles. L'idiosyncrasie des sujets, qui certes
est toute autre que les prédispositions particulières des cœurs de
grenouilles, contribue à son tour à modifier les phénomènes; il
faudrait, il est vrai, que l'on pût calculer et éliminer le concours
complexe des modifications pathologiques des organes et des
sécrétions ; mais il reste à déterminer dans beaucoup de formes
pathologiques en particulier, l'action de la cause morbifique elle-
même, et, dans toutes les maladies en général, les effets de fac-
teurs multiples échaA pant à toute analyse ainsi que les différentes
influences qui peu ;ii„ intervenir dans le cours de la maladie
elle-même. Il faudrait pouvoir apprécier ces divers éléments pour
déterminer avec précision l'influence des modifications de la tem-
pérature sur l'organisme et sur les parties qui le constituent.
Un tel problème est impossible à résoudre, et si l'on réfléchit
encore à la difficulté qu'on éprouve à distinguer dans un cas donné
l'effet produit et la cause agissante, il faut presque désespérer
d'arriver même à une appréciation approximative de l'influence
qu'exerce une température anormale sur l'organisme et sur ses
parties.
2. Malgré tout, la tentative faite par Liebermeicter (Deutsches
Archiv fur klinische Medicin, I, 298) pour rechercher au moins
MODIFICATIONS DE LA CHALEUR SUR L'ORGANISME. 445
les effets de l'élévation thermique fébrile, ne nous ensemble pas
moins digne d'attention. On ne peut que l'approuver d'avoir es-
sentiellement simplifié sa tâche en limitant ses recherches à l'in-
fluence qu'exercent les températures hyperpyrétiques. Il semble
admettre l'existence d'une limite thermique variable selon les
individus, au delà de laquelle l'influence nocive se fait sentir
chez les différents malades. Il croit spécialement pouvoir ranger
au nombre des effets produits par une température hyperpyrétique,
la malignité qui se montre dans le c«*urs de certaines maladies, un
grand nombre de troubles fonctionnels des centres nerveux, l'ap-
parition d'hémorrhagies multiples dans les fièvres graves, ainsi
que le développement d'une foule de processus locaux. Pour con-
firmer ses vues, il a mis à profit un grand nombre d'observations
personnelles et de recherches bibliographiques.
Les hypothèses de Liebermeister ont été, si je ne me trompe,
généralement très-bien accueillies. Le traitement des maladies fé-
briles par l'eau fro:de qui, dans ces derniers temps, a pris une si
grande et si légitime extension, était basé, en grande partie, sur la
supposition du danger qu'impliquent de hauts degrés de tempé-
rature ; d'un autre côté, les résultats heureux de cette méthode
thérapeutique semblent avoir fourni une éclatante confirmation à
la théorie du caractère consomptif de la fièvre.
5. Mais quelque disposé que l'on soit à admettre les effets pro-
duits par les écarts thermiques sur l'organisme et sur ses di-
verses parties, on ne dcit cependant pas oublier que dans une foule
de cas cette influence paraît souvent très-effacée. On est donc ainsi
conduit à reconnaître qu'il doit v avoir dans l'organisme des
appareils qui peuvent annihiler parfois et souvent compenser
jusqu'à un certain point l'influence d'une température anomale
aussi bien que celle de beaucoup d'autres troubles pathologiques.
Sous ce rapport comme à bien d'autres titres, il n'est pas de forme
morbide plus intéressante que la fièvre récurrente. Dans cette py-
rexie en effet, non-seulement le malade supporte impunément des
températures excessives et prolongées qui seraient assurément
mortelles dans tout autre cas, non-seulement, dis-je, les fluctua-
tions thermiques les plus considérables et les plus brusques s'ac-
complissent presque sans laisser de traces, mais même l'individu
U G MODIFICATIONS DE LA CHALEUR SUR L'ORGANISME.
présente parfois des phénomènes généraux graves et des troubles
nerveux intenses dans la période intercalaire d'apyrexie, pendant
laquelle l'élévation thermique est insignifiante et de courte durée,
tandis qu'au contraire il est essentiellement moins affecté dans les
accès violents dans lesquels on constate des élévations brusques
de 4° ou 6°, et des chutes soudaines de 5° ou 7°.
4. Les organes et les divers points du corps qui peuvent être
troublés dans leurs fonctions et dans leur nutrition par des écarts
thermiques sont sans nul doute très-nombreux, ou plutôt il n'existe
probablement aucune partie du corps qui jouisse à cet égard d'une
immunité complète et absolue.
Nous allons rechercher maintenant dans quelles parties du corps
les effets de la température se manifestent le plus souvent et de la
façon la plus nette, et nous aurons soin d'indiquer les conditions
dans lesquelles se produisent ces phénomènes.
1° Système nerveux. — Il faut cependant tenir compte de cette
circonstance que le système nerveux est soumis à l'influence
de processus multiples et de causes diverses, et que son im-
pressionnabilité est extrêmement variable suivant les individus ;
par conséquent, c'est dans les troubles fonctionnels du cerveau et
des nerfs qu'on peut le moins prouver d'une façon concluante
l'influence particulière de la température. Il est certain que dans
toutes les élévations qui sont encore compatibles avec la vie, les
fonctions cérébrales peuvent se conserver dans leur parfaite inté-
grité, au moins tant qu'an ne leur demande pas de surcroît de travail .
Dans les températures hyperpyrétiques, telles qu'elles se produi-
sent peu avant et pendant l'agonie, on observe il est vrai presque
toujours, un certain trouble psychique, une certaine obnubila-
tion intellectuelle; cependant, dans les cas où les lésions sont nom-
breuses et anciennes, on ne saurait chercher dans la tempéra-
ture seule, la cause du trouble cérébral. La fièvre intense peut
bien déterminer de l'agitation, de la céphalalgie, de l'insomnie,
des cauchemars et parfois même du délire, mais il est rare que
ces phénomènes soient sous la dépendance exclusive des conditions
thermiques.
2° Contractions du cœuh. — 11 est vrai qu'elles aussi sont sou-
mises à beaucoup d'autres influences indépendamment des mala*
MODIFICATIONS DE LA CHALEUR SUR L'ORGANISME 447
dies locales ; le contraste de leur fréquence et de leur intensité
avec le degré de la température est si commun, qu'il se produit
presque dans tous les cas, au moins à un moment quelconque de
la marche morbide. Néanmoins, on ne peut méconnaître qu'il
existe certains rapports entre l'état du pouls et celui de la tem-
pérature. Il est notamment certain que dans les températures ex-
trêmement fébriles, des contractions calmes et pleines ne se pro-
duisent plus, et qu'au contraire elles deviennent le plus souvent
accélérées, et en même temps insuffisantes et surtout irrégulières.
Mais ce fait ne suffît pas pour démontrer que les troubles dans les
contractions du cœur soient déterminées par les modifications
thermiques; on observe, au contraire, très souvent que les modi-
fications du pouls précèdent d'un peu celles delà température, et
peuvent donc servir jusqu'à un certain point à les annoncer.
5° L'état de replétion des vaisseaux capillaires exerce une
grande influence sur la température par l'émission de chaleur qui
en résulte, de sorte que leurs relations réciproques sont très-com-
plexes.
4° Fréquence de la respiration. — Il en est de celle-ci comme
des contractions du cœur; il faut ajouter cependant que, dans tous
les cas un peu graves, il se développe de bonne heure des lésions
pulmonaires qui influent à leur tour sur la fréquence de la respi-
ration.
5° Langue. — Il est vrai que l'état de plus grande sécheresse de
cet organe s'observe assez souvent avec des températures normales
même sans qu'il y ait affection locale de la bouche.
6° Fonctions digestives. — Bien que l'influence directe de la
température sur la digestion ne soit jamais bien nette, la fré-
quence du catarrhe gastrique dans toutes les maladies est un fait
habituel .
7° La contractilité musculaire est presque toujours légère-
ment émoussée, mais ce trouble passager peut reconnaître bien
d'autres causes.
8° Les sécrétions, notamment la sécrétion urinaire, subissent en
général des modifications, mais les rapports de ces troubles sécré-
toires avec les écarts thermiques, sont encore bien loin d'être pré-
cisés.
9° Etat du sang. — On constate en particulier une diminution
448 MODIFICATIONS DE LA CHALEUR SUR L'ORGANISME.
notable du chiffre des globules; mais cette anémie globulaire
peut aussi se développer à la suite des phlegmasies exsudatives,
de linanition, etc.
10° Tendance aux extravasions et aux transsudations, à la for-
mation de dépôts. — Mais tous ces effets peuvent être le résultat
de divers facteurs.
11° Lésions parenchymateuses étendues (stéatose aiguë). — Ces
lésions peuvent aussi se produire sans écart thermique considé-
rable (empoisonnement par le phosphore) .
12° Arrêt ou tr ourles de la nutrition générale. — L'amai-
grissement et la consomption ne doivent pas toujours être consi-
dérées comme la conséquence de l'état fébrile ou du collapsus, et
la part que prennent les autres processus morbides à l'amoindris-
sement de la nutrition ne se calcule pas plus que celle qui revient
à l'influence des modifications thermiques.
5. En examinant sans parti pris de grandes séries d'observa-
tions isolées, on est conduit à formuler les conclusions suivantes :
1° Dans les écarts thermiques modérés, soit au-dessus soit au-
dessous du taux physiologique, on ne constate dans l'organisme
aucun phénomène qui puisse être envisagé comme la conséquence
nécessaire de la température anormale et qui ne puisse se pro-
duire assez souvent aussi sans écart thermique. Ce qui cependant
paraît dans certains cas être le plus facilement influencé par les
modifications de la température, ce sont : les phénomènes sub-
jectifs, la turgescence générale du système capillaire et l'aspect
qui en résulte, les fonctions digestives, l'activité cérébrale, la
contraction musculaire, la quantité et la composition de l'urine,
peut être aussi des autres produits de sécrétion. Ces effets sont
d'ordinaire d'autant plus accusés, que l'organisme est obligé en
même tenais de réagir plus énergiquement.
2° Dans les élévations brusques et plus ou moins étendues de ia
température à des degrés considérables, il se produit souvent des
troubles nerveux intenses et quelques autrco troubles fonctionnels ;
mais, dans des cas assez fréquents, tous ces phénomènes échappent
à l'attention aussi bien du malade que de ceux qui le soignent; on
ne peut alors précisément les reconnaître qu'à l'aide de la mensu-
ration. Chose singulière, c'est que même dans les cas où l'éléva-
MODIFICATIONS DE LÀ CHALEUR SUR L'ORGANISME. 449
tion thermique brusque s'accompagne de symptômes nombreux
et intenses, on rencontre très-rarement le délire, tandis que la
céphalalgie, l'obtusion intellectuelle, le vertige et même le sopor
sont assez habituels.
5° Une élévation thermique alternant avec des rémissions quo-
tidiennes peut se maintenir pendant assez longtemps, même quand
elle est très-considérable sans être accompagnée momentanément
de phénomènes imputables à l'anomalie thermique elle-même.
Les troubles fonctionnels concomitants n'offrent du moins assez
souvent aucun parallélisme avec la hauteur des exacerbations, et,
en pareil cas, l'action immédiate éventuelle de l'élévation de la
température pourrait bien être de beaucoup surpassée par l'in-
fluence de la cause morbifique et des lésions multiples produites
dans les organes par la maladie elle-même. Cela n'exclut pas ce-
pendant le fait que la température rémittente fébrile ne puisse
avoir aussi sa part dans l'anémie globulaire consécutive, dans les
troubles sécrétoires et nutritifs. Ces effets paraissent cependant
être déterminés plutôt par la durée que par l'intensité de la marche
fébrile rémittente.
4° Dans les grandes élévations thermiques sous-continues et con-
tinues, il existe soit d'autres conditions tellement graves qu'il est
difficile de rattacher les troubles fonctionnels isolés à l'augmenta-
tion de la température, ou bien ce sont en général des cas obscurs
qui ne doivent raisonnablement servir de base à aucune conclu-
sion générale, ni d'arguments en faveur d'aucune théorie. En
tous cas, il n'existe pas un seul phénomène morbide qui offre la
moindre trace de parallélisme même approximatif avec les degrés
thermiques, et dont on puisse dire avec raison qu'à une certaine
limite de température il doive infailliblement se produire. Mais
cela n'empêche pas que l'anomalie thermique ne puisse avoir des
résultats divers ou indirects, et des conséquences ultérieures plus
ou moins éloignées.
5° Ce n'est qu'A l'approche de la mort que les symptômes mor-
bides sont en rapport direct avec l'élévation de la température, en
tant que celle-ci soit évidemment incompatible avec la continuation
de la vie. Quoique la raison de ce fait nous échappe complètement,
il est peu probable cependant que l'explication donnée par Weckart
soit la vraie (Archiv der Heilkunde, IV, 195), selon cet auteur, à
29
450 MODIFICATIONS DE LA CHALEUR SUR L'ORGANISME.
un certain degré thermique, la fibrine commencerait à se séparer
de la masse sanguine. Cependant, sous ce rapport aussi, la fièvre
récurrente nous a appris que la limite extrême de la température
compatible avec la vie doit être portée plus loin qu'on ne semblait
auparavant autorisé à l'admettre.
6° Quand la température descend des hauts degrés à l'état nor-
mal et au-dessous, il se présente souvent de grandes anomalies
fonctionnelles dans des cas où aucune influence défavorable
n'agit sur le malade, et où celui-ci peut être dans la meilleure
voie de guérison. Dans le typhus exanthématique, le délire persiste
souvent plusieurs jours après la disparition de la fièvre ; dans la
fièvre typhoïde également, les troubles cérébraux les plus intenses
correspondent parfois à l'époque où la température tend manifes-
tement à décroître. Dans les pneumonies, les graves désordres fonc-
tionnels du cerveau, et notamment le délire, se présentent beaucoup
plus souvent après que le maximum thermique a été franchi, ou
même quand la température est déjà redevenue normale, que pen-
dant le .paroxysme de la fièvre. 11 en est de même dans une foule
d'autres affections morbides. Mais tout aussi fréquemment les
abaissements thermiques les plus subits peuvent se produire sans
que les fonctions du cerveau, pas plus que celles de tout autre or-
gane, n'en soient nullement affectées.
7° On ne saurait, à la vérité, méconnaître l'influence des tempé-
ratures sous-normales sur la turgescence de la surface du corps, et
par conséquent sur l'habitus extérieur du malade. Mais quand les
abaissements thermiques sont un peu considérables, les conditions
sont toujours tellement obscures et complexes qu'il paraît impos-
sible d'attribuer les phénomènes produits à la seule diminution de
la température.
SUPPLÉMENT
Addenda à la page 109 [Influence du repos et du travail) et à la page 118
[Influence de la pression atmosphérique).
Lortet a fait une étude comparative très-intéressante sur les dif-
férences de température, dans l'état de repos et pendant le mou-
vement, dans les plaines et sur les hautes montagnes, et a com-
muniqué récemment les résultats de ses recherches dans les
Comptes rendus (1869, p. 709 ; séance de l'Ac. des se, 20 sept.).
Les expériences furent faites à Lyon (à 200 mètres d'altitude),
sous une température atmosphérique de 22°, 7 ; la chaleur propre
était de 56°, 4 dans le repos, de 56°, 2 dans le mouvement.
Au contraire, dans deux ascensions du Mont-Blanc, le 17 et le
26 août 1869, Lortet a trouvé :
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Degrés.
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A Chamonix
1050
+10,i
36,5
56,3
+12,4
37,0
35,3
A la Cascade-du-Durd.
1500
+ 11,2
56,4
35,7
+15,4
36,3
34,5
Au Chalet-de-la-Para.
1605
+11,8
56,6
54,8
+15,6
36,3
34,2
A la Pierre-Perdue. .
2049
+15,2
56,5
33,3
+14,1
56,4
33,4
Aux Grands-Mulets. .
5050
- 0,3
56,5
33,i
— M
56,5
33,3
Sur le Grand-Plateau.
3952
- 8,2
36,3
52,8
— 6,4
36,7
32,5
Aux Bosses du Droma-
4556
—10,3
36,4
52,2
— 4,2
55,7
32,3
Au sommet du Mont-
4810
-9,1
36,3
32
— 3,4
36,6
„
452 SUPPLÉMENT.
Les processus chimiques, sans doute diminués parla raréfaction
de l'air, étaient cependant encore suffisants, quand le corps était
en repos, pour maintenir l'équilibre. Mais aussitôt que des efforts
étaient produits et que les forces chimiques devaient par consé-
quent se transformer en travail mécanique, elles ne suffisaient plus
à produire la quantité de chaleur nécessaire pour la conservation de
la température normale. La chaleur propre diminuait donc rapide-
ment de plusieurs degrés (même de 5°) ; mais, aussitôt après un re-
pos dequelquessecondes, les forces chimiques se transformaient de
nouveau en chaleur, et la température revenait rapidement à l'état
normal. Au sommet du Mont-Blanc, une demi-heure de repos était
nécessaire pour que la température normale fut de nouveau at-
teinte.
Pendant la digestion, cette différence entre l'étatlde repos et de
mouvement n'était pas sensible; la température se maintenait,
malgré les efforts, entre 56° et 57°, et atteignait même 57°, 5'.
L'influence compensatrice de la nourriture ne durait cependant
pas longtemps. Une heure déjà après le repas, le refroidissement
causé par les efforts musculaires se faisait de nouveau sentir.
TABLE
DES ÉQUIVALENTS THERMOMÉTRIQEES
CALCULES D APRES LES ECHELLES
DE CELSIUS , DE RÉAUMUR ET DE FAHRENHEIT
CELSIUS.
RÉAUMUR.
FAHRENHEIT .
CELSIUS.
RÉAUMUR.
FAHRENHEIT .
0
0
32
33,4
26,72
92,12
5
4
41
53,5
26,8
92,3
10
8
50
55,6
26,88
92,48
15
12
59
33,7
26,96
92,66
17,5
14
65,5
55,8
27,04
92,84
20
16
68
33,9
27,12
95,02
22,5
18
72,5
34
27,2
95,2
25
20
77
54,1
27,28
95,38
27,5
22
81,5
54,2
27,36
95,56
30
24
86
54,3
27,44
95,74
50,5
24,4
86,9
54,4
27,52
93,92
31
24,8
87,8
54,5
27,6
94,1
31,5
25,2
88,7
54,6
27,68
94,28
32
25,6
89,6
54,7
27,76
94,46
32,5
26
90,5
54,8
27,84
94,64
52,6
26,08
90,68
54,9
27,92
94,82
32,7
26,16
90,fc6
35
28
95
52,8
26,24
91,04
35,1
28,08
95,18
32,9
26,32
91,22
35,2
28,16
95,36
33
26,4
91,4
35,5
28,24
95,54
33,1
26,48
91,58
55,4
28,32
95,72
35,2
26,56
91,76
35,5
28,4
95,9
53,3
26,64
91,94
35,6
28,48
96,08 [j
TABLE DES ÉQUIVALENTS THERMOMÉTRIQUES.
55,7
55,8
55,9
36
56,1
56,2
56,25
56,3
56,4
56,5
56,6
56,7
56,75
56,8
56,9
37
57,1
57,2
57,25
57,5
57,4
57,5
57,6
57,7
57,75
57,8
57,9
38
58,1
58,25
58,2
58,25
58,3
58,4
58,5
58,6
58,7
58,75
58,8
58,9
28,56
28,64
28y72
28,8
28,88
28,96
29
29,04
29,12
29,2
29,28
29,36
29,4
29,44
29,52
29,6
29,68
29,76
29,8
29,84
29,92
30
50,08
50,16
50,2
50,24
50,32-
50,4
50,48
50,5
50,56
50,6
50,64
50,72
50,8
50,88
50,96
31
51,04
51,12
FAHRENHEIT.
96,26
96,44
96,62
96,8
96,98
97,16
97,25
97,34
97,52
97,7
97,88
98,06
98,15
98,24
98,42
98,6
98,78
98,96
99,05
99,14
99,32
99,5
99,68
99,86
99,95
100,04
100,22
100,4
100,58
100,625
100,76
100,85
100,94
100,16
101,3
101,48
101,66
101,75
102,84
102,02
39
59,1
59,2
59,25
59,5
59,75
59,4
59,5
59.6
59,7
59,75
59,8
59,9
40
40,1
40,2
40,25
40,5
40,4
40,5
40,6
40,625
40,7
40,75
40,8
40,9
41
41,1
41,125
41,2
41,25
41,3
41,4
41,5
41,6
41,625
41,7
41,75
41,8
41,875
REAUMUR.
51,2
51,28
51,36
51,4
51,44
51,5
51,52
51,6
51,68
51 ,76
51,8
51,84
51 ,92
32
52,08
5'2,16
52,2
52,24
52,32
52,4
52,48
52,5
52,56
52,6
52,64
52,72
52,8
52,88
52,9
52,96
33
55,04
55,12
55,2
53,28
55,5
55,36
55,4
55,44
55,5
FAHRENHEIT.
102,2
102,38
102,56
102,65
102,74
102,875
102,92
105,1
105,28
105,46
105,55
105,64
105,52
104
104,18
104,56
104,45
104,54
104,72
104,9
105,08
105,125
105,26
105,37
105,44
105,62
105,8
105,98
106,025
106,16
106,25
106,34
106,52
106,7
106,88
. 106,925
107,06
107,15
107,24
107,375
TABLE DES ÉQUIVALENTS TIIERMOMÉTRIQUES.
455
CELSIUS.
RÉAUMUR.
FAHRENHEIT.
CELSIUS.
RÉAUMUR.
FAHRENHEIT .
41,9
55,52
107,42
45,5
54,64
109,94
42
33,6
107,6
45,375
54,7
110,075
42,1
53,68
107,78
45,4
54,72
110,12
42,125
55,7
107,825
45,5
54,8
110,3
42,2
55,76
107,96
45,6
54,88
110,48
42,25
55,8
108,05
45,625
54,9
110,525
42,3
55,84
108,14
45,7
54,96
110,66
42,575
55,9
108,185
45,75
35
110,75
42,4
55,92
108,32
45,8
55,04
110,84
42,5
34
108,5
45,9
55,12
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54,08
108,68
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55,2
111,2
42,625
54,1
108,725
44,1
55,28
111,38
42,7
54,16
108,86
44,2
55,56
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111,875
42,875
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109,175
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55,52
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109,22
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112,1
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109,4
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109,625
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112,64
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54,56
109,76
44,9
55,92
112,82
45,25
54,6
109,85
45
36
113
EXPLICATION DES PLANCHES
La planche I représente un modèle de registre graphique pour
la température, le pouls et la respiration. La ligne verticale forte-
ment marquée représente sur ce cadre graphique, comme sur les
tracés des autres tableaux, le minuit, la ligne perpendiculaire plus
mince, le midi. Les intervalles compris entre ces deux colonnes
peuvent êlre utilisées pour les mensurations faites à n'importe
quelle heure du jour et de la nuit. Pour plus de clarté, les degrés
de Celsius et de Réaumur ont été mis côte à côte.
Afin de faire mieux ressortir l'utilité pratique de pareils ta-
bleaux, j'y ai transcrit l'observation d'un cas très-intéressant en
lui-même par les diverses péripéties qu'il a présentées. Il est
aisé de reconnaître tout l'avantage de ces tracés graphiques, qui
reproduisent fidèlement le cycle de la maladie. Quelques notes ad-
ditionnelles relatives aux particularités spéciales qu'a présenté le
cas en question, ainsi qu'aux agents thérapeutiques auxquels on a
eu recours,, suffiront pour embrasser d'un seul coup d'œil l'his-
toire sommaire de la maladie.
Ce tableau thermographique présente encore d'autres indica-
tions, à savoir : dans la partie supérieure, les noms, âge, profes-
sion, nationalité, dernier domicile, date de l'invasion, diagnostic
général de la maladie, numéro du thermomètre; les jours du mois
sont marqués en chiffres arabes, les jours de la maladie en chiffres
romains. Les principaux agents thérapeutiques mis en usage sont
également indiqués; vient ensuite la courbe thermique avec six
mensurations par jour en moyenne, puis le tracé graphique du
EXPLICATION DES PLANCHES. 457
pouls compté le matin et le soir, enfin le tracé pnéométrique. A la
partie inférieure du tableau se trouvent encore notés les résultats
de plusieurs pesées, indiqués en kilogrammes, et à la fin encore
quelques remarques. Il est facile de rendre encore plus complet
ce tableau, en y ajoutant par exemple le tracé graphique des mo-
difications de volume de la rate ou celui d'un épanchement pleu-
rétique et autres phénomènes pathologiques importants. Pour les
commençants, il ne sera peut-être pas superflu de marquer à l'encre
rouge l'espace compris entre 37°, 5 et 56°, 5, qui représente la la-
titude de la température normale.
Le cas que j'ai mis à profit pour l'intelligence du présent tableau
était extraordinairement grave et compliqué.
Il s'agissait, en effet, d'une fièvre typhoïde avec rechute au milieu
de la quatrième semaine, et contre laquelle plusieurs médications
avaient été successivement employées. On reconnaît d'abord l'action
du calomel à une chute rapide de la température; on ne pouvait
s'attendre à un effet durable du remède, car la maladie était déjà
très-avancée au moment où on avait eu recours à cet agent. Quand
la température commença à se relever, on administra, le douzième
jour de la maladie, et malgré l'existence d'une bronchite assez in-
tense, un bain froid (à 18° C. =14° - R.) pendant vingt minutes;
des douches d'eau glacée furent en outre appliquées et répétées
trois fois par jour. Les effets immédiats des bains sur la température
(prise dans le rectum) sont marqués en lignes ponctuées. Après le
premier bain, la température descend de 40° à 59° , 1 ; après le
second bain, de 40°, 5 à 59°, 5, et retombe ensuite spontanément
à 59°, 1 (voij. la ligne ponctuée correspondante) ; après le troisième
bain, de 59°, 9 à 58°, 5; après le quatrième, l'effet immédiat se ré-
duit à un dixième de degré. Dans l'intervalle de chaque bain, le
tronc fut couvert de compresses glacées. Mais bien que tous les
symptômes se fussent amendés sous l'influence de ce traitement,
que la langue d'abord sèche et fuligineuse se fût complètement
dépouillée, que l'appétit revînt, que le météorisme eût presque dis-
paru, que la rate eût diminué de volume, que surtout les phéno-
mènes cérébraux se fussent notablement amendés, et que la bron-
chite aussi ait été moins forte, la malade se plaignait tellement
des souffrances que lui causaient les bains froids qu'on fut obligé
de faire usage de l'eau tiède (25° à 32° C). Le résultat (voy. la
458 EXPLICATION DES PLANCHES.
ligne ponctuée) fut bien moins favorable : ta partir du quinzième
jour, la malade se refusa obstinément à continuer ses bains. Dès que
les bains eurent été abandonnés, latempérature remonta, malgré la
continuation des compresses froides; mais à partir du dix-septième
jour, la maladie paraissait prendre une meilleure tournure. Une
recrudescence de la fièvre (le dix-neuvième jour) qui incommoda
fort la malade, la décida d'autant plus à reprendre des bains
qu'elle avait constaté leur favorable effet sur une malade voisine ;
elle en prit un le lendemain. Le résultat fut avantageux; les ré-
missions devinrent plus profondes. Mais une exacerbation s'étant
produite le vingt et unième jour, la malade refusa de nouveau de
prendre son bain; on n'insista plus, car elle paraissait être dans
de meilleures conditions. Mais à partir du vingt-cinquième jour,
les hautes exacerbations apparurent à nouveau, et les rémissions
devinrent de jour en jour plus faibles. La rate augmenta de vo-
lume. Ces symptômes ne furent d'abord accompagnés d'aucun autre
phénomène subjectif, et la malade persista dans son refus de re
prendre des bains. Tous les signes du fastigium se manifestèrent
de nouveau : troubles cérébraux intenses allant même jusqu'au dé-
lire, météorisme croissant, rate énorme, nouvelle éruption de
taches rosées, adynamie profonde. A cela vint s'ajouter une bron-
chite intense avec infiltration des deux lobes inférieurs, petitesse et
fréquence du pouls, albuminurie, thrombose douloureuse des extré-
mités inférieures avec œdème considérable. A la vérité, au trente-
cinquième jour, la température extrêmement fébrile fut abaissée
par l'emploi de }a digitaline, mais la malade tomba dans le collap-
sus, la face était pâle avec rougeur nettement circonscrite des pom-
mettes, le nez, les oreilles, les mains et les pieds étaient glacés;
la respiration était irrégulière, fréquente, entrecoupée ; elle perdit
complètement connaissance, ne fit plus que murmurer vaguement
quelques mots et présenta continuellement des mouvements auto-
matiques dans les muscles du visage et des mains. Le deuxième
bruit du cœur commença à disparaître, la malade paraissait agoni-
sante. A ce moment, on eut de nouveau recours aux bains (à
25°, 5 C). L'effet qu'on osait à peine espérer fut surprenant.
Déjà après quelques bains les symptômes les plus effrayants dis-
parurent. Non-seulement l'influence sur la température fut très-
marquée, mais la langue se dépouilla aussi très-rapidement, le
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Nom e( àôc ■ ./////,/ .lln/iins 17 ana' Lieu de naissance : ûrimma Dêbul do la maladie : 18 Octobre 1868 ( matin j „. -, . Typhtui abdominal grave az/ee recrudescence. Numéro du
Profession : Oomestiauc Dernier domicile : ITZhmatod^' SeÂutyaste - rex de haussée Date de rentrée : 26 Octobre t<cprès midi J Uiaojiostic : ;/„„,,/,...„//„.„ ,,,,■,„ ï™Mmalne Ivajitemeivt : Bauujroid* Thermomètre : 6082
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F. Savy- Editeur
EXPLICATION DES PLANCHES. 459
météorisme diminua, l'appétit revint et les selles devinrent demi-
molles, la rate commença à diminuer, la malade recouvra con-
naissance, le sommeil reparut, de grandes quantités d'urine sans
albumine furent excrétées, la respiration devint plus régulière et
l'infiltration des poumons et la bronchite s'amendèrent. L'œdème
des membres inférieurs diminua, et après six jours la malade en-
trait en convalescence et les bains purent alors être impunément
supprimés.
Les autres planches représentent des spécimens de cycle ther-
mique dans différentes maladies. Ils sont aussi tous relatifs à des
cas observés par moi. Les segments de la courbe thermique com-
pris entre minuit et midi correspondent d'ordinaire au minimum
quotidien (et sans prendre en considération l'heure de la matinée
sur laquelle il tombe). Les segments compris entre midi et minuit
correspondent de leur côté au maximum quotidien.
Plusieurs fois nous avons jugé utile de noter plusieurs points
d'observations entre les deux lignes perpendiculaires. 11 est im-
possible de commettre à cet égard la moindre erreur. Quant aux
autres tracés thermiques, l'épigraphe qui surmonte chacun d'eux
nous dispense de plus amples explications.
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température tombe les jours suivants à 56°,1 — 55° 5 — 54°,1 — 55°,6 — 52° 4, et
le jour de la mort elle n'était plus que de 50° centigrade. Elle s'éleva d'un 1/2°
quelques instants avant le moment fatal. La température dans l'aisselle droite était
un peu plus élevée que du côté gauche. Celle du rectum était d'environ 1/2° eu
sus. Autopsie. Hydropisic arachnoïdienne et vmtriculaire. — Hammarsten (Olol),
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p. 15 ; n° 4, p. 40 ; n° 6, p. 63.) — Exemple d' abaisseraient considérable de la tem-
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de Paris.)
TABLE ALPHABÉTIQUE
Abaissement de la température générale.
Ses causes, 197.
Abaissements thermiques partiels, 164.
Accouchement (Température dans 1'), 106,
366, 367.
Acmé ou fastigium, 249.
Afanasieff, 442.
Affectons fébriles (Marche de la tempé-
rature dans les), 243, 286.
— catarrhales aiguës, 372, 575.
Age (Influence de 1') sur la température,
101.
Agonie, 18, 284, 287.
Aine (Température dans 1'). Procédé d'ex-
ploration de Levier, 100.
Air (Influence de 1'), 112.
A sselle. Voy. Axillaire.
Aitken. Ses travaux sur la thermométrie, 52.
Alcool (Action de 1') et des boissons alcoo-
liques, 120, 138, 139.
Aliénation mentale (Température dans 1'),
432.
Alimentation (Influence de 1'), 118, 137.
Altérations du sang et des sécrétions,
434.
Aménorrhée, 158.
Amphibole (Stade), 14, 15.
Amygdalite, 595, 398.
Andral. Ses travaux, 38.
Angine. Voy. Amygdalite.
Anémie (De 1') dans la lièvre typhoïde,
325.
Appareils thermo- électriques enregis-
treurs, 73.
Application du thermomètre (Mode d').
Approximativement typiques (Maladies), 7.
Aronssohn (Thèse de Strasbourg), 51.
Articulaire aigu (Rhumatisme), 405.
Atmosphérique (Influence des variations
de pression), 118.
Atropine (Effets de 1'), 139.
Atypiques (Maladies), 7.
A erbach. Théorie de la fièvre, 185, 186.
Axillaire (Exploration), 100.
Baerensprdng et Traube (Observations de),
46.
Baerensprung. Température des nouveau-
nés, 202. Choléra, 451.
Bailly (Mémoire de), 55.
Bains froids (Effets thermiques des), 51,
175, 457-459.
Bartels et Jdrgensen, 51.
470
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Barth, 51,
Basses températures. Voy. Sous-norma-
les et Collapsus.
Baumler (G.). Mort par insolation, 154. Fiè-
vre typhoïde, 552.
Béclarp. Ses travaux sur la contraclion
musculaire, 111.
Becquerel et Breschet (Recherches de),
55, 110, 142, 159.
Behse. Théorie de la fièvre, 185.
Bellinghieri (Vacca), 52.
Bennet-Dowler (Expériences de), 51.
Bérard (P. H.) (Article de), 56.
Berger (Traité de), 35,
Bergeron. Pneumonie des vieillards, 209.
Bergmann (Recherches de) sur l'action des
matières septiques, 42, 141.
Bernard (Claude). Influence du système
nerveux sur la température, 55> 144,
145. Température du sang, 99. Influence
des hautes températures sur les animaux,
155. Théorie de la lièvre, 183.
Berthelot. Sur la chaleur animale, 53.
Bibliographie, 460, 467.
Rillroth. Température après- les trauma-
tismes, 50. Lésions de la moelle cervi-
cale, 431. Tétanos, 452.
— et Weber. Sur la fièvre trauma-
tique, 187, 188, 565.
— et Hufschmidt (Expériences de),
140, 159.
— et Pick, 155.
Binz. Effets de la glace, 117.
Blagden (Expériences de), 30.
Blass. Érysipèle, 561.
Boecker. Action thermique des hains lo-
caux, 116.
Boerhaave (Thermomètre de), 27.
Boissons (Effets des différentes), 120.
Bouillaud (Observations thermométriques
de), 56.
Brand, de Stettin. Traitement de la fièvre
typhoïde, 328.
Brener et Ghrobak (Expériences de), 151 .
Bright. (Température dans la maladie de) ,
415.
Briquet et Mignot. Choléra, 431.
Brodie (B.) (Théories et observations de),
52,37, 244,205,451.
Bronchite (Température dans la), 373.
Brown-Séquard, 117, 155, 159, 1 45, 146,
149.
— et Tholozan (Expériences de),
115, 116.
Budge etWALi.ER (Expériences de), 146.
But de la thermométrie médicale, 54.
Cachexies, 434. Palustre, 424. Syphiliti-
que, 418, 435.
Café (Effets du), 120.
Callieurcès, 442.
Calomel (Effets du), 1 59.
Calories, 75.
Camphre, curare, 159.
Cancer (Température dans le), 457.
Catarrhales (Affections) des muqueuses,
372-375.
Causes des modifications de la tempéra-
ture, 96, 122, 127, 156.
Cérébro-spinale (Méningite), 400.
Chaleur animale. Théorie de Lavoisier,
50. — de Crawfort, 31 . — de Currie,
55. — de Liebig, 42-43. — de Meyer,
45-46.
— (Travaux sur la), 52-55.
Chaleur fébrile, 174, 177.
Chaleur (Équivalent mécanique delà), 45.
Charcot. Mémoires et travaux, 51. Cho-
léra, 431. État fébrile chez les vieillards,
209.
Choléra (Température dans le), 427.
Chomel. Article sur la chaleur animale, 36.
Chossat (Expériences et théories de), 55,
59, 157, 144.
Chroback et Brener (Expériences de), 151.
Chroniques (Température dans les mala-
dies), 457, 459.
— (Formes fébriles), 22, 23.
— (Fièvres), 458, 440.
Clausius. Mémoire sur la théorie mécani-
que de la chaleur, 53.
Cœur (Température dans les maladies du),
437.
— des grenouilles (Etfets de la chaleur
sur le) Voy. Cyan, 445-444.
— (Influence des modifications thermi-
ques sur les contractions du), 446-447.
Coleman (Thèse de), 32.
Colin (Expériences de), 99.
TABLE ALPHABETIQUE.
471
Collapsus, 9, 177, 181, 199, 200.
Collard de Martigny. Influence de la cir-
culation sur la température, 56.
Compton (Articles de), 52.
Constipation (Effets delà), 158.
Contraction musculaire (Influence de la),
109.
Convalescence, 17.
Coqueluche (Température dans la), 575.
Couches (Température dans les), 107,
367.
Courbes thermiques. Voy. Tracés.
Crawfort (Expériences de), 51.
Crises, 16, 270, 271, 272, 385.
Critiques (jours), 585. Voy. Traube.
Couenneuses et diphthéritiques (Affections),
575,376.
Croupale (Pneumonie), 376.
Cuny-Bohvier. Influence de l'alcool, 120.
Gurrie (J.), 31, 32.
Cycles fébriles, 229, 245, 246.
Cyon. Influence des modifications thermi-
ques sur le cœur, 443.
Czermak. Choléra, 431.
Dalton, 53.
Damrosch, 50.
Dau ville (Observalions de), 109.
Davy (John). Expériences, 35, 41, 42. Tem-
pérature sénile, 105. Influence exercée
par les mouvements, 110. — par un ef-
fort intellectuel, 112. — par le séjour
dans des lieux très-chauds, 118.
Défervescence, 16, 17, 269-277.
De HaeN, 28, 29.
Demarqday (Thèse de), 40.
— et Duméril (Expériences de) sur
les effets de l'éther et du chloroforme,
40.
Dépressive (Influences qui exercent une
action) sur la température, 129, 130.
Diabète (Température dans le), 457.
Diarrhée, 138.
Différence quotidienne, 11, 255-236.
Différences individuelles, 104.
Digitale (Effets de la), 139.
Diphthéritiques (Inflammations), 375, 576.
Dobson (Expériences de), 50.
Donders (Traité de), 42. Expériences, 14(i.
Donné. Observations therniométriques, 56.
Dothiénentérie. Voy. Fièvre typhoïde, 292
et suivantes.
Dowler. Insolation, 155.
Doyère. Choléra, 452.
Duclos (Thèse de), 51.
Dulong et Després (Mémoires de), 55.
Ddméril et Demarquay. Effets de l'alcool,
158, 159.
Dyscrasies (Température dans les), 434.
E
Earle (Expériences de), 33.
Eau froide (Action physiologique de 1'),
115, 116.
Ebmeyer. Tétanos, 431.
Écarts de la température physiologique,
121.
— morbides (Cause des) de la tem-
pérature, 122, 156.
Eckard, 442.
Edenhuizen, 145.
Edwards. Influence des agents physiques
sur la vie, 35.
Efforts, 108. — musculaires, 152. — in-
tellectuels, 117.
Elévations de la température (Causes
des), 139, 191,197.
Emissions sanguines (Effets thermiques
des), 121.
Endocardite, 402.
Enduits de la peau (Influence des), 142.
Enfants (Température des), 103. Voy.
Roger.
Éphémère (Fièvre), 19, 20. Voy. Fébri-
cule.
Épicritique (Période), 17, 275, 276, 277.
Épilepsie. Voy. Névroses, 452.
Équivalents thermométriques (Table des),
453, 454.
472
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Erb. Tétanos, 433, 434.
Érysipèlz, 359, 561 .
Eulenburg. Érysipèle 361.
Everard-Home. Influence du système ner-
veux sur la production de la chaleur ani-
male, 35.
Exacerbations, 228.
Exanthèmes, 161.
Exercice musculaire (Effets de 1') sur la
température, 152.
Eydaux et Saubyck (Observations de),
118.
Fastigium, 14, 249, 266.
Fébricule, 19, 20, 362, 365.
Fébrile (Chaleur), 174, 177. Collapsus dans
les maladies fébriles, 181.
Fébrilité, 204.
Ferber. Fièvre typhoïde, 530. Tétanos, 435.
Fick. Travaux sur la* chaleur animale, 52.
Fiedler. Fièvre typhoïde, 331 .
Fièvres (Division des), 19.
Fièvre continue. Voy. Typhoïde, 318, 551.
— chronique (types de la), 438, 440.
— intermittente, 425, 426.
— péléchiale, 353.
— récurrente, 558.
— - rémittente, 561, 562.
— terminale, 20, 441.
— traumatique, 565. 364.
— (théories de la), 183.
Finlayson et Forster (Recherches de) sur
la température des enfants, 103.
Fischer. Températures sous-normales dans
les plaies de la moelle, 152, 451, 452.
Fluctuations de la température, 11, 104,
227, 246. Voy. aussi Quotidiennes.
Fleischer. Action du curare sur la tem-
pérature, 140. — dans les maladies,
227.
Fleury. Action de l'eau froide, 115.
Foie (Maladies du), 416.
Folet. Température chez les hémiplégi-
ques, 162.
Fouqué (Thèse de), 51.
Frère (Expériences de), 140, 141.
Fricke (Recherches de), 37.
Friedlander ( Observations thermométri-
ques de) dans le choléra, 516, 428.
Frisson, 6, 169-174, 199.
Frôhlich (Mémoire de), 35, 547.
Gavarret, 37, 52. — (Appareils thermomé-
triques de), 75.
Gentil , Variations de la température,
54.
Gerlac» (Expériences de), 142.
Gibson, 52.
Gierse. Dissertation, 58. Recherches, 159.
Goufrin. Action physiologique de l'alcool,
120.
Goldsciimit (Dissertation de), 419.
Gôppert. Voy. Choléra, 451.
Griesinger (Traité de), 551. Typhus, 558.
Grimshaw, 52, 558, 595.
Grippe, 575, 574.
Grdnewald et Winckel. De la température
dans le travail, 106-108.
Gotercock (Observations de). Choléra, 429,
451.
Il
Haen (De), 28, 29.
Hagenbach et Liebermeister. Fièvre ty-
phoïde, 328.
Hagspiel. Effets des applications locales de
glace, 117.
Haie (Mémoire de), 33.
Haller-Marcard, 30.
Hallmann (Recherches de), 59, 328, 442.
Hardy (Thèse de), 51.
Harless, 442.
TABLE ALPHABETIQUE.
475
Hecker, 108.
Hectique (Fièvre), 22, 23.
Heidenhain. Effets de l'irritation des nerfs
sensitifs, 135.
Helmholtz (Article de), 42. (Calculs de),
93, 94.
Helbig. Insolation, 134.
Hémiplégie (Température dans 1'). Voy.
Lépine, 163.
Hépatite, 416,417.
Hermann. Typhus récurrent, 343.
Hecbner. Pyémie, 372.
IIippocrate (Doctrine d'), 26.
Hirn (de Colmar). Combustion de l'oxy-
gène, 45. Équivalent mécanique de la
chaleur, 52.
Historique de la thermométrie, 26, 53.
Hôpital (Emploi du thermomètre à 1'), 85.
Hoppe. Influence de l'humidité des corps
sur la température, 116.
Hubenet. Voy. Choléra, 431.
Hubler. Scarlatine, 357.
Hufeland et Currie, 32, 34.
Hunter (Expériences de John), 50.
Huppert. Élévation thermique après la
mort, 287.
Hydrocète (Température après l'opération
de 1'), 159.
Hydriatrique (Traitement). Ses effets dans
les maladies fébriles, 115, 116.
Hydropisies (Température dans les), 437.
Hijperémie (Effets de 1'), 135, 161.
Hyper •pyrétiques (Températures) , 205.
Leurs effets sur l'organisme, 445.
Hyperthermogénèse, 191.
Hystérie, 163.
Ictère (Température dans 1'), 437.
Idiosyncrasies, 104.
Importance pratique de la thermomé-
trie, 57.
Immermann, 51 , 298, 528.
Inanition (Température dans 1'), 435.
Inflammations (Modifications locales de la
température dans les), 158, 159.
— couenneuses et diphthéri-
tiques, 375, 376.
Influence des modifications thermiques sur
l'organisme, 442, 450.
Influences thermiques : actions de l'air,
de l'eau, de l'humidité, 112, 113.
Influença. Voy. Grippe, 373, 374.
Initial ou pyrogénétique (Stade), 12, 13,
14.
Insolation (Température dans l'), 11 1, 155.
Intérieure du corps (Température), 100.
Irritants (Effets des), 133.
Jaccocd. Ses travaux, 51. Voy. Introduc-
tion.
Jacobson et Bernhard. Température du
cœur, 100, 161.
Jaune (Fièvre), 417.
Jenni (Observations thermométriques de),
50.
Jochmann. Types de la fièvre chronique, 434.
Jaule (de Manchester). Équivalents de cha-
leur, 45.
Jiïrgensen. Marche typique de la tempéra-
ture quotidienne, 50, 105, 119. Études
cliniques, 298. Traitement de la fièvre
typhoïde, 328.
K
Kernig. Effets du décubitus, 111, 115.
Kiehan. Pneumonie, 595.
Kilogrammètre , 53.
Kirejeff. Action thermique des bains lo-
caux, 116.
Knautue. Température physiologique, 50.
TABLE ALPHABETIQUE
Kochee. Traitement de la pneumonie, 595,
Korber. Variole, 347.
Kraber et Ziemssen. Rougeole, 352.
Kcssjuul. Pleurésie, 405.
— et Tenner (Expériences de), 155,
148, 149.
Ladajie (Recherches thermométriques de),
51.
Ladé (id.), 51, 332. Fièvre rémittente,
361.
Lait (Fièvre de), 367.
Laschekewitsch, 143.
Laudien (Recherches de), 161.
Lavoisier (Théorie de), 50, 51.
Legallois, 53.
Lebmann. Action thermique des hains lo-
caux, 116. Tétanos, 205.
Lépine. Température des membres paraly-
sés, 165.
Léo (Mémoire de) sur une épidémie de va-
riole, 347.
Lésions traumatiques de la moelle cervi-
cale, 431, 432.
Leubuscher et Reinhart. Choléra, 431.
Leïden (Expériences de) , 189. Tétanos,
153, 432.
Lichtenfels et Frolich (Études de), 105,
117.
Liebebmeister (Recherches de), 51. In-
fluence de la respiration, 111. Fièvre,
186. Fièvre typhoïde, 328, 332. Tem-
pératures hyperpyrétiques, 445.
Liebig (Théorie chimique de) sur la cha-
leur, 42, 45.
G. Liebig (Dissertation de), 99.
Limites de la température. Physiologique,
89. Pathologique, 3.
Liouville et Voisin. Recherches sur le cu-
rare, 159.
Livikgstone et Thomso\. Effets de la race.
104.
Locales (Variations) de la température,
98, 157.
Lockstàdt. Choléra, 451.
Lombarii (Appareil thermo-électrique de),
73. Relation entre la température et les
actes intellectuels, 105, 108, 112.
Lortel (Expériences de). Voy. Supplé-
ment. 451, 452.
Lôwenhart. Température dans la manie,
205.
Lucas (Dissertation de), 35.
Ludwig (Hypothèses de), 55.
Lussana et Embrosoli, 149.
Lues. Voy. Syphilis, 249.
Lijsis, 16, 273, 275.
M
Macartny (Traité de) sur l'inflammation,
144.
Maeter, 207.
Magnan. Manie, 205.
Mair. Choléra, 451.
Maladies- (De la température dans les dif-
férentes), 288, 4i2.
— chroniques, 454, 457, 459.
Malaria, 424.
Manie (Température dans la), 203.
Mannkopf, Méningite cérébro-spinale, 402.
Manque de nourriture (Influence du), 119.
Marasme. Voy. Cachexie, 434.
Marche de la température dans les affec-
tions fébriles, 2 i3, 287.
Marey (Thermographe de), 74.
Marshall Hall (Expériences de), 156.
Martin (Charles), 29, 50.
Maurice (Thèse de), 51.
Mayer. Sa théorie de la corrélation des
forces, 45, 44. Équivalent mécanique de
la chaleur, 55.
M'Cornak, 52.
Méningite, 599, 402. Cérébro-spinale, 400.
Basilaire et de la convexité, 599, 401.
Menstruation (Influence de la), 105, 157.
Mensurations isolées, 201, 226.
Mentales (Maladies), 205, 452.
Michael. Température dans la fièvre inter-
mittente, 428.
TABLE ALPHABÉTIQUE.
475
Mignot et Briquet, Choléra, 451.
M Maire aiguë (Tuberculose), 419,420.
Mobilité de la température, 155, 156.
Modifications thermiques générales et lo-
cales dans les maladies, 156, 166.
Moelle cervicale (Lésions traumatiques de
la), 431.
Moelle épinière (Effets de la section de
la), 149.
Moers. Typhus, 358.
Montegazza. Influence de la douleur, 135.
Monti. Rougeole, 552. Choléra, 431. Téta-
nos, 453.
Mobgan (De). Cas de morve, 418.
Mort (Température après la), 286, 287.
Morve (Température dans la), 418, 419.
Mossler, 51.
Moyenne quotidienne, 1,1.
Muqueuses (Affections catarrhales des), 552.
Musculaires (Influence des contractions),
152, 155.
Murchison. Typhus, 558.
N
Nadir, 229.
Nasse, 55, 37, 52, 144. (F. et H. Nasse.)
Naunyn et Quincke (Expériences de) sur les
effets thermiques des lésions de la moelle,
150.
Néphrites. Voy. Reins et Bright (Maladie
de).
Nerfs (Effets des lésions des), 145, 148.
Névralgies (Elévation de la température
dans les), 161.
Névroses, 431. Psychiques, 432. Mortelles,
433.
Normes pathologiques, 291, 292.
Normale (Température), 87,
Nothnagel. Température des membres pa-
ralysés, 162.
Nourriture (Influence de la privation de),
157.
Nouveau-nés (Température des), 102.
Nutrition générale (Troubles de la), 448.
Obernier. Traitement hydriatrique des ma-
ladies fébriles, 51. Insolation, 111, 135.
Ogle, 18, 50, 101, 105, 119.
Onimus. De la théorie dynamique de la
chaleur, 55.
Organisme (Influence des modifications
thermiques sur 1'), 442, 450.
Ostéomyélite, 414, 415.
Paludéennes (Affections), 424, 426.
Paralysés (Température des membres),
162.
Parenchymateuse (Inflammation) des reins,
415.
Parotidite, 598, 599.
Péricardite, 402.
Périodes thermiques, 12, 18. Période de
déclin, 266, 267-277. Période épicriti-
que, 275, 276. Voy. aussi Stades,
Péritonite, 402.
Pertes de sang (Effets des), 156, 137.
Perturbation critique, 15, 265.
Pfeilsticker. Rougeole, 552.
Phlycténulaire (Fièvre), 561.
Phthisie aiguë, 421, 422.
Phthisie pulmonaire, tuberculeuse et ca-
séeuse, 456.
Picker (Dissertation de), 30.
Pick et Dybkovvski, 287.
476
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Pionm (Remarques de), 36.
Pitschaft (Essai de).
Plaies (Température des), 112.
Planches (Explication des), 456, 459.
Pleurale (Température de la cavité), 93
Pleurésie, 402.
Pneumonie, (576-395).
Ponfick. (Érysipèle), 361.
Post mortem (Température), 286.
Pouls (Rapports de la température et du),
212.
Préagonique (Température), 286.
Pression atmosphérique (Influence de la),
118.
Priestley et Scheele, 118.
Privée (De l'emploi du thermomètre dans
la pratique), 83.
Processus constitutionnels liés aux modi-
fications de la température (Formes gé-
nériques des), 167.
Produits putrides (Effets des), 140.
Professions (Influence des), 103.
Propositions fondamentales, 1-25.
Pus, 140.
Pyémie, 368.
Pyréxie, 93.
Pyrogénétique (Stade), 12.
Q
Qdincke et Nauntn, 450, 431.
Quinine (Sulfate de) dans la fièvre typhoï-
de, 330.
Quotidiennes de la température physiolo-
gique (Fluctuations), 104, 227.
— Différences, 228.
R
Races (Influence des) , 103.
Rechutes (Fièvre à), 365.
Rectale (Température), 100.
Reinhard, 431.
Reins (Inflammation parenchymateusedes) ,
415.
Relation entre certaines températures et
la santé, 103
Rémissions thermiques, 228.
Réplétion des vaisseaux capillaires (État
de). Son influence sur la température,
447.
Repos (Influento du), 108.
Resjnration. (Relations avec la tempéra-
ture), 447.
Rétention d'urine, 158.
Reus (d'Aschaffenbourg) (Mémoire de), 35.
Rhumatisme articulaire aigu, 405.
Richardson. Diphthérite, 376.
Rigor, Voy. Frisson.
Rœderer. Chaleur animale, 50.
Roger (Henri), 39.
Roséole, Rubéole, 357.
Rosentual, 442.
Rougeole, 547.
Ruïter. Action de la belladone, 146.
Saignées (Influence des), 136.
Saissy. Animaux hibernants, 32.
Sanctorius, 27.
Sang (Température du), 99, 448.
Savary. Température du sang, 99.
Scarlatine, 352.
Schafer. Température des enfants, 102.
Schalske. Modifications de l'irritabilité pro-
duites par la chaleur, 442.
Schiff, 147.
Schiffer, 287.
Schuidtlein. Fièvre jaune, 416.
TABLE ALPHABÉTIQUE.
477
Schmitz. Théorie de la fièvre, 185.
Schmeider. Insolation, 154.
Schoder. Température pendant le travail,
106-152.
Schrôtter. Pneumonie, 595.
Schusler. Action des bains, 115.
Secondaire (Fièvre), 565.
Sécrétions (Rapports avec la température),
447.
Seidel. Fièvre typhoïde, 552.
Seguin, 52.
Senator, 188-285.
Septigues (Poisons), 141.
Septicémie, 141.
Séreuses. (Température des) enflammées,
402.
Sexe (Influence du), 105.
Sbdme. Température post mortem, 28G.
Sidmey Rixger. Température comme dia-
gnostic de la phthisie, 52.
Signification d'une mensuration isolée,
215.
Siegel, 552.
Simon (Joh-), 52. |
Sinapismes.
Smith, 52.
Soi.mon. Morve Laryngée, 418.
Sommerbrodt. Morve aiguë, 418.
Sous-normales (Températures), 450.
Speck, 110.
Spillman (Thèse de), 51.
Squire (Observations de), 108.
Stade amphibole, 264.
— pyrogénétique, 246.
— (dans les maladies fébriles), 15.
Stéatose aiguë, 448.
Symptômes cérébraux, 214.
Syphilis constitutionnelle, 417.
Syphilitigue (Cachexie). Voy. ce mot.
— (Fièvre), 418.
Système nerveux (Influence de la tempé-
rature sur le), 446. Expériences, 151.
Observations cliniques, 153.
Supplément (Recherches de Lortet sur
l'influence du repos et du travail, de la
pression atmosphérique sur la tempéra-
ture), 451.
Technigue de la thermométrie, 65.
Température normale, 87.
— fébrile, 9-95
— physiologique, 2.
— (Effets de la chaleur extérieure sur
la), 153.
— hyperpyrétiques, 10.
(Influence snr l'organisme des),
445.
— (Signification générale de cer-
taines).
— Sous-normiles sur l'organisme (In-
fluence des), 450.
Temps de l'observation (Du), 80.
Tension (Effets delà), 447.
Termes usités de la thermométrie.
Tétanos, 433.
Thé (Effets du), 121.
Thérapeutiques (Effets des agents), 350.
Thérapeutique (Du thermomètre comme
moyen de contrôle de la), 165.
Thermiques (Influences), 112.
Thermographe de Marey, 74.
Thermomètre (Enregistreur), 74
— (Emploi du, dans la pratique), 83.
— à maxima, 69.
Thermomètre à mercure, 68.
— métastatique de Walferdin, 72.
— (Mode d'application du), 77.
Therr,. ométrie médicale (Historique de la),
51.
— (But et utilité de la), 54.
— clinique spéciale, 288.
Thermométriques (Table des équivalent?),
455. '
Thermonomie pathologique, 3.
Thierfei.der. Fièvre typhoïde, 48.
Thomas. 79, 287, 350, 357, 595.
Thomson. Chaleur produite dans les parties
enflammées, 34.
Thoracenlèse (Effets de la),
Tonsillaire (Angine). Voy. Amygdalite.
Tracés, 86.
Traube, 184, 385.
Traumatique (Fièvre), 50.
Traumatismes (Température après les), 50.
Tf.eibmann (Dissert, de), sur l'angine ton-
sillaire.
Trichinose, 422.
TsEsenicHiN, 140.
Tuberculose miliaire aiguë, 419.
Tyndall (John). La chaleur considérée
478
TABLE ALPHABÉTIQUE.
comme un mode de mouvement, 53.
Types morbides. — Types intermittents et
rechute, 22.
Typhoïde (Fièvre), 292-532.
Typhus exanthématique, 332.
Typhus fever, 332.
Typhus récurrent, 338.
Typiques (Maladies). Formes morbides, 67.
u
Uhle. Température dans la fièvre typhoïde,
325.
Unités de chaleur,
Unterberger (de Dorpat). Ses observa-
tions sur le tétanos chez les chevaux,
435.
Utérus (Température de 1'), 195.
Utilité de la thermométrie, 54.
Vacca Bellingheri. Examen de la théorie
de Crawfort, 52.
Van Fokker. Résumé général de la ther-
mométrie, 51.
Vagin (Température normale du), 100.
Vaginite, 160.
Valentin (Recherches de), 145-287.
Valeur du thermomètre, 72.
Van Swieten, 27.
Variations de la température dans les ma-
ladies, 125-157.
Variations de la température physiolo-
gique, 96-127.
Varicelle, 257-558.
Variole, Varioloïde, 545-347.
Yirchow (Théorie delà fièvre d'après), 182.
Vivenot (Expériences de), 118.
Vomissements, 138.
Voisin et Liouville. Recherches sur le cu-
rare, 139-140.
w
Wachsmuth. Sa théorie sur la fièvre, 186.
— Sulfate de quinine, 551.
Wagner et Uhle (Traité de pathologie gé-
nérale, 50.
Waiil. Rains froids dans les fièvres, 51.
Walfermn (Thermomètre métastatique),
72.
Walther (Expériences de), 130-151-155.
Warnatz (Dissertation de), 595.
Warer. J.-S., 52.
Weber (H). Températures hyperpy rétiques
dans les lésions médullaires, 451 . Ex-
périences, 40. Théorie de la fièvre, 188
Weber (O). Température après les trauma-
tismes, 50.
Westphal (Température dans la paralysie
générale), 432-453.
Winckel. 100-108.
WlNTERNITZ. 117,
Wistinghausen (Dissertation de), 37.
Wolf (Revue analytique) , 50, 108, 168.
Wunderlich. Ses premières recherches
faites sous l'inspiration de Traube, 47-
48.
— (Élèves de), 49. — Sur les névroses
mortelles, 454. — Tétanos, 287. — Ca-
lomel dans la fièvre typhoïde, 529.
Wurlitzen (Température du sang), 99.
Wurster, 102.
Wtss et Rock. Fièvre récurrente, 543.
Zecchi. Thermomètre enregistreur, 75.
Zénith, 229.
Zeuner (Théorie de la chaleur d'après), 52.
Ziemssen. Bains froids dans la fièvre typhoïde,
51. — Pleurésie et pneumonie, 100.
Zimhermann,40 (Tliéorie de la chaleur) , 187,
— Fièvre intermittente, 426.
Zorn, Typhus récurrent, 345.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction i
Préface xi
Généralités. — Propositions fondamentales. — Exposé des faits d'après les don-
nées historiques et théoriques 1
I. Historique et bibliographie de la thermoscopie clinique 26
IL Valeur pratique et résultats de la thermométrie 54
III. Technique de la thermométrie au lit du malade 65
IV. Température physiologique 87
V. Causes des modifications pathologiques de la température 122
VI. Températures locales ou topiques. — Température générale. — Leurs mo-
difications dans les maladies 157
VII. Types génériques des processus communs liés aux modifications de la tem-
pérature 167
VIII. Mensuration isolée. — Sa valeur séméiologique 201
IX. Fluctuation quotidienne de la température pathologique 227
X. Cycle thermique des maladies fébriles 245
XL De la température dans les différentes maladies. . 288
1. Fièvre typhoïde 292
2. Typhus exanthématique 332
5. Typhus récurrent. 538
4. Variole 343
5. Pougeole 347
6. Scarlatine 352
7. Roséole et varicelle 357
8. Érysipèle 358
9. Fièvre rémittente avec éruption phlycténulaire 561
10. Fébricule. 362
11. Pyémie 368
12. Affections catarrhales aiguës des muqueuses 372
13. Inflammations diphthéritiques et couenneuses des membranes mu-
queuses 375
14. Pneumonie 376
15. Amygdalite. :'.-■■'.. 395
480 TABLE DES MATIERES.
16. Parotidite 598
17. Méningite 399
18. Pleurésie. — Endocardite. — Péricardite. — Péritonite. . . . 402
19. Rhumatisme articulaire aigu 405
20. Ostéomyélite 414
21. Néphrite parenchymateuse 415
22. Hépatite 416
25. Syphilis 417
24. Affection farcino^morveuse 418
25. Tuberculose miliaire aiguë 419
26. Phthisie aiguë 421
27. Trichinose 422
28. Maladies paludéennes. 424
29. Choléra 427
30. Lésions trauniatiques de la moelle cervicale 451
51. Névroses 432
32. Maladies chroniques. — Dyscrasies. — Cachexies 454
XII. Influence des modifications d la chaleur propre sur l'organisme 442
Supplément 451
Table des équivalents thermiques. 452
Explication des planches 456
Bibliographie supplémentaire 460
Table alphabétique .- 469
ERRATA
Page 4, ligne 3, en haut. Au lieu de : un signe, lisez : le signe.
Page 7, ligne 1, en bas. Au lieu de : suppuration aiguës et chroniques, lisez : sup
puration aiguë ou chronique.
Page 15, ligne 9, en haut. Au lieu de : persistance de phénomènes, lisez : persis-
tance des phénomènes.
Page 55, ligne 7, en haut. Au lieu de : Bertelot, lisez : Berthelot.
Page 437, ligne 22. Au lieu de : atteints d'hydropisie axillaire, souvent la tempéra-
ture est basse, lisez : atteints d'hydropisie, souvent la température axillaire est basse.
Page 60, ligne 20. Au lieu de : maintes fois des circonstances où, lisez : maintes
circonstances dans lesquelles.
Page 142, ligne 7, en haut. Au lieu de : entrer des modifications dans, lisez : subir
des modifications à.
paris. — iMr. simo.\" riAçoN et comp., rue d'erfurth, 1.
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